s'agissait de la mort de F. Martin, dit Bidouré
tout naturellement le plaisir de la raconter. Et, si elle est maussade, la faute n'en est pas, je crois, à l'historien. Celui qu'il faut blâmer, ce n'est point le critique qui siffle la pièce, mais l'auteur qui l'a commise.
M. Duruy, qui fut un historien sévère, a trouvé le moyen d'être un orateur plaisant. En répondant à l'excellent discours de M. Jules Simon, qui lui demandait pourquoi il avait interdit la parole à certains hommes de lettres, le ministre a dit à peu près ceci :
« Je les ai empêchés ds parler pour leur laisser le temps d'écrire ! »
Cette façon de raisonner équivaut simplement à la fameuse phrase d'une logique si bizarre :
« Je vous ferai tuer pour vous apprendre à vivre »
M. Duruy, qui arrache ainsi les gens à la tribune pour les pousser à l'encrier, n'aime cependant pas les journalistes. « Le journaliste a tué l'écrivain. » C'est son mot, Ceci a tué cela. On pourrait lui demander si un excellent journaliste n'est pas en même temps un écrivain. Je l'avais pour ma part toujours cru, et, n'en déplaise à M. Duruy, je continuerai aie croire.
— Votre profession ? demandait-on à Chateaubriand dans un procès :
Chateaubriand était poète, historien, critique, il avait été homme d'État et ambassadeur.
Il répondit :
— Vicomte de Chateaubriand, journaliste.
M. Duruy lui eût répliqué : Monsieur le vicomte, vous n'êtes pas un écrivain !
M. Duruy a d'ailleurs de singulières façons de comprendre la polémique. Il avoue par exemple qu'il a refusé la parole à quinze orateurs, mais il affirme que dans le nombre, il y avait des gens que la police correctionnelle connaissait de longue date. Or, il ne nomme personne. De telle façon que chacun peut croire que tous les orateurs interdits ont volé des mouchoirs dans divers magasins de la capitale. Les journalistes sont assez calomniés et soupçonnés sans que M. le ministre de l'instruction publique se mêle de les faire soupçonner davantage. Nous avions les brochures de Bussy — qui suffisaient.
M. Duruy réparera peut-être tout dans son prochain discours de la Sorbonne, car voici la saison des prix, des couronnes et des rubans rouges.
Il paraît que cette année -ci, pendant ces fêtes caniculaires, les théâtres subventionnés n'offriront point de cantates aux amateurs du spectacle gratuit. C'est une politesse à laquelle le peuple parisien sera évidemment sensible. Il trouvait en effet que c'était lui faire payer la représentation assez cher que de lui servir, sans qu'il les demandât, les rimes de M. Pacini.
Je sais bien des gens qui, au moment où le rideau se relevait sur les branches de laurier et sur les -drapeaux tricolores," eussent volontiers payé leur place pour ne pas entendre les morceaux de poésie qui suivaient.
D'autres encore risquaient cette observation. qu'il n'est pas d'usage d'inviter les psrsonnes à une fête
pour les contraindre à subir les éloges de Pamphytrion. Que diriez-vous d'un homme qui vous convierait de cette façon à une partie de plaisir :
« Mon ami,, c'est demain l'anniversaire de la naissance de mon oncle. Faites-moi donc l'amitié de venir passer la journée chez moi. Nous dirons avec acharnement du bien de moi et des miens, et nous chanterons tous mes mérites au piano. »
Notez qu'aux représentations gratuites, on ne fait pas autre chose. Ce serait à croire que les puissances de ce monde se disent : Pendant que nous tenons le peuple dans une salle de théâtre, donnons-lui donc une douche de strophes enthousiastes. Il ne lit pas Y Étendard1. Mais la poésie et la musique de M. Déjazet lui tiendront certainement lieu d'un abonnement de trois mois à ce périodique !
Dans ce cas-là, il serait beaucoup plus simple d'envoyer sous pli les cantates a domicile.