LE LIBRE ARBITRE
L'histoire de l'humanité nous présente un tableau effroyable de la lutte de deux éléments qui agissent sans cesse et se détruisent mutuellement, savoir : k bien et le mal. Nous voyons toujours d'un côté les efforts continuels de la bonne partie de la nature humaine pour prendre le chemin normal qui lui est indiqué par les lois naturelles; de l'autre : la tendance à violer ces lois, la direction déviée, anormale.
Qui est-ce qui pousse l'humanité sur ces deux voies contraires ? C'est du sein de cette humanité que découle le bien de même que le mal, car la loi suprême de son esprit c'est le libre arbitre. Le pouvoir qui gouverne et dirige la société y prend son origine. La libre volonté donne naissance à un bon gouvernement comme à un mau* vais. Elle supporte le pouvoir qu'elle crée ou qu'elle admet en le fortifiant de son appui et de sa soumission, ou bien elle le détruit selon que cela lui platt.
Le principe de libre arbitre est la base fondamentale de tout l'édifice social. Il y a des doctrines qui rejettent ce principe, en niant par là ce qui est évident, naturel, éternel, immuable. Ce sont des théories fausses qui éma-
nent d'un esprit servile, bien qu'il se croie libre ; elles aboutissent à Tesclavage. Telle est entre autres la doctrine de Luther et de ses imitateurs. Voilà pourquoi les Allemands n*ont jamais été libres et répandirent Tesclavage partout. Les anciens Germains étaient libres autrefois ; leurs descendants obéissaient servilement aux empereurs qui voulaient conquérir toute TEurope ; ils sentaient qu'ils étaient opprimés mais ne surent trouver la source du mal. En rejetant le libre arbitre, ils se soumirent à la volonté des souverains. Peu à peu les lois nationales statuées par des barbares firent place aux lois monarchiques imposées par le glaive. Les Américains prouvèrent ce que peut faire la volonté de Thomme en reniant ce dogme du protestantisme. Les autres, tout en acceptant le princip^de libre arbitre, ne le mettent point en pratique. Tel est le catholicisme. Les chefs de cette Église firent tout leur possible pour concentrer le pouvoir entre leurs mains en détruisant la liberté de Thomme. Vicaires du Christ, ils voulaient être les vicaires de l'humanité.
Voilà pourquoi toute la société fut plongée dans un enchevêtrement dont elle n'a pu sortir jusqu'à présent. On substitua une erreur à l'autre, on ne remonta jamais à la source primitive qui seule doit diriger les actions de l'homme ; encore moins songea-t-on à appliquer la loi suprême à la vie pratique. Et l'ancienne Europe se laissa devancer par le nouveau monde.
Nous voyons dans l'histoire une quantité de fers sous différentes formes. Les nations s'efforcent de les briser et, suivant l'élan naturel de l'esprit, elles désirent la lumière et la liberté.
Le monstre des passions, le mauvais esprit, qui aime les ténèbres, né au sein de ces mêmes nations, fait son
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possible pour tenir toute la spciété dans l'ignorance ei robéissance aveugle (1).
ALLIANCE DES SOtJTERAiNS. — UNION DES NATIONS,
En parcourant les trésors immenses de la science, en voyant ces matériaux gigantesques accumulés par Tactivité humaine, ces vérités approuvées par la raison et l'expérience, on est étonné de la marche si lente de la civilisation universelle. Nous voyons que l'esprit de l'homme a approfondi et prévu bien des choses, que la raison a fait tout ce qu'elle a pu, ayant à lutter à chaque pas avec d'innpmbrables entraves. Tous les jours des gens instruits, infatigables dans leur.zôle pour le bien de la société, continuent sans se rebuter les travaux de leurs prédécesseurs. Mais ce qui doit nous frapper le plus, c'estrardeur avec laquelle les gouvernements de l'Europe surveillent chaque mouvement du progrès etson caractère, ardeur d'autant plus digne d'attention qu'elle est maintenant redoublée et raffermie par des liens politiques entre les souverains, quols que soient leurs buts individuels et les intérêts particuliers qu'ils poursuivent.
Le développement des sciences en général a eu tou-
0) Afin d'éviter tout malentendu, je dois prévenir ane dans le courant de cet ouvrage je me sers du moi nation toutes les fois que je parle d'une rôunion do familles qiii parvient à se faire une existence politique et qui comprend diiTérentes clar.ses : éclairées, non éclairées, riches, pauvres, etc. C'est surtout lorsqu'il s'agit de bien préciser Icm c.iiacléres naturels, les limites et les droits d'une nation que je tien^ à cette définition. En tout autre cas, je nomme san.j d'\nii\)vÀ'n)n peupies la somme de plusieurs ou de toutes les nations. Les mots : humanité et société se sont aussi tpllomenl mêlés qu'il est quelquefois impossible d'é\iter cette confusion.
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jour», sans nul doute, une très-grande influence sur l'^t de la civilisation et les degrés de son accroissement; mais les autorites donnaient aux fruits de Tesprit humain une empreinte partiouliôre, factice, en en effaçant les caractères innés, les qualités déposées en eux par la main de la Providence. En d'autres termes : e^ sont les gouverna ments qui donnaient toujours à la civilisation universelle une direction anormale. Cette influence venant d'en haut, c'està-dire des chefs de la société, dure jusqu'à présent. Les hommes consciencieux tâchaient de conduire la société sur de honnes voies, qui avaient pour hut le hien pubUo, mais leurs effors restèrent sans résultats, car ceux qui se soumirent aux passions faussaient la direction de Thuma* nité. Ceux qui gouvernaient les peuples, bien qu'ils eussent formé une suprématie que Ton nomme ordinairement autorité^ n'étaient réellement que les usurpateurs du pouvoir. La société n'a adopté ni les formes qui lui avaient été tracées par les lois naturelles ni la civilisation que lui indiquaient les hommes supérieurs, mais elle a accepté les formes et la civilisation que lui imposèrent les gouvernements illégitimes. C'est une vérité qui a la force d'un axiome. C'est la clef de toutes les causes des misères et des calamités du genre humain.
Il en résulte que l'état politique actuel de]t* Europe est une conséquence de la civilisation générale et du caractère qui lui fut donné. Notons bien ce qui est incontestable, c'est - qn^aucune nation n'a jamais dépendu exclusivement d* ellemême^ forcée qu'elle était, bon gré, malgré, à subir les conséquences de la civilisation universelle, par suite do ses rapports avec les nations limitrophes ou prépondérantes. C'est un fait qui n'a jamais été suffisamment apprécié. Plus d'un historien est tombé dans l'erreur en étudiant l'histoire séparée d'une nation, sans en examiner ses re-
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lations avec la société en général. Buckle lui-même, le judicieux Buekle, se trompe en disant que les destinées de chaque nation, sa grandeur ou sa décadence dépendent de sa civilisation et de ses institutions. C^ est une opinion qu*uu historien philosophe ne doit émettre qu'avec beaucoup de circonspection. S'il est hors de doute que la volonté d'une nation joue le rôle le plus important dans son histoire, il n'est pas moins vrai que sa destinée est trèssouvent l'effet d'un concours de circonstances invincibles auxquelles elle est étroitement liée par le système de gouvernements prépondérants. Il ne faut pas oublier le proverbe : Née Hercules contra plures. Et qui ne sait que jamais les nations réunies ne disposaient de leurs forces? Les rapports entre elles étaient différents. Tantôt les monarques alliés se confédéraient pour le but commun ; tantôt ils se faisaient la guerre chacun pour son propre intérêt. Ennemis acharnés d'hier ils se tendaient fraternellement la main lorsqu'ils tenaient à sauver le principe dynastique et tout ce qui a rapport à lui. L'histoire entière, en commençant par les temps les plus anciens jusqu'àla bataille de Sadowa, jusqu'au jour où nous vivons, nous présente une série continuelle de ces tergiversations. La France même, depuis des siècles, mille fois ennemie de l'Allemagne , fit des traités d'alliance avec ses souverains. La Prusse, toujours rivale de l'Autriche, se confédérait avec cet État toutes les fois qu'il s'agissait d'opprimer les nations ou de combattre les défenseurs de la liberté. Lorsqu'elle voulait envahir l'Allemagne et étendre sur ce pays la domination du fusil à aiguille, sous prétexte de Tunité allemande, elle protégeait l'Italie. La Suisse n'est pas exempte du crime de complicité en faveur des ennemis de la France ; elle leur ouvrit le passage en 1814 ! . . . Telle est la confusion d'idées, telle est la dégrada-
iion de la saine raison, qn'en 1866 les Suisses penchaient tantôt du côté de rAutriche, tantôt du côté de la Prusse, et tous les journaux étaient pleins d'invectives contre les Italiens! J'ajouterai encore un mot en passant : Garibaldi n'a pas de plus grands ennemis que* parmi les catholiques qui ne comprennent pas la religion chrétienne, et parmi les Hbéravx suisses protestants I Voilà où mène le manque d^un principe solide et naturel ; voilà pourquoi je ne cesserai de répéter que les hommes sont esclaves de rerreur, faute d'une idée généralement reconnue, et que toutes les nations subissent le joug du même système sans s'en apercevoir. Toutes les fois qu'une nation plus pure par son esprit, entraînée par un noble élan, voulait s'assurer la liberté et ses droits, si elle suivait la voie naturelle, normale, et s^ efforçait de devancer la marche trop lente de la société, alors elle devait racheter ses tentatives au prix de son sang, et quelquefois de sa liberté, ou bien elle succombait sous la violence appuyée sur le système politique de la force brutale. Toutes les révolutions de l'Europe en sont la preuve. L'esprit universel de la société n'a jamais eu de libre essor sous la pression de ce système, les nations séparées n'ont jamais pu développer leurs forces vitales dans toute leur plénitude. La lumière suprême s'obscurcit, le progrès prit un caractère essentiellement matériel, et la liberté ne devint qu'un mot vide de sens.
Quelle que soit la position morale et matérielle de tous les pays, bonne ou mauvaise, heureuse ou malheurese, conforme aux lois divines ou contraire à ces lois, il n'en reste pas moins vrai que la responsabilité de cet état de choses tombe sur les nations qui ont la prétention de tenir la première plaôe dans la civilisation. La mission des peuples avancés dans le progrès est de répandre et
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de réaliser dans toute la société les principes de la vérité^ ainsi que la vraie civilisation» S'ils ne le font "pas, ils ne donnent aucune preuve que leur civilisation soit vraiment digne do ce nom, qu'elle soit inspirée par la justice et la sagesse ^uprôme ; ils ne s'acquittent pas de leur mission et, quoi qu*on en dise, ils sont sur un degré inférieur du développement intellectuel. Puisque les gouvernements naissent de la société même, qui les approuve ou les abolit, par conséquent Vaction des gouvernements pèse sur la responsabilité de^ la société. En un mot, les opprimés et les oppresseurs se soutiennent réciproquement. La désunion des nations raffermit l'union des monarques. De là cette fameuse maxime en politique : Divide et impera.
Tous les hommes de progrès qui désirent sincèrement la liberté universelle des peuples, soit qu'ils dirigent la société du haut de leur trône, soit qu'ils tiennent en main les rênes de la civilisation et de l'opinion publique, devraient être convaincus, une fois pour toutes, que les efforts isolés des individus, fussent-ils même des génies, doués des meilleures intentions, n 'ont jamais abouti à rien. Nous avons vu que les hommes tels que Jules César, Charlemagne, Napoléon I *' disparurent sans avoir apporté aucun profit à la société. Leurs conquêtes, leurs institutions, leurs systèmes croulèrent de leur vivant ou immédiatement après leur mort. Les tyrans succédèrent à César; au ix° et au x® siècle l'Europe était plongée dans une barbarie plus grande qu'à l'avènement de Charlemagne au trône. Ses descendants différaient peu des rois sanguinaires et fainéants. Les Empereurs d'Allemagne, les Barberoussc rivalisaient do cruauté avec les Néron. Otton I", dit le Grand, Frédéric II ressemblaient à tous les grands brigands en commençant par Cyrus, Cambyse, Alexandre de Macédoine, et finissant par les ministres
du xvm* et du xix* siècle, qui agissaient au nom de telle ou telle alliance. Le congrès devienne remplaça Napoléon. La grande armée n'égorgeait plus les hommes, la clique innombrable des petits bureaucrates s'en chargea.
n en est de môme de l'action des nations isolées. Une révolution telle que celle de 178Q n'a pas fait ce qu'elle s'était proposé de faire. « Les grandes idées de la grande révolution! » disent les libéraux... N'est-ce pas à la révolution française que l'Amérique doit son indépendance?... Qu'on pardonne ce petit anachronisme aux savants publicistes. Les simples savent que les faibles colonies de TAmérique du Nord se déclarèrent indépendantes en 1776, parce qu^ elles l'ont voulu.
Le XIX* siècle vit les nations unies^ il faut bien le dire ; mais ce n'était pas l'idée de la vérité qui fut le stimulant de cette union. Ce n'était plus l'inspiration des Germains et des Normands inondant l'Europe pour briser des fers, sans savoir même qu'ils étaient l'instrument de la Providence ; ce n'était pas non plus la mission des peuple vengeurs de l'Asie, ce « fléau de Dieu, » pour punir les crimes du monde ancien qui demeura sourd à tous les avertissements. Les descendants dénaturés des Germains, les descendants des Mongols, de Robert-le-Diable et de Guillaume-le-Conquérant, les enfants de l'esprit de ténèbres et de cupidité formèrent une ligue formidable qui ne suivait pas l'ordre de Dieu, mais celui^des monarques. Ils s'unirent pour terrasser le géant qui se trompa dans le choix des moyens, mais qui bouleversait la vieille Europe, qui, selon sa propre exi^re^sion, <ii voulait la pretidre à rebours, > et portait la liberté aux nations 1
Tous les amis de l'humanité doivent adopter cette vérité et la graver profoutléiuoni dans leur àme : Le système du mal ne peut être détruit quà l'aide de l^ organisation d^un
système composé des principes étemels de la liberté universelle, éclairée par une instruction large et profonde. Le moyen unique de réaliser ce problème, c'est l'union de toutes les nations de l'Europe. Le chemin le plus court vers celte union consiste à ouvrir toutts les portes, toutes les frontières^ à détruire toutes les barrières qui entravent la libre circulation, réchange d'idées, le libre travail, 'J'indusirie et le commerce.
C'est le seul moyen pratique et le premier pas vers la liberté. Toutes les nations ont le droit et le devoir de le vouloir. Nul n'a le droit de le leur refuser. Les théories des économistes devraient se résumer en six mots : Laissez marcher, laissez faire, laissez passer.
n est clair comme le jour que, si les souverains s'arrogent le droit de se réunir et de s'unir, aucune nation ne peut être privée du droit de réunion et dunion avec les autres nations.
C'est un privilège que les hommes n'ont pas encore acquis, malgré leur civilisation tant vantée et le progrés chétif dont ils s'honorent. Personne ne le conteste aux animaux.
VOTâGE rapide en EUROPE. RÉFLEXIONS. QUELQUES FAITS.
Est-ce un rêve? Non ; c'est la réalité. Suivez mon esprit, VOUS autres morts, vous qui êtes sans Âme, et ne faites rien pour elle, vous tous qui avez des membres agiles et qui croyez vivre. Suivez-le ; il vous entraînera avec lui et vous montrera la rapidité de sa course. Vous irez vite, a Hopl hop I Die Todten reiten schnelL » Les morts vont vite.
Je vous ferai voir TEurope d'un seul coup d'œil. Nous parcourrons Tespace et le temps en quelques minutes. En même temps, réfléchissons en contemplant cette arène sanglante
La matinée est belle. En route ! Commençons par le corps. L'utile avant tout. Etes- vous vêtus? Avez-vous mangé ? Voyons I Des vêtements, de la nourriture I Courons aux magasins. Sont-ils splendides ! De la toile... mêlée de coton ; on la vend pour de la toile pure. N'importe. Du drap.... mêlé de coton. De la soie.... mêlée de laine. Du coton pur.... même prix que celui de la toile, de la laine, et de la soie. Que voulez-vous; les ouvriers se font payer si cher !,.. Les fabricants font banqueroute. Mais il y a tant de fabriques ! Pourquoi en construisent-ils tant puisqu'ils sont si malheureux ? Allons chez les ouvriers. Us vous ont abîmé votre linge, vos habits ; vous les avez payés tout de même. Combien gagnent-ils par jour ? C'est selon ; un franc par heure, quelquefois deux. Dix à quinze francs par jour. Mais c'est plus que l'appointement d'un professeur de collège ! Tant pis pour lui. Ceux qui ont passé vingt ans en insomnies et en études doivent se contenter du trésor de leurs sciences ; le trésor de la couronne ne suffit pas. — Voici un percepteur qui passe. Il a quatre mille francs de rentes. Combien y en a-t-il en Europe ? Je n'en sais rien. En France il y en a toute une armée qui dévore des millions tous les ans. Et en Suisse ? Le peuple porte lui-même à la caisse ses deux ou trois francs d'impôt annuel. Demandons à ces autres ouvriers qui travaillent dans la boue quel est leur salaire ? Qu'ils sont sales, qu'ils puent ! C'est de l'engrais qui les fait vivre. Le malheureux peuple doit tremper son pain dans le fumier, dans les excréments pour se nourrir ; et ceux qui font le métier de nettoyer les cloaques et d'arroser la
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terre d'immondices gagnent deux ou trois francs par jour; à peu près autant qu'un savant, mais beaucoup plus qu'un maître d'école primaire. Ce dernier, dit-on, n'a pas besoin d'être instruit pour instruire les enfants, et dans ses heures de loisir il n'a qu'à bêcher la terre. Cette pauvre terre I Pourquoi la force-t-on à produire ce qu'elle ne veut paa. On a besoin de blé» Mais la moitié de l'Europe, quelques contrées de la Hongrie, de la Moldavie, de la Yalachie, de la Pologne, tous les domaines du Tsar ne connaissent pas d'engrais. Les plus grands bœufs s'y cachent dans l'herbe vierge qu'on n'a jamais semée, comme dans une forêt.
Et les économistes, que font-ils ? Où est donc l'équilibre ? Le voici. Regardons ce grand poëte qui passe. 11 a pleuré pendant toute sa vie ; au milieu de ses méditations poétiques il a mangé des millions que le peuple payait sans connaître même son nom. La patrie qu'il accusait d'ingrate vient de faire une troisième ou une quatrième souscription en sa faveur ; une petite somme de huit cent mille francs. Celui, au contraire, qui a sacrifié toute sa vie pour le bien du peuple, homme d'action s'il en fut, un vrai sage, véritable ami de l'humanité, est réduit à la misôre. Voilà la justice 1 Ce n'est qu'un échantillon. Je le trouve éloquent (1).
(1) Qu'on me pardonne cette comparaison. La vie réelle ofTre des exemples fort tristes. Il faut bien en prendre quelques-uns. « Nul n'est prophète dans son pays. » C'était une honte pour l'humanité il y a tantôt dix-neuf siècles, c'est un opprobre pour la société de nos temps. Je n'ai jamais pu comprendre comment un savant dos plus illustres qui aient honoré la France soit si peu connu et ap[)récié. Je parle de Monsieur Pierre Leroux à qui les Allemands mêmes^ qui ne sont pas protligues en éloj^os pour les Français, rendent justice dans les termes les plus flatteurs. Ils le noramenlw un esprit pénétrant, pi^ofond et honnête, un grand penseur, dianc de fa plus ^runde aiteution, un homme duti talent incontestalite, » {ein weit-
Kn route! Prenons quelque rafraîchissement. Pu café.... mêlé de chicorée. Demandons de la chicorée, on nous donnera des carottes. De la crème.... on présente du lait avec de la chaux. Du vin.... mdlé d*eau. Un verre de madère.... avec de Tesprit-de-vin. Une goutte d'eaude-vie.... c'est du poison. De la bière anglaise, fabriquée en Bavière ; de la bière de Bavière ep Angleterre. Du tabac turc qui croît à Marseille. Cigares de la Havane faits à Brémo. N'y a-t-il que des fripons partout? C'est la liberté de commerce ! dit-on. Ah ! c'est la liberté de tromper.
A propos I Vous autres hommes libres et civilisés , avez- vous vos passeports? Allez vous incliner devant votre chef d'administration ; attendez dans l'antichambre de votre préfet, de votre Staathalter, de votre gouverneur ; supportez les regards insolents et les rudoiements des concierges, des gendarmes, des écrivains qui n'ont pas le temps. Payez le papier, le timbre, la signature, le sceau; payez et remerciez que vous en soyez quitte, que vous ne soyez pas inscrit dans le livre des suspects ; sans cela on ne vous laisserait passer nulle part, bien que vous ayez mille fois incliné la tête devant Tordre des choses, tout en lisant des traités magnifiques sur la liberté des peuples.... Ne vous effrayez pas. Nous arrivons à la frontière. Quel est ce pays ? N'importe ! C'est un pays constitutionnel où l'on ne parle que liberté ; il est gouverné
reichender Schriftsteller, ein redlicher Forscher, beachienswerther DenkeTf ein Mann von unbestrcitbareni Talent). Il a pour ainsi dire épuisé bien des questions politiques et sociales en posant des vérités inébranlables. Mais l'opinion de certains partis s'est tournée contre lui, parce qu'on Ta cru socialiste et ultra-démocrate. Tout en Be disant socialiste, M no l'est pas ou il Test comme tout le monde devrait l'être. G'était'un des plus acharnés antagonistes de Proudhon. On peut réfuter Leroux^quelqaefois ; il faut l'admirer toujours.
par un père. On dit que ce père de la nation est fils d'un sergent, cet autre, petit-fils d'un tambour-major. C'est égal. Les professeurs nous ont enseigné que c'est le descendant d'une dynastie pure qui règne sans interruption depuis cinq ou six cents ans. Les Allemands et les prêtres nous assurent qu'ils sont là par la grâce de Dieu, Ouvrez donc vos coffres, vos malles, vos sacs, vos bourses ; videz vos poches. Laissez-vous fouiller, tâter. Vous ne trouvez pas que cela soit abject, dégradant, révoltant ? Le sang ne vous monte pas à la tête ? Vous ne vous sentez pas froissé, avili, meurtri? Tant mieux pour vous. Vous avez sans doute appris les droits de l'homme et la théorie de la liberté transcendante d'un humaniste, d'un philosophe allemand. Il vous aura dit que le Zollverein, c'est le sommet de la science économique Y a-t-il des femmes
dans votre société ? Excusez. Il y a eu une dénonciation qui se nomme légale. Une contrebande ! Vos femmes, vos sœurs, vos filles seront obligées d'éter leurs robes, leurs jupons, leurs corsets. Vous êtes tranquilles ? 11 7 a un cabinet particulier ; et des femmes pour déshabiller. Cela
se fait avec décence Mais c'est stupide, mais c'est
dégoûtant ; c'est une lâcheté qui n'a pas de nom. Vous êtes contents, hommes de progrès. «C'est un règlement,» me dites-vous. Un règlement infâme I On vous accuse d'avoir des papiers prohibés, des lettres secrètes. On vous ôte vos souliers, vos bas. On vous traite comme on ne traite pas des bêtes. Un chien mordrait si quelqu'un voulait écarter le poil de sa queue ; un cheval donnerait un coup de sabot. Vous êtes des hommes libres et éclairés et vous supportez cette abjection, vous fraternisez avec ceux qui sont descendus plus bas que les plus vils des animaux!... Partons.
Halte-I&. Encore une barrière! C'est une ville, une
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capitale ; ce n'est plus la frontière I Qu'est-ce donc? Vienne, Prague? Arrêtez. « Avez-vous à déclarer quelque chose?» Du tabac, des comestibles. Sommes -nous à Paris? non; c'est l'empire d'Autriche. Halte-là. Quoil encore? Un pont, payez, halte-là, barrière! Payez pour le pavé : Maufh.Bu nord au midi, de|rouest à Test, voyezvous ces grandes routes qui s'étendent et se croisent? Ce sont des routes impériales, royales, ducales, comtales, kaùerltch, kœntglich, kaiser lick-koniglich y gross-kerzog^ lichy herzogltch, grafschafilich, wiperatorskije^ gosudars» twiennyje. C*est à se casser la langue. Et ces grands bâtiments? ces écoles? ces musées? Tout cela : impérial, kaiserlichy kœniglich. Les empereurs, les rois y ont-ils travaillé eux-mêmes? Non ; M. le Bezirkivorsteher a pris solennellement la truelle au nom de M. k Staathalter qui lui a.donné cet ordre au nom du ministre, qui lui a communiqué la volonté suprême du Kaùer ou du Kœnig (dont celui-ci ne sait rien, bien entendu), et il a posé la pierre angulaire en présence de M. le curé et de M. l'évoque paré de la robe pontificale, tenant la croix en main. Ces murs, ces chemins sont arrosés de la sueur des peuples. La logique enseignée aux écoles par les savants professeurs démontre qu'ils n'appartiennent pas à la nation.
Quelle est donc cette foule de petits enfants, à demi nus qui courent dans les rues? qui crient, qui se battent, qui sautent les uns sur les autres, ces enfants des deux sexes? Ce sont de futurs citoyens de l'Etat, de futures mères de famille, a des êtres purs et joyeux, » « futur» esclaves ou tyrans, » selon l'expression de Victor Hugo. Ils sont décorés 1 . . Quels joujoux tiennent-ils en main ? De petits fusils, de petits stylets, de petits arcs. Ils assassinent en attendant les papillons et les hannetons jusqu'à ce qu'ils apprennent à assassiner leurs semblable». Ce n'est
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rien. Au commencement du dix-neuvième siècle les enfants avaient de petites guillotines, et s'amusaient à couper la tôte à leurs poupées. Ma mère me racontait ce détail avec effroi. C'est ainsi que la petite génération jouait à la mort comme au colin-maillard! Aujourd'hui, elle est plus avancée. Il n'y a plus de maisons paternelles; il n'j a que des rues ; elles tiennent lieu de mères. Et ces bambins qui portent des noix, des roses des Alpes, des violettes de Parme, ces petits artistes savoyards pinçant une corde sur un morceau de planche, se tordant la bouche ; ces petites ûlles fleuristes de Londres?... Ahl passons. C'est navrant.
Voilà les chrétiens qui, après avoir entendu un éloquent sermon € sur la tempérance^ »vont tout droit au cabaret placé vis-à-vis de l'église. Il faut des anges ou des saints pour résister à tant de tentations. Rien qu'à !l^aris on compte, d'après l'almanach Bottin, près de trois mille cafés, sans parler des hôtels et des restaurants. Cette ville contient environ quatre mille marchands de vin. La production de houblon monte en Europe jusqu'à un million de quintaux. En Angleterre même 750,000 ! Chaque personne boit en moyenne 200 à 300 litres de bière par an. Il ne faut pas oublier que la consommation de vin est plus grande. En France, sur 170 aliénés placés pendant un an à Charenton, 60 succombèrent à la maladie mentale, par suite de l'usage de l'alcool. Plus d'un tiers I A Londres, la police ramassa dans les rues durant une seule année, 17,452 hommes et 17,225 femmes complètement ivres. C'est abominable et terrible I En Suisse, le nombre de distilleries augmenta tellement pendant une trentaine d'années, qu'il y en a maintenant cinq fois autant qu'il n'y^en avait. Le ministre des finances de Pétersbourg ouvrit une large voie à la démorali-
sation du peuple en abaissant le prix de Teau-de-yie pour les consommateurs et en faisant payer aux producteurs un impôt nommé accise qui rapporte à l'État 200 millions de roubles, près de huit cents millions de francs par an. On a calculé que l'entretien de l'armée dans cette monarobie coûte autant. La propagande de la société de tempérance y est regardée comme un crime d'État. U est triste de dire que Tivresse augmente dans les pays constitutionels à mesure que Ton donne au peuple de plus grands privilèges. La vérité avant tout. Cependant la raison en est palpable. Les gouvernements en facilitant pour leur propre intérêt la production des boissons, abaissent la dignité de rhommoy qu'ils font semblant de relever par les lois plus libérales. Ce qu'ils établissent d'une main, ils le détruisent de l'autre* C'est une politique babile et en même temps la source de plus grands revenus. Le peuple ne s'aperçoit pas qu'il noie sa liberté dans le verre. Toutefois, il faut avouer aussi qu'en Amérique, dans les Etats- Unis, sur 375,000 personnes mortes, il y en avait 37,000 qui succombèrent des suites de l'ivresse (1).
En Europe^ le travail excessif éveille l'envie de boire ; il est l'effet du mécanisme gouvernemental; d'un autre côté, le manque d'un principe religieux, stable, dans un pays nouvellement organisé, tel que l'Amérique, est la cause de ce débordement de passions. En général» l'Europe produit un demi-sceau de vin par tête I
Allons plus loin. Entrons dans les écoles primaires. Un philosophe anglais, Locke, a dit : a Si j'élève mon fils k la maison, je crains qu'il ne devienne un fat, si je le rends aux écoles, je crains qu'il ne soit un sot. s Quel
(1) Compte rendu de M. Victor Borie. Le Siècle, i865. Pour les autres détails, Kolb Yergleicbende Statistik,
bonheur qu'il vécût au dix-septième siècle 1 M. Vigneul- Marville raconte qu'il connaissait une femme qui avait élevé ensemble une souris, un chat, un chien et un moineau, vivant dans une parfaite entente cordiale. Les prêtres prêchent depuis tantôt dix-neuf siècles Vamour fraternel et ils n'ont pas réussi à faire avec les hommes ce qu'a fait cette bonne femme avec les animaux. Ecoutons le catéchisme. « Celui qui commet un péché sera condamné au feu éternel. » Mais a-t-on jamais mesuré ce que c'est que l'éternité ? Pour un seul péché, des tourments éternels I C'est plus que t jrannie ! Dieu estil donc un tyran ? un monstre ? Et ce feu, qu'est-ce 'donc! demande un enfant. C'est du feu qui brûle ; répond Fabbé. — N'as-tu jamais vu le feu? L'enfer, c'est un feu éternel où il y a du soufre et du goudron et de la poix. Pauvres enfants I Ils se figurent qu'on les rôtira comme un rosbif, parce qu'on les rend hôtes. Ils deviendront un jour mouchards, espions, gardiens de prisons, commissaires d'enquêtes, gendarmes, douaniers, percepteurs, censeurs, délateurs, bourreaux, tueurs d'hommes, couverts de toute espèce d'uniformes et de joujoux ; ils formeront ces millions de satans qui ont changé la terre en enfer, et ceuxlà ne seront pas damnés parce qu'ils agissent a selon la loi.,.. > Plaisanterie à part, j'ai connu un ecclésiastique très-distingué qui se figurait un diable avec une queue et des cornes. Telle est la base de l'éducation et de la moralité !... Continuons. Les enfants récitent des vers par cœur. Le poëme d'un écrivain de génie I Décidément le professeur de rhétorique est un libre-penseur. Monsieur l'abbé ne l'aime pas parce qu'il estgrand admirateur de Voltaire.
« Je chante ce héros qui régna sur la France,
« Et par droit de conquête et par droit de naissance. »
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Que d'absurdités dans ces deux vers d'un homme que les uns maudissent et les autres admirent ! 11 y a donc un droit d$ conquête et un droit de naissance/... Quel abîme d'erreurs ! Quelle source d'idées pour un enfant ! Qu'on s'étonne après que le monde soit à rebours I Mais M. Thiers admet le droit du fait accompli. Pourquoi ne Tappliquerait-on pas à tous les voleurs et à tous les brigands ?... Il n'y aurait pas de tribunaux.
Visitons les écoles supérieures. Les idées fondamentales qui constituent l'essence de l'éducation élémentaire ont une plus grande extension dans les Universités. Ua professeur de théologie catholique enseigne la religion d'après le Catéchisme de persévérance de Gaume et desmilliers de commentateurs qui ontimprimé des millions de volumes. Qui n'a jamais lu ces blasphèmes n'a qu'à consulter les bibliothèques dites « populaires et utiles.» Nous n'avons pas le temps de nous en occuper. Mais voici un petit livre trouvé sur notre passage. Il nous donnera l'idée des prétentions gigantesques du clergé ; il nous fera voir jusqn*où peut aller le despotisme. Ouvrons. « Je dis que si, pour les malheur des peuples^ il y avait quelques prêtres assez aveugles pour tolérer la valse et la polka en connaissance de cause, indignes de leur sublime ministère, ils feraient autant de sacrilèges qu'ils donneraient d'absolu-' tions » — Où le sublime ministère ne va-t-il pas se nicher (1) !
Les professeurs protestants sont-ils plus raisonnables? Leur doctrine consiste à détruire toute foi, toute autorité (excepté celle du gouvernement monarchique bien entendu), à rejeter tout ce qu'ils ne comprennent pas
(1) Quelques mots sur les danses modernes. Nouvelles révélations (! ! !) par le vicomte de B. Saint-Laurent. Troisième édition. Page 32.
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eux-mêmes, à semer la haine et la discorde parmi les chrétiens de différents cultes. Le critérium du protestantisme le plus éloquent que j*aie jamais vu, et qui peut également résumer en lui toute la science théologique négative, c'est un livre qui a eu un nombre incroyable d'éditions et d'exemplaires. Jetons un coup d'oeil rien que sur le. titre de cet ouvrage : € VAnatomie de la messe, » Il est impossible d'être plus insolent, plus brutal, plus insipide avec tant d'érudition. L'auteur n'a pas assez de perspicacité pour comprendre les sublimes symboles de la messe (malheureusement défigurés par les inventions supplémentaires du fanatisme et l'éducation superficielle du clergé catholique), et il croit triompher en venant disséquer la forme d'un culte religieux avec le scalpel de son petit esprit (1).
Ni les uns ni les antres ne songent aux vrais malheurs des peuples, à les unir, mais ils font tout pour les désunir et se disent chrétiens 1 Qu'ont-ils fait jusqu'à présent en propageant leurs théories et en s'entre-mangeant mutuellement ? Les prêtres catholiques défendent les valses et les polkas sous peine d'excommunication ; les pasteurs protestants défendent la lecture des plus beaux ouvrages qui aient jamais paru : Stunden der Andacht et l'Imitation de JêsuS'Christy par Thomas à Kempis, Il y a de quoi perdre la tête. Mais ils sont « assez aveugles » pour a tolérer x> de pareilles doctrines répandues dans les universités allemandes : € Le simple état de possession doit passer avec le temps en état légal, o Der blosze Besitzzustand musz mit der Zeit in den Rechtsstand iibergeken. C'est un principe de brigands I Écoutons plus loin : « Prétendre que le fait
(1) Cet ouvrage, écrit en allemand, est intitulé : Anatomie der Messe von D' Wiîhelm Joos,
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a de possession et le gonvernement de fait, même oelai € d*un usurpateur à qui on obéit cependant, ne peuvent a être jamais reconnus comme légaux, serait introduire € dans la question des difficultés inextricables, car il 7 a € peu d'états en Europe dont le droit public ait été libre « d'usurpation dès le commencement môme (1). >
Fuyons I Quittons les Universités, leur théologie et leur logique. Ce n'est pas sans raison que Ton nomme la politique des Allemands die Professoren^poliUkt Elle se résume en quelques mots : Ce qui est bon à prendre est bon à garder. Vn de leurs plus grands patriotes, /.-G. Seume^ disait : « Les Allemands étaient toujours barbares on à demi barbares; ils n'ont jamais pu s'élever à la justice universelle et à la liberté. ^ Un autre auteur distingué, le baron Fr. von Moser écrivit ces paroles : € J'ai presque honte d'être Allemand lorsque je pense quels hommes deviendront nos princes héréditaires. Ils ressembleront à Roboam qui disait: «Mon pore vous imposa un joug pesant, je le ferai encore plus pesant. Mon père vous donnait des coups de fouet, et je vous battrai avec des scorpions. » Moser vécut au milieu du siècle passé et ne prévoyait pas un malheur plus grand pour sa patrie, il ne prévoyait pas que la nation avec tous ses petits princes supporterait le joug ignominieux d'un seul ministre (2).
€ Le monde est en proie au mal, » disait le célèbre Eant, dans le siècle passé; il n'y trouva aucun remède, mais laissa les paroles suivantes qui méritent la plus grande attention comme provenant d'un juge impartial,
(1) Toiles sont les notions élémentaircB du droit politique qui sont la baso de la jurisprudence allemande. On trouva ces définitions si infaillibles qu'on les admit dans les recueils encyclopédiques. Comp. : Aligemeùis dcutsche Knajklopœdie . Art, HechU
(2) Comp. Neue Fr, Presse, Deutsche Professoren und Bismarksche Poiitik, 1865.
d'un esprit élevé, sain, et infiniment supérieur à tous les philosophes allemands : « Il faut convenir que la conservation et la pureté de la croyance ecclésiastique, que la propagation uniforme et générale de cette croyance, que même le respect pour la révélation qu'elle contient, peuvent être suffisamment assurés par l'Ecriture sainte qui doit être un objet sacré pour les contemporains et les générations futures. » {Religion innerhalb dtr Grenzen der bloszen Vemunft. art. 111,, ch, v.)
C'est une question de la plus haute importance. Mais comment est-elle appliquée?...
Que voyons-nous? Entrons dans les églises. «, L'autorité, c'est moi, » dit le prédicateur protestant. « L'autorité c'est le Tsar, »dit le prédicateur schismatique. Voilà pourquoi le général Mannteufel répondit aux députés du Schleswig qui réclamaient leurs droits : « Votre loi, c'est la volonté du roi. » Voilà pourquoi un petit bureaucrate moscovite, gouverneur d'une province en 1863, fit entendre aux Polonais des paroles plus fiéres que celles de Mannteufel et de Louis XIV même : « Votre loi, c'est ma volonté. »
Passons en Italie. Nous y trouverons peut-ôtre la pratique de la véritable doctrine du Christ. C'est à Rome, au sein du catholicisme, qu'il faut chercher la pureté de la croyance chrétienne... En route I Nous y sommes. Haltelà I Des gendarmes! des douaniers! la police! les sbires! On demande des passe-ports; on fouille ! Au nom du Vicaire du Christ!... au nom du Sauveur de l'humanité !... de celui qui fut la liberté suprême, et l'amour suprême ! . .. Le Vatican au lieu de la modeste étable ! . .. Des huissiers, des chambellans... des maîtres de cérémonies... la garde. Baisons les pieds de cet humble servus servorum. Grand Dieu! La croix du Sauveur sur les pantoufles du pape !...
Suivons la foule. Voici une procession : à Naples, à Florence, à Milan. Grande et belle cérémonie, relevant l'âme, inspirant je ne sais quel sentiment pieux et idéal. Jamais forme d'un culte ne fut plus grandiose. Ces chants, ces cierges, ces drapeaux, la croix, ce symbole de liberté, de vérité, de sacrifice ! Oi/dirait que c'est vraiment la marche de l'esprit pur et saint. Les sens s'apaisent, les méchants tremblent, la voix du démon se tait. La tôte s'incline involontairement ; les genoux fléchissent, le cœur bat, une émotion indicible s'empare de l'homme qui n'est pas encore tout à fait dégradé, il a envie de devenir bon... il Test. Mais.... qu'est-ce donc que ce spectacle au milieu de cette marche solennelle?... Des idoles, des poupées!... Jésus-Christ en perruque I... la Sainte-Vierge en crinoline!... le sang de saint Janvier! Là-bas on rit, on danse... voilà une jeune fille jouant le rôle de la Madone!... On se prosterne devant la statue de Vénus... on vend les larmes d'un saint... les robes de Marie... voilà les clous de la croix... nous en avons vu une dizaine à Cologne, à Paris, partout... la troisième ou la quatrième tête de saint Jean !... Partons; ce sont des païens.
AUons à Moscou; entrons dans cette église.... On ne fait que se signer. Mille génuflexions... les prêtres se baisent les mains... on n'entend pas le nom de Dieu, mais celui du Tsar et de sa famille... litanies à n'en plus finir. On célèbre une fête au cabaret. Il y en a une centaine dans l'année. Revenons en Allemagne. Voici un temple protestant. Entrons-y. Le peuple est convenablement mis. On chante; on prie... mais la foi justifie les actions...
Passons en France. Nous sommes fatigués, frustrés. Nous avons besoin de recueillement. Le monde est si méchant et si stapide ! Cherchons une consolation dans la
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religion. Asseyons-nous dans le petit coin de cette église magnifique. Il est doux de quitter la terre, de prier, de rôver à Dieu, au bonheur éternel, les jeux fermés... L'âme s'envole vers les régions inconnues... enchantement... délice... « Présentez vos armes! » Juste ciell... Encore des armes ! des soldats ! On présente des armes devant le Christ comme devant un général 1 . .. Voici cependant un vrai général. Un chapeau magnifique, des epaulettes, sans doute pour parer le coup de sabre... bas de soie, bottines vernies ornées de boucles élégantes, le bâton de maréchal en main. Quel air altier I Digne commandant de l'armée. Non; ce n'est qu'un suisse!,.. Et ces gens-là en chapeau? qui sont-ils? Des sergents de ville. Oh ! mon Dieu! Partout la police !... Est-ce la faute du gouvernement? Certainement non. Pourquoi la société a-t-elle besoin d'être surveillée comme des enfants ou des aliénés?... Voilà des ivrognes qui entrent^ Blouses bleues. Vêtements déboutonnes. Ils viennent de les endosser pour aller à l'église ; au cabaret ils avaient des hahits neufs... Qu'est-ce donc sur ce mur? Des certificats à la sainte Vierge gravés sur marbre! ! ! (1)
Prions. Un moment de silence... Fermons les yeux. «Votre place, s'il vous plaît. » — « Comment! ma place? » — «Payez votre place, monsieur. » — « Mais je suis dans la maison de mon pôrel » — « C'est égal; payez deux sous. » Voici le tarif : La grand'messe, 15 centimes une chaise. Vêpres solennelles 10 centimes. Messe basse 5 centimes.
C'est indigne, c'est infâme, c'est une profanation qui n'a pas do nom. Le Christ les aurait rossés ces merce-
(1) Dans bien des églises on voit des inscriptions suivantes: « J'ai prié dans cette chapelle et j'ai été exaucée. » « Merci, 6 Marie f » etc.
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naires éhontés, comme il a rossé à Jérusalem « les négo^ ciants et les banquiers qui ont fait de Véglise un repaire de brigands. »
Prions, recueillons-nous... «Pour Tontretien de Téglise, s'il' vous plaît. » — Nous voilà quitte pour quelques sous. Personne ne viendra plus troubler notre méditation. -— « Pour une œuvre de bienfaisance, s'il vous plaît. )► — Ah ! voilà encore quelques sous. On donnerait un franc pour se débarrasser. C'est fini. Nous pouvons continuer nos prières. — « Pour les pauvres de la paroisse, s'il vous plaît. » — Mais ces dorures, ces cristaux, ce luxe, ces carrosses, ces palais!... Ilfaut se résigner. Pensons aux misères humaines. Demandons Tinspiration au Saint-Esprit. — « Pour les frais de l'adoration, s'il vous plaît. » Ne peut-on pas adorer Dieu sans payer?
Oh î les barbares ! C'est comme au théâtre. Quand l'âme est saisie d'ivresse , d'enchantement , on vient crier : « La pièce, YEntr'acte^ le programme du spectacle, la pièce, le journal du soir. » Ce sont autant de coups de poignard. Comment! le clergé catholique ne s'aporçoit-il pas qu'il mine le catholicisme à tout bout de champ, qu il est devenu la risée des hommes raisonnables, qu il porte atteinte au christianisme? Ne s'apcrçoit-il pas que s'il en tient encore quelques-uns dans une obéissance stupide, il est détesté par le peuple?... Ne sait- il pas que le peuple disait un jour en voyant les Dominicains : « Quand donc tordrons-nous le cou à ces cigognes blanches? » A Milan, lorsqu'on représentait Don Carlos de Schiller, le public a crié, sifflé à la vue du prêtre qui est entré sur la scène pour y jouer son rôle, car il no pouvait pas supporter sa présence. Un pareil symptôme ne mérite- t^il pas la plus sérieuse attention? n'exige-t-il pas impérieusement la réforme radicale et prompte du culte et du
clergé?... Seulement, pas de sophisme l Qu'on ne vienne pas me dire, les mains jointes et les yeux baissés : « La vraie religion du Christ a toujours été persécutée. » C'est bon pour les ignorants. Est-ce à dire que je veuille dénigrer le ministère du prêtre vraiment sublime? Dieu m'en préserve. La saine raison du peuple saura toujours respecter ceux qui en sont dignes; mais pour ouvrir les yeux aux aveugles, pour prévenir le danger imminent, pour vaincre l'opiniAtretô des pouvoirs civils et ecclésiastiques que rien n'a pu fléchir jusqu'à présent, il faut des moyens efficaces et énergiques, c'est-à-dire il faut avoir le courage de parler haut et fort.
Quels sont les effets de ces différentes doctrines qui se disent chrétiennes? quel est le culte qui est le meilleur? Y Brlril plus d'hommcs vertueux et libres parmi les catholiques que parmi les protestants , ou bien vice versa? Consultons la statistique, passons en revue tous les pays. Nous y trouverons les mêmes erreurs, les mêmes vices et en proportion égale. Il est difficile de dire quel est le culte qui a le plus d'influence sur la moralité des hommes. Mais ne faisons aucune différence entre un crime et un crime; ne faisons pas de différence entre un crime commis sur des nations entières et un crime commis sur un individu. Et les catéchismes, comment expliquent-ils la base de toutes les lois et de la moralité? Les professeurs, les philosophes comment appliquent -ils les commandements de Dieu et de Jésus-Christ? Chacune de ces lois suprêmes n'est qu'une lettre morte dans la vie pratique de la société. Elle se rapporte à la chair ^ à l'individu, aux détails, je dirai même aux niaiseries, suivant l'explication théologique et philosophique ; l'esprit n'y entre pour rien. Telle est l'éducation des enfants, telle est l'éducation
des jeunes gens. « Tu ne tueras point. Tu ne voleras point. » Mais on assassine des nations entières, on leur vole leur propriété I On torture rame, on la déprave, on la dégrade, on tue Tesprit, car c'est le tuer que de le réduire à la'force brutale. On vole aux hommes ce qu'il y a de bon dans leur nature, pour en faire des diables. On leur vole leurs facultés, leur intelligence, leurs sentiments nobles, leurs élans vers le bien, vers le juste. N'est-ce pas violer les commandements de Dieu, les lois de la nature? Où est donc le clergé soi-disant interprète de Dieu, qui s'y oppose? Et qu'après on s'étonne que la religion soit en décadence partout! Où sont donc les professeurs pour expliquer aux élèves les droits de l'homme? Où sont les vrais chrétiens? où sont enfin les « rationalisées > logiques?
On commet des crimes en grand; et un petit voleur doit être damné et rôti dans le feu éternel! On répand des idées homicides, on fait couler des torrents de sang, on tient les hommes dans une abjection, dans un culte € d^ autres Dieux » et personne n'y songe ! C'est absurde, c'est enfin ridicule, si l'on ne veut pas admettre que c'est criminel. Les grands forfaits sont tolérés, les petits péchés, une polka, une valse dévergondée sont poursuivis!... (1)
Pendant le règne de Ferdinand 11 et de François 11, en Sicile et à Naples on introduisit un régime devant lequel
(!) Quiconque aura la patience de lire cet ouvrage jusqu'à la fln verra qu'il s'agit de distinguer soigneusement le principe de la religion chrétienne, destinée à être catholique, c'est-à-dire universelle^ de la manière de l'appliquer. Personne ne saura nier que, parmi les prêtres catholiques, U n'y ait des hommes vraiment dignes do respect et d'admiration; mais il est aussi incontestable que pour la plupart le clergé qui se nomme catholique n'est pas chrétien. U y a une religion cléncale.
pâlissent toutes les atrocités du mojen âge. On punissait de prison et de mort pour « une démonstration muette » ou pour a une manière de penser digne de blâme,ï> Cela parait fabuleux, et cependant cela se passait sous nos jeux. On introduisit laCuffia del si/^nz to. Le peuple n'osait plus pro* nonoer le mot a Roi ; » il devait dire « Notre Seigneur. » Chaque commissaire de police, chaque gendarme, chaque gardien de prison avait non-seulement le droit d'employer mais d'inventer des tortures les unes plus ingénieuses que les autres. On murait les prisonniers. Des milliers de ces malheureux remplissaient les cachots de SaintrElme et de la Préfecture de police à Naples. Le fameux ManiscalcOj ci-devant voleur, espion, ensuite gendarme et à proprement parler vice-roi de Sicile, avait des prisons à Morreale dont la description fait dresser les cheveux sur la tête. On les ouvrit le 14 janvier 1848. Des cachots horribles se trouvaient à San Domenieo, San Isidore et à Catane. Dans une de ces prisons souterraines était enfermé le baron Nicotera. Le ministre Ajossa proclama la volonté du roi. qui ordonnait la bastonnade pour les voleurs et ceux qui troublaient la tranquillité publique. Cette loi, promulguée en 1822, fut publiée en 1843 parle ministre de police del Caretto ; elle fut abolie par la constitution de 1848 ; mais le roi la fit renouveler comme «règlement de police exceptionnel pour maintenir la sûreté publique. » Le ministre de Ferdinand U, baron Poerio, mis en prison, après le coup d'Etat du 15 mai 1848, resta au bagne de Nisida chargé de chaînes, pendant dix ans. Son martyre est célèbre. Une fut jamais jugé ; on le déporta en Amérique avec 90 personnes par ordre du ministre.de police, le 27 décembre 1858, quoique la déportation fût interdite parle code Napoléon. Les cruautés commises sur l'intendant de la comtesse San Marco, nommé
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la Lioata, dépassent toute imagination et ne sont rien en comparaison des autres. Un officier de gendarmes, Chininoi, appliqua à une femme, belle épouse d*un citoyen nommé Chimera, des tortures telles que la décence m' empêche de les raconter. Cela eut lieu en 1859. Ce n*est que le décret du préfet Liborio Romano qui abolit dans le royaume de Naples les cachots criminali ou segrete le 9 juillet 1860. Dans la même année une grande quantité de malheureux furent mis en liberté par Garibaldi lorsqu'il débarqua en Sicile (1).
Ces dates sont bien récentes.
Le roi François II était un despote; les journaux cathoques le nommèrent € malheureux ^j» lorsqu'il fut expulsé, et le Pape le défendit I
La loi sanguinaire du code de Charles-Quint Carolina^ connue sous le nom de Hochnothpeinliches Ilalsgerickt, existait il n'y a pas longtemps en Allemagne et en Autriche.
Cette dernière monarchie est encore appelée de nos jours archi-catholique. Dans cet Etat chaque loi qui a pour but de punir des forfaits politiques est criminelle par elle-même. Un délit y est souvent envisagé comme crime de lèse-majesté {Hochverrath) ou comme trouble de la tranquillité publique [Stœrung der œffentlichen Ruhé) (2) etjugéparun tribunal de guerre. En 1846, Metternich, ministre de cet Empire «archi-catholique,» fit égorger près de trois mille citoyens, femmes et enfants. La Galicie fut inondée de sang. Aux martyrs de Hongrie : le prélatJMar-
(1) Voir pour plus de détails l'ouvrage de M. Charles de la Varenne : La torture en Sicile.
(2) Voir le Gode criminel d'Autriche du 15 janvier 1855, et les crimes qui y sont désignés dans les articles 50-66, 68-75, et suivants.
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tinowich, le comte Sigrai, Hainotzi, Latzkowich, Szentr mariai, exécutés à Ofen après un procès couvert jusqu'à présent du plus grand mystère, succéda dans les derniers temps une longue série de victimes. Les tortures qu'on leur infligea ne différèrent en rien des mesures prises par le général autrichien Garaffa qui, en 1686, institua le fameux Tribunal de sang à Eperiôs et fut décoré de Tordre de la Toison d'or. En 1849, les généraux hongrois qui se rendirent sur parole, comptant sur la générosité de l'empereur François-Joseph, furent pendus à Arad, entre autres : Aulich, Damianich, Knezich, Lahner, Leiningen^ Nagy, Poeltemberg et Torok. Les autres généraux Dessewffj, Kisz, Lazar et Schweidel furent fusillés par une faveur spéciale. Le comte Louis Batthiany^ un des hommes les plus illustres du dixneuvième siècle, qui s'attendait à être gracié, fut condamné à être fusillé comme les autres, par l'Empereur lui-même, âgé à peine de dix-neuf ans. Il se donna la mort le jour où l'on devait le conduire à Téchafaud. Le comte Etienne Szecheny devint fou de désespoir. Le général Haynau sévissait comme un tigre enragé au nom de l'empereur archi-catholique. Sans parler des tortures, il suffit de dire qu'il faisait fustiger à coups de canne les femmes et les enfants. 11 n'était d'ailleurs que l'instrument docile d'instructions qui émanaient du trône.
On ne connaît pas le nombre de victimes que Ton massacra secrètement dans les cachots souterrains ; mais il est certain qu'en Hongrie seulement le gouvernement autrichien fit périr sur Téchafaud, pendant deux ans, deux cent quaî'ante^uatre personnes pour les soi-disant délits politiques.
En 1852, on en exécuta 71; en 1853, on en pendit et
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fusilla 129; en 1854, enûn, 44. Et la cour de Rome protège les Habsbourg ! (1).
Ob ! ne perdons jamais de vue ces grands crimes des grands de ce monde. Toutes les fois que nous parcourons TEurope, les ombres de ces yictimes infortunées nous BuiTent, criant vengeance. Nous ne pouvons faire un pas sans que notre pied ne foule une terre arrosée du sang des martjrs de la liberté.
Mais que sont toutes les cruautés des temps anciens et modernes en comparaison de Fépouvantable tableau des persécutions exercées en Pologne par les Moscovites sans discontinuer! Elles ne sont que trop connues. Bientôt ces récits ressembleront à une action mythologique. Un auteur distingué, M. Vilbort, dit avec raison : « En Pologne, les faits les plus incontestables paraissent si éloignés de la vraisemblance, le fantastique est tellement mêlé aux événements de chaque jour, que dans un siècle rhistorien qui voudra raconter ce drame palpitant et terrible hésitera effrayé, se demandant s'il n'est pas la proie de quelque hallucination sanglante, si toute cette épopée merveilleuse et sinistre n'est pas le fruit monstrueux d'une imagination en délire. Et en vérité... cette lutte, cet écrasement et ce martyre d'une nation qui dure depuis cent ans, ce supplice perpétuel, cette tombe toujours ouverte, cet héroïsme se retrempant dans les tortures, ce patriotisme renaissant dans la mort, ce grand crime qui fait rougir l'humanité, cette gloire sans pareille qui couronne la Pologne sur son Golgotha, ce drame unique et inouï n'appartient-il pas au monde de la fiction autant
(1) Voir : Notice statistique de la gazette allemande : Mercure de Sonabe {Schwabj'scher Merkur). n» 306 du 28 décembre 1859. Voir pour plus de déiaila : Ungains gutes Recht von einem Magyaren. Luzern. 1861.
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qa'au domaine de l'histoire, et n'est-ce pas un Homère qu'il appelle plutôt qu'un Tacite ? » Ces paroles ont été écrites il y a quelques années de cela, à la suite des derniers événements. M. Vilbort croit que dans un siècle la société sera tellement civilisée qu'il ne serait pas étonnant qu'un historien doutât de la vraisemblance de ces faits. Et cependant il y a cent vingt ans déjà que Montesquieu a dit dans son remarquable ouvrage : a L'âme des peuples du Nord est moins sensible à la douleur. Il faut écorcher un Moscovite pour lui donnerdu sentiment (1).» Quand on pense aux atrocités commises par les monarques, les cheveux se dressent sur la tête. Ce sont toujours les mêmes traditions dynastiques qui les animent. Ne remontons pas à des temps très -éloignés. Rappelonsnous ce qui s'est passé en Italie pendant tant de siècles. On eût dit que les empereurs d'Allemagne qui se croyaient empereurs romains étaient saisis de démence. Frédéric Barberousse ayant pris Milan fit égorger les habitants, raser la ville et y semer du sel!,,. Cela se passa il y a sept cents ans de cela, en 1162. On prétend que c'était un siècle de barbarie qui ne peut pas être comparé à notre époque. Mais les prédécesseurs et les successeurs de
(1) Esprit des lois, livre XIV, ch. ii. Ed. 17i8. Qu'on ne s*6toiine pas si en parlant quelquefois de cette agrglomé ration de peuplades asiatiques, injustement comptée au nombre des nations d'Europe, je lui donne le nom de Moscovites, contrairement h Tusage adopté
Ear la politigue et les gens qui ne connaissent pas Thistoire. Tout orame éclairé sait que le nom de Russes est une usurpation conforme au plan de Pierre I«f dans le but de s'approprier les provinces situées à larive droite du Dniepr et une partie des terres slaves au de! ri de ce fleuve. Montesquieu ne s'est jamais servi d'une autre expression pour désif^ner ce jx'upli' que celle que je viens de citer. D'ailleurs, la qnoslioii de nationalité concernant cette branche des Monpols a été dénnitivemtîiit prouvée et pour ainsi dire épuisée par* des savants éminents t«»ls que: MM. Lelewcl, Léonard Chodzko, Duchinski, Viquesncl, Henri Martin et autres. Il u'est plus temps d'y revenir.
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ce monstre lui ressemblaient. Les dynasties allemandes qui dévoraient l'Italie, l'Europe entière et même l'Amérique, tout aussi bien que les Bourbons, n'étaient ni plus ni moins que des pépinières de forçats. Si ce n'était un Barberousse, c'était un Philippe II, fils de Charles-Quint, avec son bourreau favori, le duc d'Albe. La Providence avertissait souvent ces anthropophages. Philippe II fut àéYoré par les pous. C'est un fait historique ; il mourut à la suite d'une maladie que l'on nomme pediadaria. Charles IX, roi de France, un des fauteurs de la Saint-Barthélémy, se noya dans son propre sang qui sortait de ses veines. Cela servit-il d'enseignement aux souverains ? Quel fut le commencement du royaume de Prusse ? On sait que ce furent des brigands en froc portant la croix du Sauveur qui fondèrent cette monarchie. Quel fut le commencement de sa puissance ? Laissons la parole à*Frédéric II lui-même : a On ne peut, dit-il, se € représenter l'état de la Prusse à la fin de la guerre a de sept ans que sous l'image d'un homme criblé de blesse sures, affaibli par la perte de son sang et prés de suc- € comber sous le poids de ses souffrances. La noblesse € était dans l'épuisement, le petit peuple ruiné, nombre Œ de villages brûlés, beaucoup de villes détruites. Une « anarchie complète avait bouleversé tout l'ordre de la « police et du gouvernement. En un mot, la désolation € était générale... L'armée ne se trouvait pas dans une « meilleure situation ; dix-sept batailles avaient fait pé- « rir la fleur des officiers et des soldats.» Un jour, quand la civilisation aura éclairé la société, on lui dressera un poteau ignominieux et on y mettra comme inscription ses propres aveux. Et cependant Voltaire, le libéral Voltaire l'idolâtrait, les Allemands lui ont érigé une foule de statues, les historiens le nomment Fi*ô(î>^ric le
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Grand et Tunique {der einzige) /... Pendant la guerre de sept ans l'armée prussienne perdit 373,000 soldats. Les adversaires de Frédéric II en perdirent un demi-million. Les Moscovites égorgèrent 30,000 personnes sans armes. Ce môme écrivain, qui sert encore aigourd'bui d'étendard aux progressistes, admirait le génie de l'impératrice Catherine II qui donna ordre à Souvarov de massacrer les habitants de Varsovie. En 1794, vingt mille vieillards, femmes et enfants y périrent. Quelle étrange confusion ! queUe Babel épouvantable!... Le clergé catholique combat, le pape en tête, pour défendre les tyrans; jusqu'à présent on célèbre à- Rome le retour du pape de Gaëte ; les libéraux honorent la mémoire d'un courtisan adroit qui flattait les oppresseurs.
Voilà qu'au milieu de l'Europe s'élève Vienne, la fameuse ville du congrès. Qu'était-ce donc que ce congrès? Un des historiens les plus éminents de notre siècle, M. Gervinus, appelle la période qui fut ouverte par le congrès de Vienne « un temps de fourberie et de mensonge, un temps de protocoles, de persécutions politiques, de conspirations, d'espérances et de désillusions (1). » « Napoléon I" a dit lui-môme, poursuit cet auteur, que celui qui opprime l'idée travaille à son propre préjudice ; il n'a fait que confirmer ces paroles par ses propres actions.» Que voyons-nous maintenant ? Napoléon III a-t-il profité des erreurs de son grand prédécesseur? a-t-il compris sa mission ? Oui, il l'avait sentie en lui. Son avènement au trône, le commencement de sa politique pré-
(1) Geschickte des xix Jahrhundêrts, Nous voyons bien qtie plus d'un (lemi-sièole s'est écoulé depuis cette époque. Les nations d'Europe devraient célébrer le 2C septembrejour où la Sainle-Alliance fut signée^ an se couvrant d'un ciÛce pour expier leur honte et leur abaissement.
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sageaient un avenir heureux pour TEurope. Mais ¥oilà vingt ans que l'Europe attend en vain de lui la réalisation des droita de Thomme, des droits des nations.
Napoléon m réprouvait hautement le congrès de Vienne et il finit par agir comme s'il était lui-même membre de « la sainte alliance. » A Dieu ne plaise que cette haute mission que la Providence lui a visiblement confiée ne finisse par l'embellissement de Paris et une statue colossale au Trocadéro !...
Les nations seront-elles encore longtemps dupes de leurs illusions? se figureront-elles qu'il n'j a pas d'esclaves au dix-neuvième siècle, parce que les noms de parias et à'îlotes n'existent point dans les classes inférieures ? Quel spectacle nous offrirent rAllemagne et la Bohême en 1S6Ô ? En quoi cette année différait-elle des temps les plus barbares ? Qui combattait dans des rangs opposés pendant cette guerre meutriére? Des frères contre desfrôres. Cette lutte, qui est l'opprobre de l'humanité, c'était une guerre apocalyptique. Ce sont les monarques qui ont poussé les peuples à ce crime sans nom, à ce crime qui est digne de l'ignorance des temps anciens. Les Allemands, qu'y ont-ils gagné? Un Hohenzollern au lieu d'un Habsbourg... au prix de deux cent mille hommes tués sur le champ de bataille et morts dans les hôpitaux ; au prix d'un million de victimes pleurant leurs pères, leurs époux, leurs fils; au prix de leurs champs dévastés, de leurs villes saccagées, de leurs villages brûlés I... En quoi cette nation, qui se dit civilisée, diffëre-t-elle des hordes barbares qui détruisaient Rome? Elle leur est égale par l'esprit de destruction ; mais elle n'en a pas hérité la mission. Les Germains brisaient les fers ; les Allemands portent eux-mêmes le joug et l'imposent aux autres. L'empereur des Moscovites, avec Taide des Allemands et des. I. h
Taptares, pour étoufer rinsurrection dévasta le pays, rasa de fond en comble les plus belles forets de la Lithuanîe et d'autres provinces polonaises, pilla les églises, les bibliothèques, les musées, assassina par des tortures physiques et morales au moins, la dixième partie d'une malheureuse nation ; les Allemands s'entr'égorgeaient pour opprimer les Italiens ou les Danois, les Hongrois, les Polonais, les Tchèques ou leurs propres compatriotes!... En effet! que pouvait faire de plus unOenseric, nn Attila ou un Genghiskan?... Et n'oublions pas que les nations qui ont ces souverains pour leurs représentants forment, y compris les peuples subjugués, plus de la moi' lié de la population d'Europe ; n'oublions pas que cela se passa sous nos yeux, que des atrocités sans nom se passent encore acgourd'hui, que les Allemands sont des esclaves dociles du roi de Prusse.
Mais voici un pays de liberté, de civilisation par excellence^ r Angleterre... « Non, rAngleterre,—- dit M. Ledrn- Rollin,— n*a pas de sœurs parmi les nations , elle compte des vassaux par millions, des stgets ou des pupilles, mais elle n'a pas d'amis. C'est le vautour isolé dans son aire. » •^Elle n'a pas d'amis... mais elle n'a pas d'ennemis! Qui est-ce qui est exempt de ce préjugé funeste que l'Angleterre est libre % Elle est libre, dit-on ; par conséquent on se figure qu'elle donne la liberté, que c'est là la source où l'on puise des idées libérales. Oh! que ces foules de mendiants, que leurs guenilleSi que les yeux enfiammés des malheureux ouvriers, que leurs habita"* tiens infectes, nauséabondes, attestent la liberté de ce pays, a Sa justice et toute sa politique, dit le mt'^me auteur, sont dans son intérêt mercantile, territorial ou militaire. La souveraineté des peuples, Tindépendance des nationalités ne sont à ses yeux que des abstractions
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vaines, et le droit international, pour elle, se mesure à la puissance des gouvernements. A quel moment de Thistoire, et dans quel pays l'art-on vue s'arrêter, avec ses flottes et ses canons, devant un principe sacré, devant un droit évident ? Tous ses empiétements depuis qu'elle est sortie de son lie, après avoir lentement assassiné l'Irlande, toutes ses conquêtes au dehors, ne sont-elles pas marquées au coin de la violence ou du vol? Ne l'a-t-on pas vue tenir les dés à cette table de 1815, où quelques rois, ses complices soudoyés , se partagèrent les royaumes comme un domaine et les peuples comme un troupeau, sans aucun respect pour les nationalités, pour les affinités historiques, sociales ou naturelles? A cette fournée du grand butin, c'est la libérale, c'est la religieuse Angleterre qui dictait les conditions. Que les peuples s'en souviennent ! »
Il y a dix-huit ans que Téminent défenseur de la liberté a écrit ces lignes. En quoi la position a-t-ella changé ? L'Angleterre, ce fantôme des droits du citoyen, cette oppression personnifiée sous l'apparence d'institutions libérales, ce colosse doré, mais rempli d'ordures et hérissé de pointes d'acier, n'a d'ennemis que parmi les hommes probes et dévoués au peuple, parmi ceux qui connaissent le mécanisme infernal de la diplomatie. Tout le monde se prosterne devant ce lion altier et insatiable. Le peuple, la classe opprimée, ceUe qui verse le plus de sang et le plus de larmes, le peuple de toute l'Europe ignore qu'il est souvent sacrifié à ce maître des mers et des terres, à ce dictateur des destinées des nations. Qu'on ne s'y méprenne pas. La France dépend de TAngleterre; oui, elle porte le joug de sa politique, de cet enchevêtrement de traités combiné par ses ministres; elle lui est assujettie sans en excepter l'empereur Napo-
léon m. Sait-on qu*il n'y a jamais du au mondd d*em* pire qui s'étendtt dans toutes les parties de la terre comme la Grande-Bretagne actuelle? Elle surpasse en étendue et en population l'ancien empire romain , et comprend trois fois autant d'habitants que la monarchie du Tsar, en comptant les possessions anglaises. Yoici une table comparative :
L'empire romain 75,000 lieues carrées. 120 millions hab.
L'empire moscovite.. 394,000 — 72 —
La Grande-Bretagne. 237,000 — 224 — (<)•
€ Que les nations y songent, ajoute M. Ledru-RoUin, ceux-là du moins qui ne veulent pas se résigner, soit à la servitude, soit à réternelle exploitation des marchands. Avec l'Angleterre, il n'y a pas de droit absolu ni pour rindépendance ni pour la souveraineté. Avec TAngleterre, il n'y a jamais de droit relatif bien certain ni pour les contractants, ni pour les alliés, ni pour les neutres. Assassinat ou corruption, voici la politique de l'An-* gleterre envers la France (2). d
LES VRAIS SOUVERAINS d'eUROPB
Embrassons d'un coup d'œil la situation de l'Europe entière. Qui est-ce qui la gouverne? Où sont-elles ces libres nations ? Combien y a-t-il d'habitants qui jouissent
(1) Handbuch der vergl. Statis. von Kolb. Le pays nouvellemeDt conquis par les Moscovites en Asie, trois fois aussi grand que la France^ n'y est pas compris.
(2) Il est impossible de grossir le contenu de ce livre en y insérant des faits dont l'importance est généralement peu connue. Ils sont trop nombreux. Le lecteur n'a au'à consulter le remarquable ouvrage de M. Ledru-RoUin : De la décadence de rAnglete^TC, Cela donne des cauchemars; et les faits sont authentiques. Les Anglais n*ont su que s'en offenser contre l'auteur.
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non de rindépendance politiqne et des droits de Thomme, mais au moins du droit de choisir librement ceux auxquels ils doivent obéir? La population de TEurope s'élève à 282,200,000 habitants. La Grande-Bretagne, Fempire moscovite que Ton nomme européen , T Autriche, la Prusse, rAliemagne, TEspagne, le Portugal, la Orèce et la Turquie comprennent 228 millions d'habitants. Il n'j^ a que le quart de la population qui ait un souverain émanant plus ou moins de sa yolonté. Cela fait trois esclaves sur quatre personnes. Et qui oserait nier que la coalition des dynasties dans les États ci-dessus mentionnés ne préside aux destinées des nations? qu'elle n'influe même sur tous les autres pays ?
Ces dynasties, de quelle utilité sont-elles pour les peu- . pies ? Est-ce que ce sont les monarques qui gouvernent l'Europe d'eux-mêmes? L'ont-ils jamais gouvernée exclusivement? Autrefois, en France, ceux qui se distinguaient par quelque activité^ furent les rois a sanguinaires ;t plus tard le trône fut occupé par une longue série de « fainéants; » ensuite les maires du palais, destinés d'abord à surveiller la table et la cuisine des rois, commandaient les troupes et unirent par s'emparer des rênes du gouvernement. En Allemagne, tandis que les empereurs siégeaient sur leur trône à l'âge de sept ou huit ans et commençaient à guerroyer à l'âge de quatorze ans, subjuguant les nations libres, luttant avec les papes, les seigneurs féodaux ravageaient le pays en vrais bandits. Rodolphe de Habsbourg flt détruire soixantedix châteaux des chevaliers brigands^ et ce ne fut qu'une partie minime des repaires qui remplissaient le saint Empire [dos heilige JReiek). En 1338, la fameuse assemblée de Rentz éleva les écuyers et les veneurs des empereurs à la dignité d'électeurs, qui furent [depuis nommés par
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Charles IV « les sept colonne»^ les sept luminaires^ les sept membres du saint corps » de la monarchie qu'ils gouvernaient à leur gré, disposant de la couronne d'après les dotations dont on les récompensait. Parmi les rois français, saint Louis était séparé de Henri IV d'un espace de trois siècles et demie. Durant cette période, si ce n'était Un fauxmonnayeur ou un meurtrier des Templiers, c'était un fou ou un tueur de huguenots qui occupait le trône, La guerre de succession inonda de sang, pendant plus de trois cents ans, la France et l'Angleterre (1116- 1453). Les autres qui s'ensuivirent, bien qu'elles eussent eu une autre cause et un autre caractère, n'en dévastèrent pas moins ces deux puissances pendant des siècles entiers. A partir du quinzième siècle, c'est-à-dire depuis la mort de Charles-le-Téméraire, duc de Bourgogne, en 1477, commença la rivalité entre la France et l'Autriche. La France soutenait une lutte continuelle contre la rapacité des Habsbourg. Cette guerre engendra une foule de combats les uns plus meurtriers que les autres ; au fond c'était toujours l'envie de gagner de la prépondérance et d'assurer le trône aux dynasties qui aiguillonnait les souverains, et on peut dire que le torrent de sang qui provient de cette source seulement remonte à près de quatre cents ans. Les guerres de religion et de trente ans n'étaient que des épisodes de ce drame épouvantable ; elles ne servirent que de prétexte aux monarques qui, pour leur propre profit, massacraient les peuples de génération en génération. Cette lutte n'a point fini ; elle aseulementchangédeforme.Et qui la soutient depuis l'époque où elle a commencé ? Les têtes couronnées sont h l'abri des soucis de l'administration aussi bien que des dangers de la guerre. Les rois s'amusent^ les ministres les remplacent. ^
An seizième sîôele, l'histoire nous présente des per*sonnages tels que Ximenez, Thomas Moms, le cardinal de Granvelle, tels aussi que le duo d'Albe, bourreau des protestants, et Stuart Murray, bourreau des catholiques; enân Requesens, Don Juan d'Autriche, Sully, le comte de Lerma, tout^puissant ministre de Tindolent roi d'Espagne ; Robert d'Evreux, comté d'Essex, le malheureux amant de la pieuse et cruelle reine-vierge. Pendant plus de deux cents ans la France, qui dirigeait les destinées de toute l'Europe, est gouvernée par les ministres. Ce sont les d'Ancre, les ducs de Luynes, puis les Richelieu, les Mazarin, les Fouquet, les Colbert, les LouYois qui se suivent sans interruption. Ailleurs, les Ernest Mansfeld, Tilly, Wallenstein, Torstenson, le duc de Buckingham, favori de Charles !•'; Oxenstieme, régent de Suède ; Cromwell, Jean de Witt, grand pensionnaire de Hollande ; Olivarez, maître absolu d'Espagne pendant le régne de Philippe IV ; le général Monk qui rétablit les Stuart ; enfin, le grand inquisiteur Everard Nithard, amant de Marie-Anne d'Autriche, madame de laYalliôre, madame de Montespan, madame de Maintenon, apôtre des huguenots et principale fautrice de la révocation de l'édit de Nantes, mademoiselle Ninon de Lenclos, voilà les véritables souverains de l'Europe, voilà cens: qui régissent des nations au dix-septième siècle.
Le duc de Luynes sut gagner les bonnes grâces de Louis Xin parce qu'il lui avait appris à attraper des moineaux, et il devint premier ministre; Louvoîs incita Louis XIV à faire une guerre à l'Europe parce que le roi avait trouvé qu'une fenêtre du Trianon était plus basse que l'autre.
Au dix-huitième siècle nous voyons une autre série de vrais souverains. Les pri^ipaux d'entre eux sont : en
France, le cardinal Dubois, le cardinal Fleury, Turgot, Calonne, Necker, sans en excepter madame de Châteauroux, sans en excepter madame de Pompadour, qui nommait les ministres et les généraux en chef; qui exerçait une influence particulière sur Timpératrice Marie- Thérèse, « fios^er rexïi des Hongrois et qui entraîna la France dans la guerre de sept ans. En Angleterre, c'étaient Lord Chatam, Quillaume Pîtt qui décidaient du sort des deux hémisphères ; en Portugal^ le génie de Garvalho, marquis de Pombal, délivra pour quelque temps sa patrie des fers du système mercantile des Anglais et sut triompher des machinations du haut clergé, des jésuites et de Taristocratie. Les Moscovites tremblaient devant un Menchikoff et un Biren. Catherine II gouvernait son empire; les Potemkine gouvernaient Timpératrice^ et le sort de la Pologne dépendait d*un Zouboff, ou d'un tam* bour-major athlétique.
Quels sont donc les mérites des monarques? Sur quoi sont-elles donc fondées ces prétentions dynastiques, ces partis dits légitimistes^ orléanistes, etc.? Où est leur légitimité? L'histoire ne dit-elle pas qu'il n'y a pas de Bourbons, de HohenzoUern, de Romanoff, mais que presque toutes ces têtes couronnées ou déchues de leurs trônes sont des descendants des Mazarin, des Zouboff, etc.?
Le dix-neuvième siècle a-t-il réalisé l'idée de 1^ grande révolution? Depuis ht restauratioti du gout)emement des ministres et des maîtresses^ c'est-à-dire depuis le congrès de Vienne, ce sont les ducs de Richelieu, les Polignac, les Peel, les Metternich, les Guizot, les Thiers, les Palmerston, les Nesselrode, les Gortchakoff, les Mourawieff, les Miloutine^ les Bismark, les Beust, qui gouvernent l'Europe. Le ci-devant roi de Hanovre se laissa guider par un barbier, la reine d'Espagne par une nonne Pairo^
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cinia. Et c'est pour de tels principes, c'est pour une telle administration que les soldats doivent verser leur sang, que les peuples doivent pajer des impôts!...