‹ La décadence de l'EuropeChapitre 12 sur 49 · CXLIX · texte numérisé non relu

CXLIX

triche; aujourd'hui c*est la Prusse. Chacun de ses États dépense pour Tentretien de Tannée et les dettes plus de la moitié des revenus. Le duché de Reu^s (ligne atnée), qui a 152,000 écus de recette, dépense proportionnellement en dettes, force armée et en frais de cour autant que le roi de Prusse, c'est-à-dire 66 Vo» Chose digne d'attention qu'en Allemagne chaque famille paye en moyenne autant d'împéts qu'en Autriche et en Prusse, quoiqu'il n'y ait point de force navale dans ce pays, car le conseil de la confédération germanique a vendu la flotte fondée par l'Assemhlée nationale en 18491

Que pouvons-nous exiger de l'Italie? En 1796, le roi de Naples acheta la paix pour 8 millions de francs, et força les habitants de lui rendre toute leur vaisselle en or et en argent; plus tard il s'empara de la propriété de sept banques et s'enfuit après avoir fait payer à ses sigets le dixième de leurs revenus. L'installation de la dynastie des Bourbons coûta des sommes immenses. En 1815 le roi promit à la cour d'Autriche 25 millions. Le pays fut obligé de payer au vice-roi Eugène 5 millions de dommages^intérets. Pendant le congrès de Vienne on dépensa 6 millions de ducats pour les frais € de la haute politique.^ Tallejvajid obtint un million de ducats, et pardessus le marché, comme duc de DtnOy 60,000 francs de rente. Cette politique infernale consistait à imposer à la nation la dynastie des tyrans. Non-seulement on n'y abolit point les impôts introduits par Napoléon, mais on les augmenta de 35 %• Le roi des Deux-Siciles, Ferdinand I", paya à l'empereur d'Autriche 85 millions de ducats, en récompense de ses services, qui consistaient à anéantir la constitution défendue parle peuple sous le commandement du vaillant Pépé. Le corps autrichien entretenu aux frais du peuple napolitain dévasta tellement le pays que les habi-

tants, n*ayant de quoi Tivre, formèrent des bandes de brigands. C'est de cette époque que date le fameux banditisme napolitain. En 1832, le nombre de prisonniers politiques fut si grand que le ministre des ânances était

obligé d'augmenter les recettes et d'introduire de Técono*

mie dans les dépenses annuelles de l'Etat. Cela donne une idée des persécutions.

Le fils de François l", Ferdinand II, surpassa en cruauté, comme je viens de le dire, son pare et son grandpère^ et peut être comparé aux plus grands tyrans. Une pu* nissait pas, il se vengeait de ceux qui tendaient à la liberté d'une manière atroce. Les cabinets se virent forcés d'intervenir en. faveur des malheureux. Le roi leur répondit que personne n'avait le droit de se mêler dans les affaires de son administration. Cela se passa en 1851. C'est alors que l'on vit ces procès gigantesques qui durèrent plusieurs années. L'histoire entière ne présente rien de semblable. Le gouvernement napolitain commettait des crimes sans nom. Les plus grandes infamies étaient revêtues de forme légale. Cela n'empêcha pas le pape de parer le roi du titre de « très-pieux i^ {rex piissimus)» Douze ans plus tard, les mêmes atrocités se répétèrent en Pologne, mais elles j prirent, comme on le sait, des proportions plus grandes. On envoya plus de cinq cent mille personnes en Sibérie, on leur confisqua tous leurs biens, on fusilla et pendit des milliers pendant un an et demi. Le ministre Gortchakoff donna la même réponse aux notes diplomatiques des cabinets d'Europe que le roi de Naples. Le pape, il est vrai, n'accorda pas au tsar le titre depiimmus; au contraire, il prêcha d'abord une croisade contre lui, mais en 1866 il condamna ceux qui prirent part à l'insurrection et.les traita de a rebelles coupables. » Tel fut l'exemple donné par le représentant de la

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chrétienté, parle suocesseur de la lumière des lumières, lumen luminis.

C^est Bousrinfluence d'nne telle politique que le peuple napolitain fut élevé. En 1832 on comptait en Sicile 30,000 moines et religieuses. En outre, il j avait dans tout le royaume 26,800 prêtres séculiers!!! Jusqu'à présent le tiers de la population ne vit qu'en mendiant son pain. Naples contientsofiran^emtV/elazzaroni passant nuits et jours dans les rues. En 1861 l'ancien royaume des Deux-Sicilefl contenait 1,292 couvents. Le tiers des religieux avait 4,555,968 lires de revenus par an. Le gouvernement actuel s'efforce il est vrai d'y introduire un meilleur système d'instruction, mais le pays étant dévasté par les Habsbourgs, les Bourbons et les prêtres, les finances ne peuvent suffîre aux besoins du peuple appauvri.

On ne comptait en 1861 qu'un seul élève sur mille habitants !

La Sardaigne subit le même sort. Vers la fin du siècle passé ce royaume n'avait point de dettes. Les envahisseurs réduisirent ce pays à la dernière misère et le chargèrent de dettes énormes. En 1835 on en comptait déjà 100 millions de lires. La guerre avec TAutriche, en 1848 et 1849, coûta 206 millions. Ce que le Piémont et le royaume des des Deux-Siciles ont souffert paraît incroyable. Outre les faits que je viens de nommer il suffit de dire qu'en 1830 il y avait sur l'île de Sardaigne 376 grands domaines féodaux maintenus par la Restauration. On promulgua une loi d'après laquelle celui qui n'avait pas au moins quinze cents lires de fortune n'a pas le droit d'apprendre à lire et décrire. Ce n'est qu'en 1848 qu'on y introduisit de grands changements. Avant cette époque, les revenus du clergé de ce petit pays montaient à 17 millions. On y abolit 399

couvents qui contenaient 0,870 religieux, et ce n'était qu'une partie minime seulement.

Rome I... Qui ne parle de Rome? Tout le monde qui se dit civilisé s'occupe des États pontificaux. Et cette monarchie est, pour son étendue, moins que le tiers de la Suisse. Elle ne contient que 214 lieues carrées et 700 mille habitants, j compris la capitale. On pourrait dire : que de bruit pour si peu de chose 1 II ne faut pas beaucoup de perspicacité pour voir que cette petite portion de terre et ce petit pouvoir séculier, loin d'augmenter l'autorité du Pape, ne font que la déprécier. Le Pape, comme chef de l'Église, serait le premier; parmi les souverains il n'est même pas le dernier. Il n'y a que les catholiques ennemis du christianisme qui ne veuillent pas le voir. « Nonpossumus. » Mais le pouvoir séculier n'a été institué que huit cents ans après Jésus-Christ ! Pourquoi les papes des premiers siècles ne disaient-ils pas : Non possumus ? Quoi qu'il en soit, les soi-disant libéraux, les pro* testants, les Allemands surtout sont indignés « des horreurs de la persécution de malheureux esclaves du despotisme de la curie romaine. » Qui n'a entendu parler de l'affaire Moriara^ de l'affaire Madiai^ de quelque moine bohème, des quatorze prisonniers (criminels) enfermés à Civitta Vecchia? On les pleurait, on s'apitoyait sur eux, on lançait des invectives contre le clergé et la religion. Il suffit de prendre n'importe quel journal allemand du mois d'août 1865 pour s'en convaincre. « Quelle barbarie, disait-on, quelle honte pour la société d'aujourd'hui»! C'étaient des cris à n'en plus finir. J'ai vu moi même plus de cent journaux qui ne faisaient que parler de ces quatorze voleurs ou brigands, de la «tyrannie du pape, de la cruauté des moines. » Oh ! les lâches I Lorsqu'il s'agit de défendre une dizaine de forçats, ils ont du cœur, de l'élo-

qnence ; ils sont libéraux. Mais si les forçats sont couronnés ils se taisent. Quand on massacre des centaines de milliers, quand on réduit deux cents millions à l'abaissement, à rignorance, à la misôrè, quand on égorge les Hongrois, les Danois, les Polonais, les Cretois, les Candiotes, Fopinion publique se contente de désigner du sobriquet de rouge (nom qui paraît ignominieux à quelquesuns), tous ceux qui sentent Tavilissement brutal de rhommel... Est-ce démence ou stupidité?

A Rome, il se passe des choses abominables, on ne peut les nommer autrement. Ces 3,900 prêtres (un prêtre sur 47 hab.), ces 2,000 nonnes , ces nuées d'ecclésiastiques formant avec les séminaristes 8,000 religieux, la vingtcinquième partie de la population, et, ce qui plus est, ces sauterelles, ces officiers de la cour qui dévorent la cinquième partie des revenus de TËtat, ces ministres, ces gendarmes, cette police.. . 0 roi des rois 1 Toi qui naquis dans la croche.... toi qui n'avais pas un denier pour payer rimpétaux Romains 1... Mais est-ce là seulement la source des misères des peuples? Du haut du Vatican s*éleva une voix il n'y a pas longtemps : « Secouez ce joug de diplomatie et de mensonge » — disait Pie IX. Qui est-ce qui répondit à sa voix ? Ah ! c'est que ce joug il ne le secoua pas le premier!...

Passons en Espagne. Jadis maîtresse de toute TAmérique, elle avait en 1817, malgré les mines d'or et d'argent du Pérou et du Mexique, un déficit de 200 millions de reaies. Les dettes de ce pays remontent au temps de Charles V et de Philippe II. A la mort de Philippe V de Bourbon, en 1746, ce roi qui fit dire à Louis XIY le fameux : < Plus de Pyrénées, » le même dont l'entrée à Madrid fut célébrée par un auto-dafé de juifs brûlés en 3on honneur, à la mort de ce roi qui pendant 46 ans gou-

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yernait TEspagne en sommeillant dans son lit aux sons de la Yoîx de Farlnelli, ce pays était chargé de 800 mil- Ions de reaies de dettes. La guerre pour Tindépendance coûta la somme colossale de 4 milliards et demi. La houvelle guerre de succession, qui finit en 1840 par Tavénement au trône d'Isabelle II, coûta ^ua^r*e miliiards de réaux I Lorsque en 1823 l'Espagne était menacée de la guerre avec la France, elle comptait 48,681 soldats et 80,000 ecclésiastiques. C'était déjà bien peu en comparaison avec Tan 1787, où Ton comptait 179,357 prêtres séculiers et moines ; ces derniers étaient au nombre de 94,000. En 1820 il j avait dans ce pajs 3,005 eouvents. Les revenus de l'État n'étaient que de 21 millions de piastres, les revenus du clergé montaient à 52 millions. Il resta encore, en 1857, 62,956 personnes appartenant auclei^é. Malgré cela le gouvernement dépense encore aujourd'hui quarante-quatre fois moins d'argent pour l'instruction publique que pour l'entretien de l'armée et pour les dettes. Qu'on s'étonne après de la haine qu'inspire à quelquesuns le clergé catholique d'aigourd'hui ; qu'on s'étonne de la décadence de la religion I...

Faut-il aller en Moscovie, en Turquie pour y voir rinstruction du peuple et en comparer les budgets à ceux de la guerre ? Dans ce dernier Empire il n'y a point de statistique, dans l'Empire du Tsar la statistique est improvisée, ce qui revient au même. Si la Turquie est un opprobre de lasociété du dix-neuvième siècle, si la Grèce est une nouvelle preuve des crimes des souverains, faut-il en accuser les sultans? Un ministre anglais a dit un jour : € La Turquie vivra tant que nous ne lui permettrons pas de mourir. » Et la nation anglaise d'applaudir. Sur 16 millions d'habitants on compte en Turquie d'Europe la moitié de Slaves et la huitième partie d*Ottomans.

C'est un empire aassi nominal que rAutricbe, Les nalions qui entrent dans la composition de cet Etat ont le même droit de s'appeler Turcs que les sujets des Habsbourg, Autrichiens. Le gouvernement turc est sans comparaison plus libéral que celui du tsar, mais Tinstruction» l'agriculture et l'industrie sont les mêmes en Turquie qu'en Moscovie. Grâce à l'administration barbare de ces deux pajSy dont le sol est fertile et retendue plus grande que le reste de l'Europe, tous les habitants en souffrent.

Que les peuples d'Europe, que les économistes y songent bien : le pain, la viande, les objets indispensables pour la vie seraient quatre fois moins cbers, le travail de s ouvriers serait infiniment moindre, le paupérisme dispa* raîtrait, les Anglais, les Irlandais, les Allemands, les Suisses ne seraient pas obligés de s'expatrier en masse pour passer en Amérique, en Asie et en Australie, si ces pays étaient bien cultivés, si l'Orient n'était plongé dans les ténèbres de Tignorance et duh^^^^^P^^î^^^* L'ambassadeur anglais, en 1861, démontra qu'il javait dans Fempire Ottoman un déficit de 49 millions de francs. On dépensa 194 millions 1/4 de francs pour les dettes et la force armée, et 574,250 fr, pour l'instruction publique ! Donc les deux premières branches engloutirent 340 fois autant d'argent que l'instruction du peuple. Un tel État existe dans cette Europe qui se croit civilisée !... Mais que dire de la civilisation en Turquie, que dire du progrès, si dans l'empire moscovite il y a plus d'un demi-million de nomades^ si en Angleterre il y a 1,070,374 mendiants?

Les misérables de TOccident ne peuvent partager leur pain avec les misérables de l'Orient, où les hordes asiatiques, avec l'aide des Allemands couronnés, des lords anglais et des banquiers de tous les pays^ tiennent entre

leurs mains les destinées de presque tous les peuples du globe terrestre.

a La Russie est tranquille, majestueuse et puissante, » a dit le prince Gortchakoff. M. Herzen, le prince Dolgoroukoff, MM. Louis Wolowskiet Mazade ont prouvé tout le ridicule de ces paroles et la faiblesse de ce colosse aux pieds d'argile (1). En 1865 Kolb, s'appuyant sur les documents authentiques, démontra que les dettes de Tempire moscovite s'élevaient à la somme de huit milliards de francs. Il est'hors de doute que ces deux branches seulement : les dettes et la force armée, y engloutissent 75 '*/o, c'est-à-dire les trois quarts des revenus.

Quant à l'instruction, on y compte, selon quelques-uns, un élhe sur 140 habitants, M. Léouzon-Leduc nous apprend au contraire que sur toute la population le nombre de ceux qui y reçoivent l'instruction n'est que de 350,000 habitants. Il n'y a pas 1 Moscovite sur 82 qui sache lire.

Le tableau de cet ««empire est effroyable comme son histoire. Un auteur qui connaît parfaitement ce pays s'exprime ainsi : « On dit que la position s'est bien améliorée depuis le fameux décret d'affranchissement des serfs. On en a fait beaucoup de bruit; qui ose aujourd'hui en discuter les résultats? C'est afin qu'on ne voie pas toute cette misère qu'on y laisse difficilement pénétrer les étrangers. Qu'auraient-ils à y voir en effet? Un peuple misérablement logé, nourri et vêtu, croupissant dans Tabjection, ayant l'i^TCsse pour état normal, grâce à la ferme des liqueurs fortes qui a fait de l'exploitation

(1) Voyez : Les finances de la Russie. Hevue des deux mondes, 15 janvier 1864, et rariicle de M. Mazade^ inséré dans le même ouvrage le 15 mars 1866: La Russie sous Alexandre II.

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deTintempéraiice une institution nationale , puisqu'elle sert à compléter Tabrutissemeiit de malheureux paysans. Ces êtres, accolés à des femelles qui n*ont de leur sexe que les vices et les inconvénients, donnent le tableau bestial d*un accouplement qui ne diffère que fort peu de celui de la brute. Lorsque le moujick, poussé à bout, ne trouve plus rien dans sa huche et se sent trop fatigué du système, il se laisse aller aux plus horribles vertiges ; il fait, comme il dit, chanter le coq rouge {krasnyj pietuszok), et Ton apprend alors ces incendies qui détruisent les châteaux, les villages et les villes. C'est sa manière de secouer sa torpeur comme autrefois les boyards, pour se distraire, étranglaient un empereur à la fin d'un souper. En un mot, le communisme entre esclaves a été changé en communisme entre serfs. Tout cela ne s'est pas fait en un jour; c'est au contraire le produit d'une longue machination, œuvre du mauvais génie qui s'appela Pierre I , qui se déclara pape d'Orient et se décida à fonder une capitale en face de Stockholm, dans un marais pestilentiel où il sacrifia plus de cent mille hommes à l'exécution de ce caprice. D'après son testament, l'Europe apeut et doitêtre subjuguée. » Maintenant les voies ferrées de cet immense empire, construites d'après un plan éminemment stratégique, lui permettent de réunir à Varsovie et dans les environs, c'est & dire à vingt-cinq heures de Strasbourg, une armée formidable avec matériel et approvisionnements. 11 avoue 201,000 hommes employés à l'intérieur, 702,000 hommes de troupes régulières et toigours mobilisables, et 326,000 hommes de troupes irrégulières, ensemble douze cent mille machines à tuer, faciles à mouvoir sur l'ordre d'un seul homme. Si la Prusse pouvait oublier l'article 13 du testament de Pierre !«', elle doit au moins se souvenir de cette parole de Frédéric II : «La Russie à Con-

stantinople, c'est, deux ans plus tard, la Russie à Kcenigsherg (1). » Le roi ne prévoyait pas alors les chemins de fer. On pourrait dire à présent : Les Moscovites et les Prussiens assemblés à Berlin, c'est deux jours plus lard les Moscovites et les Prussiens d Paris. La France, de même que toutes les nations d'Europe, ne devraient jamais oublier ces dates néfastes : le 18 juin, bataille de Waterloo; le 6 juillet, entrée des alliés à Paris; le 26 septembre, traité de la Sainte-Alliance ; le 13 octobre, mort du roi Joachim Murât fusillé par ordre de Habsbourg. Les Allemands et surtout les étudiants des universités allemandes ne devraient jamais oublier le 20 septembre 1819, jour de la fameuse conspiration des ministres connue sous le nom de conférences de Karlsbad (2).

Les Moscovites ne peuvent plus être comptés parmi les peuples d'Europe qui se respectent. Les gibets de Pologne marquent les frontières de l'Asie*

UN SYMBOLE POLITIQUB.

Un auteur aussi savant qu'éminent publiciste, ami de la liberté et défenseur zélé de toutes les classes opprimées, M. Armand Lévj, a dit de la Suisse € qu'elle est le symbole de l'unité future de l'Europe par les liens fédératifs des nations. » Et, en effet, que voyons-nous en Suisse? N'est-ce pas un pays choisi par la Providence pour montrer aux peuples d'Europe comment ils doivent se gouverner? Il y a parmi les habitants de cette terre bénie, de cette patrie de Tell qui a la croix du Sauveur

(1) Comp. rimportant ourra^e de M. Ed. Talbot : L'Europe au^ Européens.

(2) Corap. Wiohtige UrkundeD fur den Rechtszustand der deulschen Nation, tod Welckert (Manh.)

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pDur dmblèmd^ tine coutume qui en fait la plus grande gloire, qui résume toute la moralité et toute la situation politique dé cette Confédération. La Suisse, peuplée de deux millions et demiy peut au bout de 24 heures mettre sur pied 120,000 vaillants soldats, 200,000 au bout de 48 heures, et si sa liberté était menacée 350,000 hommes armés ! Quel pays au monde peut en proportion procurer un pareil contingent? Toutefois, en temps de paix, et même pendant les réunions les plus grandes, on n*y voit presque pas de soldate. Geils:-làqui, lors des fêtes nationales, sont prêts pour toute éventualité, se tiennent cachés, parce qttë k peuple n aime pas la vue de i' uniforme^ parce que cela lui rappelle le sang et lui (rouble sa joie. Quelle dignité! quelle élévation de sentiments!

Le peuple suisse déteste également les uniformes de la police. Pendant les plus grandes afûuences, qui s*élévent quelquefois à deux cent mille personnes, pendant la réunion des francs-tireurs {Sckûtz-verein) il est impossible de distinguer un agent de police d'un simple particulier. Quelques hommes loués provisoirement sont là pour avertii* le public de Tordre qu'il faut maintenir et cet ordre n'est jamais tvoublé. Il se passe en Suisse le contraire de ce que nous voyons dans toute l'Europe. C'est le peuple qui est armé et la police est sans armes. Mais la loi y est respectée, les prescriptions du gouvernement sont sacrées ; mais le peuple est raisonnable parce qu'il est mûr. Promenons nos regards sur les capitales ; arrêtonsnous à Paris, à Vienne, à Moscou, lorsqu'un souverain passe, lorsque la ville est illuminée. Quelle cohue> quelles vociférations !... Sont-ce là des hommes ou desbétes? Un Suisse lèverait à peine sa tête d'homme pour voir une tête couronnée.

C'est le Béni pays du globe où il n'y ait point de dettes;

tandis que dans toute TEurope, chaqve enfant quittent au monde, an moment de naître a dijà^ en prenant la moyenne^ deux cent cinquante mille francs de dette publique. En 1863 on évalua la dette de la Suisse à 3,750,000 fr. que Ton contracta pour la défense de Neufchatel, en j opposant un actif de plus de 15 millions. L'administration ne coûte que 10j|iillions par an. Les appointements du Président des républiques confédérées ne sont que de dix mille francs. Les chefs des petits arrondissements et districts, les employés subalternes dont on compte par milliers en France, en Allemagne etc., ne se contenteraient pas d'un salaire si minime. La Confédération ne perçoit point d'impôts directs. Dans les cantons, les impôts directs ne sont prélevés que sur la fortune et les revenus de chaque citoyen ; et non en pour cent mais en millésimée^ 1 à 1 -^ par mille. Ils augmentent en proportion des biens. La terre est libre de toute charge. Le sol de la Suisse est aride, mais aucun État d'Europe ne possède tant de gens riches et une opulence aussi générale. Les plus petits sentiers sont pavés, toutes les branches de communication sont parfaites. Il n'y a pas au monde un pays mieux administré. Et par-dessus tout un maître d'école primaire^ sans compter le logement, reçoit dans bien des endroits 1,500 à 1,800 francs par an. On n'y trouvera pas un seul individu qui ne sache lire et écrire; et on y compte cinq universités sur une étendue de 740 lieues carrées.

EUROPE BT ÉTATS-UNIS. — COMBIEN PAYE l'EUROPE POUR l'honneur d'avoir DES SOUVERAINS?

Rien ne prouve en faveur de la liberté comme l'accroissement de la population. Comparons les États-Unis avec TEurope. La population aux États-Unis s'agrandit de

8 millions au bout de dix ans (1850-1860), c'est-à-dire elle monta de 33 à 31 millions, tandis que dans toute l'Europe à peu près dix fois plus peuplée, elle ne s'accrut que de 15 millions dans le môme espace de temps (1852-1862).

Après la terrible guerre pour l'affranchissement des esclaves, la dette des États-Unis s'amoindrissait, durant toute l'année, de 65 millions de francs par mois ! A-t-on jamais vu quelque chose de pareil en Europe (1) ? Les besoins de toutes les monarchies européennes augmentent chaque année et leurs revenus prU ensembky malgré la plus grande répression, n'apportent que dix-huit fois autant que le revenu d'un seul pays de l'Amérique septentrionale. Les dépenses du gouvernement des Étas-Unis diminuent tous les ans ; le déficit ordinaire de l'Europe dépasse un milliard.

D'après le budget de 1862 les frais d'administration en France, sans compter les affaires étrangères, les finances et la guerre, étaient de 222 millions, savoir : ministère d'État 19 ^, de justice 31 -pi de l'intérieur 171 millions. Aux États-Unis les dépenses du département de l'intérieur ne s'élevaient qu'à 4,103,000 dollars (22 millions de fr.). En général, la Grande-Bretagne, la France, l'empire moscovite, l'Autriche et la Prusse, dont la population est seulement 5i2r /*at5 plus grande que celle des États-Unis, dépensent vingi fois autant pour l'administration.

D'après des données statistiques de plusieurs années, on peut considérer la somme de 364 millions fr. comme la dépense annuelle normale des États-Unis, à comparer à celle de l'Europe. Les monarchies d'Europe

(1) Gomp. le Moniteur universel du 26 octobre 1866.

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ont besoin tous les ans de plus de 10 milliards depuis quelque temps. Or, que sont en yéritô les revenus des monarchies? Ce sont les dépenses des peuples. Puisque la popiâation de TËurope est actuellement neuf fois plus grande que celle des États-Unis, ses dépenses auraient dû ôtre proportionnées à la population si les pajs étaient bien administrés. Le calcul est simple. Par conséquent les dépenses des Etats européens ne devraient s'élever qu'à 3,276 millions* Ajoutons 24 millions. En aucun cas les dépenses de l'Europe ne devraient dépasser la somme de trois m illiards trois cents millions francs. Soyons prodigues. Supposons que les dépenses des États-Unis sont plus grandes ; supposons que l'Europe qui aime l'ostentation soit obligée de dépenser davantage. Ajoutons encore la somme énorme de 700millions. Nous aurons 4 milliards.

Pourquoi donc les monarques et les ministres se fontils payer dix milliards? Pourquoi les peuples doivent-ils débourser annuellement six milliards de plus? La centralisation vaut-elle autant? Mais c'est un intérêt à 4 Vo de cent cinquante milliards/

Que de bienfaits,. quelles richesses ne pourrait-on pafl en tirer pour les peuples si cet argent eût été bien employé! En plaçant 6 milliards tous les ans à 4 Vo» on aurait un revenu de 240 millions. Outre les quatre milliards que nous avons admis comme indispensables, les peuples, en payant tous les ans 6 milliards, dépensent annuellementi sans nulle nécessité, en moyenne 22 francs par tête I C'est un impôt gigantesque que les peuples d'Europe payent en revanche parce qu'ils sont esclaves. Voici les dépenses principales :

Armée (c'est-à-dire force de terre et de mer) 40 v Vo

Dettes 30 -r 7o

Ces deux branches 71 <^/«.

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Reste pour rinstraetion, radministration oiyile, le eommerce, etc., 29 %. La société qui se dit civilisée ne peut pas tomber plus bas.

Je dis explicitement : Les nations d'Europe payent annuellement trois milliardê trois cents millions francs pour Tentretien de Tannée, et plus de deux milliards $t demi pour les dettes* Ces deux branches seulement déyorent six milliards par an, sans compter les cours I ! !

Il feut avouer que les dynasties sont trop coûteuses. L'Angleterre les protège dans sbn propre intérêt. Sa politique extérieure pourrait être résumée en ces mots : € Je vous aiderai àentretenir vos dynasties y vous, ne m'empêchez pas de m'enrichir. » Et c'est pour cela que dans ce pays on voit à côté d'une misère épouvantable, un luxe effréné et un égoîsme comme on n'en voit nulle part ; à côté de la liberté des grands la servitude du peuple. Le marquis de Westminster a mille francs de revenu par heure. On peut dire que la quatrième partie de la population du globe obéit d la polUiqve anglaise. Sans parler de la Prusse et de l'Autriche, si nous y ajoutons l'empire moscovite, qui est quarante fois plus grand que la France, il est facile de voir où sont les ennemis de la liberté. Ceux qui prétendent qu'il y a un équilibre politique quelque part, aussi bien que oeux qui admettent l'équilibre des États et non celui des nations, s'ils ne sont pas des fous ou des lâches, sont h coup sûr à la fois des tyrans et des esclaves .

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