‹ La décadence de l'EuropeChapitre 3 sur 49 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Es ist ein befremdlicher und dem Anseheiae nach nngereimter Anschlag , nach einer Idée wie der Weltlauf geben mQsste, wenn er gewissea vernûnftigen Zweckon angemessen sein colite, eina GescbJchte abfaBsen zu woUon. Es scheint in einer solchen Abaicht kœnne nur ein Homan zu Stande kommon. Wenn man indeason annehmen darf, dass die Natur, selbst im Spiolc der menschtictien Freiheil, nicht ohne Plan und Endabaicht vcrfabre, BO kœnnte dies'e Idée doch wohl brauchbar werden; und ob wir gleicb zu kurzaicbtig gjnd, don gebeimen Meobanismen ibror Veranstaltung durchznschauen, so durfte dièse Idée uns doch zum Leitfaden dieoen, eia sonst planloaes Aggregat menschlicbar Handlungen, wenigstens im Qrossen als ein System darzustellent

Jmmarucl Kant,

Je gens m^ cœuiv^e gonfler au spectacle des misères du genre Ij^main. En considérant les événements qui amènent tant de douleurs, tant de larmes, de sang et de malheurs sur les nations entières, ainsi que sur de nombreux individus, j'ai examiné les causes du mal. Je n*ai jamais pu trouver une réponse satisfaisante ni dans les livres de la sagesse ecclésiastique ni dans ceux des sciences profanes.

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Le mot pompeux de progrès qu'inscrivent fièrement sur leur étendard de prétendus meneurs de Thumanité a pour but de nous faire croire que la société marche d'un pas gigantesque en avant. Le contraire ressort pour moi de faits qui me sautent aux yeux et des enseignements de l'histoire. En vérité j'aperçois un cei^tain mouvement de rhumanîtéy visible pour tout le monde, mais en Tapprofondissant, je constate que le progrès, dont on parle si haut, est très-lent, dévoyé souvent par la mauvaise vo- ^ lontô et la violence, plus souvent encore par une fausse théorie, acheté au prix de nombreuses victimes sacrifiées sans aucune nécessité réelle, je reconnais enfin qu'il est en opposition avec les lois de la nature et ennemi des droits humains.

Je n'ai pas l'orgueilleuse prétention de dire le dernier mot sur les causes des misères et des malheurs humains; ce n'est pas là ma pensée ; jene désire point épuiser jusqu'au fond un sujet trop vaste pour qu'on puisse l'embrasser tout entier ; je ne veux pas supposer non plus que mes recherches soient exemptes d'erreur. Je me propose de présenter seulement les faits les plus importants, de montrer la direction actuelle de l'esprit humain, de développer, sans aucune crainte, des idées qui me paraissent autant de vérités acquises dans l'histoire et dans la vie pratique, idées que je fonde sur ma propre manière de voir et que j'éclaire de la lumière puisée dans la source infinie de la science suprême, à l'aide de l'inspiration de Dieu, que j'invoque pour me guider. Je veux reproduire sur une toile restreinte le grand tableau de l'Europe au dix-neuvième siècle et démontrer la nécessité (Tune réforme des principes qui constituent les conditions fondamentales de r existence sociale. Muni des matériaux nécessaires à mon but, je n'ai pas

rintention de m'engager dans les impasses d'ane ôrudi* lion somnolente, pas plus que de me ûer entièrement aux opinions généralement reçues, dont Tautoriié me paraît douteuse bien qu*elle soit établie.

M'appuyant sur quelques auteurs qui m'aideront à développer mes raisonnements d'une manière plus exacte, et dont les opinions analogues aux miennes peuvent parfois leur être substituées, je ne nommerai dans mes citations que ceux qui sont le plus connus. En me rapportant à un auteur quelconque, je ne veux pas faire entendre par là que je partage entièrement toutes ses idées. La seule autorité pour moi ce sont la pensée et les faits»

Quant à ces derniers, ils se présentent à nous sous un double point de vue. Ordinairement notre attention est attirée d'abord par tout ce que nous voyons à chaque pas. Ensuite une recherche plus approfondie découvre les faits qui apparaissent dans la vie de l'humanité entière, et en distingue les traits généraux. Lorsque l'idée m'est venue de chercher la source des misères humaines, j'ai consulté l'histoire. Une chose m'a frappé alors : c'est que ce sont les hommes mêmes qui donnent aux événements fortuits une direction voulue. S'ils dépendent de circonstances fâcheuses, c'est qu'ils s'y soumettent volontairement et deviennent leurs esclaves tandis qu'ils pourraient être leurs maîtres. C'est une vérité qui me paraît palpable et démontrée par l'histoire. En outre, j'ai acquis la conviction que la destinée de l'humanité dépend beaucoup plus de la somme de petites actions que de grands événements; que notre sort est plutôt dans les mains delà multitude des petits que dans celles des grands. Enfin, je suis fermement persuadé que le bonheur relatif d'ici-bas, ainsi que le malheur général, est le fruit de notre volonté; qu'il n'est pas dans la destinée de l'homme de

soufïï'ir. Supposer le plus grand des saoriflces stérile, o*e8t méconnaître la valeur de tous les dévouements, méconnaître la bonté suprême. L'idéal de Thomme est mort sur la croix afin que nous ne souffrions plus après lui, si nous acceptons sa loi. Mais on n*a jamais compris sa mission et on a faussé la doctrine du christianisme. Si l'humanité souffîce comme par le passé, c'est qu'eUe n'a jamais marché dans les bonnes voies indiquées par la na^ ^ture et les lois divines.

Telles furent les idées qui tracèrent le plan de mon ouvrage. J'essayerai donc avant tout d'examiner quelques symptômes de l'état actuel de la société; je vais montrer ses plaies, son danger; je vais axer l'attention sur sa position et le siège de ses douleurs, sur les circonstances qui l'entourent. Les détails sont toujours présents à mes yeux. Selon moi , l'attitude d'un homme, sa démarche, son regard, le son de sa voix, même ses vêtements le caractérisent mieux, trahissent plus tôt la disposition de son âme et sa force intellectuelle que les actions de toute sa vie. Les signes extérieurs sont plus faciles à saisir, ils sont accessibles à tout le monde; c'est là, c'est dans la conversation de tous les jours, dans des raisonnements futiles en apparence que l'homme se dépeint lui-même, sans s'en apercevoir, lorsqu'il s'échauffe, lorsqu*il s'oublie; tandis que son passé est souvent inconnu, ses actions demandent une étude plus profonde, exigent plus de temps et peuvent rester cachées sous un voile de mystère. Bien que la première impression puisse nous tromper et nous donner lieu à des conjectures erronées, cer* tains indices nous mènent parfois sur la voie où se trouvent les ressorts qui mettent tout le mécanisme en mouvement. Le médecin devine souvent d'un seul coup d'œil plus qu'il n'en saurait après un long examen. Dans

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eertains cas la position de la personne malade, son regard, sa toilette, ses cheveux dérangés peuvent être envisagés comme des symptômes infaillibles de son état. Il 7 a des circonstances où un secours prompt est indispensable. Si la chambre du patient est remplie d'exhalaisons nauséabondes et putrides, si elle manque de lumière et de chaleur vivifiante, si son lit est incommode, si la diva* gation et les lèvres brûlées de fièvre prouvent qu'un tel état est l'effet d'un affaiblissement de Torganisme privé des conditions principales de la vie^ il faut commencer au plus vite par ouvrir les fenêtres pour faire entrer Tair frais, les rajons du soleil, pour aérer la demeure infectée, il faut balayer les ordures et donner au malade la possibilité de se mouvoir librement et de profiter des richesses de la nature. Ce n'est qu'après qu'il sera temps d'entre* prendre une cure radicale. Bien souvent la santé revient sans exiger d'autres soins, lorsque les premières condi«tions de l'existence normale ont été rétablies. La société se trouve dans une position analogue ; c'est ce que je tâcherai de démontrer, me bornant, en attendant, à faire voir les suites d'un mal invétéré et sa source , encouragé par les paroles du grand philosophe allemand que j'ai choisies pour devise. < Tout étrange que puisse paraître l'envie de présenter l'histoire selon l'idée d'après laquelle le cours général du monde aurait dû se développer s'il eût été conforme à certains buts raisonnables, en admettant que la nature, même dans le jeu de la liberté humaine, n'agît pas sans un certain plan et sans conséquence définitive, nous pouvons nous servir de cette idée pour nous guider dans l'étude des actions humaines que nous voulons dépeindre à grands traits , les envisageant comme un système. » Persuadé que l'activité humaine aurait pris une autre direction si la société primitive eût

été autrement organisée, c*est-à-dire « si elle avait été adaptée à certains buts raisonnables > au lieu de former « un assemblage d^actions humaines détachées et sans plan {ein sonst planlosfs Aggregat) », comme c'est le cas ; étant intimement convaincu que la société abandonna les lois qu'elle devait respecter, je tâcherai de prouver la nécessité de rétablir Tordre naturel troublé depuis des siècles. Me bornant, dans ce livre, à attirer l'attention sur quelques faits plus importants et quelques symptômes extérieurs des relations sociales, je vais proposer les moyens les plus propres à sauver la moralité et la liberté de plus en plus menacées. Les remèdes qui me semblent les plus efficaces et que l'on devrait employer sans le moindre délai, sont pour ainsi dire des moyens hygiéniques. Il faudrait aérer ce grand hôpital, yiaire entrer € la lumière à grands flots; » il faudrait ouvrir cette énorme prison que l'on nomme TEurope. C'est la première besogne et la plus pressée (1).

C'est la raison que j'ai choisie pour autorité et guide dans l'étude de l'histoire et de l'état actuel de choses, aussi mon premier soin a-t-il été de purifier ma pensée de tous préjugés, de toute prévention qui aurait pu aveugler mon jugement. J'ai oublié ma religion , ma nationalité, mes convictions personnelles avant d'entreprendre cet ouvrage ; j'ai oublié mes relations avec la société, ses divisions, ses classes, pour rester indépendant autant que possible pendant tout le cours de mon travail.

(1) J 'espère appuyer plus tard mes assertions, qui pourront paraître trop hardies h quelques-uns, sur l'histoire de l'humanité entière t't sur des faits de la plus grande importance, dans le Tableau de V Europe au dix-neuvième siècle. Les peuples y verront de près leurs misères. Ce sont mes pièces justificatives.

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Si je ne parviens pas à y réussir, je me flatte qu'on me saura gré de mes efforts.

Toutefois, pour nous mieux entendre, je me crois en devoir d'exposer au lecteur quels sont les principes fondamentaux que j'admets comme térités incontestables. Autrement, il n*y aurait rien de commun entre le public et Tauteur, et tout raisonnement pourrait être rejeté d'emblée par celui qui en ignorerait ou n'en admettrait pas les bases. Cela est aigourd'hui plus nécessaire que jamais, puisque nous vivons dans un cbaos d'idées où tout est chancelant ou bien détruit. On rencontre & chaque pas des hommes qui se croient à la hauteur du progrès s'ils rompent avec le passé, s*ils renient ce qui a été jusqu'à présent regardé comme sacré, s'ils boulever-» sent tout sans rien b&tir. C'est une vraie calamité que cette foule de « génies » éphémères qui pleuvent partout. Leur grandeur consiste à dénigrer ce qui est vraiment grand et vrai; leur progrès : à fouler aux pieds le mérite, les vérités acquises, pour y substituer la libre opinion individuelle d'un ignorant. Entre autres, il y a des gens si pauvrement doués ou si courageux qu'ils ne croient pas à l'existence de Dieu, ni à l'esprit en général. Ils ont à l'appui de leur thèse des preuves à eux qui leur semblent trôs-ingénieuses et qui dans leur conviction peuvent même donner la mesure du développement intellectuel. Mon courage n'ira jamais au point de me croire un être inférieur aux animaux. Bien que j'aie à cette sorte de savants une réponse toute prête dans l'histoire des systèmes philosophiques où je vois les mêmes opinions se répéter jusqu'à satiété, je me bornerai à rappeler aux matérialistes et aux sceptiques qui n'admettent aucune âme dans l'homme, et par conséquent rejettent son existence d'outre-tombe, que leurs raisonnements, qu'ils envisagent

comme une découverte nouvelle de la science, sont connus des hommes instruits depuis deux mille deux cents ans. Carnéade, qui vécut environ trois cent vingt-huit ans avant Jésus-Christ, soutenait que Thomme n'a pas d'âme et que le corps se remue par suite d*une impulsion naturelle. Dicoarchus enseignait, en 319 avant l'ère chrétienne, que rame n'est qu'un nom entièrement inutile et vain, parce qu*il n'a pas le sens commun. Selon lui, il n'existe ni esprit ni âme. Épicure (337-270 av. J.-C.) voulait faire accroire que l'âme meurt avec le corps. Timon (272 av. J.-C.) pensait, comme ceux-là, qu'il n'y a vpoint d'âme. De même l'athéisme est vieux comme le nïonde. Mais il y en a d'autres qui sont censés savoir tous les détails concernant l'Âme, il j a de ces hommes ' heureux qui n'ignorent point où elle vit et ce qu'elle fait dans l'autre monde I... A tous ces philosophes et théologiens l'anecdote suivante peut servir de réponse. M. de Fontenelle et M. de Marivaux se trouvaient dans une société. On discutait sur l'âme, a Qu'estrce que l'âme? demanda quelqu'un à M. de Marivaux. — Je n'en sais rien. — Demandez donc à Fontenelle. — Il a trop d'esprit, dit Marivaux, pour en savoir plus que moi là-dessus, d

Quant à moi, je confesse hautement que je crois en Dieu, â l'existence et à la force de l'esprit ainsi qu'à l'immortalité de l'âme. J'ai dit que la raison et les faits sont mon autorité unique. Donc j'avoue que je n'admets point une foi aveugle, mais j'admets la foi qui est éclairée par la raison pure et pratique, car la foi est plus forte lorsqu'elle est confirmée et corroborée par la raison. Il y a des gens qui rejettent l'autorité des lois du Christ. Ma raison m'a convaincu que Jésus-Christ est l'idéal de l'homme et son Testament l'idéal des lois. Par conséquent, ma raison me fait croire qu'il est le seul digne

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d'être nommé le vrai fils unique de Dieu. Se soumette qui veut aux lois écrites par les souverains; je reconnais la loi révélée par Moïse et complétée par le Christ. II faut choisir entre une ordonnance, un Erlass, un Oukase, un Hati-scherif et la Bible. Je choisis la Bible.

Das eigenlliohe Stadium der Menschheit ist der Mensoh.

Gœthe»

En me proposant de tracer la situation actuelle de l'Europe, et un essai de réforme sociale, soit par une révolutîon générale f qui est probable, soit en ouvrant aux

itions les larges chemins du progrès paisible, ce qui esta-^4ésirer, je veux appeler Tattention sur les points négatifs de^la-^ie particulière et publique.

Je ne fais queîH^ntionner plusieurs objets, j'indique à peine les autres et j^en passe beaucoup sous silence. Aucun égard, aucune crainte n'auront influence sur la direction de mon ouvrage. Je n'ai peur de personne et de rien. Je serai insensible et indifférent à la persécution des •partis ainsi qu'aux dents de la critique. Avant d'avoir commencé cet ouvrage, je me suis préparé à tout. Je n'écris pas pour plaire à qui.que ce soit ni pour une vaine gloire.

Convaincu, ainsi que je viens de le dire, que le développement de l'humanité est ajwrmal, je cherche à décrire les symptômes et à prouver les résultats d'une existence contraire à la nature et à la mission de l'homme. Par cette raison mon tableau présentera plutôt les ombres que le côté lumineux de la société. Ce n'est point pessimisme de ma part ni désir de tout peindre en noir, mais c'est le moyen d'exposer les suites du, triste état de choses que Ton regarde avec indifférence depuis longtemps. Laissons aux optimistes partiaux le plaisir de voir tout couleur de rose. Ceux qui trouvent leur plus grande jouissance dans ce qu'on appelle la douce tranquillité^ dans la satisfaction de leur estomac et de tous les

besoins matériels, ceux qui voluptueusement étendus disent : après notis le déluge^ auront toujours bien des motifs pour chanter les louanges du progrés et pour admirer le perfectionnement du mécanisme social. Ne faisons pas irruption dans leur sphère, complétons seulement le tableau qu'ils présentent ; posons-le convenablement vis-à-vis du soleil suprême de la vérité en disant avec Virgile :

«( Soîem quis dtcere falsuni audeat ? »

<( Qui pourrait, ô soleil, t'accuser d'imposture?... »

Nous ne voyons que trop les bons côtés de la société ; nous les rencontrons à chaque pas, dans des arca-de-triomphe, dans des monuments, dans des statues, dans des médailles. Cherchons à présent les ombres.

Que les prêtres entonnent leur Te Deum dans les temples de Dieu, au milieu des champs arrosés du sang humain, dont la vapeur monte jusqu'au ciel; que les monarques ornent leurs fronts de lauriers qui croissent sur les tombeaux de victimes assassinées ; que les ministres vocifèrent pour réprimer le gémissement du malheur en disant que « les États jouissent de la paix; > que les poètes de cour chantent la gloire des rois et la valeur des héros ; que les savants et les publicistes admirent Fœuvre de leur sagesse, voyant l'ordre naturel des choses dans l'organisme social actuel; que les femmes entraînent dans le tourbillon de leurs danses joyeuses cette cohue de gens heureux dont les yeux n'ont jamais regardé les larmes que fait couler l'oppression. Quant à nous, prenons la vie en flagrant délit telle qu'elle est; soulevons le voile brillant d'une lumière séduisante qui en dérobe les réalités ; entrons dans les coulisses de la scène mondaine sur laquelle se joue la comédie infernale.

Passons sur bien des détails, suivant l'opinion de Mon-^ tesquieu : a II ne faut pas toujours tellement épuiser un siget qu'on ne laisse rien à faire au lecteur. Il ne s'agit pas de faire lire, niais défaire penser.* i> {Esprit de$ lois, 1. XI, c. XX.)

Je ne serai pas difôoile dans le choix des expressions. Finissons-en avec ces mots mielleux, & double sens, qui ont altéré les notions les plus simples; laissons de côté le langage diplomatique et élégant, adopté par This-» toire et l'usage d'après lequel un crime atroce s'appelle a erreur, » une passion brutale : « faiblesse, » une absurdité : € fausse manière de voi9\ » Moi j'appelle chaque chose par son nom. Ce que je désire le plus, c'est d'éviter le reproche d'avoir eu une prévention contre quelques nations ou quelques classes de la société. De même que j'oublie ma nationalité tant que j'écris, on devrait aussi ignorer si je suis Suisse ou Français, Allemand, Suédois, Européen ou Américain. Je ne me laisse régler ni d'après la sympathie, ni d'après l'antipathie. Je prends les faits tels qu'ils sont, et j'ai continuellement en vue non un seul pays, mais l'Europe entière. Dans la môme nation, dans la même classe et quelquefois dans le même homme j'ai souvent aperçu de grandes vertus à côtés de grands vices. Cela m*a conduit & la recherche de la vérité. Si je ne l'ai pas trouvée, je suis sûr de donner aux autres l'envie de l'étudier plus profondément. Je ne blesserai l'honneur de personne en me servant des couleurs nécessaires pour rendre mon tableau fidèle. Voltaire a raison de dire : q II y a toujours des barbares dans les nations les plus polies , et dans les temps les plus reculés. »

Ma tâche principale, c'est de faire voir les mauvais résultats qui naissent de notions erronées, propagées par les soi-disant savants dont parle le Christ : « Gardez-vous

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des 'scribes, qui aiment à se promener aveo de longues robes» et à être salués dans les places publiques, à occuper les premières chaires dans les synagogues, et les premières places dans ]es festins. » («S, Mare^xn^ 38, 89). € Malheur à tous, pharisiens, malheur aussi à vous autres, docteurs de la loi, qui chargez les hommes de fardeaux qu'ils ne sauraient porter et qui ne ▼oudries pas les avoir touchés du bout des doigts. » {S. Luc, xr, 43, 46). a Malheur à vous, qui vous êtes saisis de la clef de la science^ et qui, n'y étant point entrés vous-mêmes, Tavez encore fermée À ceux qui voulaient y entrer. > (/Wrf., 52.)

Les misères de Thumanité sont horribles, parce que selon TApôtre : cr Les hommes retiennent la vérité de Dieu dans Tinjustioe, parce qu'ayant connu Dieu, ils ne Tout point gloriûé comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs vains raisonnements, et leur cœur insensé a été rempli de ténèbres. Ils sont devenus fous en s*attribuant le nom de sages, d (Kp. de S. Paul aux Romains^ i, 18, 22.)

Il est déjà temps de découvrir la source du mal et de rindiqner aux hommes simples, pour qu'on ne leur dise pas comme Paul dit aux Galates : a 0 Galates insensés qui vous a ensorcelés, pour vous rendre ainsi rebelles à la vérité? ÊteS'Vons si insensés qu'après avoir commencé par l'esprit, vous finissez maintenant par la chair? Serace donc en vain que vous avez tant souffert? si toutefois ce n'est qu'en vain. » (Aux Galates, i, 1,3, 4.)

En réfutant les fausses doctrines qui tiennent jusqu'à présent les peuples en servitude, qui sèment la discorde parmi les nations, je ne dispute pas contre des paroles^ mais j'indique l'imposture ou l'ignorance des oppresseurs rt des faux prophètes qui dirigent la société. « Si quel-

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qu'un enseigne une doctrine différente de celle-ci et n*embrasse pas les saines instructions de Notre Seigneur Jésus-Christ et la doctrine qui est selon la piété, il est enflé d'orgueil, et il ne sait rien, mais il est possédé (tune maladie d'esprit qui remporte en des questions et des combats de parole. » {Paul à Ttmothée, I, Ep., vi. 3, 4.)

Le même apôtre dit au siget des raisonnements et des faux savants que : « Ce sont les disputes pernicieuses de personnes qui ont Tesprit corrompu, qui sont privées de la vérité. » {fbid.)

C'est l'amour de l'humanité et surtout celui du peuple ignorant qui est mon guide, « car la fin des commandements c'est la charité qui naît d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère : devoirs, d'où quelques-uns se détournant se sont égarés en de vains discours, voulant être les docteurs de la loi et ne sachant ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils assurent si hardiment. Or, nous savons que la loi est bonne si on en use selon l'esprit de la loi. » (Paul à Ttmothée j Ep. i, 5, 8.)

€ Car nous ne sommes pas comme plusieurs, qui corrompent la parole de Dieu, mais nous la prêchons avec une entière sincérité, comme de la part de Dieu, en la présence de Dieu et dans la personne de Jésus-Christ >. {Paulaux\Cor.^ Ep.^ ii, 17.)

ce La loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean, depuis ce temps-là le royaume de Dieu est annoncé, et chacun fait effort pour y entrer. » (S. Luc^ xvi, 16).

oc Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres.» (S. Jean^ viii, 32.)

« Si un homme ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.» {S. Jean^ iii,5.)

« Or le Seigneur est Esprit et où est l'Esprit du Seigneur là est aussi la liberté. > (2'. Paul aux Cor.yin^ 17.)

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