PREMIERS MOUVEMENTS DES SOCIETES
DEUX DIRECTIONS DE LTSPRIT HUMAIN COMPARAISON DE L*EUROPE ACTUELLE AVEC LA CHINE.
Les traditions mythiques des Chinois remontent à trois mille ans avant Jésus-Christ. Leur chronologie est si exagérée qu'ils comptent 300 mille ans depuis la première époque de leurs annales. Malgré cela on peut affirmer que la vie particulière et publique des Chinois n'a pas subi jusqu'à présent de grands changements.
Fohi, le plus célèbre et le plus ancien héros chinois auquel on attribue une origine divine, vécut, d'après les historiographes de cette nation, entre le trentième et le trente-cinquième siècle avant l'ère chrétienne. On raconte de lui une quantité de miracles. Il aurait été le premier législateur du genre humain; on lui attribue l'invention des instruments de musique, des métiers, des armes et de l'écriture. Il est considéré comme l'auteur du livre Y'Kmgy contenant la tradition sur la création du monde, la science morale et l'art de divination. Il a divisé le ciel en degrés , ceint les villes de murailles, établi le gouvernement, et il a nommé lui-même pour exercer les divers emplois des fonctionnaires qui devaient diriger la nation. Fo, le plus ancien fondateur du wdte.^ religieux en Chine , importa probablement dans
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ce pays les notions religieuses du Tibet ou des Indes.
Il est assez difficile de trouver, dans le système religieux des Indes, où commence la difiérence entre ce qui est ancien et ce qui est nouveau. L'objet principal de la religion indienne consiste dans la divinité comme unité absolue répandue partout, et qu'aucune intelligence ne peut concevoir. Cette religion se divisa ensuite en plusieurs sectes, dans lesquelles on rencontre le réalisme, l'idéalisme, le matérialisme et le spiritualisme, quatre systèmes philosophiques qui se répètent sous de nombreuses métamorphoses jusqu'à nos jours ; mais les idées primitives des Indiens sont d'une pureté extrême, et prouvent que la pensée de l'homme, tant qu'elle ne fut pas dénaturée par une fausse civilisation, s'approchait dans sa simplicité de la vérité éternelle. Le sens primitif du mot Brahma nous présente l'idée de prière^ Tunion de l'homme avec le ciel, et en géhéral il exprime toute action pieuse à l'aide de laquelle l'homme cherche à imiter Dieu et à lui ressembler. Ce nom fut donné ensuite à TÊtre suprême sans commencement ni fin. Les gens d'origine divine, d'après l'opinion des Indiens, c'est-à-dire les Brahmanes, propagèrent cette religion dans le pays. Leur mission était de conserver dans leur pureté les idées sur Dieu. Leurs anciens livres enseignent que Dieu, après avoir créé le monde, lui a indiqué certain ordre qui se dérange de temps en temps. Alors un Dieu se présente sous la forme d'un homme, quelquefois même sous celle d'un animal, afin de rectifier ce qui était altéré.
Les dieux indiens composant la Trinité ÇTrimurtis), har bitent le paradis sur la montagne d'Himalaya; Brahma occupe une de ses cimes, toigours resplendissante, nommée Meru. Le Dieu suprême, désirant partager son bonheur avec d'autres êtres, créa de sa puissance et desa volonté des
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esprits ses semblables en leur donnant la /t&ret>o/on/^. Mais une partie d'entre eux s'étant détachés de Dieu, par leur propre faute, Dieu créa le monde avec tous ses êtres, et le destina pour domicile ou plutôt pour prison aux esprits déchus en leur procurant dans sa miséricorde les moyens de recourrer leur divinité perdue, à l'aide de leur propre force morale et de leur spontanéité.
Chacun de ces esprits chassés, incorporé dans Thomme, prend un aspect de plus en plus noble ici-bas, au fur et à mesure qu'il atteint un plus haut degré de perfection. Ainsi donc la vie temporelle de l'homme, suivant les notions des Brahmanes, est une peine mais en même temps une tendance à une perfection de plus en plus haute. Les mojens d'y parvenir sont : prières, offrandes, aumônes, mortiâcations, ablutions dans la sainte eau du Gange, pèlerinages aux sources de ce fleuve, fidélité au mari et sacrifice volontaire des veuves sur le bûcher.
La doctrine de Gautama ou de Sahiamuni (précepteur de la tribu de Sakia), est aussi d'une beauté admirable, et c'est pour cette raison qu'on lui a donné le nom honorable de Boudha, c'est-à-dire le sage. Il fleurissait au sixième siècle avant Jésus-Christ, comme réformateur religieux et politique. Ses parents furent le roi de Jfc/agadhtty Soudkodana et sa femme Maïa {illusion). Ce qui nous frappe le plus, c'est que les hommes, dans leur état primitif, ont eu des notions plus claires sur la divinité et sur l'humanité, et qu'elles sont devenues plus obscures avec le temps et le progrès de la civilisation. Les passions ont évidemment corrompu la nature chaste. Le brahmanisme, dénaturé par l'idolâtrie, s'est changé en fanatisme et a fini par de vaines formes.
Boudha-Gautama introduisit un enseignement nouveau. D'aprôs lui Dieu et la nature sont identiques. Le monde
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moral et physique nous présente deux états divers du même être qui n*existe pas comme personne , mais comme substance depuis des siècles sous deux formes, sous celle du repos et du mouvement. Le premier état est divin, le plus parfait; au contraire, les forces delà divinité qui sont mises en mouvement tendent toujours à leur état primitif, et constituent la nature ou Tunivers. Aussi les êtres de ce monde se transforment continuellement de créatures viles en celles qui sont de plus en plus nobles pour prendre finalement la forme humaine d*où ils montent de nouveau, par Taccomplissement des règles du boudhaïsme, à la source primitive, au repos. Quelquefois l'homme vivant s'élève à cette perfection suprême, à l'aide de sa propre volonté et de sa puissance morale^ et alors il s'appelle Boudha le saint.
Un de ces saints fut Gautama. Comme législateur, il a donné au genre humain une nouvelle loi , devant être suivie jusqu'au temps où un autre Boudfm arrivera. Ses prosélytes le prennent pour la neuvième incorporation du dieu Vichnou, La dixième incorporation doit s'accomplir à la fin du mondé. Sa religion défend les offrandes de chair et la mort volontaire des veuves auxquelles il permet de se marier de nouveau. Il recommande aux prêtres le célibat et le renoncement aux biens terrestres; car ils ne peuvent, qu'au moyen de mortifications et de méditations, s'approcher de la perfection divine, nommée Nirvana, la quiétude parfaite.
Sous ces deux nouvelles formes, le système de la religion indienne se répandit dans presque toute l'Asie orientale et méridionale. Plus il était près de la source primitive, plus saines étaient les idées de ces deux sectes. Dans les traditions ultérieures des Indiens, on voit distinctement la transformation poétique des faits que la
Bible nous a fait connaître; celles de date plas ancienne nous donnent une preuve palpable que la pensée humaine s'est fixée d'abord sur la nature, Ta adorée, et, montant les degrés de la nature, s'est élevée non-seulement à la divinité, mais encore à connaître un seul Dieu.
Le plus ancien monument de la littérature indienne sont les livres sanscrits, nommés Veda^ ce qui veut dire la science. Ils parurent au moins 1,500 ans avant Jésus-Christ. Ils ont été donnés aux hommes, selon la croyance des Indiens, par la divinité, immédiatement, et renferment des prières, des hymnes, des chants, des préceptes religieux et moraux, des mythes, ainsi que des recherches philosophiques. Ces hymnes nous prouvent que les forces de la nature, regardées comme êtres célestes, inspiraient certain effroi et de Tadmiration. On adorait aussi le soleil, la lune, V Indra ou le firmament, et les nuages, nourrissant la terre de pluie. Outre ces êtres, l'esprit cherchait encore le créateur de toutes choses et de l'univers, *le Tout-Puissant, qui met en mouvement les forces de la nature. Cet être unique est Brahma. A sa parole, l'univers a pris une forme visible. Les chants religiêu^j et les traditions de Véda appartiennent, sans le moindre doute, aux temps primitifs des Indiens et peut-être de l'humanité entière. On y voit l'expression du développement graduel de l'esprit et de la religion que l'on nomn^e naturelie. Ces traditions populaires furent recueillies par Vyasa, qui est une personnification des compilateurs, et divisées en quatre parties : Rig-Veda, Yadchur-Veda, Sama-Veda, et Atarva-Veda.
Tandis qne l'esprit humain chez les Indiens s'élevait
vers les cieux et exprimait son admiration dans des
formes poétiques d'une beauté ravissante, l'intelligenci^
des Chinois était tournée vors les trônes et porte depuis'
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les temps les plus reculés le caractère de servitude. Leur livre des annales, nommé Schu-King, renferme de curieux récits historiques, géographiques et statistiques. Il nous apprend que depuis l'antiquité la plus reculée les habitants de Y Empire Céleste sont gouvernés, d'une manière despotique, par des dynasties qui se succèdent Tune à l'autre et qui regardent le pays comme leur propHété. Environ 2,200 ans avant Jésus-Christ, on trouve déjà sur le trône chinois la dynastie Hia. Ensuite, durant des siècles, nous voyons des guerres presque interminables entre les familles dynastiques qui s'enlèvent la couronne Tune à l'autre.
Presque à la même époque, lorsque Boudha Gautama réformait la religion de Brahma qui fut corrompue par des suppléments et des annotations faites aux livres anciens, Laotsee ou Laokiun et Kung-fu-dsiu^ habituellement nommé Confucius, fondèrent en Chine des sectes nouvelles.
3dudha s*apprétait par un jeûne, par des méditations et mortifications au désert, à l'établissement de sa nouvelle religion. Laotsee disait que le véritable sage accepte un emploi en temps opportun et le quitte dans les circonstances défavorables. C'est ainsi qu'il comprenait sa mission, et en effet, toujours fidèle à son principe, il s'enfuit aussitôt que les troubles éclatèrent dans l'Empire et on ne sait ce qu'il est devenu.
^ Mais l'esprit humain défigurait toigours les idées les plus belles et les principes des hommes doués de talents éminenls. Les Indiens, qui comptent leur histoire par millions d'années et qui l'embellissent, de même que les Chinois, des fables les plus bizarres, se sont distingués particulièrement par leur génie poétique, poussé jusqu'à Texagération. D'après les anciennes notions du brah-
materne, les prêtres tirent leur origine de la tête de Dieu, et les autres habitants proviennent des diverses parties du oorps de Brahma. Cela donna roccasion d*établir les castes. La foi à la métempsycose j contribua aussi. Des quatre castes, chacune avait certains devoirs, et les trois plus distinguées possédaient des privilèges particuliers. De la caste inférieure, Suriras, sortit la classe des rebuts du genre humain, nommée Tchandala ou Parias, qui n'appartient pas même à une caste, et qui est un objet de mépris et de répugnance chez les Indiens. On évitait même le regard de ces malheureux qu'on pouvait tuer impunément. Par suite d'institutions pareilles, les Parias, privés de toute instruction, tombèrent complètement dans rétat sauvage. Gautama se déclara non-seulement contre la religion corrompue des brahmanes, mais aussi contre la division esclave de la population indienne en castes, ayant proclamé V égalité complète de tous les hommes. De là éclata une guerre civile. Les brahmanes vainquirent les boudhistes aux Indes, en deçà du Gange. Ces derniers se rendirent à l'île de Cejlan, en Mongolie, en Chine, aux Indes, au delà du Gange, et surtout au Thibet, et ils adorent jusqu'à présent le Dalaj-Lama, leur prêtre suprême. Dans la partie du pays où les brahmanes l'em* portèrent, les livres Veda, comme source principale de la sagesse, avec la division des habitants en castes, sont observés jusqu'à nos jours. Les brahmanes, uniques gardiens et interprètes de ces livres sacrés, regardés comme les hommes les plus éclairés et inspirés, sont les médecins qui guérissent les maladies au moyen de médicaments ordinaires et religieux, le plus souvent au moyen de mortifications, parce que les maladies, d'après leur opinion, ne sont que des peines envoyées par les cieux» Us sont aussi juges, car les Vedas constituent la source des lois.
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La caste brahmanienne usurpa le privilège exclusif d'expliquer les livres saints, laissant aux deux classes pures suivantes, celle des guerriers et celle des cultiva^' teurs^ le droit d'écouter leur enseignement. La dernière caste, soudras, en sa qualité d'impure^ est non-seulement privée de ce bonheur, mais elle serait sévèrement punie si elle osait lire les livres saints. Son devoir est de servir les trois premières castes.
Le premier élan intellectuel des Indiens exprimé dans leurs anciennes notions religieuses se distingue indubitablement par sa libre direction. Leurs idées sur la volonté de l'Être suprême, prise pour la source de l'univers créé, et leurs notions sur la libre volonté donnée à l'homme par Dieu, témoignent en faveur de la nature vierge telle qu'elle était au berceau de l'humanité et des idées innées qui excitaient l'homme à réaliser, au moyen de la liberté^ les besoins gravés dans son âme. L'idée du bonheur sublime auquel on peut atteindre par ses propres aspirations j par le perfectionnement moral, par la puissance d'esprit et la spontanéité , donc par la liberté individuelle , puis la tendance à se détacher des liens terrestres et à se plonger dans l'éternel, la contemplation de Brahma, pleine d'une extase poétique, enfin ce désir ardent de revoir le monde idéal qui caractérise les plus anciennes productions intellectuelles des Indiens, tout cela démontre d'une manière incontestable que les sociétés primitives, au moment de leur naissance, tâchaient toujours de conquérir la liberté. Sous ce rapport, la différence est évidente entre la direction intellectuelle des Indiens et celle des Chinois. Ceux-là cherchaient le bonheur dans des sphères plus élevées, ne croyant pas le trouver dans la vie ordinaire, quotidienne; ceux-ci, au contraire, le voyaient personnifié dans un
état organisé par un monarque qu'ils regardaient comme fiU du ciel.
Les idées des Cliinois sur la puissance de leur monarque étaient liées avec leurs traditions, leurs institutions religieuses, et les attachaient à la terre; celles des Indiens, au contraire, élevant leur esprit vers le sublime, ont placé par cela même la nation au degré le plus haut de la civilisation ancienne, en lui promettant un avenir glorieux. Cependant, aux Indes comme en Chine apparut Tesprit de violence, ennemi éternel de tout progrès et de toute liberté, l'esprit d'orgueil, dirigé par les passions, établissant l'esclavage, et lui-même esclave des désirs illicites, en un mot, le mauvais esprit sous forme de dynastie.
Deux belles épopées indiennes, la Mahabharata et la Ramayaruiy chantent la lutte gigantesque de deux familles dynastiques et la conquête des Indes, accomplie par le héros victorieux Rama. La longue guerre à laquelle ont pris part de nombreuses tribus et divers souverains finit par l'anéantissement des anciens Indiens. Nous apprenons dans ces deux poëmes qu'entre le fleuve du Gioumna et du Gange existait autrefois un État florissant nommé Aoda, où deux dynasties, celle du soleil et celle de la lune, régnèrent pendant cinquante générations. Le héros Rama, guerrier intrépide, conquit de vastes pays, subjugua divers peuples, et ce sont des singes qui l'aidèrent à obtenir la victoire.
Dans la période mythologique, c'est-à-dire fabuleuse de la Chine, les monarques sont représentés par les chroniqueurs ultérieurs (sans doute pour l'enseignement de souverains) comme des hommes parfaits, occupés du bien de leurs sigets. L'empereur Jao encouragea la vertu efla vie modeste par son travail et son propre exemple. Il vi-
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eltait chaque année les provinoes, sarYeUlait la justice, vivait et s'habillait d'une manière simple. Il est considéré comme premier patriarche des Chinois. Adoré par eux, il désigna pour son successeur son beau-fils Schun. Celui-ci permettait atout le monde de le critiquer; il administrait parfaitement le pays et avait l'habitude de dire : a C'est dans la vertu que se trouve la source unique du bonheur. D Le troisième patriarche, Yu, aussi vertueux que ses prédécesseurs, donnait libre aocôs à quiconque désirait le voir à chaque instant. Il suffisait de tirer la sonnette attachée à la porte impériale pour parler au monarque lui-même. Que de cordons faut-il tirer aujourd'hui pour parler aux valets des souverains de l'Europe!...
Depuis l'époque où l'histoire de Chine est devenue plus certaine, on ne voit qu'une obéissance aveugle des sujets à Tautorité, qu'une servitude abrutie et la liberté personnelle enchaînée par une quantité de règlements et de cé« rémonies; on ne voit qu'une lutte continuelle d'une dynastie contre l'autre au sujet du trône. Le commencement de toute famille régnante est beau et glorieux. Les empereurs, d'abord vertueux et savants, ne s'occupent que de Tadministration du pays, mais à peine se sont-ils consolidés sur le trône, qu'ils deviennent des tyrans, ne pensent qu'à satisfaire leurs passions, et lèguent ces vices à leurs successeurs. Alors un lieutenant impérial d'une province éloignée rassemble une armée énorme, chasse le tyran du trône, puis lui-même fonde une nouvelle dynastie, commence à régner d'une manière humaine; ensuite il imite l'exemple d'autres souverains et laisse le trône à ses successeurs, qui gouvernent le pays jusqu^au temps où un nouvel usurpateur les en chasse. Telle est, en quelques mots, l'histoire de Chine depuis plusieurs milliers d'années.
Mémo les événements, quelque importante qu'ils aient été, n*ont pu changer le caractère principal de cet empire. Wu-wang, fondateur de la cinquième dynastie Tsche-hu, après avoir détrôné l'empereur à Taide des grands seigneurs, leur donnisi en récompense de leurs services des prinoipautés particulières qu'ils régissaient à part, et de cette manière le nouveau monarque introduisit un système ressemblant au féodalisme. Plus tard, le fondateur d'une autre nouvelle dynastie, Tsin ou Dshin, réunit de nouveau sous son sceptre toutes les parties détachées de son empire et conquit beaucoup de pays voisins. Pressés par les Tatares-Manschou, les Chinois demandèrent du secours aux Mongols , qui chassèrent les Tatares , mais conquirent le pays & leur tour. La dynastie mongole fut détrônée par une autre dynastie chinoise; celle-ci fut forcée de céder a une famille tartare, et ainsi de suite depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, le pays entier a toujours dépendu de la violence et du bonheur de conquérants plus ou moins puissants.
Qu'est-ce qui pouvait maintenir les Chinois dans l'indivisibilité où ils sont jusqu'à présent? C'est la religion et le respect de la nationalité. Plus d'une fois l'empire fut partagé en plusieurs parties sans aucune relation politique entre elles; cependant, elles se réunirent ensemble joar la farce de l'aUractUm nationale^ même après des siècles. Cette puissance consiste dans leur esprit, leurs traditions communes, leur histoire et leur unité religieuse. La différence des cultes n'exerçait aucune influence sur eux et était bien loin de les diviser; les membres des diverses sectes adorant un seul Dieu d'après des formes différentes, ne s'engageaient point dans des disputes religieuses sur des dogmes; au contraire, ils se réunissaient dans un temple, sans égard à quel rite il appartenait. Cette
union possédait tant de force, que les conquérants furent obligés de la subir. Les Tatares ayant conquis le trône pour leur dynastie, et s'étant établis en Chine, non-seulement ne produisirent aucun changement dans le caractère chinois, mais adoptèrent eux-mêmes les usages et les mœurs des Chinois, cédant à la puissance de leur esprit national.
D'un autre côté, le système gouvernemental, au lieu de contribuer au développement de la nation, entoura les habitants d*une multitude de règlements faisant obstacle au libre progrès. Toute l'activité de la nation fut tournée vers l'utilité. C'est Confucius qui éveilla en eux cette tendance.
Se conformant à Tesprit de sa nation, après avoir étudié son histoire et approfondi le caractère et les capacités des Chinois, ce vertueux législateur a posé, pourrait-on dire, des bases inébranlables pour la durée éternelle de la nation, ainsi que des obstacles invincibles à son progrès.
Désirant préserver la loi contre les abus des gens pervers, Confucius donna pour appui à la religion et à la législation le principe moral, resserra les liens de famille au moyen de règlements sévères, unit la nation à son passé d'une manière étroite, et indiqua comme devoir le plus sacré le service de la patrie. C'est à ces institutions que les Chinois doivent leur existence politique, et elles constituent tout le mérite du législateur. Mais en même temps, Confucius détruisit l'individualité de l'homme, fonda le despotisme dans la famille, reconnaissant le pouvoir paternel comme base de l'édiûce politique et élevant l'empereur à l'idéal du père. Le monarque, en sa qualité de fils du ciel^ était au-dessus de la loi depuis les temps les plus reculés. La religion de Confucius renforça le
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poQToir monarchique, et par cette raison elle devint le culte officiel,
La religion de Confucius se distingue, en outre , par une sorte de rationalisme. Mettant Thomme dans une dépendance servile des règlements, il croyait tellement à la force de la moralité corroborée par le commandement législatif, qu*il ne s'occupait point d'élever Tesprit humain. Sa religion reconnaît une divinité suprême invisible, mais elle n'oblige à aucune adoration. Le partisan de renseignement de Confucius peut en même temps professer une autre religion. Cette tolérance a beaucoup contribué à Tunité religieuse, mais elle éloigna Tesprit des Chinois de tout ce qui n*a aucun rapport direct avec leur vie quotidienne.
La doctrine de Confucius ne concerne point Tesprit humain ni sa vie future, ayant exclusivement pour objet le temporel. Ses principes moraux se distinguent par de belles pensées. D'après lui, tout le bonheur de Thomme consiste dans ce que sa partie intellectuelle, qui est la plus noble, l'emporte sur son corps. Celui-ci est le plus heureux qui remplit ses devoirs de la manière la plus Hdéle et qui comble de bienfaits son prochain. La moderation, la restriction des besoins est la route qui conduit & la vertu et au bonheur. Mais la condition nécessaire pour atteindre à la perfection recommandée par le législateur est rohéissance aveugle^ qui est la plus grande vertu. C'est l'empereur seul, fils du ciel^ qui agit comme intermédiaire entre Dieu et Thomme ; par conséquent, lui seul est le prêtre suprême, le sacrificateur et le juge. Confucius plaça le but principal de la vie dans l'utilité^ comme s'iJ comprenait que l'esprit humain ne peut rester inerte et qu'il a besoin de se tourner d'un côté quelconque pour satisfaire son élan inné vers l'activité.
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La stricte observation de oes règlements, à Texéoution desquels les empereurs veillaient dans leur propre intérêt, a beaucoup contribué à conserver aux Chinois leur nationalité et à exciter en eux la prédilection pour les idées et les coutumes de leurs ancêtres, mais en même temps elle a engendré Taversion contre les étrangers, l'orgueil, Topiniâtreté et le mépris de tout progrès.
Un autre résultat des préceptes de Confucius est le manque du sentiment du beau^ le défaut d'enthousiasme et d*imagination. Chez le Chinois, c'est la raison qui prime tout. Insensible à tout ce qui est noble, grand, h ridéal du beau, il cherche l'utilité pratique, le profit. Il ne connaît ni amour de la patrie, ni dévouement, ni aucun de ces mobiles qui poussent aux grandes actions; il n*a aucune idée de la gloire et prend l'héroïsme pour une folie incompréhensible, digne de risée. C'est pourquoi le courage nécessaire pour maintenir l'indépendance nationale ne se rencontre à aucune page de l'histoire de la Chine. Ils se battent pour leurs empereurs. Tous les produits de leur esprit portent un caractère commun, abject, indigne de la nature supérieure de l'homme.
La direction naturelle de l'esprit des Indiens auxquels les institutions religieuses primitives indiquaient la route du libre développement, fut faussée par des gens qui dénaturaient les principes généraux d*aprôs leurs idées personnelles. Ces fictions nées d'exubérances de l'imagination, et que Ton trouve en grand nombre dans les anciennes traditions, ne s'évanouirent point sous l'influence de la civilisation, mais acquirent au contraire une autorité religieuse. Les miracles et les phénomènes extraordinaires décrits dans les livres sacrés devinrent dea dogmes de foi. Les ornements de la doctrine furent envisagés comme son essence, et les lois fondamentales de
la morale passèrent presque au second plan. L'instruction indienne, privilège d'une seule classe, se borna à l'enseignement des livres saints, et avec le temps «lie est devenue l'instrument politique des conquérants. Les souverains respectaient les prêtres, et ceux-ci cherchaient à flatter leurs maîtres. C'était une sorte d'engagement mutuel , tacite et instantané , car cela résultait de la nature des rapports réciproques. Tout conquérant commandait au nom du droit du plus fort, et voyant que les prêtres jouissaient d'une prééminence complète dans la nation, il tâchait, avec leur aide, de maintenir les vaincus dans l'obéissance. Le sacerdoce, classe exclusivement privilégiée, agissant dans son propre intérêt, soutenait ainsi les souverains. En Chine, la dynastie devint la base de Torganisme d'État par suite des idées répandues généralement sur la puissance et sur le pouvoir paternel du monarque; aux Indes ^ une pareille situation provint des rapports existants entre le souverain et le sacerdoce.
Le pays, quoique gouverné par des princes souverains, fut regardé comme la propriété du roi, nommé habituellement Radja.ll distribuait des provinces à admi nistrer d'après son bon plaisir. Les Brahmanes, qui exerçaient tous les emplois, s'occupaient aussi de l'éducation des princes régnants. La protection des Brahmanes était un des plus importants devoirs religieux du roi. Cependant, au point de vue de l'administration, les Indes jouissaient d'une plus grande liberté que les Chinois. Nonseulement chaque principauté se gouvernait à part, mais aussi chaque district; un village même constituait un. tout Séparé et particulier qui avait son propre gouvernement. La dépendance du souverain consistait dans une contribution payée au moyen des produits de la terre.
Une pareille organisation est une preuve que la nation peut être heureuse, et marcher sur la voie du progrès, si les institutions , d'après lesquelles l'état est gouverné , renferment du moins l'ombre de la vraie liberté. En effet cette décentralisation procura aux Indiens des richesses qui furent pendant des siècles, et sont encore aigourd^hui un appas pour Taviditédes conquérants. Quant à la civilisation, ils ont bien devancé dans cette voie plus d'une nation contemporaine.
D'après les traditions historiques bien que fabuleuses, on peut admettre que Timmense pays, connu chez les anciens sous le nom dindes, était déjà très-peuplé, civilisé et excessivement riche , environ deux mille ans avant Jésus-Christ. Comme il se composait de plusieurs nations séparées, il fut donc exposé à de longues guerres faites par diverses dynasties. L'histoire mentionne aussi une grande lutte entre les Brahmanes et la caste des guerriers qui furent vaincus. Depuis cette époque le clergé étendit sa domination despotique sur toutes les castes. Ensuite quelques États indiens conquis par Alexandre de Macédoine et gouvernés par ses lieutenants, recouvrèrent leur indépendance. Sandrocottus ou Tsckandraguptus d'après les autres, le monarque puissant des bords du Gange, chassa les étrangers et fonda l'énorme Etat des Prasias. Mais l'avidité des conquérants empêchait toujours cette nation d'acquérir son entier développement. Après les guerres locales entre les souverains, commencèrent les invasions des barbares. L'état des Prasias, florissant depuis que les Macédoniens furent chassés, devint la proie de nouveaux envahisseurs. D'abord les rois de Sjrie, puis ceux de Bactrie, enfin les Sakis ou les Scythes y étendirent leur domination.
Le célèbre Wihramadit ayant remporté.une victoirr
Tan 56 avant Jésus - Christ, secoua le joug des Scythes, et appelé au trdne rojal, réunit les états particu^ liers en une grande monarchie. Après les Scythes^ ee furent les Perses qui envahirent quelques provinces, et en Tan 1,000 de notre ère, toutes les Indes furent conquises par les Mongols.
Malgré la différence existant entre le caractère des Chinois et celui que les institutions religieuses ont développé chez les Indiens, malgré la direction idéale et poétique de ces derniers, cette nation pareillement aux Chinois, resta au même degré de civilisation parce qu'elle tomba dans une autre extrémité de Tesprit, Confucius, en recommandant Futilité aux Chinois poussa Tamour de la vie pratique jusqu'à rexagération,jusqu'à une avidité qui ne recule pas même devant les moyens infâmes. Les In* diens, d'après le principe de leur religion, se détachant du monde matériel, tombèrent dans le mysticisme, et enfin cette disposition religieuse se changea chez les uns en vaine forme sans signification, ou en fanatisme chez les autres.
Comme la doctrine primitive des Brahmanes, de même celle de Boudha Gautama fut monstrueusement défigurée par des genà ayant pour but leur propre intérêt. Les beaux principes fondamentaux de la reli-> gion brahmanienne, réunis dans les livres sacrés par plusieurs savants indiens, furent augmentés avec le temps de nouvelles annotations des commentateurs. Ces livres se composent de deux parties : la première, liturgique, renfermant des prières, et la deuxième, dogmatique, où se trouvent des règles de moralité et Tensei-^ gnement sur Dieu. Le culte de cette religion finit par n'être que la répétition machinale de prières écritos dans une langue oubliée depuis longtemps. Cela de^* T. I. c
Tait suffire à la vie des Indiens. D'aprôs ropinion des prêtres eux-mômes, une pareille priôre dite à rebours est aussi efficace, car la puissance de la piété donsiste dans les paroles* Pareillement le caractère mystique du réformateur Qautama déreloppa dans la secte boudhiste Tapathie, rinertie et une complote indolence d'esprit.
Toutefois les prêtres de Tune et de l'autre secte se distinguaient par leur dévouement, personnel, parTabnéga-^ tion d'euX"-mémes et par le renoncement à tous les plaisirs de la vie. Bien que les privilèges des Brahmanes fussent grands» ils avaient aussi à remplir de grands devoirs. On regardait comme un déshonneur pour leur caste entière le moindre péché de Tun quelconque d'entre eux. Ils menaient une vie austère, ne s'occupant presque exclusivement que dd prières et d'offrandes. Cet usage s'est conservé jusqu'ft présent. Le vieux Brahmane se rend d'ordinaire au désert pour se réconcilier avec la divinité au moyen des méditations et pour obtenir le nom de saint.
Les Bonzes, les Shamans et les Talàïpons, e*estr4-dire les prêtres des diverses sectes de la religion bouddique, menaient aussi une vie ascétique. Ils observent strictement jusqu'à nos jours les préceptes de leur culte. A cause de la doctrine sur la mortification du corps et sur la méditation, on a établi dans cette secte une quantité de cloîtres pour les hommes et pour les femmes. De pareils ordres se distinguent par dqs règles rigoureuses et par des œuvres de charité* Mais le fanatisme rendit la mortification excessive. On se faisait pendre par le côté, et on s'exposait à d'autres supplices dans la persuasion d'acquérir du mérite devant Dieu.
Laotsee, contemporain de Confucius, bien qu'il recommandftt avant tout la précaution, et semât, comme celuieiy régoïsme chez les Chinois, laissa une belle morale
préohant que rapais^ment des pasiions e&t un dés plas grands mérités et que lé vrai bonheur consiste dans la paix de TAme acquise par la domination sur soi-même* Mais ses conseils pratiques ne s'accordent pas avec Ten* seignement de Confocius. Celui-ci tend à réveiller ramouf de la patrie, celui-là indique à Thomme comme devoir suprême de se détacher du monde et de méditer dans la solitude aur le Tao^ la Divinité sublime^ Sous ce rapporti la doctrine de Laotsee ressemble au Bouddhisme^ elle est aussi pleine de sortilèges et de superstitions* C'est pourquoi cette religion est favorisée par le peuple, et ses prêtres jouissent d'un respect profond.
Des notions religieuses répandues en Chine et aui Indes sortirent tous les rapports de la vie publique. L'|]ti<« lité dominant les institutions de Confucius enfanta Tégoïsme et étouffa Fesprit de dévouement. Le Boudhisme et la doctrine de Laotsee excitant les hommes à se sacri* fier pour des olgets tout à fait en dehors de la vie témporelléi les détachaient de leurs devoirs envers la société et amenaient les mêmes résultats. Ces deux nations ne connaissaient pas Tamourde la patrie; car d'après Confucius les devoirs envers le pays consistent dans l'aveugle obéissance à l'Empereur qui est tout pour loi; et che2 les Indiens la division de la population en eaetes réprima encore plus ce sentiment* L'unité reli-» gieuse parmi de nombreuses tribus n'a elle-même pu les préserver des discordes, puisque la différence entre les oonfesseuils du même culte constituait le dogme religieux* Les rapporte ennemis de caste à caste affaiblissant la nation^ l'exposaient à être la proie de conquérants avides. Chaque Indien vivait séparé, comme dans un cercle en-> chanté, n'ajant aucune idée des affaires publiques. Sa religion et ses lois lui barraient le ebemin^ ne lai permet*
taient ni de se distingaer, ni de développer ses capacités. Cette organisation malheureuse, sans avoir les qualités de la législation chinoise qui conservait du moins la nationalité, conduisait la nation indienne à rindifférence, à la mollesse, k la vieillesse, et par cela môme & la décadence. La ineilieure morale ne suffit pas^ si elle n'est pae appliquée à la vie pratique^ et si elle n^ ouvre pas un libre champ au développement des lois naturelles et des capacités humaines.
Chez ces deux nations et surtout chez les Chinois, la vie sociale, comme si elle avait été déposée pétrifiée dans un musée, se conserva intacte dans sa forme gouvernementale, avec sa routine administrative et avec toutes les formalités introduites à Tépoque où l'humanité se trouvait dans Tenfance.
Lorsque après avoir promené ses regards dans le passé dont nous sépare un espace de trois ou quatre mille ans, on les reporte rapidement sur l'état actuel de la société, on aperçoit avec effiroi et étonnement, même en Europe, des institutions pareilles, des conditions semblahles de la vie publique, on y découvre les mêmes principes et les mêmes idées qui naquirent dans les esprits d'une civilisation en germe. Quarante siècles n*ont pas suffi à faire justice, même chez les nations les plus civilisées, de certaines opinions dont l'origine remonte aux ténèbres de temps à peine accessibles & la lumière historique. Le protestantisme et surtout le protestantisme officiel allemand ressemble à la religion de Confucius ; le catholicisme à la doctrine de Laotsee et au Boudhisme.
Une des opinions, très- répandues jusqu'à présent et qui appartient aux temps mythologiques, est la foi au pouvoir extraordinaire du monarque. Le droit paternel attribué aux monarques» l'hommage divin qu*on leur rend sont
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les restes de la barbarie asiatique. L*èxpression chinoise : « le FlU du Ciel » traduite en langues européennes veut dire la même chose que : m par la grâce de Dieu. » N'artron pas vu en Europe des peuples donner à leurs bourreaux le titre sacré de père ?
Une autre opinion fondamentale qui a été la source d'une foule de guerres et qui sert de base à la vie politique des nations, c'est la conviction que le pays appartient au monarque, comme une propriété héréditaire ou légale acquise par la farce du glaive. Cette idée date de l'époque où l'homme ne différait point d'une béte sauvage. Malgré cela elle s'est conservée intacte parmi les peuples civilisés de l'Europe I La force du glaive est appelée par des ministres que l'on nomme savants : politi" que du fait accompli.
La troisième idée qui peut naître seulement dans l'organisme enfantin de l'humanité ou dans un esprit malade est la supposition ridicule que la dynastie a le droit de tHspoeer du pays et de gouverner la nation d'après sa volonté. Cette opinion est la conséquence de la manière d'envisager le pays avec ses habitants comme propriété des souverains.
Ces trois principes constituent l'âme de la vie politique d'Europe qui, sous ce rapport, ne s'est point écartée de l'organisation établie par les petits-fils de Noé. Presque dans tous les Etats européens la forme gouvernementale est plus on moins la même que celle qui existait en Chine il y a trois mille ans et qui, par conséquent, existe encore maintenant dans l'Empire Céleste. L'empereur est F autocrate de ses sujets; chaque gouverneur de province jouit du même pouvoir absolu. Une constitution rend l'empereur dépendant de règlements et d'avertissements a^a a envie de violer son devoir envers la nation ; mais
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oomme le droit de lui faire des avertlMenients ou de rappe* 1er des règlements quî Tobligent est octroyé par TEmpereur lui-même aux fonctionnaires qui, outre oela, peuvent re* oevoir une quantité de coups de bambous, aussi octroyés j donc la constitution n'est d'aucun inconvénient pour le monarque (I).
De même qu'en Europe, l'Empereur chinois possède beaucoup de titres très-longs, comme celui-ci : Dschintichong-schui-hoang-ti-Tient-^e ce qui répond aux titres européens : allerhôchste^ allergnâdigste, allerweiseste^ wsteprteêwietlgszij ^ diertawinejszij\ très^-puissant etc. Evidemment l'empereur chinois, comme Fils du Ciel^ doit être le plus brillant, le plus savant et le plus élevé du monde. Ses portraits, placés dans les bureaux du gouveraement, sont adorés comme les images de la divinité. La ouïe se prosterne devant lui, on lit ses ordonnances à genoux et en inclinant sa tête neuf fois vers la terre. Les arrêts officiels sont proclamés « au nom de V Empereur, » Le conseil extraordinaire qui entoure le souverain se compose de membres de la dynastie régnanie. Ceux-ci ne s'appellent pas grands ducsy titre qu'on donne en Europe aux petits enfants qui sont encore au berceau, mais ils portent le nom d*enfants du soleil, et c'est plus rationnel. Le suprême conseil d'État est composé d$ Mandarins supérieurs qui jouissent des mêmes droits que les ministres en Europe. L'administration du pajs est soumise à six ministres, dont le premier s'appelle Callao, Les mandarins soumettent leurs actes à l'Empereur pour quil les
(l)On sait que les Allemands acceptaient toujours les constitutions que les empereurs d'Autriche, les rois de Prusse et autres (sans en exclure les prinoipicules], dai^aient leur octroyer comrot une faveur spéciale . Les souverains anéantissaient ces chartes soidisant libérAlei, toutêi les fois que bon leur semblait.
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confirme; c'est lui qui approuve ou rejette les déoigions des fonctionnaires.
Les provinces sont gouyernées par des lieuienanUde l'Empereur qui ont le même pouvoir, qu'en Europe les gouverneurs^ les préfets^ Staathalter^ etc. Quarante miliê mandarins ou fonctionnaires de rangs différents oonsti*tuent Toi^anisation gouvernementale qui ne diffère nul* lement de la bureaucratie européenne établie dans les pajs où toutes les affaires se concentrent dans les oapi« taies comme à Pékin.
Les lois civiles et criminelles, écrites par Confucins, sont très-justes et douces; mais en Chine, les fonctionnaires ne tiennent qu'à la forme des lois, ne s'ocoupant point de leur esprit, et ils exercent la justice d'une manière cruelle. L'Empereur lui-même, décide de la peine qui consiste d'ordinaire dans une bastonnade. Cette peine retombe sur les employés de tous les degrés. Le premier ministre rend ses coups de bambou au mandarin de premier rang, celui-ci les administre à son subalterne et ainsi de suite jusqu'à ce que la peine soit arrivée à la neuvième et dernière classe d'employés. De même en Europe le changement du premier ministre ou ce qu'on appelle crise ministérielle se fait sentir dans tout l'État, ébranle toutes les classes de fonctionnaires et donne une nouvelle direction au système de la machine monarchique. La crise ministérielle des pays soi-disant civilisés, c'est la vibration du bambou européen.
Le Chinois puni se prosterne devant celui qui lui applique la bastonnade , et il est même obligé de baiser l'instrument de la peine si, dans sa bonté paternelle, celui qui le frappe lui accorde cette faveur.
En province on distribue des peines de la même ma^ nière et elles y parcourent, à partir du gouverneur im^
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périal, tous les échelons do la hiérarchie adminis^ trative.
Au moyen de tous les anneaux d*une pareille chaîne, Tempereur pense pour tout le monde et dirige tout à Taide de ses quarante mille mandarins. Le pays entier n'est qu'une grande machine inanimée, fonctionnant grâce au rouage qui la met en mouvement.
Une complète inertie intellectuelle et Toisiveté, voilÀ les résultats de cette organisation. La. cawM de bambou en Chine n'est autre chose que ce que Ton nomme en Europe Vordre du Cabinet^ Erlass^ Befehl^ Ucase^ Hatti chéri f^ etc.
Le progrés matériel de cette nation, tel que les manu* factures de porcelaines, les confections en soie, etc., se laisse comparer avec le progrès européen dans la mécanique et dans les autres branches de Tindustrie. Les lueurs d'un génie supérieur étincellent quelquefois chez les Chinois; leur littérature n'est pas inférieure à celle d'Europe, sous le rapport de la quantité des livres et sous celui de la variété. Un seul catalogue de la bibliothèque de l'empereur Kienlong se compose de 122 volumes imprimés. D'après cela on peut juger de la multitude des œuvres.
La collection des classiques chinois faite par ordre de cet empereur embrasse 180,000 volumes, dont la moitié fut imprimée il y a cinquante ans. Le livre intitulé Ta-hio ou l'art de gouverner l'État, renferme les mêmes règles qu'on trouve dans les ouvrages de plusieurs philosophes allemands, publiés sous le titre : die Staatslehre (études fl ur l'État). Les principes du livre Ta-hio ne ressemblent nullement aux maximes de Machiavelli que l'empereur Charles V Is ait toujours, qu'Herder admirait beaucoup et que les monarques actuels imitent. Au contraire les