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préceptes de la politique chinoise se distinguent par une grande loyauté.
La littérature chinoise est trôs-riche en traités sur la nature, en livres sur la médecine, sur Tastronomie^ sur Turanographie, sur les mathématiques, sur les diverses branches de la technologie et de la mécanique (1).
Des ouvrages d*une énorme étendue sont consacrés aux antiquités, à Thistoire et à la philologie. Sse-ki, c'est-àdire les mémoires historiques SsMna-Tksianna embrassent les annales de la Chine depuis 2,637 ans avant Jésus- Christ. La collection des annales officielles commence à Tannée 2,698 avant Jésus-Christ, et va jusqu'en 1645 de notre ére;*elle comprend donc une période de 4,343 années et remonte au quarante-sixième sièck^ en comptant à partir de nos jours. Cette collection énorme se compose de 3,705 volumes qu'on peut voir à Munich.
L'histoire de Chine consiste surtout dans la description de leurs majestés, de la famille impériale. Mais, en cela aussi, elle ne diffère pas de la méthode de l'histoire européenne. Il j a quelques années, Buckle a dit dans son ouvrage remarquable :
a L'histoire, au lieu de nous présenter les objets qui ont une valeur réelle, au lieu de nous apprendre le progrès des connaissances et les moyens les plus efficaces de les répandre, est pleine de bagatelles, telles que des anecdotes sur des rois et des cours, des détails infinis sur ce que tel ministre a dit, ce que tel autre a pensé ; mais ce qui est encore pire, elle contient de nombreux récits sur des expéditions, sur des batailles et des sièges, récits trè9-curieux, certainement, pour ceux qui j ont été, mais
(1) Comparez : Résumé des principaux trûtés chinois sur la culture dos mûriers et l'éducation des vers à soie^ par Julien.
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sans aucun intérêt pour nous qui désirons la rérité et Idi mojens de Tacquérir. Cela est le principal obstacle au progrès. Tout homme travaillant sur Thistoire a tant à faire au milieu de ces récits détaillés sans critique ni jugement, que toute une vie, la plus longue, ne suffirait pas à élaborer une œuvre vraiment utile qui comprendrait toutes les lirancbes du savoir humain avec leur développement et leur application. » {Histoire dé la civilisa-' tion en Angleterre, I, 196).
La poésie fbt aussi cultivée en Chine à côté des sciences. Les poètes lyriques Tihsu et Li-tkai-pe {nreni connus au huitième siècle. Les œuvres dramatiques renferment beaucoup de tragédies élevées et de comédies pleines d*esprit. Depuis des siècles on j connait ce genre de poésie. Même les romans et les contes occupent un rang considérable dans la littérature chinoise sur laquelle Abel Rémusat^ Pavie, Julien, Baain et d^autres nous donnent bien des détails précieux. Il est vrai que les Chinois ne sont pas aussi riches en traités théologiques que les Européens.
Le livre Li-ki, publié depuis des siècles, contient le cérémonial et les formalités, pour toutes les circonstances de la vie. Cet ouvrage existe au moins depuis trois mille ans. On rencontre jusqu'à présent une quantité de traités savants sur ce sujet dans la littérature européenne, et pour ne pas remonter trop loin, j'indique Tan 1865 où Ton a publié à Paris un livre sur les manières de saluer, de sourire, de tenir une fourchette, de s'essuyer avec une serviette, etc. Plusieurs extraits de cet ouvrage ont été insérés dans des journaux.
Le ton de la société chinoise est forcé, raide, cérémonial, plein de salutations, de gestes et de grimaces impoé es par les lois d*nne bonne éducation ; toutefois il ne
diffère nullement des formes adoptées par le grand monde européen, surtout de celles employées dans les salons de Paris. Là un petit pied garrotté passe pour être joli; en Europe une robe bouffante, une taille de guêpe, un toupet hérissé, un visage couvertde vernis, ravissentles jeux d*un adonis esthétique. En Chine les ongles longs désignent un état noble et riche ; en Europe la même parure est un signe de haute distinction et d'origine aristocratique. Les Chi^ nois portent une tresse de cheveux, dont la longueur et la grosseur donne la mesure du luxe; les femmes euro* péennes mettent à leur tête des cheveux coupés aux cadavres, et cela leur sert d'ornement. Les Chinois, bien que le climat de leur pajs soit chaud, ont pendant l'hiver des fourrures excellentes et des logements commodes bien chauffés, au moyen de fourneaux; les Européens de certains pays que Ton nomme tempérés, mais où les gelées sont fortes, ne connaissent pas les fourrures, enveloppent leurs visages dans des cache-nez, gèlent et se chauffent dans leurs domiciles auprès de cheminées qui ne donnent que de la fumée et des rhumes. En Chine la pauvreté et la misère dans la classe inférieure sont effroyables à côté du luxe des aristocrates; TAngleterre, peuplée des^ords et des banquiers les plus riches du monde, compte un million de mendiants mns asile, et le nombre des malades dans les capitales européennes est proportionnellement à la population mille fois plus grand que celui des malades habitant les campagnes. Pékin, par suite de la centralisation du gouvernement, accumule toutes les forces vitales du pays sur un point au détriment de la santé^ de la fortune et de la moralité dés uns/ ainsi qu*an préjudice des autres. Cette ville a 1 ,200,000 habitants. Paris et Londres, avec leur poputation plus nombreuse encore, sont des sièges du luxe,
du libertinage^ du choléra, de la âÔTre typhoïde et de la misère (1).
La vie des Chinois, même sous le rapport extérieur, porte le caractère officiel. Il n*y est pas permis de vivre à son bon plaisir. Il y a des règlements pour tout, décrétés par le gouvernement et que chacun doit suivre stricte* ment. De même que les fonctionnaires sont divisés en certaines classes subordonnées, de même les campagnes et les viUes de tout Tempire sont classées en différentes catégories. Non-seulement Tarchitecture est soumise & des règles officielles, mais aussi la mode, la coiffure, Ta*meublement des maisons sont définis par des ordonnance? de police. La sagesse bureaucratique et celle de la police tiennent tous les habitants dans Tobéissance complète et leur rappelle à chaque instant la domination du bambou.
On voit de pareilles choses en Europe. Dans quelques états européens les cheveux longs et la barbe passent pour le signe d'un libéralisme dangereux. Les rois de Prusse détestent traditionnellement les barbes. Les agents de police dans presque tous les pays surveillent strictement les casquettes, les chapeaux, les cocardes, les chaînes de montre contraires aux règlements officiels. Une blouse à la Garibaldiamis en mouvement plus d*une fois toutes les autorités. Les journaux de modes exercent la dictature sur les vêtements et se trouvent sous la direction immédiate de la police. Ils sont soumis à la censure, restent sous le régime des ministres et ne doivent être nullement comptés parmi les objet? secondaires dont ces hauts fonctionnaires s'occupent. Quelques-unes de ces
(1] Les notices sur la mortalité dans les grandes villes de PEurope sont effrayants. Comparez Vtilermé : Tableau de l'état physique et moral des ouvriers; Quetelet: Sur l'homme et le développement de ses facultés, ou essai de physique sociale.
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feuilles périodiques portent le caractère ofSciel et jouis* sent d'une protection particulière de la part du gouYornement. Si un journal de modes publie qu'une impératrice ou une reine était mise de telle et telle manière à telle et telle soirée^ aussitôt les dames du grand monde cherchent à rimiter, et le reste les suit. Une gravure jointe à un journal, quand même elle représente la mode la plus excentrique, la plus blessante pour le bon goût et le sens commun, se répand en miUions d'exemplaires par toute l'Europe et est un ordre exécuté avec obéissance par beaucoup de personnes appartenant aux classes les plus élevées de la société. S*il existait des tables statistiques représentant à une époque donnée le liombre d'habitants avec la description de leur vêtement, on pourrait plus ou moins en déduire le chiffre des partisans et des adversaires du gouvernement* La police s'j connaît parfait e~ ment bien.
Pendant les grandes fêtes, en Europe comme en Chine, on imprime un cérémonial avec Tindication de la place que chacun doit occuper, suivant son rang et sa dignité.
Le principe delà vie chinoise consistant dans Faveugle obéissance, Tautorité paternelle y est absolue. Les enfants respectent leur père, non par attachement, mais par ordre du gouvernement. Le père peut vendre ou chasser ses enfants sans s'exposer à aucune responsabilité. Le mariage ne se fait pas par attachement mutuel, mais on achète des femmes comme du bétail ou comme un meuble. L'acheteur ne peut voir sa femme que pendantla cérémonie nuptiale.^En Europe, quoique les pères n'aient pas un pareil pouvoir sur leurs enfants, les liens de famille sont faibles et en beaucoup de pays complète* ment rompus. On commence à introduire les mariages civils c'est-iHlir à louer les femmes. Dans les rap-
ports de père à fils il y a en Europe une proportion inverse. Le fils a ordinairement la prépondérance sur son père, sans respect pour lui, ou il Testime aussi longtemps que la fortune reste dans les mains paternelles. Les maliages en général se font comme en Chine, excepté que les fiancés peuvent se voir par une nuit sombre au milieu d'un bois. D*habitude les femmes achètent leurs maris au prix de leur dot, ou bien les gens riches achètent leurs femmes. Dans des villes plus grandes il y a des bureaux de mariage, et des annonces de journaux indiquant les personnes qui veulent contracter mariage. Le progrès chinois'n'est pas allé jusque-là.
Bien que Térudition chinoise diffère de celle d'Europe, l'éducation publique est officielle et elle ne jouit pas de plus de liberté que chez nous ; elle est restreinte par des règlements et conforme aux besoins de l'absolutisme monarchique. Le gouvernement trace le programme des études, leur pose des limites, procure des livres élémentaires et veille attentivement à ce que les cours scolaires ne dépassent point les bornes fixées.
Quoi qu'il en soit^ les Chinois jouissent d'une loi dont aucun pays en Europe ne pourrait se glorifier. Le seul moyen d'atteindre à la distinction et à la dignité la plus haute, c'est l'instruction. Ni protection, ni faveur <ç du Fils du Ciel » ne donnent accès aux emplois. La naissance et la richesse n'y ont aucune valeur et ne conduisent pas aux honneurs de la prééminence ou aux privilèges comme en Europe. Les plus hauts emplois sont accessibles même aux gens les plus pauvres ; toutes les dignités sont tellement attachées à la personne que les membres de la dynastie disparaissent dans la foule s'ils n'ont pas acquis les connaissances nécessaires pour exercer une fonction. Ce n'est qu'un savant qui peut occuper une place officielle.
et plus haute est la dignité, pins vastes sùnt les ronnatisances qu'elle exige. Dans ce but^ on a établi des examens trés-rigoureux qu'on fait subir de la manière la plus consciencieuse, dans une chambre fermée à clef. Pour écarter les abus et de peur que Texaminateur ne porte un jugement injuste, causé par Tamitié ou par la haine, Texaminé doit encore élaborer une thèse qu*on fait co« pîer â un écrivain. C'est une mesure prise pour ^u'on ne puisse pas reconnaître la personne d'après son écriture. Leur premier ministre est le plus savant du pays, d'après l'opinion des Chinois. Par conséquent, dans cet empire, l'érudition même peut se mesurer à l'importance des dignités.
La religion, tout à fait comme en Europe, sert le gouvernement; mais, en Europe, colle-là est meilleure qui est professée par le souverain. Les autres sont persécutées.
Pourquoi donc les Européens se font-ils gloire de leur civilisation et de leur progrès ? Ont-ils déjà conquis la liberté ? Diffèrent-ils beaucoup des Chinois ? — Ils veulent détruire la barbarie des peuples ignorants à l'aide d'une nouvelle barbarie qui s'appelle civilisée et qui porte le même joug, quoique sous une autre forme. Pourquoi l'Europe se nomme-t-elle libre? Est-ce parce que le glaive de Damoclès, remis entre les mains de quatre millions de soldats, est suspendu sur les têtes de ses habitants f Est'-ce à cause'des milliards qu'elle paye annuellement pour le soutien des armées et des cours ? Est-ce pour les soixante-dix milliards de dettes qui pèsent sur la propriété de la population plus faible que celle de Chine? Est-ce parce qu'elle est hérissée de forteresses et de prisons, divisée pour la commodité des familles dynastiques en beaucotip de grands et petits Etats qui sont à la merci
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du premier ministre de Londres, de Berlin ou de Pétersbourg? KEurope s'appelle-t-elle libre parce que chaque année, dans Tun ou Tautre pays, il éclate une insurrection de nations revendiquant leurs droits? parce que le sang coule à cause de monarques insatiables?
C*est en vain que les admirateurs du progrès s'écrient : « Nous marchons d*un pas rapide en avant.» Il est inutile de répéter : «Le monde marche. »L'humanité avance àpas de tortue et elle tombe continuellement dans les mêmes erreurs, dans les mêmes défauts, dans la servitude, dans la dépendance de telle ou telle force brutale, et dans les mêmes ridicules. On le voit dans l'histoire universelle, dans celle des systèmes philosophiques, dans les faits statistiques, dans la vie privée de tous les jours.
L'humanité se meut, court, se dépêche, mais elle n'avance pas. Quelques-uns le sentent déjà, et il se trouve des gens qui croient que la destinée de Thumanité c'est de tournoyer. Les phénomènes frappants qui ont eu lieu il y a quelques milliers d'années et qui se répètent presque périodiquement de siècle en siècle pouvaient bien donner lieu à une pareille opinion. Nous en avons d'autant moins de droit de nous gloriâer de notre progrès. L'esprit se développe, il a soumis de vastes régions à sa domination, il gouverne avec plus d'absolutisme, est plus fort et plus hardi, mais n'est pas plus libre. L'étendue de son activité s'élargit, mais k nombre des influencée auxquelles il obéit augmente en même temps. L'esprit humain, malgré les progrès gigantesques qu'il a faita, n'a pas pu entraîner avec lui la société ni trouver de principes pratiques auxquels seraient applicables les principes théoriques.
Que dirait-on de gens qui, transformant la surface de la terre, l'ornant, la ceignant de fils de fer et de rails^ fléchant des marais et inondant des prés» penseraient,
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dans leur orgueil, mettre en mouyement tout le globe terrestre à Taide de leur travail? Il en est de même avec la société. On Ta un peu transformée, ornée, on lui a donné de nouvelles robes, on Ta policée et on lui a inculqué des manières plus distinguées; on Ta lavée et coiffée ; on a mis dans la bouche de certaines gens une quantité de paroles vides et vaines: on a appris & quelques-uns à lire» quoiqu'ils ne comprennent pas ce qu*ils lisent ; on a enseigné Tart de disputer et de raisonner sans raison, deju^ ger sans jugement ; quelqvL^un s*est écrié, a écrit et imprimé : a L'humanité fait des progrès gigantesques. » Et tout le monde répète ces paroles. Les Européens, sous le rapport de leur présomption et de leurs prétentions à la civilisation, ne différent point des Chinois. C'est une illusion nuisible au progrès lui-même. Celui qui croit à sa perfection est rétrograde ; celui qui est content de luimême croise ses mains et ne fait rien. De vastes connaissances, un progrès intellectuel, des inventions même les plus ingénieuses, le progrès scientifique en un mot, ne constituent pas encore le progrés de l'humanité ; car tout le mérite de la sagesse consiste dans son application, La vie pratique, la vie particulière et politique de la société est le seul témoignage incontestable du progrès. Si les hommes voyagent plus ou moins vite, s'ils se dirigent d'après la boussole ou d'après le vol des oiseaux, s'ils vont & l'aide de voiles, de chevaux ou de la vapeur, s'ils s'assassinent au moyen d'Armstromgs ou de flèches, s'ils mangent des glands et de la viande crue ou des huttres, des araignées et du fromage aux vers, cela ne change point laquestion. Dans tout cela je ne vois pas encore de progrès. Il s'agit de ce qu'a gagné la morale, la dignité humaine. L'homme a-t-il conquis ses droits? Non pas en théorie, non dans les livres et les traités, mais dans la vie. Est-il