DOIVENT SAVOIR AVANT TOUT
La tyrannie est tonjonrt lente et faible dans ses oommenoaments I oommo elle 6«t prompte et vit* dans sa ftn ; elle ne montre d'abord qu'une main pour secourir, et opprime entnite ayeo noe Infinité de bras. MONTSSQUIEU.
L'Europe souffre depuis trop longtemps déjà, elle n'a sacrifié
que trop de sang à l'orgueil et aux caprices des monarques; elle
* a dépensé trop d'argent à l'entretien des dynasties, des minis*
treSy des favoris, des courtisans qui entourent les trônes, pour
qu'on puisse se contenter cette fois encore de demi-mesures.
Je ne me fais aucune illusion, et je sais que les hommes animés des meilleures intentions peuvent rencontrer une vive résistance de la part de la réaction. Gagner du temps et inventer des moyens de prévenir la satisfaction des désirs les plus légitimes des peuples, voilà la principale tactique des ministres. Toute action ayant pour but la liberté et la revendication des droits nationaux, peut provoquer des mesures énergiques de la part des gouvernements. Il faut prévoir tous les événements et se préparer à tout.
Il faut que chaque nation sache ce que c'est que la révolte?
La révolte, c'est la désobéissance à une autorité légitime. Or l'autorité légitime est celle-là seule qui est choisie par la nation entière. En Europe le pouvoir légitime existe dans plusieurs pays seulement, en France, en Italie, en Suisse, en Belgique et en Norwége; il n'existe nulle part ailleurs. Mais tcuseei vay$, quoiqu'ils possèdent un gouveniement élu par le peuple, exposés qu'ils sont aux menées de monarques et de gouvernements d'Etats où le peuple n'a pas participé à la création de sa propre autorité, dépendent dé la eonsjpiration diplomatique et eouffttni par là à [Végal des autres.
Maint pouvoir légitime est cependant oppressif. Le désir de certains changements dans des limites dignes d'une nation libre.. n*est pas une résistance à l'autorité. Sauf dans les pays que je viens de nommer, partout ailleurs la désobéissance aux gouvernements existant ne serait pas une révolte, car là, ce n'est pas le peuple qui a créé lui-même le pouvoir. Ainsi, en Angleterre où les lois paraissent être libérales, le gouvernement est organisé de manière que tout le pouvoir est entre les mains des plus riches. L'Irlande s'efforce depuis longtemps de secouer le joug. En Allemagne règne un despotisme qui égale le despotisme turc ou moscovite, despotisme d'autant plus lourd que la nation allemande, partagée selon les convenances des familles dynastiques, sans compter sa dépendance de ses propres rois et princes, doit se soumettre à la cour de Vienne ou de Berlin, ou à toutes les deux à la fois. Les gouvernements despotiques se sont habitués à appeler révolte, toute résistance à leur volonté illégitime, et ai une nation réclame ses droits on appelle cela une révolution. S'ils forcent un peuple déjà asservi à exécuter les ordres qu'ils appellent des lois, ils disent qu'ils ont étouffé la révolution.
J'ai démontré plus haut quels sont les droits des nations. Les gens instruits et de bonne volonté me comprendront Ces quelques paroles suffiront à ceux qui n'ont pas pu ou n'ont pas voulu lire l'ouvrage entier. Il est du devoir des défenseurs de la liberté et de la vérité d'éclairer dans ce sens la masse des habitants de l'Europe. 11 faut que les peuples sachent que même dans un pays où la nation a élu elle-même son pouvoir, si l'oppression existe, elle est la conséquence d'une oppression générale au dun eystéme. Ainsi l'union des nations est une condition absolument nécessaire à la liberté de tous. Par suite, le moyen le plus sûr de donner la liberté à toute la société européenne est l'application du principe : tous pour un seul.
Dans les pays où le peuple n'a point de représentants, où il ne compose pas lui-même les lois, où il n'y a pas de chambre législative légalement constituée, il ne doit pas exécuter les ordres du gouvernement, s'il n'obtient l'assurance immédiate que ses droits réels lui sont rendus.
I] faut donc que tout peuple asserri sache que les impôts qu'il paye, l'armée qu'il entretient, les dettes qui pèsent sur lui, profitent non à son pays, non à ses besoins, mais à une trentaine de dynasties allemandes qui comptent plus de huit cent personnes, à cent cinquante ministres qui nourrissent ces dynasties du sang, des larmes et du travail du peuple, à mille chambellans, gentUsIiommes de la-cour, pages, favoris, à une nuée d'espions, de rédacteurs officiels, d'employés du télégraphe, en somme à cette multitude innombrable et sans nom de toutes classes^ qui couvre de sa propagande et de ses services la coalition dynastique. Il faut que le peuple sache combien il paye à l'armée et aux employés, et combien pour l'instruction; que les gouvernements ne veulent pas que tout le monde soit riche et instruit, et que c'est pour cela qu'ils ferment leurs frontières, et soumettent chaque citoyen à la dépendance des passeports, en fouillant, bouleversant tout; qu'ils détruisent les journaux et les livres où Ton parle de la liberté et des droits de l'homme ; que les ministres, à l'aide de professeurs vendus, élèvent des générations entières pour en faire les esclaves des despotes dynastiques; que les pasteurs protestants s'eflorcetit de détourner les populations de la véritable religion et corrompent leur moral en commençant par afBrmer que le Christ était un homme ordinaire, pour en arriver à prouver que tout monarque est un Dieu; que parmi les clergés des autres croyances, il existe des hypocrites et des fourbes qui trompent les esprits crédules par des comédies ; que tout cela ensemble forme un système qui soutient les trônes et pèse sur toute l'Europe.
La condition absolue de l'union des nations est premièrement la suppression des obstacles matériels; la première démarche doit donc être une réclamation tendant à faire ouvrir toutes les frontières aux voyageurs, et à détruire les passeports. Aucun pouvoir n'a le droit d'imposer de pareilles entraves. Comme pour l'habitant d'un village ou d'une ville le village et la ville sont des espaces où il peut se mouvoir librement, de même pour l'Européen, toute l'Europe doit être ouverte. Autrement les idées ne sauraient se propager, et des siècles pourraient s)$couler
ÉTint que Id progrès «ntre dtns une Toie complètement libre.
Dans les Etats où le peuple n'a pas d'autorité à lui il a le droit incontestable de ne pas payer les impôts qu'il n'a pas fixés et dont il ne connaît pas le but; il a le droit de refuser le service militaire dans une armée destinée à la défense d'une conspiration dynastique; il a le droit d'exiger la destruction des forteresses, ou de demander qu'on les mette sous l'administration inunédiate d'employés choisis parmi la nation.
Les dettes des États^ lorsque ce n'est pas la nation ello-mènia qui les a contractées^ ne doivent pas peser du tout sur sa fo^ tune, mais ceux qui les ont faites en sont seuls responsables. Les biens des monarques non élus par la nation et ceux de leur ministres doivent servir d'hypothèque à ces dettes. De plus, les dettes imposées de force à une nation par des traités, ne sont pas obligatoires, et retombent sur ceux qui les ont contractées sans le consentement de ia nation.
Tous les biens des églises et des couvents, dans les pays soit protestants, soit schismatiques, ainsi que les établissements de bienfaisance, écoles, établissements d'enseignement supérieur, etc., se sont constitués par des legs d'hommes riches, ou des coN lectes populaires, souvent déposées sou par sou dans les troncs. Ce sont les fruits du labeur des peuples. Dans beaucoup de pays de l'Europe, ces biens, églises, couvents, établissements, ont été confisqués par les gouvernements au nom des croyances religieuses qu'ils regardaient comme les meilleures. C'est là un brigandage, l'application du droit du plus fort, une iniquité; car demain un mahométan, après demain un thibétain vainqueur pourrait dire que sa religion est la meilleure et recommencer les confiscations et destructions.
Ni les catholiques n'ont droit aux biens et aux églises des protestants ni les protestants aux biens et aux églises des catlioliques, ni les Turcs et les Moscovites aux biens et aux églises d'autres croyances. Le principe de la justice est le même pour tous. On doit faire une enquête pour vérifier quels sont parmi les biens des églises ou autres biens confisqués par les gouv^'" nements ceux qui appartiennent à toute la nation, et eaux qui
appartiennent aux particuliers. Certains biens communs ^ les églises^ les établissements doivent être rendus à la nation, d'autres aux successeurs des anciens fondateurs^ ou aux propriétaires. La nation seule a le droit de disposer des premières, les autres sont une propriété privée incontestable. Ces détails et d'autres analogues ont beaucoup d'importance ; ils expliquent la question des droits des nations. Le peuple de l'Europe entière doit les connaître exactement.
Il faut se tenir en garde, contre un despotisme rusé et enraciné, et appliquer le principe : si %ns pacem para bellum.
AAMS d£vENSIVB
L'arme la plus redoutable contre des ordres iniques est la résistance passive fondée^sur les droits de l'humanité et des nations. Cette arme deviendra invincible si elle est employée simultanément par toutes les nations. L'affaiblissement des ennemis, si on maintient vis^è-vis d'eux ses droits réels avec persévérance» peut prévenir des troubles sanglants et de longues luttes» et quand même il provoquerait quelque part un conflit armé, il épargnerait bien du sang et diminuerait considérablement le nombre des victimes. Mais pour cela, je le répète, les conditions suivantes sont nécessaires : i*^ Ceux mômes qui n'ont aucun intérêt immédiat à la réforme do la société doivent, dans l'intérêt de leur sécurité future et de celle de leurs enfants, prêter la main à un change-* ment universel ; 2« certaines lois immuables et fondamentales (les nations doivent être acceptées à l'avance par tous pour gouverner la société au moment de la réforme afin que les peu- {)le8 n'aient pas une nouvelle anarchie; 3» chaque nation doit se laisser gouverner par des hommes instruits et vertueux et leur accorder une confiance absolue en se gardant des flatteurs et des perturbateurs; 4» il faut de l'union, encore de l'union, toujours de l'union. Que les monarques et tous les citoyens sa souviennent de cette vérité exprimée par Montesquieu : a Le$ dang0r$ qu^cn prévoU tofU êouveni moim dangirewf quê ceu9 QU*9m nêpmii pas préw^. » ^