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libre, c'est-à-dire libre d'erreur, de sottise, d*orgueîl, de toutes sortes de passions et de riolence? Y a-t-il une différence entreVattitude raick de l'Européen semblable en présence de son monarque, à une corde tendue et la prosternation devant l'empereur chinois ? Est-ce que les millions de volumes européens ont introduit une justice plus grande dans la société que les livres énormes écrits par les sages Chinois? Est-ce aux Chinois à nous envier ou devons-nous leur porter envie ?
Les empires chinois et indien sont d'autant plus intéressants pour nous, qu'ils appartiennent à l'antiquité la plus reculée et qu'ils nods présentent parfaitement les traits de l'humanité lors de son développement primitif. Les institutions religieuses et sociales des Chinois et des Indiens sont plus caractéristiques que celles des autres nations, caf elles nous donnent l'idée des premiers efforts de l'esprit humain. La physionomie de ces deux nations, dont je viens de donner un aperçu général, est plus ou moins connue de tout le monde ; j'ai voulu néanmoins appeler l'attention sur ce point inconte«itable, c'est que la société européenne actuelle n'a fait, dans la vie pratique, aucun progrès qui soit proportionné à l'espace de temps écoulé depuis le premier âge de l'humanité jusqu'à nos jours, ni aux vastes conquêtes faites par la raison. ^ Le retour de la société aux mêmes erreurs et défauts, les misères et les malheurs humains ne sont pas, comme on le croit, la destinée de l'humanité, mais sont les résultats d'une seule et même cause dont l'anéantissement dépend de notre volonté.
PRINCIPAOC OBSTACLES AU PBOCBiS
Manque d'un principe absolu. — La rupture des rapports dans 1<| idées de l'homme donna à son esprit une direction anormale. — Obéissance à des erreurs est servitude. — D'où vient le oonse^vaiisraet— Qu'est-ce que la civilisation? -«- Quel est le problème de la philosophie nouvelle? — La discorde entre les savants divisa les nations et renforça le despotisme* — Le mal est venu de l'Asie. -^ Idées religieuses des Chinois, des Indiens et des chrétiens. — Judaïsme. — La volonté des ministres est une autanté* — Notions du droit. -^ Système diplomatique.
Admettre qne rhumanité soit condamnée à tourner continuellement dans un grand cercle, h croître, à progresser et à tomber en décadence, puis à renaître, à monter et à déchoir de nouveau, croire qu'elle soit destinée à un mouvement monotone, symétrique et continuel, ce serait dénier à Tesprit humain toute activité, en contester même Fexistence, reconnaître le fatalisme, réduire Vhomme au rang des êtres les plus vils.
S'il est exact qu'on ait vu jusqu'à présent et qu'on voit aujourd'hui encore se répéter dans la société les mêmes erreurs et les mêmes défauts qu'il y a des milliers d'années, il ne s'ensuit point qu'il en doive toujours être ainsi. Ce n'est pas une preuve suffisante que l'humanité n'ait à espérer mieux. Que deviendraient les efforts humains? qui aurait le courage d'en tenter désormais s'il ne devait en rien rester un jour? Que seraient donc la puissance de la raison, et le progrés lui-même si rhumanité ne pouvait se perfectionner, sinon des paroles vides de sens? La société se réengage dans de vieilles ornières parce que l'esprit humain l'y ramène, comme 8^1 s'enfermait de lui-même dans un cercle ensorcelé ; mais ce n'est point la destinée de l'esprit ni celle de l'humanité. L'esprit humain ne possède pas encore assez de force pour se frayer une pouvelje route et pour la faire
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prendre à l'humanité, il n'a pas trouvé les moyens d'appliquer ses conquêtes à la vie pratique.
La raison, à la recherche des vérités qui pourraient diriger la société, rejeta avec mépris et condamna certains principes qui lui paraissaient incompatibles avec les besoins de Thumanité, sans considérer plus sérieusement s'ils étaient bons ou mauvais et sans songer quHls pouvaient être mal appliqués; car le meilleur grain ne prend pas sur un sol mal cultivé ou ne porte que des fruits chétifs. Souvent la raison s^éloigne de la réalité en poursuivant des apparences et laisse échapper les vérités qu'elle est sur le point d'atteindre pour courir après un fantôme qui flatte ses vues personnelles. C'est pour cela que dans tous les systèmes philosophiques et» sous leur influence, dans toutes les institutions sociales les mêmes idées, et par conséquent les mêmes qualités et les mêmes défauts, se répètent continuellement depuis des siècles. On a presque toujours cherché des vérités fondamentales dans la pensée, dans la théorie, dans l'abstraction. Les inventions des divers philosophes sont une source inépuisable pour les recherches de cette nature. C'est pourquoi l'esprit des savants s'y complaît, tandis que la vie réelle, véritable, palpitante disparaît à leurs yeux. Par une étrange aberration les hommes, qui voyaient le mal dans la société, n'y cherchaient de remède que sur le champ du savoir et n'y puisaient que ce qui le plus souvent engendra des erreurs. Et en effet, si des recherches philosophiques s'appuyèrent quelquefois sur des bases vraies» les raisonnements les plus sages restèrent sans profit pour la société , parce qu'on n'indiqua point les moyens de les appliquer, et que la société n'eût aucune possibilité d'en tirer parti.
En passant en revue cette foule de rêveries diver-
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868, on trouYe que les hommes ne se bornèrent pas à publier leurs idées, mais que très-souvent ils érigèrent une absurdité en système. Il se trouva des gens qui s*em* parèrent avec avidité des nouvelles opinions. En édi* fiant un système nouveau ils y igoutaient leurs chimères et de cette manière ils multipliaient le nombre d*erreurs. c Dans aucune branche de sciences ~- dit Buckle — il n'y a eu tant de mouvement que dans la métaphysique, et nulle part on ne trouve moins de progrés. En tout pays civilisé, les gens supérieurs se sont occupés de recherches métaphysiques ; cependant leurs systèmes nonHseulement ne se sont pas approchés de la vérité, mais ils s'en sont éloignés de plus en plus en proportion du développement général des connaissances. La rivalité continuelle des écoles ennemies, l'emportement de leurs défenseurs et la présomption exclusive, non philosophique, avec laquelle chaque école soutenait sa méthode, ont jeté les études intellectuelles dans un chaos qu'on peut seulement comparer au galimatias religieux imaginé par les théologiens.Par suite , toute la métaphysique à peu d*exceplions près, ne renferme pas un seul principe qui soit d'une importance et d'une vérité incontestables.» L'auteur cite Berkeley qui s'exprime ainsi : « En général je suis capable de croire que la plupart des difftcultés qui nous empêchent nous, philosophes, d'élargir nos études et qui encombrent le chemin des connaissances, proviennent de notre faute. Nous remuons d'abord de la poussière et puis nous nous plaignons de ne rien voir. » (Vol. I, p. 141.)
Suivant cet auteur, la profonde étude du développe* ment intellectuel dans l'humanité entière ou tkisterisme philosophique examinant la réalité des mouvements sociaux, est le seul vrai système qui parviendrait à péné*
trer la vérité. D'un oôté il place 1«8 moralistei, lei théologiens et les métaphysioiens, de l'autre les naturalistes, et donne la préférence aux historiens sayants et impartiaux, affirmant que ceux-ci seulement sont à même de dé*oottvrir desyérités incontestablest Sans nul doute^ toutes les recherches d'après une pareille méthode présentent une garantie de l'infaillibilité des coniectures ; car elles unissent l'action de la pensée avec Texperience pratique appujée sur le témoignage de faits éloquents qui s'élèrent dans rhistoire de l'humanité comme des monuments éter» nels.
Quoiqtl'att milieu des querelles séculaires des philosophes, de nourelles vérités soient sorties du choc d'idées contraires, les sciences sociales devaient nécessairement rencontrer de grands obstacles. C'est pour cette raison que Torguiisme politique i se développant sous rinfluenoe d'idées généralement reçues, mais qui n'avaient rien de stable, renferma on lui des vices qui se firent douloureusement sentir aux nations^
Lorsque l'esprit humain, conscient de sa force, depuis longtemps mais particulièrement depuis trois siècles, em* ploya toute son énergie à briser les liens qui l'enchaînaient, la société, refusant de rester stationnaire, fit plus d'un pas en avant. Ce mouvement coûta beaucoup de sang et beaucoup de victimes. Une force irrésistible, une force donnée par Dieu k la nature de l'homme, poussait l'humanité au progrès. Tel qu'un fleuve débordé, l'es* prit de l'homme, en vertu de la loi immuable de la nature, a avancé et avance toigours, mais il n'a pas encore trouvé le lit qui lui convient. A chaque pas il rencontre d'énormes résistances. Ilbrise, il renverse les unes^ d'autres aussitôt se dressent. Alors, préparant un nouveau débordement, il recueille de nouvelles forces, franchit les obstacles,
puis arrêté dereohef dans son élan, il reoommsnoe uns latte encore plus acharnée.
Plus d*une fois les peuples ont fait sentir par un ébranlement vigoureux leurs forces gigantesques, plus d'une fois ils voulurent atteindre de leurs bras titaniques les droits qu*on leur a enlevés par ruse ou par violence. Des tor^ rents de sang et de larmes inondaient la terre; des millions de têtes tombaient en invoquant la vengeance du ciely et des millions de vivants criaient au secours, demandant la vérité, la lumière. Des tjrans périssaient sous les coups du désespoir. Leurs successeurs ne cédaient pas. Les martyrs succombaient pour la liberté. Partout le glaive remplace Tautorité de la loi ; partout hjpoorisie, mensonge, servitude ; tous les jours la société offire de nouvelles victimes t.. .
Combien en meuri*il avec la conviction qu'ils combattent pour la vérité l..« £t la lutte dure to^)oar8; car à côté de Tesprit qui cherche la lumière et le bien de Thu'manité, VesprU du malt a étendu sa domination, Tesprit des ténèbres et de Tégoïsme.
Une confusion de Babel règne dans les esprits ; il rCy a pas une idée souveraine pour guider et éclairer notre grand pèlerinage. C'est là la première et la principale ndson des misères de l'humanité. Les principes tombent en ruine Tun après l'autre ; oe qu'on b&tit ai^jourd'hui, on le détruit demain; ce qui est sacré aujourd'hui, est bientôt proscrit et foulé aux pieds. Un petit nombre de penseurs ont découvert les vérités immuables, dont ils ont enrichi le domaine du savoir humain ; mais la foule, agissant après eux, les a dénaturées, les a faussées dans leur application , et les principes les plus beaux, sous la main de gens ignorants ou méchants, furent changés en fondements débiles, sur lesquels s'élèvent aujourd'hui des
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édiâoes chancelants. L*hamanité, placée aux pieds de ces systèmes qui menacent ruine, sent, yoit môme le danger; la seule pensée du fardeau qui doit lui tomber sur la tête Tefiraje ; elle est accablée, saisie de vertige à la vue déformes monstrueuses, anormales, elle souffre ellemême de ce que le progrès ne suive pas une voie naturelle, elle secoue ses membres enchaînés par des liens innombrables , elle s'efforce quelquefois de conserver Téquilibre, de s'emparer du gouvernail de ce navire, que les pilotes conduisent dans des gouffres, au milieu de tempêtes continuelles ; mais, ballottée de tous cétés, après des efforts inutiles, elle se laisse diriger vers les écueils par les passions, ou bien elle succombe, en gémissant, courbée sous le poids trop lourd de l'oppression, se préparant à une nouvelle lutte, dans un repos, tranquille en apparence, mais réellement terrible.
Les ténèbres entourent la société ; ce n'est que sur les sommets, invisibles à la foule, que brillent de petites lumières disparaissant dans la nuit qui embrasse un milliard de la population du globe. Des masses innombrables d'hommes errent dans ce chaos, où la lumière n'a point d'accès et où l'on voit briller misérablement de petits feux phosphoriques que la nuit seule protège. Cette lueur £bu}tice tient l'humanité dans l'erreur; l'obscurantisme s'étend , sous le masque hypocrite de la civilisation ; il viole les vérités les plus saintes, les droits les plus sacrés de l'homme. Sur des ruines se renouvelant sans cesse, brille une vieille idée servile; parée d'ornements nouveaux, elle charme l'humanité, l'attire à elle, l'entratne, l'exalte, l'engloutit; et les sens assourdis n'entendent plus la voix suprême ; la vue éblouie ne voit plus les lois éternelles inscrites avec le sang du Sauveur sur la croix du Golgotha,
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Faute d*im principe qui pourrait être reconnu par tous, faute d*une idée conductrice, un désordre chaotique, qui ne cesse d'attirer sur Thumanité des malheurs incalculables, règne dans toutes les opinions de la société.
DieUfThomme et la nature qui Tenvironne ont été, dès Vorigine des temps, le triple objet de recherches sans fin. L'homme, cet anneau intermédiaire entre Dieu et la nature, composé de deux éléments : étant comme esprit une partie de Dieu, comme corps une partie de la nature, dont il est le couronnement^ placé dans un double rapport avec le monde spirituel etmatériel,|éyeillesans nul doute notre plus grande curiosité. Formant une société, luttant éternellement, marchant toigours vers un avenir inconnu, par sa nature même, il cherche continuellement les moyens de définir son existence dans son séjour actuel; il cherche la cause de tout ce qu'il voit avec sa vue physique et intellectuelle; il aspire à améliorer sa position sur la terre; il veut pénétrer l'avenir. Par cela même, deux idées principales occupent l'esprit de Thonmie: le monde spirituel, divin, ou, comme on rappelle ordinairement, le ciel, et le monde matériel, visible, terrestre. Toute sa force , toute Tactivité de sa pensée ont pour but d'approfondir ces deux objets, de définir sa situation. De là toute la masse des sciences humaines se divise en deux branches principales : les recherches sur la commuTiau^e de Thomme avec Dieu, oulaAefi^n, etlesrecherches s ur les relations de l'homme avec des créatures qui lui sont égales, avec le monde visible, avec toute la nature qui l'entoure, avec tout ce que comprend l'étude des choses terrestres, et que Ton pourrait nommer, dans un sens très-étendu, science universelle, ou Politique» L'union de la religion et de la politique est le problème de la philosophie. T. I. d.
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Lds recherches de Thomme sur lui-^méme, sur 8â per^ sonne, doivent, & cause de sa nature double et de ses relations doubles, porter sur le monde spirituel et matériel. L'homme par son existence embrasse tout et sou* met tout à Tautorité de la pensée. Une chaîne interml* nable dont se composent Tunirers, les mondes visibles et invisibles, entoure rhumanité entière. Ainsi tous les an-* neaux des deux mondes sont en rapport inânl entre enx^ 11:^ se complètent Tun l^autre, se servent mutuellement et exercent Fun sur Tautre une influence oonstantei La direction de notre esprit et Télan de notre pensée en sont la preuve. Lorsqu'un de ces anneaux est briié^ Tesprli prend une direction anormale. C^est Ift le point cardinal qu'il ne faut pas oublier. Mais quelques-'unsf aveuglés par un faux raisonnement^ ont essayé de prouver que Thomme ne diifére des êtres inorganiques que par la construction de son corps; ils ont nié rexiitence de rame, et oonduant de \k que le monde est seulement matériel, ils ont propagé la foi danê le droù de la forcé p/fj/êiquif dam le droit du plus fort. Bans foire attention que ces idées, nées il y tt des siècles dans des cerveaux malades ou faibles, ont été renversées de fond en comble par des gens dont la pensée était saine, ils ne cessent de troubler les tétee faibles avec leurs arguties dignes de pitié I Ce sont ceux qui ne rougissent pas d'appartenir A récole dite matérialiste» école d'esclaves!... L'envie de rompre les relations de l'homme avec le monde spirituel > envie hostile à sa nature même, évoqua la défense des lois naturelles violées. La lutté qui en résulta engen« dra des partis innombrables qui tombèrent dans les extrêmes. Ceux qui croyaient trop & leur raison ao^ceptèrent aveuglément tout ce qu'ils trouvèrent dans la pensée; oeux qui ne croyaieiit pas ii la raison ho-
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mtdnê déponUlènent la pengée de tonte autorité» et orarent irréyooableœent h leurs sens ou bien ft ce qa*on leur ordonnait d'envisager comme une vérité incontestable. DelA naquirent le fanatUme^ sous deux formes différentes, et Yempiriême.
J'appelle fanatisme toute foi aveugle.
Dans la vie ordinaire des individus et dans la vie publique des nations, la foi aveugle et Texpérience aveugle jouent le rôle principal. La première rejette toute expérience et toute autorité digne de ce nom, la seconde ne se soumet pas à la raison. Ces deux moteurs des actions de presque toute l'humanité sont tellement et depuis si longtemps enracinés dans l'organisme social, que le mécanisme politique obéit entièrement soit à l'un soit 4 Tautre, soit aux deux à la fois» On trouve dans la foule d'idées et de théories philosophiques, qui apparaissent le^ un es après les autres se renversant mutuellement, depuis vingt-cinq siècles : d'un cété la raison voulant par ellemême approfondir les rapports de l'homme avec Dieu et avec tout ce qui concerne le monde présent et futur ; de Tautre : la foi s'en tenant k ce qu'elle a puisé dans les livi-es dont le ramassis se nomme ordinairement lotience, sans s'inquiéter quelle est l'autorité des traditions scientifiques.
Mais l'autorité suprême, où est-elle? N'est-ce pas dans la nature, dont les lois sont éternelles et immuables? N'est-ce pas là que la raison doit chercher un appui? Notre tâche ne oonsiste-t-elle pas à trouver l'explication des lois qui doivent diriger l'humanité?
D'un côté, la raison se reconnaît elle-même comme autorité, et trop souvent ce n'est que la fantaisie qu'elle prend pour son arbitre absolu; de l'autre, on donne le nom d'autorité ft une docirim ordonnant de croire à «#
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qn*elle enseigne. Mais la raison, qui est angourdliui une aatorité pour elle-même, Tout établir son autorité partout et la faire reconnaître de tout le monde. Celui qui croit aveuglément en elle peut être dans la même erreur que celui qui ne consulte la raison en rien. La foi aveugle peut avoir de là deux formes différentes : une confiance sans bornecf dans notre propre raison, et une confiance illimitée en tout ce que prétendent les autres. Si nous accordons trop de confiance à notre propre raison, nous commettons un péché de foi aveugle en nousmêmes; si nous nous en rapportons trop à la raison de quelqu'un, nous pouvons également tomber en erreur, tout comme si nous ne consultions point la raison. Maigré cela, les gens qui attribuent à la raison une autorité sans appel, quoiqu'ils ne fassent autre chose que de s'imposer à eux et aux autres une foi aveugle, appellent une pareille méthode de raisonner rationnelle, et tout ce qu'ils bâtissent sur cette base rationalisme.
Attendu que personne ne veut se refuser la raison, l'oppresseur en a tout aussi bien que Topprimé, le tyran que l'esclave. Sous le manteau du rationalisme on voit donc tous les systèmes et toutes les théories qu'ont pu créer l'égoïsme on les passions, même la déraison la plus grossière. Divagation est souvent nommée raisonnement.
L'un des buts les plus importants de ce qu'on appelle le rationalisme a été et est jusqu'à présent le renversement de la religion. Rien ne peut mieux seconder la violence, rien ne sert mieux à l'asservissement de l'humanité.
D'un autre côté, les ennemis avoués ou occultes de la raison se sont efforcés de détruire complètement l'autorité de la pensée pure, saine et libre de l'homme, croyant
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ùâre beaucoup de bien à l'humanité en tenant Tesprit dans un état d'hébétement stupide, en propageant la foi dans une foule de miracles et de choses étranges, les unes plus absurdes que les autres, auxquelles on donna le nom de religion. Cette ardeur mal comprise dure jusqu'à présent. En faisant de Thomme un instrument ssms volonté, elle contribue à son esclavage. Le blâme en ceci revient principalement au clergé catholique.
Ces deux voies aboutissent par conséquent au fanatisme. Une obéissance absolue à la raison, qui n'admet rien sauf ce qu'elle invente, est une 'foi aussi déraisonnable qu'une obéissance absolue à la foi qui admet tout sans, exception. Qu'est-ce qui nous garantit que la raison ne se trompe pas? Pouvons-nous nous y lier complètement?
De même qu'il j a le fanatisme de la foi, il y a aussi le fanatisme de l'incrédulité. C'est une foi exagérée en soiy en son infaiUibUité,
Des pr^ugés qui en résultent, les uns se développent sur Je champ du fanatisme, s'aidant, soit de la raison, soit de la foi; les autres, au contraire, méprisent également la raison intellectuelle et la foi, et ne se soumettent qu'à l'expérience, à ce qu'ils peuvent comprendre à l'aide des sens, de la raison empirique. Un pareil empirisme prend aussi la forme de la foi aveugle; il n'est rien autre chose qu'une foi absolue dans l'expérience des sens, et enfin dans les observations individuelles. Il rencontre nécessairement le fanatisme. Les extrêmes finissent toigours par se toucher.
Dans toutes ces directions, on trouve un si grand nombre de préjugés et de préventions, qu'il n'y a que le changement radical des idées et l'établissement de principes sains et clairs qui puissent les détruire ou au moins les modifier. Gela demande beaucoup de temps sans au-
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enn doote, mais fl fant commencer. Ponp ne 9*étre patf entendu sur les bases fondamentales de la rie sociale, on voit les erreurs augmenter, les idées vraies trouvera chaque pas des obstacles à se répandre, la lutte continuer sons différentes formes, aujourd'hui au nom de telle Idée, demain au nom de telle autre. Et la société, au milieu d^un chaos dMdées contraires, au lieu d'avancer d'un pas sftr et hardi, trébuche, marche ft tâtons, se fatigue et se noie dans les ténèbres et la misère, sans pouvoir même apercevoir les auteur? de son malheur, sans pouvoir décou* vrirla cause du mal. Les faux prophètes et les gens de routine jouent le même rôle que les antres fenatiques.
Les préjugés de toutes sortes, soit qu'ils proviennent de la foi aveugle ou de l'incrédulité, que j^ai appelée la foi dans sa propre infaillibilité, sont devenus une telle habitude, se sont tellement infiltrés dans le sang de l'humanité, se sont tellement emparés des esprits, que pour beau* coup ils sont un besoin, une condition indispensable de la ' vie, une seconde nature. La plus grande partie des gens induits en erreur ne s^aperçoi vent pas que ces besoins sont illusoires, que cette nature est infirme, que ce qui leur paraît une condition nécessaire de la vie est un symptôme de maladie ; ils ne comprennent pas que la foi qui a les yeux bandés conduit à l'immobilité dans les régions des ténèbres, et que l'empirisme, lorsqu'il n'est pas éclairé par le llambeau d'une pensée élevée, libre, connaissant sa portée et sa force, conduit à des idées fausses, à dee conjectures erronées, à la misère.
Les résultats de cet antagonisme sont incalculables. LVhéisme d'on côté, le supranaturalisme de l'autre, sèment la méfiance et la haine. Souvent les passions les plus hideuses, étajées par de pareilles idées, surgissent dans la vie publiqueet exercent une grande influence sur
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la société. Ce n^est pourtant antre ohose que servitade, que soumiaion voltmiaire à Verrewr^ & moins que ce ne 8oH le signe d'un manque d'énergie suffisante pour épurer sa pensée. De pareilles dispositions de gens occupant un certain rang dans la yie publique sont la source de bien des maux universels. Il n'y a rien de plus dangereux pour Thumanité que la deiirueti&n de la base morale on la corruption de Tesprit de moralité. Le fanatisme rationnel, de même que Tempirisme, qui finit par le matérialisme, la détruil; le fanatisme surnaturel corrompt Tesprit de vérité. Ceux qui prétendent que \eê hommes peuvent se passer de religion, que la raison leur suffit, ne sont pas sains d'esprit, ou parlent d'une humanité composée de eréattH*es idéales. Ceux qui disent que la religion doit être soutenue au moyen du charlata* nisme trompent les hommes, se trompent eux-mêmes et font tort à la religion. Les coryphées de toutes les classes de la société et de toutes les conditions, induisent en erreur, ordinairement dans leur «propre intérêt, ceux qui leur sont moralement ou matériellement soumis, ces milliers d*esclaves enlacés d'idées serviles, de raisonnements faux, d'institutions vicieuses, d*usages absurdes, d'exemples pernicieux, de tout cet échafaudage de doctrines perverses introduites dans la vie, incompatibles avec les lois divines.
L'esclavage de la pensée, qu'il résulte d'une obéissance absolue à la raison, ou du rejet complet de son autorité, est également de l'obscurantisme. Une lumière excessive dont l'éclatn'est pas tempéré, en éblouissant la vue, empêche aussi bien de voir que le manque de lumière. Il en est de même des facultés de l'esprit. Malgré les extrêmes dans lesquels tombent ordinairement ceux qui dirigent la société, les uns et les autres sVfforcent de gagner de
Tautorité. Les uns et les autres yeulent passer pour in-> faillibles, et ils veulent établir d'après leurs idées individuelles le système religieux, le système de la morale universelle, en un mot, tout ce qu'il j a de plus grand au monde; les uns en s'appujant exclusivement sur la raison et rejetant toute foi, les autres donnant à tout la foi comme base et rejetant tout raisonnement.
Quelle misère, quel triste état de la société, puisque les hommes dépendent de cette lutte où gouvernent ordinairement les passions les plus viles! Qu^elles sont futiles les forces de la raison puisque, depuis tant de siècles qu'elle s'efforce de détruire la foi, jusqu'à présent elle n'a pu y parvenir, ni convaincre personne ! N'est-ce pas là une preuve que la foi ne peut être aucunement détruite ? Quoi qu'il en soit, les esprits servilement soumis à leurs idées de prédilection, étendent par leurs théories leur despotisme sur la société, et ne lui permettent pas de distinguer d'après le développement naturel des idées et des sentiments, ce qui lui e^ bon et ce qui lui est nuisible. Voici comment il j a des gens qui, semblables aux martyrs de la roue d^Ixion, enchaînés par les relations sociales, baissent la tête avec humilité devant des idées auxquelles ils sont habitués, et ne savent pas toijgours se rendre compte de ce qui est faux et de ce qui est vrai. C'est pourquoi d'autres sont tellement saisis de crainte à la seule pensée de changements, ils ont une telle confiance dans l'infaillibilité des meneurs qu'ils honorent de leur confiance, dans la perfection de l'ordre de choses actuel, qu'ils n'imaginent rien de préférable au statu quo et que chaque lumière plus forte^ montrant plus clairement l'état de la société, lui indiquant une route sûre, découvrant d'un côté ses plaies, son malheur, sa misère, et de l'autre l'erreur, l'hypocrisie, l'égoïsme, l'ignorance.
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les effiraye et éyeille en eux le désir de s^enfoncer eneore plus profondément dans les ténèbres. On appelle ordinairement ces gens des ennemis da progrès^ des rétrogrades; et cependant une pareille disposition à son origine dans la confusion d'idées contradictoires dont aucune n'a en-» core acquis une autorité inébranlable.
Mais n^ a-t-il pas une vérité inyariable, éternelle? La raison humaine est-elle donc si faible qu'elle ne puisse distinguer ce qui est la yérité absolue, réelle! ce qui est la base durable de Texistence de l'humanité f S'il en était ainsi, il faudrait douter de la puissance des facultés hu« maines. Nous reviendrions à n'avoir plus aucune foi dans la raison; nous ne ferions que renouveler le [système de scepticisme dont on retrouve plus d'une apparition dans l'histoire. Il est temps de quitter ces vieilles et pro* fondes ornières creusées par des siècles de inisère I L'esprit supérieur, l'esprit philosophique doit viser plus haut et s'ouvrir de nouvelles voies. Ce que la raison humaine a fait jusqu'à présent n'est qu'un essai de ses forces; et si elle n'est pas encore arrivée à remplir sa mission prin-* ci pale, si elle n'a point restitué à la société les droits qui lui appartiennent, si elle n'a pas su mettre en pratique les lois suprêmes de l'humanité, si elle n'a pas d^ livré les peuples de l'asservissement de l'erreur, de la violence et des passions, &ibles sont ses mérites.
Lorsqu'il y a deux siècles Descartes et Bacon frayèrent une nouvelle route à la pensée, lorsque ensuite les illustres philosophes allemands ouvrirent une sphère étendue à l'activité de l'esprit, on se réjouit de cette liberté, et on proclama l'émancipation de la raison, lui reconnaissant le droit illimité de décider de toutes choses. Ce fut en vérité un grand triomphe, que cette délivrance de la raison des fers du moyen âge et de la
Poutine faôUstû|U9, Mais dwi l'enthoutiMma 4« U joia, je dipais presque qu'on oublia de déterminer sa signifloSf tion. 1^ génie de Kaot, le premier • aperçut le besoin de donner à la raison une définition préoise. Ceci cependant n*empécha pas plus tard les philosophes ultérieurs de sortir des limites que la véritable sagesse ayait posées II. la raison et de lui donner un élan immodéré, se perdant ^ans rinflnit où les facultés les plus perçantes de l'esprit n'avaient pas accès, On commença k écbafauder des théories sur des hypothèses, et chaque raison indivi* dueUe voulut passer pour la raison suprême, pour la rai* son philosophique. Chaque petit système mesquin avait la prétention d'être la philosophie elle*mdme et proolamait4es arrêts qu'il regardait oomme infaillibles. Pour que|quea-uns ils pouvaient servir d'autoritéi mais ils n'étaient nullement obligatoires pour les autres. Ceux qui s'étaient soumis à ces arrêts se perdaient de plus en plus dans des impasses, et à la fin la raison, dans le sens étendu de ce mot, ne fut pas généralement reconnue et ne sut pas s'acquérir l'autorité qu'elle devrait avoir, h laquelle elle a droit. Rien d'étonnant, car ce n'est pas assez que la raison ait seooué le Joug anoieUf il faut encore qu'elle ne se soumette pas à un nouveau. L'émancipation ne suf-» fit pas, il faut que cette émancipation soit digne de la raison, o'est«à>^ire que la raison soit complètement /)uri et libre. »
En attendant, la pensée humaine, dans un élan immo« déré, ayant par sa nature même une sphère illimitée, se perdait dans un abîme d'idées abstraites. La raison se laissa capter par une foule d'erreurs auxquelles elle se soumit de plus en plus, et, de libre, devint psolave. Pion** gée dans des sphères abstraites, elle perdit de vue son but principal. La société vivante, la vie pratique de Thu-
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ffiâ&ité, leê eondltioDfi lûdispens&bles dô non ôtltUiioé devinrent en quelque sorte pour là rftison une quéfttion 8é(k)ndàiré. On ne comprit pas les beBoinê innée de VhomnM, ses droits ; on les oublia complètement.
Ce qu'exigeait la raison no répondait pas m% besoins de la société ; ce qui était indispensable à la tie de la société ne s*accordait pas arec les idées abstraites de la rai« ■on. De la cette confusion d'idées contradictoires qui dis^ tin^e particulièrement le dit-neutiéine 8ldole< De ce désordre comme d'une bourbe sans fond découlent tant de ruisseaux chétifs. De là ces luttes interminables^ ajant pour objet des choses temporelles et éternelles^ prirées et publiques, le faux et le vrai. Tout ce que Tesprit hu« ittaln a orée s'est réuni at^ourd'hui dans un immense obaoSi Nous avons tout : matérialisme, spiritualisme^ athéisme, mysticisme^ naturalisme, panthéisme» empi* Hsme, rationalisme, quiétisme, théurgie« Ces systèmes engendrent de nouveau des théories politiques Innombra^* blés, et la société en souffre comme par le passé«
Malgré une pareiUe agitation de la pensée, ou plutôt k cause de cette agitation fébrile, Thumanité marche dans les ténèbres, car ses parties principales, ses classes inférieures, se meuvent ou dans l'obscurité, ou dans une fausse lumière. Le soleil de la vérité n'éclaire pas tous les coins de la terre, et l'Europe qui est fière de sa civilisation en retire moins de fruits que les autres contrées i Ce qu'an Appelle ordinairement civilisation n'est qu'un vernis, une éducation superfloielle, un petit vestibule du grand temple de la sagesse* Les hommes que Ton nomme civilisés, offrent quantité de nuances choquantes, recouvertes â*tin lustre brillant qui empêche de pénétrer au fond de leur esprit. Plaçons-les comme un tableau que nous voudrione examiner soue un jour pouvant mettre à
nu leurs défauts, et nous ne découvrirons en eux qu'une ignorance grossière , nous les verrons incapables de déchiffrer les premières lettres de Talphabet nécessaire pour comprendre le catéchisme de la science suprême.
n 7 a môme des savants qui ne sont pas éclairés» On peut posséder beaucoup de connaissances et n'être pas éclairé si Tidée de la vérité n*sgoute sa lumière aux tr.ésors acquis par la science. Dans la société d*£guourd*hui, les gens instruits, les savants, le? demi-savants, et ceuxlà même qui ne le sont pas du tout, se considèrent tous comme des gens éclairés, s'emparent du gouvernail de la pensée ou de l'État , et croient dans leur présomption qu'ils ont le droit de présider aux destinées de l'humanité. Cet orgueil domine principalement les hommes de lettres, les publicistes, les critiques partiaux, les historiens soumis à l'influence d'une idée fausse, et surtout certains coryphéet à fausse autorité, gens au nom retentissant, qui à l'aide des sophismes de Télôquence et de procédés mauvais, mais employés habilement, conduisent ceux qui partagent leur opinion dans un dédale d'idéeis absurdes ou d'actions blâmables.
Une pareille influence peut être ou nuisible à Finsu des propagateurs de doctrines erronées lorsqu'ils répandent de bonne foi les idées reconnues par eux, ou bien sciemment nuisible y lorsque ceux qui sèment de mauvaises graines ne croient pas eux-mêmes à ce qu'ils démontrent, et sont seulement les instruments des passions qu'ils servent lâchement. En religion dans tous les cultes, on trouve, comme en politique, de ces meneurs qui sont une vraie calamité pour la liberté des nations et le progrès. Des gens qui ne croient point non-seulement à la force de l'esprit, mais à son existence même, voudraient voir la société organisée sur une base matérielle.
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d*aprés les principes du plus fort. D'autres qui donnent à Tesprit un essor illimité, sans forme précise et déteiv minée, qui perdent de vue la terre, se rangent de leur côté sans s'en apercevoir peut-être. Les uns disent : a Obéissez au plus fort et enHchissez^vous ; » les autres : Cl Obéissez et souffrez, d De là naissent tous les fléaux qui détruisent la liberté individuelle de Thosune et des nations, tels que l'adoration du veau d'or, ce matérialisme dévergondé, le communisme, l'humanisme, le fanatisme mjstique, les systèmes politiques adoptant pour l'intérêt des dynasties le principe a de races, » c'est-à-dire de peuplades qui n'existent plus, comme le pangermanisme^ le panslavisme^ etc. : de là ces théories infâmes ou stupides, ces luttes interminables, ces guerres inondant la terre de sang.
Quelques savants salariés et philologues du demi* monde inventèrent des utopies politiques qui donnèrent lieu à une polémique passionnée. Telle est entre autres la théorie du panslavisme. Elle ne mérite pas d'être re** levée et prise au sérieux. La combattre c'est manquer à la raison. Elle n'a ni le sens commun, ni l'histoire pour base. Il n'y a plus de Slaves, comme il n'y a plus de Gaulois, de Celtes, de Germains, etc. La langue slave même n'existe que dans les livres ecclésiastiques et n'a jamais existé dans la vie. C'est une langue morte comme le peupie qui portait jadis ce nom. Il n'en reste que les descendants qui depuis longtemps se sont formés en nations^ dont chacune a sa propre individualité. Elles devraient fraterniser, dans leur intérêt et non dans celui des dynasties, au nom de leur force vitale d'aujourd'hui, mais pas au nom du spectre d'ancêtres dont Thistoire ne sait rien. Si l'on adoptait le principe de races, autant vaudrait créer un système politique de panindianisme, panéthio^
*- txxxv — fiismêy panmongolisme et remonter josqu'atix enftmts de
Qu*est-ee donc que la civilisation f J'appelle civilisation \in état intellectuel tel que Thomme sente avant tout qu'il est homme. CeluHà est civilisé qui comprend ses droits y r^pecte àa dignité et cannait sa haute mission. L'esclave qui aime ses chaînes, quelque versé qu'il soit dans tous les livres de la sagesse humaine, ne peut s'appeler civilisé, si ses raisonnements témoignent qu*il est dans Terreur ou s'il induit en erreur son prochain, c'estr&Hiire B*il lui prépare la servitude. À quoi servent toutes les sciences! A quoi bon toute la sagesse, siTélévation de l'homme n'en est pas le fruit et si elle ne tend pas à le maintenir à la hauteur de sa destinée f Celui qui ne sait pas lire^ mais qui conserve dans sa pureté la part divine de sa nature, celui qui pratique la vertu et se trouve libre de passion ainsi que de violence^ est plus civilisé qu'un savant qui se plonge dans les erreurs et les passions ou qui sup-> porte avec humilité un joug quelconque. La nation qui est libre, ou celle qui ne supporte pas Toppression et secoue à chaque moment le joug qui lui pèse, est plus civilisée que la nation qui fait des progrés dans des inventions ayant pour but la satisfaction de la vie animale, tout en soufirant le despotisme et en croupissant dans un ignoble abaissement. Car la nation libre se compose d'hommes^ et si elle se gouverne elle^méme^ elle prouve sa liberté d'une manière éloquente. Atteindre le plus haut degré de la civilisation, c'est se sentir homme dans toute la plénitude de ce mot» Par conséquent, ta civilisat%<m est k désir de ia liberté morale et physique uni à ia postitHité de la maintenir. C'est alors que la vraie lu-* mière pénétre reiListeuce de l'homme qui sent ses droits, sa supMorité et son indépendance. La liberté est
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le droit suprême de rhumanitô, l'origine de tôt» eef droits ; donc, où il n'y a pas de liberté ni de désir de la recouvrer, là il n y a pas de civilisation. En Europe, les Suisses sont les plus civilisés. Les Français ne viennent qu'après eux.
Les hommes ainsi que les peuples ne sont pas civilisés s'ils possèdent la liberté de la parole sans l'indépendance politique et s'ils ne désirent point la recouvrer. En ce cas, à quoi peut leur servir la liberté de pensée? De même, Thomme ou le peuple qui jouit d'une complète indépendance politique, et par conséquent d'une complète liberté de la parole, n'est qu'à demi-civilisé, s'il abuse de cette liberté, s'il cède volontairement à des erreurs, puisque celles-ci conduisent tôt ou tard à Fignorance et à la servitude. En un mot, fapjyelle civilisation un état de l'homme ou Veaprit et le corps sont libres d'erreurs de passions et de violence.
L'idée de la vérité, qui est le but princii>al de la philosophie, dùû pénétrer toute pensée et toute action humaine, he problème de la philosophie, c'est de répandre la véritable, la plus haute civilisation, donc son problème consiste à trouver des vérités et des moyens de les propager. Tout système philosophique se propose le même objet, mais chaque système n'arrive pas à son but et le plus souvent s'en éloigne.
Les doctrines erronées ou partiales de certains philosophes, leurs vues euperflcielles ou étroites, donnèrent occasion à certaines préventions contre la philosophie» Mais un système basé sur une opinion individuelle n'est pas encore philosophie. Si l'idée suprême de la vraie philosophie dominait toutes les productions des sciences et toutes les actions de la société, on peut être sûr que la puissance gigantesque d« rintelligence humaine, unis-
sant son activité à Texpérience pratique, par conséquent aux matériaux que lui présente l'histoire, rendrait d'im* menses services à Thumanité.
Puisque la vraie philosophie cherche la vérité absolue comme hase fondamentale et la possibilité de l'appliquer à la vie pratique^ donc Tidée de vérité doit être l'essence de la civilisation universelle et en constituer Tatmosphère, si je puis m'exprimer ainsi. L'humanité entière devrait respirer cet air et s'en nourrir, comme de la seule nourriture qui lui donne la santé. L'idée de vérité doit être Vâme de toutes les institutions religieuses et sociales^ et par cela môme identifiée à la pensée de chaque individu sans exception. Voilà la vraie civilisation philosophique. Trouver l'harmonie entre l'homme et Dieu, trouver les conditions de notre existence normale, tel est le but de la vraie philosophie.
Nous devons le progrès actuel, bien que lent et tardif, aux notions saines qui nous ont été transmises par les vrais sages. Cependant, faute d'une entente générale pour reconnaître une suprême autorité philosophique, les efforts zélés des savants n'ont pas réussi à assurer la somme d'avantages qu'on serait en droit d'attendre de l'étendue des connaissances théoriques. La Cour suprême, l'autorité unique, ne peut être que Vintelligene j phUoso^ fhique universelle ou l'union de toutes les facultés intelleC'^ tuelleSf de toutes les branches scientifiques en un corps col* lectif qui agirait avec unité, L'anatomie, la physiologie, toutes les sciences naturelles et exactes, ainsi que la psychologie, l'histoire, la jurisprudence et la théologie de tous les cultes, doivent se tendre les mains et marcher de concert.
Tout ce qui a été jusqu'à présent conquis dans la sphère de sciences aurait une autre signification et pro-
carerait à la société des avantages plus grands, si le pro« grès eût été développé en proportion des besoins de la vie nniverselle. Quand on étudie les monuments de Tesprit humain, on rencontre des découvertes admirables, des inventions ingénieuses, des vérités incontestables ; mais les travaux des siècles et des plus vastes génies ont été renversés ou par des ennemis de la civilisation ou par une direction partiale dans leur application. On a complètement détruit ou dénaturé les principes qui avaient tout droit de servir de base aux rapports sociaux. On a posé comme des principes nouveaux et meilleurBy les conjectures d'un raisonnemerU faux. Sous leur influence, chaque siècle avait une certaine idée de prédilection, et une génération légnaità Tautre le malheur et la misère au lieu des fruits de la science.
La direction partiale des sciences, qui fut une conséquence inévitable de Tengouement exclusif pour telle ou telle idée, se montra dans Téducation, donc dans toute la vie publique. On peut dire que le dogmatisme aveugle s'empara de la domination de la société.
Chacun tenait beaucoup moins à la vérité qu*à une doctrine. Celle qui s*accommodait aux dispositions personnelles d'un individu ou d'un parti fut adoptée comme infaillible. Au lieu d'une vérité puissante d'où pourraient jaillir toutes les autres, dont la pureté serait incontestable, parurent divers petits systèmes contradictoires qui se détruisaient mutuellement. Ce qui est encore plus étonnant, c'est qu'il j a des gens qui prétendent qu'un tel état est un triomphe du rationalisme!!! La raison humaine serait bien pauvre si elle conduisait à de pareils résultats, et s'il j avait autant de vérités qu'il y a de têtes!
Au milieu d*un tel chaos, chaque gouvernement choisit
poar lai le système qui correspondait le mieux à ses TueSi Etait-il ennemi des droits de l'homme, do la liberté na-^ tionale, comment s y serait-on pris pour le renverser? Qui pouvait protester contre lui d'une manière énergique et décisive, et au nom de quelle vérité ? Le système d'éducation passa en beaucoup d'Êbits sous la dépendance directe ou indirecte du gouvernement. La jeunesse, arrachée des cloîtres du moyen âge, tomba dans les griffes plus dangereuses de Tobscurité officielle . Les écoles ne préparaient pas les citoyens du pays, mais formaient des citoyens du monde, CVst ainsi que naquit Thumanisme ou le cosmopolitisme, très-commode aux gouvernements despotiques, de même qu'à leurs partisans, système qui n'exigeait aucun dévouement, sauf l'obéissance aux pouvoirs actuels.
Ensuite les idées qui dominaient dans une société composée de gens à moitié instruits, devinrent sous Tinfluence des institutions religieuses et politiques du pays, le credo de tout le monde. On pouvait ne pas s'entendre dans des détails, mais on restait fidèle aux principes. Des semences jetées dans de jeunes esprits se développaient, et dans chaque nation, la génération qui avait adopté l'idée que lui avait inculquée son gouvernement lui obéissait servilement.
De quel côté que nous tournions nos regards, nous rencontrons partout la même chose. Soit sous le rapport de la religion, soit sous celui de la politique, les hommes ne s'attachent pas à uiie idée vraie, mais ils sont esclaves de cette idée qui est devenue pour eux une coutume. C'est ainsi que les mahométans se laissent couper la tête pour leur prophète, les Israélites pour Moïse, les chrétiens pour le Christ, les catholiques pour le pape, les protestants pour Luther, Calvin et Zwingle, les athéistes pour