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rinfaillibilité de leur propre raison ; o'est ainsi que le» sujets des gouvernements despotiques meurent pour le despotisme, les républicains pour la république, les aristocrates pour leurs privilèges , les démocrates parce qu'ils sont privés de privilèges.
Et cependant la vérité existe quelque part I Toute reli« gion se distingue par des maximes morales, connues de* puis des siècles, publiées par les sages de tous les peuples et de toutes les époques. Tout le monde le sait et le ré« -pète. Mais il s'agit justement de savoir quel enseignement conduit tout droit au but? quel système doit être ap« pliqué, et de quelle manière pour que la société entière en profite î quelle religion renferme les principes politiques qui conduisent Tbomme k la liberté et au bonheur? Toute la question est là.
J'ai d^à dit que la cause principale du triste état de la société est le manque d'une idée qui servirait de guide et dirigerait tous les mouvements de l'humanité* La différence des idées enfanta la lutte intellectuelle qui se manifesta sur le champ de bataille. L'histoire de l'Europe noua présente une très-longue série de guerres religieuses. La religion et la politique se sont tellement confondues qu'il est difficile de distinguer dans ces combats sanglants ce qui appartient & la religion de ce qui est de la politique. Ceux qui commencèrent les guerres religieuses, mus par la passion, oublièrent leur but princi* pal, et ne considérèrent que leur propre intérêt. D'autres a^ant levé les armes au nom de la liberté versaient leur sang pour une cause dont le but final était la servitude,
A beaucoup de gens, la religion ne servait que de pré* texte. Parmi tant de combats meurtriers, dont les pages de l'histoire sont pleines, on rencontre rarement une lutte soutenue pour la défense d'un vrai principe. Ce sont les
esclaves de Terreur qui combattent le plus souvent les uns contre les autres. La philosophie cherchait à résoudre à Taide de la raison ce que la religion voulait expliquer à l'aide de la foi. On croyait que la direction de Tesprit, tendant à réconcilier la religion avec la philosophie, rapporterait de vrais avantages. Mais qu'est-ce qui en ressortit? C'est que les partis opposés commencèrent une dispute infinie sur l'autorité. Chacun d'eux en appelait à un autre témoignage. La sainte Ecriture fut l'autorité des théologiens, tandis que les rationalistes déclarèrent' formellement n'en reconnaître aucune. De stériles disputes arrivèrent enfin au ridicule.
Les théologiens pas plus que les philosophes n'ont posé de principes qui puissent servir de base à l'organisation sociale. On disputait sur des dogmes et sur des mots, plutôt par acharnement et par opiniâtreté que par amour de la vérité. En attendant, les guerres changèrent de caractère, jetèrent le masque de la religion et apparurent telles qu'elles étaient depuis un temps immémorial, c'est-à-dire qu'elles devinrent ouvertement une lutte de dynastie & dynastie, de violence à violence, guerre pour conquérir un trône et pour étendre une domination. Depuis des siècles jusqu'à présent, rien n'a changé. Ni théologiens ni philosophes ne sont arrivés à ce que la société sache, du moins avec certitude, de quel côté est la vérité, lorsque des fiots de sang coulent dans toute l'Europe.
L'acharnement fanatique des luminaires de la société, leurs préjugés, leur obstination et leur partialité, infiuant sur l'instruction publique, non-seulement n'aboutirent pas à rapprocher des idées opposées, mais produisirent un chaos plus grand, armèrent les partis les uns oontre les autres, provoquèrent la discorde entre les nations, et
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par cela même aidèrent les gouyemements h renforcer leur despotisme. Je suis profondément conyaincu que ceux justement dont la t&che fat de conduire la société à la liberté et au perfectionnement moral, met^ taient le plus d'obstacle au progrès. Je n'en exclus ni philosophes ni théologiens. Ceux qui prêchent la religion de la raison ne font pas moins de mal que les mystiques et les mystificateurs.
J*ai démontré ci-dessus que le dix-neuyième siècle trouya l'Europe, sous le rapport de l'organisation politique, dans un état pareil à celui où était TAsie il y a trois ou quatre mille ans. Quels sont donc les fruits de cette fameuse sagesse humaine ? où est-il ce progrès, je le demande encore une fois ? Nikil novi iub sole. Rien de nouyean au monde ! Buckle a raison de dire : « Aucune chose n*a subi si peu de changements que les grands principes dont se compose le système entier de la morale. Faire du bien aux autres; sacrifier nos propres désirs à leur profit; aimer son prochain comme soimême; pardonner aux enusmis; tenir ses passions en bride; honorer ses parents; respecter le pouvoir légitime, telles sont les maximes de la morale. Elles sont connues depuis des milliers d'années, et tous les débats, les sermons, les homélies, tous les écrits et publications des moralistes et théologiens de l'univers n'y ont pas ajouté une seule lettre. Même le système moral du Nouveau Testament ne nous donne aucune maxime qui ne fût déjà depuis longtemps énoncée. Chaque savant sait parfalteifient que quelques-uns des passages les plus beaux qu'on trouve dans les épitres des apôtres sont extraits des œuvres des écrivains païens. Cela n'est point une objection faite au christianisme ; au contraire, c'est un mobile et un encouragement d'autant plus grand h remplir
les commandements religieux ; car cela nous pronve da quelle manière étroite et par queUe affinité renseignement du grand fondateur du christianisme s'attache à la direction morale de Thumanîté de toutes les époques. » {Sup7*a cit.)
En quoi avons-nous profité des débats philosophiques et des doctrines théologiques depuis dix-neuf siècles ? Ni les vertus ni le bonheur des hommes d*à prosent ne sont plus grands que dans les temps anciens. La sphère des idées s*est étendue et les besoins ont augmenté ; mais la société ne trouve pas assez de moyens pour réaliser ces idées etsatisfaire ses besoins. Est-ce la faute des sciences? Pourtant elles nous donnent tout ce qu'il faut pour le perfectionnement moral de Thomme, pour sa paix et son bonheur. Est-ce la faute de la société? G*est la faute de ceux qui la dirigent, qui ne savent jusqu'à présent trouver les moyens de réaliser les lois éternelles, les suprêmes principes de la morale, et qui ne savent pas introduire la justice dans Torganisme général de la société. Je le répète : La vraie philosophie doit unir T homme avec Dieu^ la politique avec la religion (1).
De toutes les sciences et de tous les principes religieux les hommes n*ont pris que la lettre morte, leur son et leur forme vide sans être pénétrés de leur esprit. C'est une chose bien triste que l'aveugle imitation et l'obéissance ft la routine qui romontent à l'époque de rcnfanco sociale ; c^est bien désolant que la raison humaine qui usurpe tiint d'autorité et s^attribue une telle infaillibilité n'ait pas su y remédier! •
ri) On a souv(Mit confondu la religion avec la philosophie ot la poiitiijnc ï»n tombant toujours dans les cxtrômos. Je vais essayer de présenter le christianisme au point de vue politique (comme on le verra plus loin), en ce qui se rapporte exclusivement au but terrestre de la religion.
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Ce qui est bon n'a pas disparu et s'est conservé au sein de la nature de l'homme. Dans l'état primitif de l'humanité, on rencontre l'élan de lanature chaste vers le bien. Le mal est passé traditionnellement de l'Asie en Europe, ^ et la ciyilisation anormale n'a su que corrompre les principes moraux.
Nous avons vu oinlessus que les règles données par Confuoius» au sixième siècle avant Jésus-Christ, commandaient/a ;iiérf20(TiVe et la restriction des besoins^ afin de diriger la société vers le travail utile. Les hommes ont changé ces régies en principes d'égoïsme. Le chris* tianisme prescrit aussi de pareilles maximes, cependant on les rencontre très-rarement dans la pratique du monde chrétien. Elles existent dans des livres, en théorie; elles n'existent pas dans la vie. Là où on les a appliquées elles dégénérèrent en égoîsme monstrueux, contraire aux principes du christianisme.
Ge qu'on appelle utilité, développée chez les Chinois, règne presque dans toute l'Europe, surtout en Angleterre, en Hollande et en Allemagne. En apparence c'est une qualité, mais au fond elle n'est qu'une abominable tendance à satisfaire les besoins vils de l'homme-animal sans se soucier des besoins moraux. Ce qu'on appelle esprit pratique en général n'est que sa caricature, la dégradation de la dignité humaine. C'est une passion pour des profits matériels, un mépris des nobles élans et des buts élevés, une indifférence pour tout ce qui n'a aucun rapport avec les aisances de la chair^ avec le confort, un abaissement à la vie animale, et par cela même un détachement du monde pénétré de l'esprit divin. liCS nations qui ont pris une pareille direction jouissent momentanément du bien-être, mais elleë exercent une influence nuisible sur les destinées de la société entière. En flattant
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exclusivement les besoins matériels, elles font obstacle au progrès intellectuel. Et cependant ce sont celles-là précisément que Ton nomme les plus civilisées.
Cet esprit pratique est le caractère principal de la société actuelle, le trait le plus frappant de sa physionomie, et dans le mouvement général il tient le premier rang. Sous le souffle de ses passions, occupé exclusivement de l'intérêt matériel, Thomme transige avec la conscience et réduit les principes moraux àdes formes. En les observant, il se croit acquitté. Par suite d'une pareille direction générale de la société, l'activité intellectuelle est étouffée ; les devoirs communs des uns envers les autres se bornent aux convenances. Les buts plus élevés ont disparu ; le sifflement de la vapeur et le bruit des rouages ont rendu muette la voix de la conscience. N*est-il pas évident que c'est le résultat du mauvais emploi des sciences?
Les rationalistes se sont plongés dans les sphères abstraites, cherchant une échelle de plus en plus haute pour leur raison et croyant soulager de cette manière la société dans quelques milliers d*amiées ; le clergé catholique à son tour s'est borné à observer strictement les formes qui, à son avis, constituent exclusivement la religion et qui doivent conduire un jour l'humanité au ciel ; le clergé oriental adore Dieu dans le monarque ; le clergé protestant, après avoir commencé par protester, finit par nier et devint négatif.
De même que les Brahmanes ne se soucient guère de comprendre Tessence de la prière, de même aussi certains chrétiens n*en font pas grand cas. Il leur est permis de dire des oraisons sans pensée, sans un sentiment plus profond, même à rebours, comme les Indiens le pratiquent , pourvu qu'ils récitent de'longs pater, par dizaines et par centaines, des rosaires, des ^chapelets et autres inven-
tions de robflcurantisme du moyen âge» commandées par le clergé contrairement à renseignement du Christ.
D*aprôs Confucius, Thomme doit tendre à la victoire de Tesprit sur le corps; suivant Laokiune, c'est un des plus grands mérites que de refréner ses passions. Le christianisme appuie aussi toute sa sagesse pratique sur les mêmes bases. Le Sauveur a pvéché ces vérités et il a de plus nidiqué les moyens d'y atteindre. Ses paroles sont restées sans effet comme la voix qui crie au milieu d'un désert. Les rationalistes les expliquent à leur manière, et au nom a de la libre conscience » ils oppriment Pâme en la jetant dans un abîme de bassesse, en la rendant esclave des sottises et des passions ; les théologiens de leur côté purifient la conscience à l'aide de longues prières, de confessions continuelles et de signes magiques!...
Selon Brahma, le bonheur consiste dans une contemplation paisible de la divinité, dans une méditation continuelle sur Dieu. Le Christ, au contraire, ordonnait le travail, le dévouement, Taction et disait : a Ceux qui me disent : Seigneur^ Seigneur, n'entreront pas tous au rojaume des ci eux; mais celui-là seulement j entrera qui fait la volonté de mon Père.i^ Le clei^é des divers cultes propage la doctrine de Brahma.
La vie humaine, suivant le Brahmanisme, est une peine et une tendance à une perfection de plus en plus haute. La vie humaine, d'après l'enseignement du Christ, est une transition vers le monde divin, mais pour atteindre ce point de perfectionnement, la charité, le dévouement à son prochain sont les conditions essentielles. Les clergés desdifTérenles croyances sèment la discorde et la haine parmi les hommes.
Les Brahmanes évitaient le moindre péché avec autant de soin que le crime le plus grand, et leur vie consistait
dans une méditation et une prière continuelles. Chez le clergé chrétien on trouve des choses tout à fait contraires.
Les beaux principes introduits par Bouddha Gautama furent corrompus, de même que le Brahmanisme primitif, par des réformateurs ultérieurs, par des commentateurs et des doctrinaires. Les principes du christianisme furent dénaturés par des mystiques et des «fanatiques^ par Luther et Calvin, par des magiciens et des demi-savants.
Le quiétisme des fanatiques de la secte bouddhique, la mortification la plus sévère, le jeûne jusqu*a la mort, la flagellation, la mutilation volontaire, toutes les souf-* frances que Ton s'impose à soi-même, trouvent jusqu'à nos jours des imitateurs parmi les chrétiens d'autant plus portés vers les superstitions du paganisme, qu'ils croient par des sacrifices moins importants s'acquitter de devoirs beaucoup plus graves et plus utiles.
En Chine on tolère toutes les croyances ; les clergés des divers cultes, comme ceux de Confucius, de Laotsee et de Fo y vivent en parfait accord. En Europe les mi-* nistres protestants haïssent les prêtres catholiques, et ceux-ci ne supportent pas le clergé des autres confessions. Avant c'étaient les catholiques qui persécutaient les protestants, maintenant ces derniers, ainsi que les sohismatiques, persécutent oeux-là partout où ils peuvent le faire.
Les Indiens, il y a quatre mille ans, prononcèrent le dernier mot, plein de la sublime sagesse philosophique : qu'on ne peut au moyen d'aucune faculté de notre esprit imaginer Dieu le créateur, parce qu'il est l'être inconcevable. Les rationalistes de toutes les époques, jusqu'à nos jours, voulant absolument être plus savants que les Indiens, prétendent une fois que Dieu est la nature, puis une autre fois qu'il est le monde ou le soleil, ainsi de
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suite* En général, les chrétiens n'ont pas en pour l^Être suprême un respect aussi scrupuleux que les païens à l'époque de leur civilisation primitive. Ils se représentent Dieu le père sous Taspeot d'un vieillard à barbe blanche, le Saint-Esprit sons la forme d*nne colombe, en leur prêtant des attributs que les esprits ignorants prirent pour la ûgure matérielle et réelle de la divinité.
Lorsque Tindolenoe intellectuelle ou la mauvaise volonté ont adopté seulement le squelette de toutes les sciences, après avoir rejeté Tosprit qui les animait, il n'y a rien d'étonnant que les bases fondamentales^ absolument nécessaires à la vie, aient été renversées.
Il y a plus de trente siècles le judaïsme, et après lui le boudhisme depuis", vingt-cinq siècles, proclament que les hommes sont égaux. Jésus-Christ versa son sang en témoignage de cette vérité, en indiquant sur quoi doivent se baser l'égalité et rameur du prochain. Le siècle dernier croyait l'avoir découverte le premier, et le dix-neuvième élève des monuments à ce principe en lui imposant des chaînes 1
Toute la doctrine judaïque est pleine des principes de l'égalité et de la fraternité. Je cite ici quelques passages, pris mot à mot dans divers livres. «Sans une union fraternelle avec d'autres individus, Thomme n'atteindra jamais le but élevé auquel le créateur l'a destiné » (Sepume),
a On comprend par amour du prochain l'inclination et la bienveillance envers tous les hommes, sans différence de nation et de religion; car le principe de cet amour consiste dans la ressemblance de V homme avec Dieu et dans la sollicitude de tous pour le bim commun» {Seyfer Habris).aAgi8 envers tous les hommes comme envers ton père, ton frère et ton fils. Nous adorons et aimons le premier, nous avons de l'amour pour le second , et on a de la pitié pour un