LXXXVIII
faible enfant n (Ben Hameleck Wehanasifr). c Qae ta ma« niére d*agir envers tout le monde soit d'après le môme principe , savoir : d'après les règles de la bonté et de la probité. Cela s'appelle marcher sur la route divine » {Raibaçy 2). a Nous sommes les enfants du même Dieu unique, donc le bien de notre prochain doit nous intéresser autant que le nôtre propre t {Aben Ezra Kedvszim). « Il est injuste dehaïrquelqu'un pour les opinions desa crojance» (Ocer Nechmod), a L'accomplissement des règles extérieures du culte, sans observer les règles de la morale, n'a aucune valeur» {Ibidem), Telle est l'essence du vrai judaïsme.
Les chrétiens actuels, de quel rite qu'ils soient, ne peuvent être comparés aux premiers confesseurs du christianisme ; ils ressemblent aux païens en ignorance et en fanatisme, en tout ce qui est mauvais; quant au bien, ils sont au-dessous du judaïsme. Je viens de dire qu'il ne reste au catholicisme ainsi qu'à l'Église orientale que la forme ; on ne trouve ni forme niespnt dans le protestant' tisme. La société marchant sur la route du rationalisme n'a pas fait de grands progrès; elle s'est éloignée de l'enseignement du Christ malgré les doctrines soi-disant chrétiennes. C'est le judaïsme seul qui a conservé sa pureté intacte ; il ne se mêlait pas aux disputes religieuses, gardait la dignité qui convient à la sagesse, surmontait pacifiquement les erreurs et le fanatisme des sectes qui sortaient de son sein; c'est pourquoi les Israélites, bien que dispersés,et malgré la persécution qu'ils subissentdans beaucoup de pays, composent partout une nation puissante par sa force morale, par sa tradition, par l'amour de la nationalité, par sa concorde exemplaire et la pureté des mœurs. Le progrès a vu les membres de cette nation marcher sur toutes les routes, et il lui doit même beaucoup
de célébrités, beaucoup de génies qui se sont distingués dans toutes les branches des sciences et des arts. Il j a des exceptions d'intolérance, mais celles-là ne font que confirmer la règle générale. Le fanatisme de quelques rabbins sème la discorde parmi les membres de la société et mine cette belle institution religieuse; mais c*est le fruit du progrès faussé.
Qu'est-ce qui a donné aux juifs cette force que tant de siècles n'ont pu ébranler, cet art de conserver tous les éléments de la rie? C'est le maintien de la famille^ cette base principale et unique de l'existence, ce rocher immobile sur lequel se fonde tout l'édifice social; c'est le maintien de tout ce qui constitue la nationalité. Cette nation reste intacte, elle est le sanctuaire de Fidéal de la patrie. Cet amour de la patrie antique consistant dans l'isolement au milieu d'autres nations, ne peut positivement suffire avec le progrès du temps. L'idéal de la patrie chrétienne, moderne, exige un service pour l'humanité entière, au moyen de Taccomplissement harmonieux des devoirs attachés aux parties individuelles de ia société, et s'il le faut, au moyen d'un dévouement pour tout le monde, par la lutte déclarée au nom des principes sacrés, par la mort même sur la croix, comme le Christ. Mais où les juifs trouveraient-ils aujourd'hui une pareille patrie avec l'esprit pur, chrétien ? Partout des États f Les patries se sont changées en monarchies, en duchés, en principautés; partout le fanatisme d'une foi déraisonnable ou d'une incrédulité stupide; partout la théurgie ou l'athéisme I Le catholicisme ne s'est pas délivré des superstitions du moyen Âge ; le schisme oriental est une androlâtrie; le protestantisme pourri s'est divisé en autant de sectes qu'il y a de tètes, et ne voulant pas reconnaître le pape, se soumet à rautorité du premier prédicateur
yena; le prétendu rationalisme a miné la morale en dé* truisant tout sans avoir rien établi. La tâche de la civili* sation philosophique est de rétablir Tordre dans cette vraie confusion de Babel qui rogne aiyourd'hui. Les Israélites ne seront pas sans doute les derniers à connaître la véritable lumière, s*ils ne devancent les antres sur la route du progrès, puisqu'ils ont de telles ressources de nationalité qui ont soutenu leur vie pendant quarante siècles.
C*est en vain que le prétendu rationalisme arbore la drapeau de son pouvoir. Quelle est l'autorité d'aujourd'hui?
Sur les ruines des principes religieux que le faux ratio* nalisme renversa et que les théologiens ne surent paa conserver, sauvant la forme sans s'occuper de Tessence^^ surgît le mauvais esprit^ Tesprit de la violence et dea conquêtes.
Les prétendus philosophes, occupés de disputes théologiques, sont parvenus à chasser la religion de quel* ques recoins de la terre, mais ils n'ont pas chassé les tyrans. De même qu'en Chine, la religion n*est en Europe qu'une politique des souverains. La croyance reconnue pour infaillible est celle qui ûatte les intentions du monarque. Excepté en France, on persécute dans presque tous les pays de TEurope^ sans en exclure même la Suisse, ceux qui ne professent pas la religion adoptée par le gou* vernement. Les juifs sont partout envisagés comme des parias.
On ne livre plus les corps à la dent des bêtes féroces comme à l'époque des empereurs romains, on ne brûle plus personne sur des bûchers, mais on a inventé de nombreux moyens de martyriser l'esprit à l'aide d'intrigues cachées, de manœuvres astucieuses, de (dédains
officiels, à Taide de gravures, de caricatures et de chicanes de toutes sortes (1).
Puisque la liberté des nations n'a pu être sauvée ni par la philosophie ni par la théologie, la barbarie et le despotisme asiatiques se sont empai'és de l'Europe entière. Le mauvais esprit venant depuis longtemps de l'Asie, s'incarnait dans des individus que l'histoire nomme héros, tels que Nemrod,Cjrus, Alexandre de Macédoine, tels que quelques sénateurs et consuls romains, que le rusé Fiaminius, Émilius, Munimius, Jules César; enfin cet esprit asiatique s'identifia avec les empereurs d'Allemagne, qui, héritiers de la couronne romaine, songeaient aussi à conquérir le monde. Mais jamais il ne reprit tant de forces que lorsque la scission s'accomplit entre la philosophie et la théologie, entre la raison et la foi. n est vrai que la raison fut forcée de briser les chaînes qui l'opprimaient ; elle se détacha des murailles
(!) On ne saurait ttier qu'une complète tolérance religieuse existe eu France. Cependant dana les provinces où la population est catholique et protestante la conduite astucieuse dos ministres protestants surpasse toutes les anciennes menées des Jésuites. Il faut rnndre cette justice que les protestants jouissent de la paix sous lo îçouvemcment du roi Victor-Emmanuel. On ne peut aussi rien reprocher, sous ce rapport, à l'empereur d'Autriche. Dans d'autres pays, où règne le protestantisme, comme en Angleterre et surtout en Prusse, ainsi que dans Tcmpire moscovite, les catholiques sont exposés, comme on le sait, i\ aes persécutions terribles. On peut HQ faire une idée, d'après les journaux de 18G3, de ce qui se passe dans les pays despotiques. En Suisse, à B/lle, où le tiers de la population professe la religion catholique, quelques milliers de personnes ont formé une procession en ville. A la léte fut mis le pape, sous forme d'écrevisse, entouré d'emblèmes ignominieux. Sur îfis murailles de l'église catholique on posa des caricatures indécentes. Dans ce pays il est interdit aux catholiques de sonner les cloches, de faire des processions, de célébrer les enterrements en public. C'est une honte pour la nation suisse et pour la civilisation. Les rationalistes sont indifférents aux persécutions religieuses. Myopes intellectuels! ils ne voient pas que, dans toute rÈuropo, c'est l'âme du peuple que l'on torture. Ne ressemblent-ils pas, par ieor tang-firoid coupable, aux féroces Torquemada?
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de couvenis auxquelles elle était clouée, mais elle ne gagna pas le ciel et se suspendit dans les nuages idéologiques. Le seizième et le dix-septième siècles, qui ont vu rémancipation de la raison, étaient aussi les siècles de Charles V et de Louis XIV, C'est de cette époque que date le système de Téquilibre politique des trônes et que s*ouyre pour les nations un abtme de malheurs; dès lors s'étendit généralement la domination des minisires. De Ximenez à Metternich, à Palmerston et à Bismark Thistoire de TEurope n'est pas celle des nations^ mais celle des ministres occupés à soutenir les familles dynastiques. Aussitôt que les conquêtes des monarques tendant à Tasservissement de TEurope et celles a des grands hommes » furent terminées, parut la coalition sous divers aspects. Il y avait tant de grands hommes qui voulaient dominer l'univers, que les ministres résolurent d'accéder à des traités et de faire des alliances dans leurs intérêts communs.
Le réseau diplomatique de l'union dei gouvernements embrassa toute la société européenne. On a miné l'autorité de la religion ; la philosophie ne sut pas gagner de crédit; la politique s'éleva au-dessus de Tune et dû l'autre.
Conformément à l'esprit traditionnel des conquêtes et des institutions séculaires asiatiques, perfectionnées d'abord par le a droit romain » et puis par celui de l'Allemagne, les ministres introduisirent tout ce qu'ils crurent de nature à soutenir les dynasties sur les trônes. Le caractère chinois prévaut jusqu'à présent dans presque toutes les institutions officielles de l'Europe. Le souverain tient pour la forme sa main sur le gouvernail; en vérité, c'est le premier mandarin qui le dirige. Les rames, agitées par d'autres ministres et par des mandarins inférieurs^ font
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aller le navire, non dans la direction indiquée par les voyageurs, par la volonté des nations^ mais dans celle où les pilotes et les matelots coigurés, désirent mener la société par force. Il n'y a que la France qui est vraiment gouvernée par le souverain, mais elle a presque toute TEurope contre elle.
Les savants ont écrit une quantité de volumes sur le ciel et Tenfer, sur Témancipation de la raison et Tautorité, sur la liberté et Tesclavage, sur les droits de Thomme et l'humanisme, sur l'égalité et la fraternité, et malgré toute leur sagesse, pendant quatorze siècles, c'est-à-dire depuis l'anéantissement de la domination romaine, ils permirent de prendre racine aux idées chinoises et assyriennes, d'aprôs lesquelles les pays et les nations appartiennent aux monarques comme propriété, et par cela même comme une chose dont les dynasties avec leurs ministres ont le droit de disposer selon leur volonté. Ces idées trouvèrent le plus de crédit parmi les descendants des peuples jadis libres, que la Providence a deux fois choisis comme instrument pour abolir la tyrannie !•••
C'est d'après de pareilles idées que se sont formées les notions sur le droit qui, sortant des écoles, passèrent dans la société entière, et qui constituent la base fondamentale du développement intellectuel, nommé rinstruciion publique. On donna le nom de droit à l'iniquité érigée en système.
Les États organisés de cette façon sont le théâtre de troubles continuels et de guerres extérieures qui portent de terribles atteintes à la liberté des nations et au progrès. On a un peu changé les formes, on a inventé des milliers de paroles pour cacher les tendances séculaires du système diplomatique^ contre lequel luttent sans cesse
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des gens désespérés, instruits et opprimés, mais les prin* cipes adoptés par les gouyemements restent les mornes que ceux que nous voyons dans les sociétés primitives* Notons bien ce fait : // ny a pa$ une seule personne en Eurofte qui ne porte le joug de ce système et n'en subisse les conséquences*
C'est une vérité évidente, incontestable et que ne sauraient étouffer ni la phraséologie de la sagesse des diplomates, ni la dialectique de la civilisation apparente, ni tout oe qu'on peut faire pour tromper Tesprit public en lui étalant les merveilles du progrès industriel et commercial. Les nations, dupes infortunées des rouages du despotisme habilement couverts de pavillons de liberté et de paix, se réveilleront un jour et revendiqueront leurs droits lorsqu'elles auront aperçu que la plupart des habilanls ac(uels de V Europe sont aussi ignorants et aussi nuilheureux que les Indiens et les Chinois il y a trois ou quatre mille ans.