Voir notre chapitre x, pages 17 et suiv
sous le régime de l’union avec l’Etat, c'était toujours le parti qui avait pour lui le nombre qui réclamait le Synode général, en déclarant qu'il était dans la loi. Ceux qui auraient étéen minorité étaient très forts, à leur tour, pour démontrer qu’il serait illégal de convoquer le Synode général, et, en tout cas, que ce n’était pas le moment. Aujourd'hui, on est libre, et les « Evangéliques » ne veulent plus d'un Synode général ; les libéraux laccepteraient actuellement, certains, aidés par les voix du centre, d’obtenir de larges concessions, et, peu à peu, l’abrogation de tout symbole éliminatoire.
Ces mesquineries seraient bien méprisables si de grands intérêts n'étaient en jeu. Mais combien il serait plus sage d'accepter l’inévitable, de reconnaître qu'aucune société humaine, qu’elle s’appelle Nation ou Eglise, ne peut se développer et agir, sans avoir une droite et une gauche, que ces antinomies sont nécessaires, qu’elles sont une condition de vie, et que les deux grands partis, orthodoxe et libéral, sont tous deux les fils légitimes de la Réformation.
Jamais les protestants réformés français n’ont compris une vérité aussi élémentaire, et cependant le Protestantisme, depuis ses origines, présente cette antinomie et est animé de ce double esprit : conservateur et libéral.
Ce n’est pas seulement Calvin, c’est la Réforme tout entière qui portait, dès le premier jour, une
contradiction en elle-même. D'une part, elle prétendait être une autorité divine, une vérité absolue se substituant à une autre vérité, jusque-là absolue, le Catholicisme ; et, d’autre part, elle proclamait le libre examen, ébranlait l’autorité reçue et substituait le témoignage intérieur du Saint-Esprit à l’autorité extérieure du pape et des conciles. Le Protestantisme se présentait, au seizième siècle, comme une foi nouvelle, un nouveau système dogmatique, seul capable de sauver les âmes et auquel il fallait se soumettre comme on s'était soumis jusque-là à l'Eglise catholique ; et, en même temps, il proclamait, par son principe même, et devait toujours plus proclamer, la liberté de conscience, le droit de la critique, Ja toléranee de l’opinion adverse. De là, l’orthodoxie et le libéralisme, ces deux éléments contraires qui composent le Protestantisme ct le composeront tant qu'il vivra.
Des deux principes, le libéral doit peu à peu prédominer, parce qu'il est le vrai principe protestant. L’orthodoxe est de plus en plus vaincu; il voudrait des croyances absolues, et, voici, elles sont essentiellement mobiles. Il demande l’autorité religieuse, la doctrine établie, immuable, imposée, et voici, il ne peut trouver cela que dans le Catholicisme, parce que, dans lé Protestantisme, le droit d'examen est imprescriptible; et du moment que le protestant éprouve le besoin d'examiner avant de croire, et réclame la liberté
des recherches, il n’y a plus de croyances fixes et de dogines immuables ; il n’y a que les modifications constantes de la foi du premier jour.
Or, ces modifications se font toujours dans le même sens.
Le principe d'autorité cède le pas au principe de liberté. Les « grands faits chrétiens » essentiels sont de moins en moins nombreux, et actuellement, les partisans des deux tendances ne sont guère séparés que par des questions de méthode.
J’ai cité, dans mon premier chapitre ‘, cette expression de M. le doyen Doumergue : « Il nous faut un peu de sécurité doctrinale. » Elle indique, de la part de ceux qui l’emploient, une mentalité spéciale. Ils demandent une autorité extérieure, une vérité fixe, immuable, venue du dehors et qu'il n’est pas permis de discuter ; alors ils seront en sécurité. Leur sécurité ne viendra pas nécessairement de ce qu'ils auront fait des expériences personnelles, de ce qu'ils seront intérieurement convaincus. Îls pourront l'être, sans doute, mais leur sécurité viendra d’ailleurs. Elle viendra de ce qu'ils acceptent des doctrines émises par une autorité reconnue par eux et non discutée. Ils s’y soumettent, et alors ils sont en sécurité.
L'autre mentalité consiste à dire : Nous ne trouvons de sécurité que dans l'évidence ; et nos expériences personnelles et intimes nous apportent