CHAPITRE VI
La Déclaration de foi de 1872 et la question d'autorité (Suite).
SOMMAIRE : Jésus-Christ est « ressuscité pour notre justification ». — Explication de M. Charles Bois. — La seule interprétation possible : celle de Hermann Krüger.
Conséquences de la disparition de la notion d’autorité extérieure. — Encore la Théopneustie. — La thèse de licence en théologie d'Edmond Scherer. — Une loi de l’histoire des religions. — Citation de Taine.
Où est la vraie autorité? — Où est l’évidence? — Descartes, Benjamin Constant. — La vraie preuve de la vérité du Christianisme.
La seconde partie de la phrase principale de la formule synodale est ainsi conçue : « Salut par la foi en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification. »
Etudions-la, après avoir corrigé une légère faute de traduction ; le texte de Saint Paul dit littéralement : livré à cause de nos offenses et ressuscité à cause de notre justification.
vi) DE L'ÉTAT ACTUEL DU PROTESTANTISME
Au Synode de 1872, les orateurs de la gauche avaient demandé le sens de la deuxième moitié de cette phrase. Celui de la première moitié est clair ; elle exprime un fait admis par toutes les Eglises chrétiennes : Jésus-Christ est mort à cause des péchés des hommes. Mais que signifie : il est ressuscité à cause de notre justification ? J’ai rappelé dans mon second chapitre‘ l'interprétation donnée par M. Charles Bois à cette parole, en réponse aux critiques de M. Colani. « Ressuscité pour notre justification, avait-il dit, cela signifie que la Résurrection de Jésus est le sceau divin mis sur son œuvre rédemptrice, et la preuve qu’il nous a réellement justifiés. » Que cette remarque de M. Bois soit vraie en elle-même, je ne le conteste pas, mais elle ne me semble pas être l’interprétation de la pensée de Paul dans ce passage ; rien ne permet de le supposer. Ce que M. Bois n’a pas expliqué, ni M. Frédéric Godet non plus, ni aucun des théologiens (sauf un) qui ont cherché à interpréter ce texte, c’est l'opposition de mots que fait l’apôtre en disant d’une part: « Mort à cause de nos péchés », de l’autre: « ressuscité à cause de notre justification. » Il y a là un parallélisme voulu et étrange, contraire à la pensée ordinaire de Paul. La Résurrection de Jésus, d’après la doctrine paulinienne, n’a pas justifié l’homme, c’est sa mort.