‹ La déclaration de foi de 1872Chapitre 22 sur 27 · Hermann Kaucer. Les huit premiers chapitres de l’Epi · texte numérisé non relu

Hermann Kaucer. Les huit premiers chapitres de l’Epi

tre aux Romains ; 1 vol. in-8, Lausanne, Bridel, 1899, pages 57 et 58.

Résurrection de Jésus-Christ dans la Déclaration ; et cela, parce qu’elle est un miracle physique; et, par suite, elle est pour beaucoup le fait essentiel, le grand fait chrétien par excellence, le fameux fait qui pose la limite. Mais j'ai déjà montré qu’on ne peut faire d'un fait historique un objet de foi, parce qu’un fait historique est un objet de science, de connaissance, On ne peut l’affirmer qu'à la suite d’une recherche scientifique, et on ne peut imposer la croyance à un fait qui a besoin de preuves pour être accepté.

Je terminais mon dernier chapitre en disant : «le Protestantisme est désormais privé de toute autorité extérieure ». Il faut s’en féliciter, et surtout, il faut s’en apercevoir, car c’est la plus grave des évolutions de la théologie moderne, et bien aveugles sont les attardés qui prétendent retenir la notion d'autorité extérieure. L'autorité religieuse est désormais subjective, par la raison très simple qu'il ne peut en être autrement. Chacun est dirigé par son sens individuel, et nous voyons finir une vieille erreur catholique qui s'était glissée parmi nous. Nous assistons au triomphe du vrai Protestantisme ; celui-ci, religion de libre-examen, est, dans son essence-même, exclusif de la notion catholique d’autorité.

Le Catholicisme fait résider lautorité dans

LA DÉCLARATION DE FOI DE 1872 Es

l'Eglise (pape ou concile, peu importe ici) et, par cela même, il est vraiment une Eglise. Cette Eglise interprète l’Ecriture et dit :— Mon interprétation est la vérité. — L'Eglise romuine, en particulier, demande une soumission entière à son interprétation. L’orthodoxie protestante, édictant des Confessions de foi obligatoires, en est une pâle et faible imitation. Elle dit aussi : — Moninterprétation est la vérité. Vous pouvez ne pas accepter les dogmes qui ne sont pas dans la Confession de foi, mais vous devez accepter, sans les discuter, ceux qui y sort. Je décide que vous êtes hors de l'Eglise, si vous ne les acceptez pas. Le Synode, l’assemblée des protestants notables, des théologiens instruits et des pieux laïques, nommés par leurs coreligionnaires l’a ainsi décidé, à la majorité des suffrages. Elle a été d’avis que telle vérité est essentielle à la foi et fait partie de la base indiscutable, et que telle autre n’en fait pas partie. Elle a posé la limite. Telle interprétation de la Bible est bonne, la sienne : celle de la majorité; telle autre, non, parce que c’est celle de la minorité. — Je demande quelle différence il y a entre cette conception et celle des conciies catholiques. Je ne me lasserai pas de redire à ceax qui la pratiquent : le principe protestant est la libre interprétation de PEcriture par chacun. Ne voyez-vous pas que ceux qui composent une Confession de foi donnent leur interprétation personnelle? Ils disent ce qui fait autorité pour eux ; mais imposer cette Confession

de foi, c’est imposer leur interprétation personnelle, c’est du pur Catholicisme ; et encore l'Eglise catholique a une excuse, c’est de se croire inspirée de Dieu et infaillible, tandis que ceux qui rédisent des Confessions de foi obligatoires ne se croient pas inspirés. Ils sont donc sans excuse, et leur prétention d'établir et de maintenir l'unité doctrinale dans leur Eglise est une pure chimère.

Tout le mal, toute l'erreur vient ici encore de la Théopneustie. Même chez ceux qui s’en déclarent détachés, les mots fatidiques : // est écrit, ont gardé leur puissance. On dit couramment : ceci est scripturaire ; cela ne l’est pas. Qu'est-ce que ce langage, sinon un langage de théopneuste? Or, il n’y à aucun moyen terme, absolument aucun, entre l’inspiration plénière absolue et la pure et simple autorité de la conscience individuelle. Dès que tous les mots de la Bible ne sont pas dictés par Dieu, vous choisissez entre eux ; vous distinguez ce qui est divin de ce qui ne l’est pas, donc c'est vous qui êtes l’autorité. Edmond Scherer l'avait bien compris ; lorsqu'il soutint à Strasbourg ses thèses de licence en théologie’, une de ses propositions, la septième, était ainsi conçue : « Toute inspiration est nécessairement littérale. » Il avait raison ; dès qu'il n’y a plus inspiration littérale, il n’y à plus autorité extérieure ; on distingue entre la Parole de Dieu et le livre qui la renferme. Les

1. Le mercredi 1° décembre 1841 m'apprend la couverture de la brochure que j'ai sous les yeux.

orthodoxes actuels le sentent avec un instinct qui ne les trompe pas. Alors ils parlent d'autorité souveraine et tiennent à ce mot souveraine, tout en piant linfaillibilité de la Bible et en déclarant qu’elle n’a d’autorité qu’en matière de foi et d’une foi dont ils sont eux-mêmes les juges ! Oh! inconséquences ! Oh! l’incorrigible catholicisme de notre christianisme et de notre théologie !

L'orthodoxie protestante édicte des Confessions de foi obligatoires, parce qu’il lui faut l'autorité plénière d’un Symbole, c’est-à-dire non plus l’autorité du texte, mais l'autorité de l'interprétation du texte.

Elle obéit là, sans le savoir, à une sorte de nécessité facile à constater par quiconque étudie l’histoire des Religions, et à laquelle toute religion digne de ce nom est inévitablement amenée à se conformer. Après avoir proclamé l’autorité du texte, on en arrive peu à peu à rendre obligatoire l'interprétation de ce texte. Puisqu’il doit être interprété et qu’il est susceptible de diverses interprétations, il est nécessaire, en effet, d'indiquer la bonne et de la rendre obligatoire. Chez les Juifs, les Rabbins ont dit: la Mischna interprète la Thora : elle a la même autorité qu’elle et même une plus grande autorité. Puis les Ta/muds sont venus à leur tour interpréter la Mischna et revêtir, eux aussi, une autorité divine. Dans l’Église catholique, les Pères, ies Conciles, le Pape interprètent la vérité et deviennent infaillibles, leur interprétation devenant à son tour la vérité.

Le Protestantisme a obéi à cette loi fatale ; mais comme, par essence même, il y est contraire, l’application de ce principe soulève immédiatement des protestations. Il est fort naturel que les diverses Eglises protestantes rédigent leurs Confessions de foi, puisque interpréter la vérité est un besoin de l’esprit humain. Mais l'interprétation doit rester libre et est essentiellement renouvelable ! elle n’a de valeur que pour son auteur. Je ne reviens pas davantage sur des vérités que j'ai déjà développées ; quiconque n’a pas l'esprit catholique, mais l'esprit protestant, accepte ces vérités évidentes. Chaque chrétien doit se faire sa dogmatique à lui, et interpréter l’Ecriture comme il l’entend , là est la force du Protestantisme et son incomparable grandeur. Bossuet a écrit, dans son //istoire des Variations, des pages irréfutables sur ce sujet’, celles où il montre que le Protestantisme n’est pas une église, que le Catholicisme seul en est une.

Ecoutons aussi Taine. Voici comment il s’exprime? :

« L’Ecriture (il parle des protestants) est un texte que chaque lecteur lit avec des yeux qui, au temps de Luther, avaient la sensibilité et les lumières du xvi° siècle et qui ont aujourd’hui la sensibilité et les lumières du xix° siècle, en sorte

1. Bossugr. Histoire des variations. Sixième avertissement aux protestants. Troisième et dernière partie.

2. H. Taxe. Les origines de la France contemporaine. Le Régime Moderne. Tome II, page 124.

que, selon les époques et les groupes, l’interprétation peut être différente, et que, sinon sur le texte, du moins sur le sens du texte, l'autorité appartient tout entière à l'individu. Chezles Grecs et les Slaves, comme chez les Catholiques, elle n'appartient qu'à l’Église, c’est-à-dire aux chefs de l'Église, successeurs des apôtres. »

Faut-il qu'une vérité aussi élémentaire nous soit rappelée par un homme du dehors ? Sur le sens du texte, l’autorité dans le Protestantisme « appartient tout entière à l'individu. »

Et alors, quand une assemblée ecclésiastique, quand un Synode dit: le sens que je donne au texle doit faire autorité, ce Synode fait acte de Catholicisme. « Chez les catholiques, l'autorité n'appartient qu'à l'Église. » Il en résulte clairement qu'imposer une Confession de foi, c’est faire acte de Catholicisme, et c’est renier le principe même du Protestantisme. Le Protestantisme, d’ailleurs, n’est pas une Eglise, il n’est qu’un point de départ suivant la parole de Vinet'.

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Quelle sera donc l'autorité, et qui nous apportera l’évidence ? La réponse est facile. Il n’y a d’évident que ce qui est démontré vrai, et il n’y à

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