‹ La déclaration de foi de 1872Chapitre 8 sur 27 · Euc. Bersrer, op. cit., tome 1° pp. 306 et suiv · texte numérisé non relu

Euc. Bersrer, op. cit., tome 1° pp. 306 et suiv

M. Bois expliqua ensuite ce qu’il faut entendre par un fait chrétien. « Un fait chrétien, c’est la conversion d’une âme, l’exaucement d’une prière, et aussi, ajouta-t-il, les grands faits constitutifs du christianisme, comme la Résurrection de Jésus-Christ. » A propos de la naissance miraculeuse, il déclara que tout le système de Paul repose sur elle, et, à propos de la Résurrection, que le grand Apôtre a cru à la Résurrection corporelle de Jésus-Christ. C'était en réponse à M. Colani; celui-ci avait affirmé que, d’après les clairs enseignements de Paul, le Christ ressuscité n’avait pas eu un corps matériel, mais un corps spirituel. Pour M. Ch. Bois, non seulement Paul a cru à la Résurrection corporelle de Jésus, mais il a connu l’Ascension, et le corps du Christ a été transformé en entrant dans le ciel.

La droite soulignait toutes ces définitions et affirmations de ses: Très bien! Très bien!

Elle était décidée, et, la majorité étant certaine, il n’y avait plus qu'à voter; c’est ainsi que le jeudi 20 juin 1872, la Déclaration de foi fut adoptée. Le nombre des votants était de 106. Majorité absolue, 54. Pour l'adoption, 61. Contre, 48. Donc, une majorité de 16 voix.

Les libéraux affectèrent, pendant plusieurs années, d'appeler la Déclaration ainsi votée la Confession-Bois. M. Edmond Scherer, dans le journal Le Temps, du 18 juillet, qualifiait fort irrévérencieusement le langage de ceux qu'il ap-

pelait les avocats de l’orthodoxie, le traitant de bavardage hardi, incisif et superficiel. X déelarait désespérée la tentative héroïque des orateurs de la gauche, celle de marier la piété du cœur avec la plus parfaite indépendance de l'esprit scientifique, et terminait son article par ces mots : « La question n’est pas là. » Edmond Scherer se trompait. Cette tentative a été, vingt-cinq ans plus tard, celle d’Auguste Sabatier, et, il l’a montré, elle n’est nullement désespérée, tout au contraire.

La foi religieuse n’est pas une croyance de l'esprit, mais un acte de confiance du cœur, et elle a beau ne pouvoir se passer de formes, de dogmes, de culte, de faits historiques, cependant elle échappe à la critique, parce que les dogmes ne sont que les images et les symboles dont elle se sert pour s'exprimer ; ces expressions évoluent et varient; la foi elle-même subsiste, et alors, voter une Confession de foi obligatoire, c’est vouloir rendre immuable la partie essentiellement variable, et changeante d’individu à individu, de la foi, à savoir son expression. Le Synode a précisément confondu l’expression de la foi avec la foi elle-même. La droite ne s’en est pas rendu compte, et la gauche ne semble pas non plus Pavoir bien compris. L'histoire, le dogme, la croyance intellectuelle ne peuvent échapper à la critique, mais il faut les distinguer de la foi, sentiment interne, entièrement subjectif, et sur lequel la critique n’a point de prise.

Calvin, chez lequel coexistaient, sans qu’il s’en doutât, le catholique autoritaire et le protestant

| libéral, ne connaissait d’autre autorité que celle

du Saint-Esprit au dedans de nous. Il le déclare dès les premières lignes de son Catéchisme.

Pour lui, le souverain Bien (donc le salut) consiste dans la connaissance et le culte de Dieu (nous dirions aujourd’hui dans la religion), et il la définit ainsi : « Que nous ayons tous notre fiance en Dieu, et que, quoique nous n’en soyons pas dignes, nous soyons certains qu'il nous aime et nous veut être Père et Sauveur. » Le salut est donc, pour Calvin, un fait intérieur et moral, la paix de l’âme. M. Colani s’était efforcé de faire comprendre cette vérité à la droite du Synode et lui avait précisément cité ce passage de Calvin, mais elle ne l’avait pas écouté.

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