‹ La déclaration de foi de 1872Chapitre 9 sur 27 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ce qu'il fallait faire.

SOMMAIRE : La légitimité d’une confession de foi. — Elle ne doit

pas être obligatoire. — Ce que disent les partisans d’une Déclaration obligatoire. — Différence entre un Concile catholique et un Synode protestant. — Le vrai principe protestant.

— Une confession de foi ne vaut que pour celui qui la fait. — Un fait historique ne peut être objet de foi.

Le droit d’un Synode à adopter ou à édicter une confession de foi. — La seule solution possible. — La confession de La Rochelle. — L'exemple irréfutable et décisif de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg. — Opinions de Vinet, et de Samuel Vincent. — Citatiou de M. le professeur Edouard Vaucher.

Au nombre des questions traitées dans la discus-

. sion, !l en est deux dont l'importance est primordiale : celle de l’obligation des Confessions de foi et celle de leur légitimité. Une Confession de foi doitelle être imposée, sinon aux laïques, du moins aux pasteurs ? Et une Eglise a-t-elle le droit et le devoir d'adopter ou d’édicter une Confession de foi ? Je vais essayer d’élucider ces deux questions.

Je résous la première négativement ; je ne crois pas qu’un Synode protestant soit appelé à émettre des Confessions de foi obligatoires. Un Synode protestant peut, s’il le juge bon, résoudre des questions de doctrine, mais il ne doit pas imposer sa solution. Que ses membres s’entretiennent de leurs croyances, rien de mieux; mais ces discussions d'idées ne doivent pas, à mon avis, se terminer par un vote éliminatoire. En effet, le vote constatera que telle quantité de membres pense de telle manière et telle autre quantité de telle autre. À quoi peut aboutir une telle constatation? A obliger la minorité à se soumettre ? Voilà qui est étrange. Pourquoi soumettre des opinions à la loi du grand nombre ? Quand cela se passe dans une assemblée protestante, l’exode de la minorité, après le vote, est entièrement justifié.

En 1872, les libéraux ont refusé de siéger à la

. deuxième session du Synode, non qu'ils fussent

contraires à la promulgation d’un Symbole, mais ils ne voulaient pas d’un Symbole obligatoire et éliminatoire.

Sur des questions d'organisation ecclésiastique, les membres d’un Synode peuvent et doivent se faire des concessions mutuelles, puis ils votent ; cela est naturel et légitime. Mais sur des convictions, sur des certitudes de conscience, c’est-àdire sur des affirmations ou des négations dogmatiques, aucune concession n’est possible et aucun vote admissible. Rien n’est individuel

AT

comme la pensée, l’opinion, la persuasion intérieure, fruit d’une recherche personnelle et résultat d’une expérience intime. Donc, les protestants ne devraient pas avoir de Synodes édictant des” Confessions de foi obligatoires et imposées à une minorité par une majorité.

On me dit: Il n’y a pas de société sans Règlement, sans Principes, sans accord entre ses membres. La Confession de foi, c'est le Règlement pour les membres d’une Eglise. Ceux qui n’y adhèrent pas sont libres de sortir de l'Eglise ; personne n’est forcé d'en faire partie; mais il est naturel et nécessaire que ceux qui en font partie adhèrent à son Règlement; autrement, c’est l’anarchie.

La réponse est facile: Une Confession de foi n’est pas un Règlement, et ses articles ne sont pas les Statuts d’une Association!. Une Confession de foi est une interprétation de la vérité religieuse. Celle-ci est renfermée, en son entier, dans la Bible ; c’est dans la Bible que le protestant puise ses connaissances religieuses, et c'est par elle qu’il

1. Si une Confession de foi était assimilable à un Règlement, et ses articles à des Statuts, il faudrait l’imposer à tous les membres de l’Association et non aux pasteurs seuls. Pourquoi ne l’imposer qu'aux pasteurs? Laïque ou non, on ne devrait pas être membre de l'Eglise, si on n’adhère pas à sa Confession de foi. C'est le principe même de ceux qui considèrent qu'une Confession de foi doit être obligatoire. Si les pasteurs seuls sont tenus d'y adhérer, eux seuls forment la véritable Eglise. Il saute aux yeux qu'il faut ou l’imposer à tout le monde ou ne l’imposer à personne.

fait ses expériences religieuses. Le protestant lit lui-même la Bible; il n’admet pas qu’un intermédiaire la lui interprète. Personne n’a à lui dire ce qui, dans l’Ecriture, est essentiel et ce qui est secondaire ; c’est à lui à s’en rendre compte ; et il se réserve le droit d’une interprétation libre et personnelle de la Bible; il ne peut pas ne pas se la réserver. Il découvre dans la Bible des vérités qu’il s’assimile, et celles-là font autorité pour lui, parce qu'il les sent vraies. S'il ne les sent pas vraies, elles ne sont pas vraies pour lui; il peut les proclamer vraies, mais cette proclamation est stérile, elle reste une adhésion tout extérieure. Cela est incontestable, et l’erreur des auteurs de la Confession de foi de 1872 et de tous ces résumés donnant l'essentiel du Christianisme, est de croire désormais possible, au sein de la Réforme, ce qui ne l’est que dans le Catholicisme.

Ce langage : Les membres de l'Eglise doivent adhérer à la foi de l'Eglise (qui paraît à beaucoup l'évidence même), repose sur une conception fausse de la notion d'autorité.

Le Protestantisme aurait dû depuis longtemps y renoncer et reconnaître franchement qu'il la doit au Catholicisme et qu’elle est, chez lui, un reste de Catholicisme. Les conservateurs protestants, je le sais, se sentent blessés quand on leur parle de reste de Catholicisme. Ils ont tort, ce langage n’a rien de blessant ; je me place, en l’employant, à un point de vue strictement historique. Nos pères

sont sortis du Catholicisme et ont conservé la notion d’autorité reçue par eux du Catholicisme ; rien n'est moins surprenant. Les Réformateurs, c’est une banalité de le dire, sont restés catholiques sur bien des points, et le vieil homme catholique a survécu chez eux à côté du nouvel homme protestant. Il est vrai aussi de le dire de leurs descendants. Vinet lui-même a écrit quelque part: « Je pourrais, comme protestant, avoir des opinions catholiques, et qui sait si je n’en ai pas?» Parlons ici comme Vinet, et faisons tous le même aveu.

Or, dans le Catholicisme, l'Eglise étant inspirée et infaillible, formule la vérité chrétienne, édicte des dogmes, les impose et dit: — Voilà la vérité hors de laquelle il n’y a plus de Christianisme. Si vous la rejetez, vous n'êtes plus catholique, vous êtes hors de l'Eglise. — Elle a le droit de parler ainsi, mais aucune assemblée protestante n’a le droit de rendre obligatoire ce qu’elle juge essentiel dans le Christianisme. Il n’est pas admissible qu’un petit groupe de protestants éminents, théologiens et conducteurs d'Eglise, après avoir exercé leur droit d'interprètes de la sainte Ecriture, et y avoir, pour eux-mêmes, séparé l'essentiel du secondaire, fassent un résumé et prétendent l’édicter comme vérité obligatoire. S'ils le font, ils outrepassent

leur droit, cela est certain ; leur interprétation est

Page 1