‹ La Déclaration des Droits de l'Homme de 1793: commentéeChapitre 9 sur 13 · DÉMONSTRATION PAR LE POINT DE VUE DE L'ÛTILE · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION PAR LE POINT DE VUE DE L'ÛTILE

Du reste, les Physiocrates assignaient aussi, comme on le sait, l'idée de la liberté individuelle pour base à l'utilité sociale.

Et de nos jours, John Stuart Mill, dans ses Principes d'économie politique, Charles Dunoyer, dans sa Liberté du travail, Frédéric Bastiat, dans presque toutes ses œuvres, Emile de Girardin, dans ses Questions de mon temps, ont porté en faveur de cette même thèse le témoignage le plus décisif et le plus éclatant.

Qu'on s'achemine donc sans cesse vers ce but complet

éCLAIRCISSEMENTS ET NOTES 276

de la science politique, à savoir la réalisation de Tautonomie de l'individu humain, et alors, quand chaque homme poursuivra le développement le plus absolu possible des énergies qu'il recèle en lui, quand chacun, s'abandonnant à la force vivifiante de son esprit, évoluera librement, quelle efflorescence des sciences, des arts, de l'industrie, n'est-il pas légitime de prédire! (V. ma Loi générale deVevolution.de l'humanité, Introduction au livre de V Autonomie de la personne humaine,)

(63) Il n'y a que les fortes têtes des éclectiques pour comprendre la possibilité de ces deux boussoles. On se rappelle le jour où un philosophe de cette école monta à la tribune du Corps législatif (1871), et tint un. langage qui se résumait à peu près en ces termes : Je suis convaincu qu'au point de vue du droit il n'appartient pas à la France de céder à l'Allemagne un pouce de son territoire et un seul de ses habitants ; mais l'utilité sociale exige que nous cédions l'Alsace et la Lorraine tout entière et quinze cent mille de nos compatriotes avec, je propose donc qu'on les cède.

Ce philosophe, on le voit, n'est pas non plus de l'école de Corneille.

Quant aux positivistes et à certains économistes, comme l'idée du juste les gêne, ils s'en débarrassent en la niant.

C'est bien plus commode que d'en chercher l'idée !

(64) Et ce n'est pas là une décision de sentiment, c'est une décision de raison et de logique.

Nul autant que moi n'a insisté sur l'inviolabilité de la propriété; mais entre le mal de violer dans un individu sa personnalité, dans ce qui, après tout, ne lui est qu'extérieur, et le mal de laisser mourir un homme, non, non, je n'hésite pas !

. Et, en dépit de tous les Codes, aucun jury, dans de telles circonstances, n'hésiterait plus que moi.

Arrangez -vous, sociétés, pour qu'il n'y ait pas d'enfants ni d'hommes qui meurent de faim !

(66) Le système des libérations préparatoires ou provisoires correspond, sur ce point, à la meilleure idée de justice et d'utilité sociale. C'est ce qu'a fort bien compris et exposé M. Bonnevillede Marsangy, qui est cependant loin d'avoir en matière pénale les idées que je préconise. (Bonneville de Marsangy, De VAmélioration de la loi criminellej chap. xxiv, p. 593 et suiv.) Il est, du reste, évident que, pour produire les résultats dont il est susceptible, ce système supposerait des milieux sociaux favorables à la correction et à la réhabilitation morale, c'est-à-dire fort difiFérents de ceux où nous nous agitons.

(66) V. Manuel de Droit civil, t. I, pp. 569 et suiv.

(67) Madame Clémence Royer a écrit avec un grand savoir et une haute raison :

« Ce que nous connaissons des peuples sauvages et antéhistoriques nous oblige, d'ailleurs, d'admettre des conclusions tout opposées à celles de Rousseau : c'est que, plus on recule dans le passé, plus on voit l'homme manifester des passions féroces et dégradantes. Rousseau avait pour excuse qu'il présumait que l'homme avait été créé heureux ; or, que l'homme, créé heureux, fût doux et bon, c'eût été tout naturel. Nul être vivant ne fait le mal sans une passion qui Ty sollicite, et toute passion a pour origine un intérêt froissé, un besoin non satisfait. Mais aujourd'hui, en face de faits tout contraires, nous sommes obligés d'admettre que si un âge d'or, un Éden peut exister pour nous, c'est devant nous qu'il faut le placer, c'est dans Tavenir qu'il faut l'attendre. Car, derrière nous, avant notre âge d'argent, encore si complètement dominé de fatalités douloureuses, nous ne trouvons qu'un âge de fer, témoin de luttes sanglantes et sans fin, précédé d'un âge d'airain qui n'a marqué sa trace que par des débris d'.armes mêlés à des débris d'incendie; et au delà, plus loin encore dans le passé profond, nous apparaît un âge de pierre d'une incommensurable durée et pendant lequel l'homme, armé de silex tranchants, passait sa vie à lutter contre l'homme,

.ï1»ÎH?iL

contre les animaux et contre les éléments

Si donc nous cherchons à évoquer l'image de ce premier ancêtre de la race humaine et de son état moral et social, nous sommes conduits à nous le représenter sous les traits d^un animal anthropomorphe déjà savammentfpuissamment et même harmonieusement constitué, de grande taille, peut-être de noble, mais surtout do féroce aspect, et menaçant avant d'être menacé. Son courage est indomptable ; il défie la douleur et la provoque même, pour prouver à tous comme il sait la supporter ; et, dans peu, il se couvrira volontairement le corps de cicatrices, dont il se fera gloire comme d'une parure et d'un signe de noblesse. » (Madame Clémence Royer, Origine de l'homme et des sociétés, pp. 209, 210, 212, et 213. Paris, Victor Masson et Guillaumin, 1874. — V., au surplus, tout le chap. VII, intitulé : Caractère moral de Vhomme primitif.)

(68) Le présent est fait des idées nouvelles qu'il élabore et qu'il arrive à formuler (c'est la couche supérieure, mais la moins épaisse) ; au-dessous, d'une couche plus profonde, mais bien mince encore, d'idées vraies qu'il a recueillies du passé ; enfin et surtout, d'un amas de préjugés, de superstitions, de mensonges, qu'il fabrique luimême ou qu'il puise dans les traditions de tous les âges.

L'Humanité porte un boulet à chaque main et à chaque pied, et voilà pourquoi elle avance si péniblement!

(69) J'ai examiné et traité ce point dans mon Manuel de Droit civil, tome II, pp. 13 et suivantes :

« L'âpre revendication de Jean-Jacques Rousseau, ai-je écrit, contre le premier qui s'avisa d'enclore un terrain et qui dit : ceci est à moi, nous paraît fondée, si le premier qui a enclos un terrain s'est borné à Venclore; nous la rejetons, au contraire, s'il a cultivé le terrain et s'il l'a rendu productif. »

Et voici ma conclusion :

« L'occupation n'a donc de valeur juridique que tout

278 ÉGLAIRGISSBMENT9 BT NOTBS

autant qu'il y a eu travail, c'est à dire effort personnel. » J- - J'ai réfuté au même lieu la théorie de Kant sur Toccu-

^ pation (note 1 de la page 14)

i (70) « Dans toutes les branches professionnelles,

^ constate Mommsen, les métiers s'exerçaient générale-

î ment par des hommes de condition servile. Les prêteurs

^ et banquiers avaient, sur les points les plus éloignés où

-' s'étendaient leurs affaires, des comptoirs et des succur-

l sales dirigés par leurs esclaves et leurs affranchis. Des

' esclaves et des affranchis, placés dans tous les bureaux

de recette, percevaient les taxes de douanes affermées par l'État aux compagnies.

« L'entrepreneur de constructions s'achetait des esclaves architectes ; l'entrepreneur de spectacles et de . combats de gladiateurs, agissant pour le compte de celui qui donnait ces jeux, marchandait ou organisait en conséquence sa troupe d'esclaves artistes dramatiques ou sa bande de combattants. Le marchand, à son tour, avait sur ses vaisseaux des esclaves et des affranchis auxquels il confiait la conduite de ses marchandises ; il les préparait de même à ses opérations de gros et de détail. Enfin c'étaient encore des esclaves qui travaillaient exclusivement dans les mines étales fabriques, nous n'avons pas besoin de le rappeler. »

« Rien de plus triste que leur condition à tous, » ajoute Mommsen, — et Mommsen est un panégyriste !

(V. L'Histoire romaine de cet auteur, tr. Alexandre, tome IV, p. 136.)

(71) « Les roturiers. Ah ! me dis-je, c'est un terrier d'hommes libres, et voici les plus honorables^ les rupteurs, rupturarii^ ces rompeurs de terre, ces défricheurs, qui ont changé les terres inertes, les sauvages friches en sillons de beau froment. » (Alexis Monteil*, Histoire des Français des divers états, p. 107, ouvrage d'une érudition si exceptionnelle, rempli de documents et de renseignements si curieux, que tant de gens pillent

* Dut ange, au mot RUMPBBE, rujftHrarii,

et que bien peu citent — mais c'est assez l'habitude de nos jours).

(72) Synthèse, synthèse en tous ordres, c'est ce que nous ne savons plus faire, et c'est cette ignorance ou cette impuissance qui nous perd !

(V. dans ma Philosophie de la science politique, les divers éléments de la science politique; —• aussi ma Loi de révolution générale de Vhumanitéf introduction au livre de VAutonomie de la personnehumaine, p. XII.)

(73) Voir notre Philosophie de la science politique.

(74) Pour arriver à ces résultats, nul besoin du communisme autoritaire, ni du collectivisme nébuleux, qui ne sait s'il est autoritaire ou libéral.

La recette est simple : suivre le grand courant de la civilisation dans son développement progressif; amener l'ère du libre essor des facultés individuelles !

(75) J'ai effleuré la question du crédit personnel (Manuel de Droit civil, tome III, pp. 451 texte et note 490).

Page 1