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Fig. 68.
arrivera facilement à lui donner la variété d'aspect qui lui manque (fig. 69). De même pour le cylindre en faïence que
représente notre figure 70, et dont la forme se traduit géométralement par un carré. Livrez ce cylindre à un bronzier intelligent; celui-ci, en le complétant d’un rebord et
d'un pied, modifiera suffisamment ses proportions pour que son galbe cesse d’être monotone. Qu'il s'agisse d’un œilde-bœuf ou d’une horloge, dont la rotondité régulière est parfaitement déplaisante, le décorateur se tirera aisément d'affaire à l’aide d'artifices du même genre. On peut voir, du reste, à la tour de l’'Horloge du Palais de justice de Paris de quelle adorable façon le problème a été résolu au xvi* siècle.
LV. — LORSQUE LE DÉCORATEUR SE TROUVE EN PRÉSENCE D'UNE SURFACE DONT LA MONOTONIE NE PEUT ÊTRE MO- DIFIÉE PAR DES ADJONCTIONS, IL PARVIENT, GRACE A L'EMPLOI DE CERTAINS ARTIFICES, À CHANGER LA FORME APPARENTE DE CETTE SURFACÉ ET A EN TRANSFORMER LE CARACTÈRE ET L'ASPECT.
Nous venons d'expliquer, dans la proposition précédente, comment un artiste chargé d’embellir un objet préexistant parvient, lorsque celui-ci présente une régularité trop absolue, à dissimuler à l’aide d’adjonctions l’absente de variété résultant de proportions trop équivalentes. Mais il peut arriver que le décorateur soit empêché de recourir à ce moyen, et se trouve obligé de se renfermer dans des limites d'une précision inexorable. En ce cas, soit que le rapport des dimensions de la surface ou de l’objet à décorer se trouve en contradiction avec le caractère que ceux-ci doivent avoir, soit que leurs lignes principales affectent une concordance fâcheuse, qui enlève toute expression à leur galbe, l'artiste peut, à l’aide de certains artifices, atténuer considérablement ce que ces proportions offrent de fautif.
Un des procédés les plus employés dans ce but, est la division des surfaces par des lignes parallèles. Il est clair, par exemple, que nos deux figures 72 et 73 qui, l’une et l’autre, constituent un carré parfait, perdent en apparence
leur absolue régularité dès qu'elles sont divisées par des lignes ondées. Appliquant cette observation à la paroi d’un mur figurant, elle aussi, un carré, nous voyons (fig. 74) qu'il suffit de partager cette paroi en parties bien distinctes, pour que l’impression produite par cette division domine le sentiment de monotonie provoqué par la complète concordance des dimensions.
LVI. — LA PRÉDOMINANCE ACCORDÉE DANS LA DÉCORA- TION A CERTAINES LIGNES DONNE NAISSANCE A UNE IL- LUSION TRÈS CARACTÉRISTIQUE, ET PEUT MODIFIER LES PROPORTIONS APPARENTES D'UN OBJET OU D'UNE SURFACE. AINSI LA PRÉDOMINANCE DES LIGNES VERTICALES À POUR EFFET DE FAIRE PARAÎTRE UN OBJET OU UNE SURFACE PLUS ÉLEVÉS, ALORS QUE LA PRÉDOMINANCE DES LIGNES HORIZONTALES FAIT PARAÎTRE, AU CONTRAIRE, CETTE SUR- FACE PLUS ÉCRASÉE OU CET OBJET PLUS TRAPU.
Le mode de divisions dont nous venons de constater les heureux effets, n’a pas seulement pour résultat d’atténuer la fatigante monotonie des surfaces dont les différentes dimensions sont trop égales. Il peut aussi, étant habilement employé, permettre de remédier à des incorrections de forme plus ou moins accentuées. Supposons, par exem-
ple, que nous ayons à décorer une pièce jugée trop haute, et qu'on nous demande d’atténuer dans la mesure du possible l'impression produite par cet excès d’élévation. Il nous suffira pour que ce résultat soit atteint dans une large mesure, de multiplier sur les parois de cette pièce les divi-
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sions horizontales et de leur donner une prédominance marquée sur les divisions verticales. En traçant de très larges panneaux, en développant les moulures de la corniche, en donnant une grande importance aux profils qui limitent horizontalement le champ des lambris, en accusant la saillie de la cymaise, nous arriverons à diminuer très sen siblement la hauteur apparente de notre muraille.
La pièce que nous avons à décorer est-elle, au contraire, trop basse : pour remédier à ce défaut, ce sont les lignes verticales qu'il nous faut prodiguer. Nous multiplierons les
panneaux en les étirant, en les faisant aussi maigres, aussi allongés que possible. Nous supprimerons au besoin les lambris d'appui et les cymaises; nous réduirons la corniche à sa plus simple expression, et de cette façon nous nous procurerons l'élévation apparente que nous souhaitons d’avoir. |
Nos deux figures 75 et 76 couvrent exactement la même
surface; et sans que la note décorative soit forcée dans un
sens ou dans l’autre ; sans que dans notre figure 76 nous
ayons supprimé la cymaise et divisé la paroi en plus de troix panneaux, elles présentent cependant un aspect assez différent pour que nous n'ayons pas besoin d'entrer dans
de longs développements sur les résultats que l'on peut obtenir en recourant à ces curieux artifices.
Ajoutons que ce qui est vrai pour la paroi d’un mur l’est aussi pour un meuble, pour un vase, etc. On parvient, en effet, suivant le degré d'importance qu'on donne, dans leur ornementation, soit aux lignes verticales, soit aux lignes horizontales, à modifier sensiblement l'aspect de ces divers objets.
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LVIT. — par LA DIFFÉRENCE D'ÉCHELLE ON PEUT ÉGALE- MENT PRODUIRE CERTAINES ILLUSIONS, ET MODIFIER LA DIMENSION APPARENTE D'UNE SURFACE OU D'UN OBJET.
La prédominance donnée soit aux lignes horizontales, soit aux lignes verticales, ne constitue pas le seul artifice que le décorateur ait à sa disposition pour modifier les dimensions apparentes d’une surface ou d’un objet. Il peut encore recourir à d’autres procédés, notamment à la différence d’échelle. Aïnsi que nous avons déjà eu occasion de l’expliquer, nos jugements dans les arts procèdent presque toujours d’une comparaison. Lorsque nous disons d’une chose qu’elle est grande ou petite, qu’elle est belle ou qu’elle est laide, c’est que par la pensée nous la comparons à une autre chose de même nature que nous avons adoptée pour type, ou que nous la rapprochons mentalement d'une mesure préalablement admise. « Un moyen sur lequel l’âme fonde ses jugements de la grandeur et de la distance des objets, écrit un physiologiste du siècle dernier!, est la connaissance que nous avons de certains objets et de la diminuuon que l'éloignement y apporte. Un couvreur vu au bout d'un clocher me paroit d’abord un oyseau; mais dès que je le reconnois pour un homme, je l’imagine de cinq à six pieds, parce que je sçai qu'un homme a pour l'ordinaire cette hauteur; et tout d’un tems je juge par comparaison la croix et le coq de ce clocher d’un volume beaucoup plus considérable que je ne les croyois auparavant. C'est ainsi que la peinture exprimera un géant terrible dans l’espace d'un pouce, en mettant auprès de lui un homme ordinaire qui ne lui ira qu’à la cheville du pied; une maison, un arbre, qui ne lui iront qu'au genou; la comparaison nous
1. Lecat, Traité des sensations et des passions ; Paris, 1767; tome II, p. 479.
frappe, et nous jugeons d'abord le géant d'une grandeur énorme, quoique au fond il n’ait qu'un pouce’. »
L'homme, l'arbre, la maison, dont parle Lecat remplissent, dans son tableau imaginaire, le rôle d'échelle. Ce sont eux qui fournissent le point de comparaison permettant d'estimer la véritable hauteur du géant. Pareillement, dans une église, les chaises, les prie-Dieu, les bénitiers, les clôtures, qui nous révèlent la taille exacte de l’homme, nous servent de point de départ pour juger de l'immensité de la nef et du chœur. Dans la décoration ilen va de même. L’œil choisit un objet dont les dimensions lui sont familières, pour établir un rapport entre cet objet et le reste de la décoration, dont il ne connaît pas l'étendue; et, l'artiste, en imposant à l'attention du spectateur l’objet qui doit servir d'échelle, et en augmentant ou en diminuant la taille de cet objet, arrive facilement à créer une illusion et à faire paraître plus grand et plus petit, suivant les cas, l’espace dont il entend modifier l'étendue, la hauteur ou la largeur apparentes.
Pour rendre cette démonstration plus saisissante, nous prendrons deux arcades de même ouverture, venant buter sur des piliers de même hauteur et constituant, par conséquent , deux baies absolument identiques. Nous garnirons ces deux baies de deux balustrades à une échelle différente, et de suite l’une d’elles paraîtra, comme proportions, beaucoup plus considérable que l’autre (voir fig. 77 et 78). Cette illusion s'explique facilement. Nous savons quelle est la hauteur ordinaire d’une balustrade relativement à la taille humaine. Par conséquent il s'effectue dans notre esprit une
1. Rapprocher cette observation de Lecat de la réflexion suivante, de Diderot : «Un artiste s'est-il proposé de vous faire concevoir la grandeur énorme d'un cyclope endormi ? Il vous montre un pâtre qui s’en est approché doucement et qui mesure l’orteil du cyclope avec la tige d’un épi de bled. Cet épi est une mesure commune entre le pâtre et le cyclope, et c’est la nature qui l’a donnée. » (Réflexions sur la peinture, dans Œuvres complètes, IV, p. 570.)
opération analogue à celle que décrit Lecat à propos du couvreur perché sur le toit d'un clocher. La taille de notre balustrade nous fournit incidemment le moyen de comparer l'élévation et le développement de notre arcade avec une dimension qui nous est connue. L’habileté du décorateur consiste, ainsi que nous venons de le dire, à fixer lui-même le détail qui doit servir d'échelle pour juger l’ensemble de son travail, et à le choisir assez adroitement pour qu'il s'offre tout d’abord au regard de celui qui considère sa décoration, s'impose à son esprit et fasse valoir le caractère dominant qu’il a voulu imprimer à son œuvre.
Les architectes du Moyen Age ont fait grand usage, dans la construction et dans la décoration de leurs principaux monuments, de ces procédés de comparaison, et en ont tiré un parti merveilleux. Toutes leurs églises, en effet, sont construites en prenant comme échelle fixe la taille de l’homme. « La voûte a beau s’élever indéfiniment, la porte ne grandit pas à proportion; la colonne ne grossit pas à mesure; on peut toujours gravir les marches sans effort et de la main atteindre au bénitier. À côté des courbes Les plus vastes, des arcades les plus hardies, des pinacles les plus audacieux, une fenêtre, un escalier, un balcon, détails insignifiants en apparence, viennent donner la mesure du module humain et, par comparaison, nous faire sentir l’immensité de l’édifice!. » Cette remarque est d’autant plus importante que certains autres monuments appartenant au xvi° et au xvir° siècle produisent, pour les mêmes raisons, un effet tout contraire. Il n’est pas un étranger qui, visitant pour la première fois la basilique de Saint-Pierre, à Rome, n'ait éprouvé une certaine déception. En pénétrant dans l'illustre sanctuaire on est étonné de n'être pas surpris. Ce qu’on s'attendait à trouver immense paraît de taille ordinaire.