Grammaire des arts du dessin, p
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ce qui explique comment les portes concourent, elles aussi, et presque dans la même mesure que les fenêtres, à ce précieux résultat. Leur bienfaisante influence se comprend sans effort.
Ce mur qui nous enveloppe de toutes parts forme un rempart entre nous et le monde. Il nous isole, et l'isolement est dans la vie un élément de tristesse et d’austérité. Percez ce mur : chaque fenêtre, chaque porte que vous ouvrirez nous sera une facilité nouvelle pour entrer en relations avec la société qui nous entoure. Voilà pourquoi la gaieté d’une pièce, d’une maison, d’un édifice, se proportionne au nombre de ses ouvertures, et l'impression morale, dans ce cas, domine si bien le caractère physique, que dans la contemplation de cette façade que nous évoquions à l’instant, les vides font généralement des trous noirs sur le mur blanc. Ils devraient donc attrister cette blancheur joyeuse, et c'est le sentiment contraire qu'on éprouve à les contempler.
Un exemple bien frappant de cette impression singulière nous est, au surplus, fourni par un monument parisien. Le Panthéon était autrefois percé de vastes fenêtres, qui ont dû être aveuglées pour assurer la solidité de l'édifice. La trace de ces fenêtres anciennes est encore visible, en sorte qu'avec un peu d'imagination il devient facile de se figurer ce qu'était ce superbe édifice dans son état primitif. Qu'on restitue par la pensée ces ouvertures, et l'aspect général change immédiatement. Le chef-d'œuvre de Soufflot perd en partie cette majestueuse austérité qui lui donne un si orand caractère.
LXXXVI. — LE DEGRÉ DE GAIETÉ D'UN APPARTEMENT ÉTANT EN RAISON DIRECTE DU NOMBRE DE SES OUVERTURES AP- PARENTES OU RÉELLES, EN MULTIPLIANT LE CHIFFRE DES FENÊTRES ET DES PORTES APPARENTES, ON PEUT ARRI- VER A AUGMENTER LA GAIETÉ D'UNE PIÈCE. EN LE RÉDUI- SANT ON COMMUNIQUE, AU CONTRAIRE, À CETTE PIÈCE UN AIR DE RETRAITE ET DE RECUEILLEMENT.
Forts de la remarque contenue dans la proposition précédente, il semble que rien ne soit plus facile que d’imprimer à une pièce, à une façade, à une construction quelconque, un caractère Joyeux ou morose. Pour cela il suffit d'augmenter ou de diminuer le nombre sinon des ouvertures réelles, ce qui n’est point toujours possible, du moins des ouvertures apparentes. C’est ce que ne manquent pas de faire les architectes lorsqu'ils décorent une muraille de fausses fenêtres ou de fausses portes. Le plus souvent ces orbevoies ont moins pour but de satisfaire aux exigences d’une vaine symétrie, que d'égayer l'aspect de la façade.
A l'intérieur le rôle des ouvertures n’a pas une importance moindre. Une seule fenêtre et une seule porte donnent à un vaste salon une allure retirée, difficilement accessible, peu en rapport, par conséquent, avec sa destination. Ouvrez deux fenêtres et quatre portes, et votre pièce, devenant abordable de toutes parts, prendra aussitôt un caractère Joyeux. Un cabinet de travail a été gratifié de deux fenêtres et de quatre portes et nous paraît, grâce à cela, manquer du recueillement nécessaire. Vite bouchons une fenêtre et deux portes, et immédiatement notre pièce semblera plus austère. Mais s’il est toujours, à l’intérieur comme à l'extérieur, — facile de masquer des baies existantes, il n’est pas tou-
jours permis d’en ouvrir de nouvelles. On est, en effet, tenu de compter avec les murailles, et de respecter les exigences de la construct'on. Aussi avons-nous parlé d'ouvertures
réelles ou apparentes. Lorsqu'on ne peut percer les portes ou les fenêtres que l’on estime indispensables pour assurer à une pièce le caractère qui lui convient le mieux, alors on recourt à des simulations qui créent une illusion suffisante.
LXXXVIT. — DANS UNE CERTAINE MESURE, LES GLACES PEU- VENT SUPPLÉER AUX FENÊTRES ET CONCOURIR A L'ÉCLAI- RAGE ET A LA GAIETÉ D'UNE PIÈCE.
Pour les portes, le genre de simulations dont nous parlons dans notre précédente proposition, ne présente point ordinairement de difficultés sérieuses. Il suffit d'appliquer sur le nu du mur ou d’encastrer dans le lambris un placard de menuiserie, entouré d’un chambranle, et figurant les mêmes divisions que les autres portes. Pour les fenêtres, l'opération est moins commode. Il ne s’agit pas seulement, pour créer l'illusion, de simuler à l’aide de draperies, de stores ou de rideaux l'encadrement d’une baie absente, et d'indiquer ses contours à l'aide de moulures plus ou moins ornées. Il faut encore que cette ouverture apparente paraisse livrer passage à des rayons lumineux. Aussi le seul moyen que le décorateur ait de suppléer à l'absence des fenêtres est-il de recourir à des glaces habilement disposées.
Rien n’est plus propre, en effet, à égayer une pièce, à l'éclairer, quand elle est trop sombre, qu'une glace, et surtout que deux glaces posées en face l’une de l’autre et ouvrant à l'œil d'infinies perspectives. Au milieu d’une muraille qui nous enferme, la glace simule une fenêtre donnant sur une pièce voisine. En reflétant la lumière, en répétant les mille objets qui nous entourent, elle double l'intérêt et la valeur de ce qui frappe nos yeux.
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LXXXVIII. — LORSQUE DEUX GLACES SONT DISPOSÉES L’'UNE EN FACE DE L'AUTRE, IL EST INDISPENSABLE QU'ELLES SOIENT PLACÉES SUR DEUX PLANS STRICTEMENT PARALLÈLES.
Nous venons de dire que deux glaces encadrées dans la muraille et disposées en face l’une de l’autre, ouvraient des perspectives infinies qui pouvaient suppléer les fenétres absentes, et concourir dans une large mesure à la gaieté d'une pièce. Mais nos deux glaces ne peuvent produire cette impression heureuse qu'à une condition : c’est d’être exactement parallèles. La première précaution à prendre, quand on veut mettre en place deux glaces destinées à se faire vis-à-vis, est donc de s'assurer de l’äbsolue parallélisme des parois destinées à les recevoir. La moindre divergence, en effet, arrive, par la répétition infinie des objets, à produire une impression des plus désagréables ;: car les images décrivent alors des courbes singulières, dont la contemplation ne laisse pas que d’être fatigante.
LXXXIX. — LES GLACES SEMBLANT SUPPRIMER LA MU- RAILLE, IL IMPORTE, LORSQU'ON LES APPLIQUE CONTRE UNE PAROI, OU LORSQU'ON LES ENCHASSE DANS UN LAM- BRIS, DE LES ENCADRER SOLIDEMENT. ON DOIT AVOIR SOIN, EN OUTRE, DE NE PAS LES MULTIPLIER INUTILEMENT, ET SURTOUT DE NE JAMAIS LES PLACER DANS LES ANGLES, CAR, AINSI DISPOSÉES, ELLES ENLÈVENT AU PLAFOND TOUT POINT D'APPUI APPARENT.
Les glaces produisant, nous l'avons dit, l'illusion d'une fenêtre ouverte sur une pièce voisine, la plus élémentaire prudence nous enseigne qu'il faut s'abstenir de les enchäâsser dans les parties de muraille où les exigences de l’archi-
tecture nécessitent la présence d’un plein. Si l’on commettait cette faute, la construction semblerait manquer de la solidité indispensable. Lorsqu'une cheminée, comme cela arrive souvent, se trouve placée entre deux portes ouvrantes ou simulées (ce qui, au point de vue décoratif, revient au même), on doit avoir grand soin de conserver entre la glace qui surmonte cette cheminée et chacune des portes voisines un espace suffisant pour que l’œil y découvre un point d'appui capable de porter la corniche. Pour la même raison, il faut éviter d'appliquer des glaces dans les trumeaux disposés entre les fenêtres, ou si, pour la gaieté de la pièce ou pour tout autre motif, la présence d’une glace s’impose à cet endroit, 1l faut, soit par une inclinaison légère, soit en la détachant franchement de la paroi, accentuer son caractère de simple miroir accroché à la muraille, de façon que l'existence de cette dernière reste bien apparente. Toujours pour la même raison, on doit se garder de plaquer des glaces dans les angles des pièces, car le plafond, semblant alors suspendu sans aucune masse portante capable de le soutenir, constitue une sorte de plancher de Damoclès, qui inquiète perpétuellement notre œil, et laisse notre esprit sans repos.
Ces observations sont d'autant plus utiles à méditer, que les précédents fâcheux ne manquent pas en la matière. À la fin du xvrr° siècle, quand la fabrication des glaces commença de prendre en France une notable extension, on en appliqua partout. C’était la grande nouveauté du moment, le grand luxe, la grande mode. M'e de la Vallière fut la première (1668) à posséder un cabinet entièrement tapissé de glaces. En 169% on en disposa un dans l'appartement de la duchesse de Bouillon!. Le Régent, en 1726, fit décorer de même son alcôve. L’abbé Terrat, vers ce temps, se fit construire « un cabinet de glaces », que Germain Brice