‹ La decouverte des sources du Mississippi et de la rivière sanglante. Description du cours entier du MississippiChapitre 8 sur 15 · LETTRE VL · texte numérisé non relu

LETTRE VL

Du Fort St. j^NTHOJSTY, au Lac TRAVERS, pris des sources du St. PETER.

Du Lac La Crosse, ou Lac Trarers, près des sources de la Rivière St. Peter, le 26 .'uillet 1823.

Je vous écris d’un endroit, Madame la Comtesse, qui n’est pas encore sur la carte. Tout en se promenant, on arrive pins loin qu’on ne pense; et avec la persévérance l’eau creuse le roc.

Entravé continuellement dans mon projet de porter mes pas plus loin vers le Nord, j’étais au moment de diriger mes promenades vers le Sud, c’est à dire, de traverser par terre, à l’aide d’un Canadien pour interprète, et d’un Sauvage pour guide, les régions désertes, qui séparent le fort St. Anthony, de celui deCouncil Bluffl sur le Missouri ; de descendre cette grande rivière jusqu’à St. Charles; de revenir de là à St. Louis, poursuivre ensuite le Mississippi, jusqu’à ses embouchures : et il me semble, que je ne devais m’attendre à aucun obstacle ; car mes Argus me voyaient retourner, en quelque sorte, sur mes pas, et par des pays, qui, étant déjà connus, ne molestaient nullement leur jalousie ; quand le Major Long arriva au fort St. Anthony, chargé, par le Gouvernement, d’une expédition, vers les

Ê ays limitrophes, au Nord de ce vaste empire des Itats-Unis.

Je crus voir le dénouement des difficultés, qui avaient arrêté jusqu’alors ma curiosité. Cependant je partageai la grande surprise, que ces Messieurs du Fort, témoignèrent, à l’arrivée de cette expédition, tout à fait étrangère à la garnison.

On dût faire mention, comme il était naturel, du désir ardent, que j’avais manifesté, de pousser

p1ii9 loin mes promenades ; et j’en profitai pour ♦ demander à suivre le Mnjor, en ma simple qualité de promeneur, venu de si loin, pour voir les pays Indiens, et les Indiens.

On m’opposa d’abord les souffrances, les dangers, &c., qu’on allait rencontrer ; mais inutilement, car, comme vous savez, tout cela n'a aucune prise sur mon âme.

Ou m’attaqua alors du côté, où l’on me croyait plus faible, du côté de la bourse. A la vérité, après une si longue digression, hors de la route, qui de Philadelphie devait me conduire tout droit à la Nouvelle-Orléans, digression qui durait depuis le moisde Mars, elle aurait pu se trouver un peu aplatie, d’autant plus que les curiosités Sauvages avaient aussi beaucoup contribué à diminuer mes fonds ; mais ma petite caisse de réserve déjoua aussi cette attaque. Je sacrifiai même ma belle répétition, pourne pasy toucher.et je pus acheter un cheval, et toutes les provisiotis, qu’on prétendait être nécessaires : j’eus même la satisfaction de suffire, par mes petits bijoux, par mes petits meubles galans, à offrir à l’aimable famille Snelling, et à Mr. Tagliaferro, quelque souvenir de ma reconnaissance, pour les honnêtetés, dont ils m’ont comblé, pendant le séjour de deux mois parmi eux ; honnêtetés, qu’ils ont portées, quand ils me virent décidé à partir, jusqu’à m’offrir des secours pécuniaires, avec une noble confiance, et sans aucune vue d’intérêt, ce qui n’est pas commun parmi un peuple très marchand.

Tant de difficultés illusoires, n'étaient point d’un bon augure ; je prévoyais déjà tous les déboires, qu’on allait me faire éprouver; et, dans d’autres circonstances, j’eurais su ce que j’avais ' à faire. Mais j’étais arrivé jusque là; il s’agissait d’exécuter un plan, qu’on avait constamment dérangé. et que je ne pouvais effectuer autrement j mon premier projet, d’aller chercher les vraies sources du Mississippi, était toujours devant mes

yeux; je dus donc sacrifier mes convenances et mon orgueil, au désir et à l’espoir de voir des ♦ lieux, que l’on ne peut guères vii^iter deux fois; pour m’instruire sur des choses, qu’on ne peut pas rencontrer ailleurs ; et je m’abandonnai, avec résolution, à tout ce que je sentais déjà devoir endurer.

Nous partîmes du fort St. Anthony, dans la soirée du 7 du courant. L’expédition était composée du Major Long, qui en était le chef, d’un Astronome, d’un Minéralogiste, d’un Docteur, et d’un Zoologiste, d’un Peititre, de Mr. Renville, interprète pour les Si»ux, d’un jeune Canadien, interprète pour la langue Algonquine, de vingthuit hommes, soldats, caporaux, et sergens, d’un officier, et de Mr. Snelling. fils du Colotiel.

Elle fût divisée en deux corps, dont un prit la voie de terre, avec 22 chevaux, et mulets; l’autre celle de la rivière St. Peter, sur cinq canots Indiens. Le Major faisait partie de ce dernier corps, et je le suivi», avec le projet, d’aller tantôt par eau. tantôt par terre, suivant que l’un, ou l’autre chemin aurait pu m’offrir des iiicidena plus curieux, des objets plus intéressans. Il était arrêté, que les deux corps se rejoindraient tous ' les soirs.

La rivière St. Peter, que les Sioux appèlent Watpà-menisolhé, en partant de son embouchure, remonte d’abord au S. S.-O. ; elle tourne ensuite au Sud, et des méandres continuels la font serpenter vers tous les rumbs ; mais comme son cours, depuis seS sources jusqu’à l’endroit, où elle se décharge dans le Mi-#issippi, est presque directement du N.N.-O lu S, S.-O.jedistingoerai ses deux bords en occidental, et en méridional, toutes les fois, que j'aurai besoin de m’en servir, comme de point d'indication.

Après ce que j’ai dit des Sauvages, dans mes précédentes promenades, il semblerait que la matière est épuisée : mais, outre que les nouveaux

p«y«, qui s’ouvrpnt devant nous, offrent un nou» vel intérêt, il semble, que les cboses mêmes, qn'on y rencontre, ménagent utilement un appendice à tout ce que nous avons déjà vu; et quand même on viendrait à rencontrer quelque répétition, cela ne ferait, que nous continuer davantage dans ce qui nous avait, peut-être, paru trop extraordinaire.

La première soirée nou« vînmes camper audessus de la tribu du Chef f^Famenitanka, ou Chien Noir, sur le bord oriental. J'avau vu ce camp très peuplé quelques jours auparavant, et nous le trouvâmes tout à fait désert ; la faim avait tiré ces Sauvages de l’oisiveté, où ils croupissent, autant qu’ils peuvent, et les avait poussés à chercher des chevreiiiL, des cerfs, des butlaloes, dans les prairies, et dans les forêts.

Une hûte fermée, et q le nous ouvrîmes, nous fournit un peu d’abri contre les moustiques, qui nou:« attaquaient de tout côté, et contre la pluie, qui accompagtia notre départ. Derrière l’écorce de chêne, qui barrait légèrement la porte, nous trouvâmes étendue, comme en gui-e de rideau, une peau de chevreuil, dans laquelle ces Sauvages reconnaissaient quelque Manitou gardien de la maison. A leur retour iis auront choisi un autre Suisse, plus fidèle, et le chevreuil aura perdu, avec leur confiance, toute sa divinité, *

Le campement de Panixcihowa, où nous noits arrêtâmes pour dejeuner, dans la matinée du 8, sur le bord oriental, était également tout à fait solitaire, et par la même raison ; mais ce Chef aussi fénéant, que gourmand, s’était retiré près du Fort, pour vivre dans les délices de Capoüe, et pour se mettre à l’abri, dans cette terre sacrée, et inviolable, des incursions, que les Cypowais, justement indigné de sa conduite du û Juin, pourraient faire sur son chateau.

Nousdinâmesàla Prairie desFrançais, ainsi appelée, pareeque les premiers Français, qui du

Ctinada poussèrent leurs découvertes jusque lâ, y furent tués parles indiens. Elle est à 3ü milles du Fort.

Le Chef Sciacapé y a son camp -ment d’été, sur le bord oriental. Les huttes de cette tribu sont d'une construction singulière. Les parois, et le toit sont en écorce de chêne, entrelacée de perches fendues d’une manière si solide, que le plus fo' t ouragan pourrait à peine y avoir prise. Tout é^iit désert aussi ; nou-> n’y trouvâmes, qu’un chien pendu, consacré, de cette manière, à leurs Dieus Pénates et Tutélaires. Pour rendre l’ofruide plus précieuse, on lui avait paré la tète d une plume de Kilinu, dont je le démeublai, pour enrichir ma collection Sauvage.

Le chien, après les femmes, est l’étre le plus malheureux, parmi les Sauvages ; après, avoir bien travaillé.dans un jeûne fréquent, à la chasse, à la charrette, au traineau, il Soit par servir ou à leurs repas, ou à leurs sacrifices. De l'autre côté de la rivière, une prairie entrecoupée de petits bosquets, et par.-,emée d'ossements et d(B buttes, semblables à celles, que j’ai remarquées à St. Louis, et ailleur-, offre l’image des Elysées de l’Antiquité : et quoique le pied ne fouie, qu’uii^ terre, et des tombeaux Sauvages, le pathétique de l’endroit vous pénètre d’une certaine vénération ; et d'autres sentimens émeuvent l’âme, et la transportent bien loin. J’y vis ui e chose singulière. Une croix surmontait un de ces tombeaux. tandisque sur un autre, tout près, s’élevait un troc d’arbre, sur lequel on voyait tracé, en hiéroglyphes, le nombre d’ennemis, que l’habitant de ce tombeau avait tués, et une quantité de Alanitoux, qui avaient été ses amis. C’est un nouvel avis pour ceux, qui veulent réduire en système la religion de ces peuples.

A t>() milles du Fort on trouve une chûte, «u pour mieux dire, un rapide violent. Nous avons remonté les canots, en les traînant nous-mêmes,

dans l’eau. C’est le premier point intéressant, que l’on rencontre «ur cette rivière» Det* rocbers pittoresquement distribués par la Nature, séparés par des sinuosités, où les eaux se poussent et se brisent avec force; une petite île. qui s’élève en bouquet, au milieu ; des bords ombragés d’arbres touffus d’un côté, de l’autre hérissés de

rochers escarpés, offrent un tableau varié, et romantique: et moi j’ajoutai à le réndre aussi grotesque. Ayant été obligé de remonter dans le canot, pour passer un goud're profond, mes mau-

vais matelots mantjuerent de force, etd’adre.-se; nous fumes entraînés par le rapide, et allâmes

briser contre un rocher, où je demeurai perché;

j’aurais eu l’air d’Andromède, si j’eusse eu meilleure grâce, et si, au lieu de rire comme un fou,

j’eusse su imiter sa belle douleur.

Nous nous arrêtâmes, le soir, au campement Indien de la Battue au fief. J’y vis représenter une

farce d'un contraste tout à fait curieux. Tandis

qu’une femme, éplorée, s’arrachait les cheveux, et les offrait en sacrifice aux mânes de son parent, dont les restes itiatiimés étaient perchés sur un échaflfaud, des Sauvages mangeaient, buvaient chantaient, et dansaient autour du corps d’un autre, qui était exposé, de la même manière, à la vue des passans, comme celui des héros de l’Antiquité. On voit aussi par là. combien il est difficile de se former une juste opinion de leurs usages, et de leurs cérémonies.

Le lendemain je quittai le canot, et je montai à cheval; le passage du Bois-Franc, en sauvage, Cianthiote, excita ma curiosité ; il en était digne. Pendant 30 milles l’on voit successivement

ut'ie série continuelle d’arbres de tout genre, et d’arbustes fruitiers délicieux ; de petites prairies riantes, et des lacs couverts de cygnes, et d’autres oi eaux aquatiques; des plaines charmantes, et (les coteaux pitore-ques. On croirait se trouver daus le séjour des Nymphes et des Dieux,

mais nous n’y trouvâmes, que des moustiques, et des taons. qi« ocoix'haieiit les hommes et le- clievaux. CVbl un sujet de méditation, que de voir de si beaux lieux dé erts, et vuides de tout être sensible.

Nous y vimes des hiéroglyphes gravés sur des arbres ; iU signifi tient que la . Tribu de l Epttrvier-Rouffe, des fSiissitons. était pa ^«elàavec on chef, et tout y était indiqué, le nombre d’hommes et de femme- ; d’ttù ils venaient ; où ils allaient ; la chasse, qu’ils avaient faite, ^c. ; parce moyen les Sauvages s’instruisent réciproqtiement de bien des choses; et dans le cas actuel, c’était un avis, pour que d’autres n’eussent pas à tenter iotitilement le sort de la chasôe sur un terrain déjà battu. Ce passage est un labyrinthe; et, '■ans Mr. Renville, qui avait aussi quitté les canots, pour servir de guide, nous n’en serions pas sortis si facilement ; cette forêt s’étend dans les terres vers le Missouri, à une distance immense. En sortant à l’O, nous trouvâmes une superbe, et vaste prairie, que les Sauvages appèlent Vaÿo- * Thée, ou de la Flèche. Un grand bloc de granit, qui se montre de loin, sur la gauche, est pour les Sauvages, errans dans les déserts; tout à la fois un temple, et une divinité tutélaire et protectrice de leurs chasses ; il était peint, comme l’on peignait souvent la Lune et le Soleil parmi les nations civilisées, c’est à-dire, avec un nez, des ’ yeux, et un bouche, avant que Maria, le précep- ' teur de Copernic, et Bianchini ne les en privassent. •

Toutes les Tribus, qui passent par là, vont loi faire révérence, et des offrandes.

A l’endroit, oû nous campâmes, Mr. Renville, celui qui connaît le mieux les Sinux, étant tié, et ayant toujours vécu parmi eux, me fit remarquer les restes d’une chose singulière, d’un Hypocaiùton,

> ou des S«f/«tortVi des Sauvages,

Lorsque leurs médecins veulent faire transpi*

rçr ua malade, ila le renferment dans une petite, buite entre quatre grosse-i pierres de didërentes couleurs, chauiiees au feu, lesquelles sont pour

eux autant de divinités. La rouge représente le |

Dieu de la guerre; la noire celui de !a mort,; la verte celui de la santé; et la blanche celui du * • beau tems. Le malade, ou Pinspiré. qui s'y met, y reste jusqu'à ce que, tombant évanoui, il indique, qu'il ne peut plus y rester: ce serait uti sacrilège, que de dire la moindre chose, pour en être délivré. Il arrive souvent, qu’il y étouffe ; surtout si le patientse trouveétre un malheureux, dont les Prêtres de la Grande-Mtdecine désirent se défaire.

Un Esculape Sauvage, est. comme celui de l’antiquité, grand-prêtre, et médecin, et. plus que les Parques, il peut trancher d’un double ciseau le âl de la vie de ses croyans superstitieux. '

Il y avait aussi d’autres traces d’offrandes, qui i

indiquaient également la multiplicité de leurs Manitoux.

Le 1 1 je retournai aux canots, où nous ne renr contrâmes d’extraordinaire, qu’un orage terrible, qui en renversa un, et nous fil perdre une partie de notre poudre et de notre tabac, et qui nous suivit jusqu’à notre camp, où il nous innonda toute la nuit ; attendu que notre pavillon était our vert des deux côtés. Le Major toujours fidèle aux règles de la bienséance, et de la politesse» que l’on doit à un étranger, avait eu l’attention de me placer à un des des deux côtés de la tente, afin, sans doute, que je pusse observer à mon aise, et sans me déranger, le lems qu’il faisait, et aussi pour me ménager la gloire de lutter vaillam* ment contre la fureur des vents, de la pluie, de la grêle, du tonnerre et de la foudre.

Nous allions très lentement par eau, en remontant la rivière, qui diminuait tous les jours, et devenait très rapiile. Le Major sentit enfin la nécessité de renvoyer les canots avec un nombre ;

- by ■- - lOglL ,

d’honames, qui ne contribuaient, qu’à augmenter lii di»et(e, qui se fesait déjà sentir. Quoique jVus.se fait d'abondantes provisions, que j’avais mis en commun avec celle de l’Expédition, la faim, à peine à 100 milles du Fort St. Antony, commençait à me faire envier le morceau de pain, que le corbeau portail tous les jours au premier Anachorète de la Thébaide. D’ailleurs ces soldats n’étaient d’aucune utilité. Le Major craignait les Sussitons, qui ne sont pas tout-à-fait les amis des Américains : mais nous étions peu pour résister, en cas d’attaque, contre une batide des plus aguerries, des plus formidables, et en trop grand nombre pour une Expédition, qui n’avait aucunes vues hostiles, et qui était déjà réduite à la portion contrrue.

Je vous ai dit, qu’on craignait les Sussitons. Pour ne pas laisser languir d’avantage votre curiosité. que je mets quelquefois à l’épreuve, je vais' vous en dire les motifs. Comtesse, même, parcequ’ils serviront à caractériser encore plus le penchant des Sauvages, et leur obéissance irrésistible à la passion, et à la voix de la vengeance.

Un de ces Sussitons, perdit deux parens, qui servaient, avec lui, sous les étendards des Anglais dans la dernière guerre contre les Etats-Unis. U résolut de s’en venger sur les deux premiers Américains. qui tomberaient entre ses mains. Mais comme cette opportunité tardait à se présenter, il partit avec son cousin ; ils débarquèrent de nuit près du Fort Armistrotigà Rockÿ-fsland, à plus de 600 milles de leurs régions ; iis guétèrent, et saisirent uti moment, où deux de ses soldats se promenaient à quelque distance de la garnison, et les tuèrent de deux coups de fusil.

Le gouvernement, sous prétexte de tenir un conseil, et de donner d»s présens, fit aller une partie de cette bande de Sussitons au Fort de Cotmeil-Bluf ; s’empara de deux d’entr’eux, et

ne les a plus vu reparaître. Un gouvernement fondé sur des lois sages, et libénles, devr.ût être plus généreux, que les Sauvages ; mais, ou il n’avait aucun autre moyen de représailles pour les punir, sans s’immiscerdans une gnerrerruelle avec tous lesSmwx, ou ses agens ont agi arbitrairement.

Le l'i, nous prîmes tous le chemin de terre.

Une prairie, dont les bosquets parsemés çà et là entrecoupaient magiquement les distances, et l’horizon, fut le premier spectacle, qui s’ouvrit à nos yeux. Les parcs artificiels de St. Cloud. de Versailles, de Richmond, et de Windsor ne sau- ' raient être comparés à ce superbe ouvrage de la Nature.

Un sarcophage Indien, élevé à la hauteur d’une quinzaine de pieds, nous arrêta vers le milieu de ce Paradis terrestre, et là, Mr. Reuville nous montra, vers le S.-O. la direction, où la rivière de la Terre Bleue, Makatohose-Wntpa. se jette dans le St. Peter. C’est là le point le plus éloigné, où le pèrellanepin, et d’autres voyageurs, après lui, sont arrivés sur cette rivière.

La rivière de la Terre Bleue est très remarquable, parmi les Sauvages. Ils s’y rendent presque tous les ans comme en pélérinage, et pour y chercher de cette terre blue, très propre pour faire leurs teintures, et leur fard. A quelque distance de ses sources, vers le Missouri, ils exploitent une pierre rouge, qui durcit par l'impression de l’air, dont iis font leurs calumets sacrés. On a dit, que ces deux endroits sont inviolables, et que les ennemis les plus implacables s’y rencontrent en paix ; mais tout cela n’est qu'une fable. Le Sauvage exerce partout également sa vengeance, et s’il s’en abstietit quelquefois, c’est lorsqu’il est arrêté par quelque force majeure.

Le soir nous fimes halte près d’un petit bos-

petits, ne peuvent pas voler ; les uns, parrequ’iU changent de plumes, les autres, parcequ’ils n’ont, que le duvet de renfance. Nous aurions pu foire une chasse agréable, et la troupe savante aurait pu trouver une occasion très favorable de s’instruire, et de fournir de nouvelles connaissances sur le Règne Animal ; mais le Major faisait une expédition, ne semblait s’occuper, que de sa boussoule, te seul oracle qu’il consultait, pour pouvoir dire, j’ai été dans tel, et dam tel autre endroit.

Dans la matinée du 14, nous traversâmes une ‘autre prairie, d'un aspect tout nouveau. De petites buttes, couvertes d’un gazon verdoyant, formaient des ondulations, qui représentaient assez une marine, que ni Vernet, ni Werdstapen n’auraient pu imiter. Des élévations lointaines et isolées offraient l’image des pyramides de l’Egypte.

A midi nous passâmes la rivière St. Peter à l’endroit, où celle des Liurds, Wagahosà- Watpà, y afflue du côté du Sud. et qui est navigable pour les canots, jusqu’à une assez grande distance dans les terres.

Le soir, après avoir traversé des sites paiement enchanteurs, entremêlés de prairies et de petits bois, et qui offraient l’aspect d’un pays cultivé, nous nous arrêtâmes près d’un marais, que les Rats Musqués avaient parsemé de leurs maisonnettes ; elles sont formées de joncs, et d’écorce d'arbres : elles s’élèvent à trois ou quatre pieds au-dessus de l’eau, et c’est là où ils ont leurs chambres à coucher. La partie, qui est sous l’eau, leur sert de magasin d’hiver, qu’ils remplissent en été d’écorce d’arbres fruitiers ; ils pratiquent une issue, par le moyen d’un souterain, qu’ils font aboutir loin de la maison, et dans le fond du marais; par ce moyen ils échappent à la vigilance du chasseurs ; mais ils tombent dans les pièges, qu’il leur tend à l’eutour:

•ù il les attire par Tappât trompeur de mets fa> voris.

Le Bois Rouge fut notre hôtel du 15. Il est ainsi appelé d'un arbre, que ces Saurages peinturent en rouge toutes les années, et pour lequel ils onLune vénération particulière. C’est un arbre, comme tous les autres ; mais chaque peuple a ses images favorites, quoiqu’elles représentent toutes é^Iement, la même divinité, le même objet de son cuite. Tandisqu’un sanctuaire regorge d’offrandes, un autre n’a pas même une chandelle, qui brûle sur son autel. La fortune des Dieux, (^chez les Anciens,) dépendait souvent de l’habilité de leurs ministres. Il est peutêtre de même chez des Sauvages de ces environs.

Dans cet arbre iis adorent le tonnerre, qui, suivant eux, vient des montagnes de roches, qui séparent, comme nous l’avons déjà vu, la Louisiane du Nouveau Mexique. Et précisément, ce bois est situé sur le bord occidental de la rivière St. Peter ; et une autre rivière, qui j afflue, et partage ce même bois, descend aussi du même côté. Ils i'appèlent CtangTi^cr/^-IPa/pà, c’est à dire la Riviere du Bois Rouge. On m’a dit, que les émissaires des Anglais y portaient aussi leurs encens, et leurs vœux, pour invoquer la protection de cette Divinité Sauvage, lorsque, dans la dernière guerre, ils soulevaient les Sioux contre les Etats-Unis. 11 est bon d’observéV, que ces pieux Camiléons accusaient en Europe Napoléon d’Apostasie, et d’islamisme, tandis qu’ils étaient eux-mêmes les plus fourbes, et les plus lâches idolâtres en Amérique. C’est vis-à'-vis cet endroit, que la rivière de V EÀnt-de-vie, Cieaambé- Watvà, qui descend du Nord, se jette dans le St. Peter.

Ici, la vallée la plus riante présente aux yeux du spectateur la scène la plus intéressante. Jamais^^jMusion plus frappante n^a transporté mon

imagination dans les terres classiques du Latium, et de la Mugna Grecia. Des rocs épars, comme à dessein, sur la plaine, sur des plateaux, et des CO Milles, repré^enlellt au naturel à une certaine distance, des ruines de tout genre de la vénérable Antiquité. Tantôt vous croyez y ¥oir des svbstruelions thermales, celles d'un amphitliéâtre, d’un cirque, d’un Forum-, tantôt les débris d'un Temple, d'un Cénotaphe, d’une Basiliq> e, d’un Arc de Trimphe. Je profitai du tems, que le sort m’accorda, pour parcourir ces lieux enchanteurs, maisSeul.afin quedans la douceextase de mes pensées, je ne fus?e point interrompu par la présence de quelqu’âme froide, ou présomptueuse. Mes yeux rencontraient à chaque pas de nouvelles images. La vue d’une espèce de tombeau me rendit, pour quelque tems, immobile Mon cœur demeura frappé de souvenirs

futiestes Je crus voir. Comtesse, le tombeau de

la Vertu, et de l’Amitié. Ces lieux rendaient la douleur encore plus belle, et d’un doux soulagement ; j’en aurais joui bien longtems, si je n’eusse pas été avec des gens, que des selles brisées, ou d'autres incidents imposaus, seuls, pouvaient arrêter.

Le Granit y domine partout, et il est si beau, et si varié, que les Frippiers trompeurs de la Place Navone, à Rome, le vendraient aux Aatiquaires, les plus enthousiastes, et qui se croiraient les filus intelligents, pour de l’Oriental, de l’Egyptien ; pour du Porphire, et du Basalte ; car maintenant tous les Naturaliste de bon sens conviennent, en général, que ces deux derniers ne sont que du Granit plus élaboré, par l’eau, et par le tems. La Nature, en montrant cette vallée, que le St. Peter arrose, semble vousdire : “avec une terre fertile, un climat salubre ; avec des collines et des plaines, propres à differentes cultures ; des Rivières et des Lacs, abondans en poissons, en coquillages, et en gibier ; avec des

■- -iargn

boi<» délicieux, des forêts, qui fourmillent de bêtes ' fauves, et d’autres animaux d’uiie riche fourure, qui fournissent du matériel pour tout ce qui est nécessaire pour toute sorte de charpente, et de menuiserie : avec tout cela je vous offre des pierres superbes, et d'une exploitation facile, pour bâtir des granges, des maisons, des temples et des palais. Vous pourriez avoir ici VUrbs Marmorea d’Auguste, comme les Européens trouvèrent la Üomiis jJurea de Néron au Pérou ; et le ciseau n’a qu'à polir ces grandes masses de Granit, que j’ai distribuées, avec une si belle négligeance. dans tous ces alentours, pour renouveller les pyramides de Memphis, et de Palmire.” Je rêvais En me réveillant, ce silence, ce dé-

sert me pénétraient de sentimens profonds, qui n’emeuvent, que dilficilement, ailleurs. C’est ici, où la plume de Zimmerman, et de Lafontaine pourrait peindre la solitude, avec moins de métaphysique, et d'invraisemblance. Mais ils seraient, peut-être, moins lus ; car, en fait de sensibilité sur tout, il y a plus d’admirateurs du faux, que du vrai : et la caricature, et l’aflfectation ont plus de sectaires, que le naturel, et la simplicité.

Le 16, nous trouvâmes une prairie, qui, au Sud n'a pour bornes, que l’horizon ; au Nord, la vallée du St. Peter ;à l’Ouest, le vallon sinueux de la rivière de JVIédicine Jaune, Pepcothàziziapi-Wat- /)à. qui descent du S.-O. et se jette du côté du bord méridional, dans le St. Peter. Vis-à-vis, est l’embouchure de la rivière des Sauteurs, Maiioakan- Walpà, qui coule du côté du Nard. Sur cette prairie nous rencontrâmes deux Sauvages. Ils nous apprirent, que les jours précédons on y avait tué des BufTaloes; mais nous ne vîmes, que des ossemens épars ; et nous étions encore à la diète d’un misérable petit bisqifit,etd’une tranche fort mince, presque diaphane, de mauvaise viande salée.

Cette rivière de Médecine Jaune est ainsi ap-

pelée du nom d’une racine de cette couleur, dont ritnposlure, et la crédulité ont fait un remède / mj'slique. spirituel et corporel. On calcule que cet endroit est environ à 180 milles du Fort St. Anton}'.

A 20 milles de là, on passe la Walpà-Danitpà, ou Rivière aux Oastors. qui était autrefois abondante en ces animaux, et descend de l’Ouest. Peu loinde son embouchure on trouve \e Æedeÿeihàan, ou Lac qui Parle, qui n’est qu’un bassin étroit et de la longueur environ de 16 milles, rempli par le St. Peter, qui y entre au N.-O., et en sort au S. E. Entre ce Lac. et l'embouchure de la Médecine Jaune, des rapides, qui en interrompent la navigation, forcent à faire environ un mille de portage.

Après avoir passé la Rivière aaxEcores, Skewaknn-Watpa, la Rivière aux Grais, Issonya-hosi- Watpà, du côté du bord occidental ; et la Rivière au Pommes-de -Terre, SiooboanthLf^olpà, du côté opposé, on arrive au Lac de la Grosse Roche, Hïakiakiaya-Medé, qui est aussi formé par le St. Peter, qui entre au Nord, et en sort à l’Est S.-E.

Il est plus large, et plue long, que le précédent.

Une bande nombreuse de Sioux, qui y était campée, les Wakapetohan, ou les Gens de la Feuille, vinrent au-devant de nous, et nous invitèrent B un festin. Je fus bien fâché, que la hâte, avec laquelle ils nous l’avaient préparé, nous privât malheureusement du plat ordinaire d’étiquette, d’un chien, qu’ils n’avaient pas eu le tems d’écorcher et d’assaisonner. La faim qui nous tourmentait, nous en faisait sentir cruellement la privation. Nous dévorâmes ce qu’ils nous donnèretit; et je trouvais exquises, même, des racines, qu’ils appèlent pommes de terre de prairie, qui auparavant m’avalent paru détestables.

Le Major prononça un discours, assez bon pour son gouvernement, car il en vantait la grandeur, la puissance, la force, et la générosité &c. mais

très mauvais pour les Sauvages, car il finissait par leur dire, qu’il n’avail rien à leur donner ; et aussi, ni les chefs, ni d'autres ne lui répondirent un mot, et quand l’interprète leurs expliquait que les Etats-Unis étaient composés de vingt-guatre feux, c’est-à-dire de vingt-quatre Etats, sam compter le District de Colombia, où est le sièsre du Grand Congrès, de la Grande Administration Générale, et la résidence du Grand Père Sauvage, le Président ; qu'ils étaient peuplés de tant de millions d’hommes, qui prospéraient dans le commerce, dans F agriculture, dam l'abondance, dam les richesses Src. Les uns baillaient, les autres avaient un air moqueur ; et tous faisaiçnt la mine, lorsqu’il ajoutait, que V expédition aUait tracer des bornes éloignées de t Empire Américain. Il parait, tjue les Indiens, n’aiment pas trop non plus, qu’on aille faire le maître chez eux.

Ces Sauvages sont d’un aspect très féroce, et très guerrier. Une grande partie sont à cheval, sans étriers et sans selle ; comme les peuples de la plus haute antiquité; ils ont seulement une peau, sanglée sur le dos du cheval, comme la vertis stragrula, ou les Strata des Romains.

Le soir du 17, nous arrêtâmes à la moitié da Lac, là, où il tourne ver le Nord ; où un superbe bois, et un chétif établissement de traiteurs, pour la compagnie S.-O., sont traversés par la petite rivière tles Hérons-Blancs, ou Hokazamhé, qui se jette dans le Lac du côté occidental. Le doux murmure de ses eaux limpides, la vue de tentes, de huttes Sauvages, éparses çà et là. et ombragées d’arbres majestueux, ajoutaient à l’enchantement de cet endroit, vraiment pittoresque.

Trois milles au-dessus du commencement du Lac, marchant toujours vers le Nord, on traverse le St. Peter, qui n’est plus qu’un fo«sé. C’est là, que tous les canots s’arrêtent, et on décharge les marchandises, pour ensuite les transporter

jusqu’ici, à traverg une prairie de six milles au N. N. -O., où nous sommes arrivé le 18.

Nous avons mis pied à terre à la seule cabane qui y soit : c'est un établissement formé par des Écossais, q^ui ont déserté les compagnies Anglaises du N.-O. ; et de la Baie d’Hudson, et dont Mr. Renville est un des associés.

Ces Messieurs, en se mettant naturellement en opposition aux intérêts de la compagnie S.-O, seraient tombés, avant même de commencer leurs spéculations, sous le poids de sa jalousie, et de ses intrigues puissantes ; mais ils ont eu l’adresse de s’associer avec des Américains, qui prêtent leur nom, et ont baptisé cet établissement sous celui de Fur Colombian American Company ; en conséquence ils ont obtenu du Surintendant des Sauvages, des patentes, qui les autorisent dans V leur traffic ; mais, je pense, qu’ils seront forcés à la fin de capituler avec la dite compagnie S.-O., et de se mettre sous sa dépendance.

Cette situation est très avantageuse pour le commerce des pelleteries, pareeque ces Messieurs se trouvent au milieu des bandes des Siouz, et peuvent pousser leurs spéculations jusque sur le Missouri, et la Colombia, si toutefois les Russes, qui viennent de s’emparer des embouchures de cette dernière rivière, veulent bien le leur permettre. L’Amérique n’a pas peu à craindre encore de l’ambition Européenne. ,

Les sources de la Rivière St. Peter sont situées à environ 20 milles de ce Lac, vers le N.-O. Il aurait été intéressant d’aller les reconnaître, ne lut ce que pour en fixer la latitude et la longitude, nous aurions été les premiers à les voir, mais elles n’étaient point sur le chemin de l'Expédition, et elles furent négligées.

Elles jaillissent au pied d’une chaîne de coteaux, que les Sauvages appèlent coteaux de prairies, parcequ’ils partagent du Nord au Sud, ces vastes prairies, qui, des montagnes du Grand-Ai-

gle, jusque vers les sources delà Terre-Bleue, séparent le Missouri du St. Peter.

Je ne puis pas vous dire non plus précisément la po ition géographique de cet endroit, (le Lac Travers,) car le Major me l’a caché rigoureusement ; il avait sans doute ses raisons pour cela, je ne veux pas chercher à les connaître : mais je suppose, qu’elles peuvent être environ au 47me. dégré de latitude, et au 20me. et -j de longitude Ouest du Méridien de Washington.

La distance du Fort St. Antony est à peu près de 280, milles par terre, N. N.-O., et 400 par la rivière, qui fait beaucoup de détours.

Ce Lac et les sources du St. Peter se trouvent sur le sommet des terres hautes, qui séparent les eaux, qui tombent vers le Sud, de celles qui descendent au Nord ; et .en effet les eaux du Lac et du St. Peter se croisent en direction opposée ; car celles du premier coulent dans la Rivière- Rouge, et conséquemment dans la Baie d’Hudson, et celles du second dans le Golfe du Méxique, par le Mississippi.

Le Lac Travers se trouve sur un des points les plus élevés de l’Amérique Septentrionale ; et il n’est formé par aucun affluent ou confluent tributaire ; tout est prairies et plaines éternelles au tour de lui, et on ne voit d’où il puisse tirer ses eaux. C’est un phénomène d’autant plus surprenant, qu’on n’y trouve aucune trace, qui puisse caractériser un cratère de volcan éteint, et la petite profondeur de son lit en exclut même la présomption. Sa longueur du Sud au Nord, est d’environ 1.5 milles, sa plus grande largeur, de deux. Deux iles, souvent habitées par les Sauvages, le parent agréablement, et ses bords variés de bois, et de prairies y répandent beaucoup d’agrément.

Le Grand Wanathà, que nous avons vu à l’article du dénombrement des Sioux, dans notre 4me. promenade, vint nous recevoir à notre arrivée, et nous invita à un festin. 11 avait été averti

d’avance, et conRéquemment un chien avait été immolé, et fumait sur l’autel d’Epicure. Avec la faim, qui continuait à nous dévorer, nous l'aurions trouvé délicieux, et il n’en serait pas même resté cette portion, que les Sauvages, après le banquet, distribuent aux malades plij'siques, et moraux; ils le considèrent un met sacré, salutaire au corps et à l’ame : mais la viande du Buffahe obtint les suffrages de notre goût. ' Ici il est bon d’observer. Comtesse, que le chien, auprès des Sauvages, en quelqu'occasion, qu’ils l’immolent, est toujours une offrande aux Manitoux\ et c’est également par dévotion, qu'ils le mangent ; comme les prêtres de l’antiquité, qui faisaient une très bonne chère des victimes, que les bons croyons consacraient à l’Autel de la Divinité. Par cette préférence, nous aurions donné là on grand scandale, si. heureusement, nous n’eussions pas eu affaire à un Roi, qui, comme presi^ue tous les Rois, n’est scrupuleux, en fait de religion, qu’autant, quesps intérêts l’éxigent.

Mr. le Major lui fit aussi un sermon, aussi académique, que le précédent, touchant les qualités sublimes, physiques et morales, de son Gouvernement ; car les Américains, en fait de modestie, ne le cèdent en rien aux habitons de leur Mère Patrie. Mais comme les conclusions de ce discottrs n’étaient pas plus généreuses, que celles de l’autre, sa Majesté ne daigna pas seulement le regarder; et pendant que l’interprète lui rendait des maximes économiques, &c., il s’amusait à rire, d’un air nonchalant, tout à fait souverain, et à badiner avec le Prince Kfénéditsire, qui était étendu parterre à côté de lui.

Ces Messieurs de la Cohmhton Company, non»

ont reçus avec beaucoup de politesse, et depuis trois jours, que nous sommes ici, la faim a commencé à devenir seulement appétit; mais nouveaux dans ces lieux, nombreux et gênés dans des bûtes, ils sont logés plus mal que les Sau-

vap^, qui peuvent au moins changer de place tous les jours, lie plus, obsédés de Bauvagesses, qui sont leurs remmes, à ta mode du pays, il u'est point en leur pouvoir d'éviter la malpropreté, qu’elles y portent. C’e.st pourquoi j'avais demandé de loger dans une dé nos teittes sur la prairie ; mais le Major, qui veut aussi m’exercer a.la vertu de ta patience, s’est relusé à la faire dresser; et les puces, et la vermine se sont accordés avec lui à en pousser lesépreuvesjusqu’aa martyre. C'est peut-être pour me purger du mauvais sang, qu’il me fait taire.

Je vous quitte. Comtesse, pour que vous poissiez vous délasser d’une promenade, que je vous ai lait faire en courant, comme je l’ai laite moimcrae, et dont la peinture ne peut, que se ressentir de la hâte, avec laquelle j’ai jeté mes pensées sur le papier. Mais en otoi, vous cherchez un ami, et point un écrivain.

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