‹ La découverte des sources du Mississippi et de la Rivière Sanglante [microforme]Chapitre 27 sur 35 · TR DIRES TRE · texte numérisé non relu

TR DIRES TRE

: ET De. ce SE =, LÉ op ra Em bameen a 2e col PORT

Nous n’avions pas encore remonté la rivière, l’espace de deux miles, qu'ilss’arrétèrent.et $rent une offrande de viande sèche et de tabac à Mici. ki, le Manitou des eaux. C’était un pieu, peint en rouge, planté sous une espèce de Sacellum, comine ceux de l’Antiquité; et la cérémonie n’est pas moderne. Îls furent, cette fois-ci, plus gé. néreux envers leurs Dieux, que les Sauvages ne le sont en pareille circonstance ; il est vrai, qu'il payèrent leur tribut à mes dépens. -

Les fréquens rapides, que nous avions rencontrés pendant cinq ou six milles, et qui nous avaient forcé de marcher toujours dans l’eau et sur des roches pointues et tranchantes, nous avaient beaucoup fatigués, et l'appétit nous invitait aussi a faire une pause. Nous nous arrêtâmes, et après avoir mangé, je m’endormis sous un arbre.

Des coups de fusil me réveillèrent. je me lève, et j'apperçois, de l’autre bord de la rivière. cinq ou six Sauvages, qui avaient mine de vouloir la la passer.. Enme voyant ils semblèrent saisis d’étonnement et de peur, et prirent précipitemment la fuite. Un de nos Sauvages füt blesse. C'étaient les Sioux qui avaient tiré sur eux. J'étais déjà connue parmi les Indiens de cette nation pour le Fonka- Hasnietichomen le Grand Chef qui vient de loin ; et ma haute taille et mon beau cheval m’avaient encore rendu: plus remarquable à leurs yeux, parce qu'ils sont grands admirateurs de ces deux choses. En me revoyant, ils crûrent, que toute l’Expédition était là, et se sauvèrent à la hôte, de crainte même d’être reconnus. C’est la pensée, qui se présenta la première à mes réfléxions ; je la saisis et j'en profitai. Nous sautâmes dans notre canot. je remplis, de tous mes efforts, les fonctions du blessé, qui avait le bras gauche percé d'outre en outre, et l'épaule droite effleurée. La balle n'avait pas touché l'os du bras, et la blessure de l’éprule n'avait offensé, que les tegumens. Le suc de

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Sioux. ] l’eau. l’o était Siou car ils és seul inst:

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terre ; je j'attachai à côté d’e ver sans dormir.

entre mes nuit.

Le len difficulté. endroit, courte. Je je ne les « caution leurs fusi nation, d et où je n

quelques racines, qu’ils firent bouillir, füt le beaume du pansement ; le duvet d’une peau de Cygne, que j'avais achetée à Pembenar, tint lieu de charpie, mon mouchoir de bandage, et de l'écorce d’un arbre, qu’on appelle Owigobinigy, ou boisblaue, lui servit pour mettre son bras en écharpe. Nous navigàmes jusqu’au soir, et ne vimes plus rien.

Mes intrépides champions ne voyaient que Sioux. Le bruit le plus léger du vent, ou de l'eau, l’ombre d’un arbre, ou d’un rocher, tout était Sioux. Je m’apperçus qu’ils complottaient, car ils évitaient mes regards ; je ne doutai pas un seul instant, qu'il ne s’agît de me planter là. Je pris le parti de les faire rembarquer ; il m'était plus facile de les garder, dans le canot. Vers minuit nous nous arrêtâmes. Je n’avais pas beaucoup à craindre de rester sans canot, car j'avais déjà deviné. que leurs projets étaient de continuer leur voyage par terre, en prenant une route qui les conduirait en deux jours au Lac Rouge, tandis qu’il eu fallait plus de six par la Rivière. Cependant je crus ne devoir négliger aucune précaution ; en conséquence. je tirai le canot à terre ; je l’amarrai à un arbre par un corde, dont j'attachai un bout à ma jambe. et je me couchai à côté d’eux, de manière, qu'ils ne pussent se lever sans me réveiller, si jamais je venais à m’endormir. Ces précautions, mon fusil, et mon épée entre mes jambes, les tinrent tranquilles toute la nuit.

Le lendemain matin ils s’embarquèrent sans difficulté. Mais c'était pour atteindre un certain endroit, d'où la traversée par terre était plus courte. Je pouvais leur faire violence, car, certes, je ne les craïgnais pas; j'avais pris même la précaution de mettre de l’eau dans le canon de leurs fusils; mais je n'aurais fait, qu'irriter leur nation, dans des endroits, où elle était despote, et où je n'avais à espérer du secours, que de moi-

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mêmé., et de la Providence. Je les laissai partir. Jls me firent comprendre ce que j'avais déjà compris, qu’ils s’en allaient. Ils m’invitèrent à les suivre, et à laisser le canot, les vivres, et mon bagage, cachés dans les, broussailles, Je fi: mes réflexions: Je me dis: la rivière est mon chemin sûr ; j’ai un canot et des vivres, un fusil, une épée, et de la muuition. D'un autre côté, suivre des barbares. qui ont la lcheté d abandonner un étranger, qui leur a été confié à Pembenar, par leurs intimes connaissances ; qui les a soignés comme des frères, et sauvés des mains de l'ennemi, pansés et aidés charitablement ; m'exposer avec eux dans des forêts inextricables, au milieu de marais et de lacs, abandonner, à la merci de mille accidens, mon bagage, mes vivres, et les présens, indispensables, dans un pays Sauvage. Ma résolution fut bientôt prise, Après leur avoir fait comprendre inutilement, ue les Manitoux, et les hommes les puniraient d’une telle scélératesse, je leur dis et fis signe impérieusemeut de s’en aller.

Je crois, Comtesse, que vous sentez mieux, qu'on ne peut l’exprimer, la situation affreuse, où je me trouvai dans ce moment critique. Moiméme je frissonne, comme vous, toutes les fois que j'y peuse. Heureusement je n’en fus pou épouvanté alors. Malheur à nous si, en pareilles circonstances, le découragement s’empare de

âme !..… | "VA l'indignation, dont naturellement je devais être animé contre ces misérables, succéda le calme le plus parfait ; et je tournai la tragédie en comédie. Je débutai par rire de mon aventure, et commençai à croire, que J'avais eu ah de ne pas ajouter foi à celles, que j'avais lues de Robinson Crusoé. Un bon déjeuner. qui me fortifia l'estomac et l'esprit, fut le second pas dans ma nouvelle carrière ramanesque. Je prépurai, eusuite, mon fusil, pour me défendre eu ças d’at-

taque p Rivière jà si hat méprise!

Cette n’auraie qu'ils se vrages, I ribles; r ver mon dessus d Jamai:

plus fave l'estime « plaisance ue je pu dune. "1 sort... Vo je devins, Il faut } conque :

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la légèreté ment diffic cendais ;

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taque par les ours blancs, qui abondent aur la Rivière Rouge. Pour les Sauvages, j'étais déjà si habitué à les voir, et quelquefois même à les mépriser, que je ue les craiguais aucunement.

Cette solitude, Comtesse, que les romanciers n'auraient pont trouvée aussi douce, que celles qu'ils se plaisent à nous forger dans leurs ouvrages. me frappa d’abord de quelques idées terribles ; mais ce ue fut. peut être, que pour éprouver mon âme, et mon courage, et les élever audessus du vulgaire.

Jamais la Providence ne m'offrît une occasion plus favorable de pouvoir, sans vanité, sentir l'estime de moi-même, et la modestie eut la complaisance de m'en laisser jouir ouvertement, afin que je pusses toujours plus apprendre à en être digue. Mais votre âme est trop agitée sur mon sort... Vous êtes empressée de connaître ce que je devins..... Je vais lever la toile.

Il faut partir, me disais je, d’une manière quelconque : je santai dans mon canot, ct commencai à ramer. Mais je ne connaissais nullement l'art magique de diriger seul un canot, et encore moins un canot d’écorce, dont le courant maîtrise la légèreté, et le rend d’une manœuvre extrêmement difficile. Souvent au lieu de monter, je descendais ; ce qui n’abrégeait pas mon chemin.

De nouveaux efforts me firent perdre l'équilibre; le canot chavira, et Peau y entra en abondance. Toute ma cargaison fut mouillée, Je sautai dans l'eau, le tirai à terre, et le mis en carène. Ensuite je le chargeaï de nouveau, ayant soin de tourner eu dessus la partie mouillée de mes effets, afin que le soleil pôt la sècher, et je repris ma route.

Vous êtes en peine. Comtesse, sur l'embarras, où vous croyez me voir; sur les difficultés, et le manque de ju de continuer. Cependant je prenais tout celatrès philosophiquement, et avec une résignation. qui ne m'est pas très ordinaire, comme vous le pensez fort bien. Je ne cessais

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de rire. Je me mis à l’eau jusqu’à la ceinture, et commençai une promenade d’uu nouveau geure, Je inarchais tout bonnement dans la rivière, et tirais après moi, le canot, par une corde de cuir de Buffaloe, que j'avais attachée à sa proue.

La journée du 15 fut ainsi employée, et je ne m'arrêtai, que le soir. J'aurais du être fatigué : je ne l’étais pas dutout. Je vous laisse à imaginer les pensées, que mon âme passait en revue, peudant que je trainais mon canot, une corde sur l'épaule, une rame à la main, qui me servait de soutien, le dos courbé, la tête baissée, faisant la conversation avec les poissons, traçant des méandres éternels dans la rivière, pour trouver les endroits, où la hauteur de l’eau me permit de

asser.

Je débarquai et cachaï mon canot. J'étais tout mouillé, comme de raison. Je me serais bien allumé du feu, mais les Sauvages m’avaient emporté mon briquet, et je ne pus jamais réussir à en faire avec mou fusil. Je ne pus donc me sècher de toute la nuit, et lorsque le lendemain je repris mon chemin, mes habits ne craignaient point du tout le contact de l’eau, car ils étaient aussi imbibés, que quaud ils en étaient sortis le soir.

La journée du 16 ne fut pas agréable. Un orage, qui commença avant midi, m'accompagna Fan nuit. Néanmoins je ne relachai, qu’un instant pour manger. Je vis l’œuvre de la Provi. deuce dans cette vigueur physique et morale, qui me soutenait dans cette lutte terrible. Le soir je me chauffai à la même cheminée, que la nuit précédente. Ma peau d’ours et ma couverture, qui constituaient tout mon lit, étaient entièrement trempés ; et, ce qui est pire, la moisissure commençait à menacer mes vivres. Je fus presque tenté de croire que ce n’était plus des promenades. mais que je commençais à voyager, et même fort peu à mon aise,

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tude épou fitai. J’é fusil, et m poudre, h boîtes de échappé a

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vais grand voir conti quejelar profonde, des lacs.

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quaud je l mal à pass et ensuite rivière ; m:

je préférais vière me p le temps se je couvris droit au fo curieuse de que J'étais Comme qui pouvai ri aussi, Cd si grotesqu lit était sed qui s’obati m'écorche dormi.

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Dans la matinée du 17. le soleil dorait la solitude épouvantable. qui m’environnait. J’en profitai. J’étendis mes vivres. et mon bagage, mon fusil, et mon épée. Je m'étendis moi-même. La

oudre, heureusement bien enfermée dans des boîtes de ferblanc, était la seule chose, qui eût échappé au contact de l’eau.

La nécessité rend l’homme industrieux. J’avais grandement besoin de le devenir, pour pouvoir continuer ma route. La rivière. à mesure que je la remontais. devenait plus étroite, et plus profonde, comme toutes les rivières, qui sortent des lacs. [Il fallait donc apprendre absolument à conduire le canot avec la rame. C’est ce que j'étudiais sérieusement ; et dans l’après-diner, quaud je levai mon camp. je réussis tant bien que mal à passer d’abord quelques gouffres profonds, et ensuite a parcourir de petites distances de la rivière ; mais j’enudurais une fatigue extrême, et je préférais retourner à ma corde, quand la rivière me permettait de m'y promeser. Comme le temps semblait encore me menacer de la pluie je couvris mes effets de mon parapluie, planté droit au fond de mon canot. C'était une chose curieuse de les voir voyager à la chinoise, tandis que j'étais condamué à voyager à la galérienne.

Comme j'avais besoin de tirer parti de tout ce qui pouvait me faire rire, je riais, et vous eussiez ri aussi, Comtesse, de me voir former un convoi si grotesque. Cette nuit fût moins pénible, mon lit était sec, et sans un millions de maringouins, qui s’obstinaient à me couvrir tout entier, à m'écorcher tout vif, je crois que j'aurais bien dormi. l |

Chaque fois, que je m'éveillais, ma situation s’offrait à mon imagination, sous un aspect affreux ; mais mon âme, au lieu d’être abattue s’élevait davantage ; et ce silence de mort, qui n’était interrompu, que par le chant lugubre des eiseaux nocturnes, et par les hurlemens des ours

et des loups; ces ténèbres, que la lune ne per. çait. dans ces forêts épaisses. que pour mouvoir au tour de moi des images équivoques, au lieu de m'épouvanter, m'environnaient d’un doux pathé. tique. tout à-fait nouveau. Je l'ai vivement senti, mais il m'est impossible de le rendre.

L’Aurore du 18 m'appela à ma liburiique, et je continuai mon chemin. Le Soleil n'était pas à la moitié de son cours, que je me rencontrai avec deux canots d’Indiens.

Seul dans un canot de leur nation, avec trois fusils, car j'étais resté maître des deux de mes Sauvages, j'aurais du appréhender d’exciter leurs soupçons dangereux. Mais, grâce au Ciel,

je ne craïguais rien ; je les appelai avec assurance, tandis.qu’eux, étonné: de ce spectacle tout.à. fait nouveau. s'étaient arrêtés au bord oppusé de la rivière. Ce qui les frappait le plus, c'était mon bagage en palanquin ; ils ne savaient que penser de cette grande peau rouge, (le parapluie.) ui de ce qu'il y avait dessous ; et me voyant

marcher dans l’eau, ils m’avaient peut-être pris pour leur Misciliki. Des Catholiques, à ma tail. le, auraient cru voir notre St. Christophe ; si celui-ci portait l'enfant Jésus, je portais la croix. A la fin ils répondirent, poliment, à mon /Aniscicin- Migy, (bon jour, bons amis,) mais ils ne pouvaient rev’air de leur surprise.

Je leur fis comprendre ce qui m'était arrivé. et qu'il fallait que l’un d’eux vint m’accompaguner jusqu’au Lac Rouge. D'abord ils firent des difficultés immenses ; mais une femme trouvait dé. jà joli le mouchoir qui pendait de ma poche; ‘un jeune Sauvage, celui que j'avais au cou; et un vieux, affublé d’une chétive couverture, qui laissait voir, à travers mille trous, la moitié de son corps, avait déjà jetté des regards de convoitise sur la mienne ; en faisant semblant de chercher

uelque chose dans ma valise, un morceau -d'in- HE me vint à la main, avait fait ouvrir de

grands vres, de leur got tentaiï to vernail « Ce se tes, n’ét:

précieux nuer tot toujours mon âme Sa')s cess chose. qi Il ne me elle se to et d’indé/ ‘ as vu Î: indéper L’indéf les livre que des pris alors heureux, ( d'eux.

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que mon p mais c’éta vivres, J toujours à

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grands yeux à une jeune Sauvagesse, et imes vivres, dont ils avaient déja tâté, avaient excité leur gourmandise et leur appétit. Je les contentai tous ; et le vieux se décida. Il prît le gouvernail de mon embarcation, et nous partîmes.

Ce secuurs me tirait d’une situation, qui, certes, n’était pas flatteuse ; et il m'était d'autant plus précieux, qu'il m’eût été impossible de continuer tout <eul. attendu que la rivière devenait toujours plus profonde. Néanmoins, Comtesse, mon âme, à mesure que j’avançais. était agitée sans cesse, et je la sentais préocupée de quelque chose. qu’elle laissait derrière elle avec regret. Il ne me fût pas difficile de deviner son secret; elle se tournait vers ces quatre jours de solitude et d'indépendance. et se disait à elle-même :« Tu “ as vu la solitude parfaite. tu as goûté la vraie

indépendance. tu ne les retrouveras plus.

L'indépendance. et la solitude, qu’on rève dans

les livres, et chez les peuples policés, ne sont

que des éires vains et chimériques.” Je compris alors pourquoi les Sauvages se croyent plus heureux, que les peuples civilisés, et au-dessus d’eux.

Il'est difficile de trouver un rameur aussi fort que mon Patriarche, et nous allâmes bon train, sans nous arrêter jusqu’au soir. Notre table füt servie de deux canards ; javais du feu alors pour les faire rôtir, et je les tiraiss Quoique mon lit fût dénué de couverture, (le vieux malin ayant laissé dans son canot celle que je lui avais donnée,) néanmoins enveloppé, comme les Sauvages, de ma peau, je me trouvai très bien couché. La nuit, je fus éveillé par ma corde ; je crus d’abord que mon pilote voulait aussi me faire ses adieux ; mais c'était une grosse bête. qui en voulait à mes vivres. Je sors doucement mon fusil. qui était toujours à mes côtés, je la tire, et l’abat.

Mon Sauvage épouvanté du coup se croit attaqué par les Sioux, auquels 1l rêvait peut-être, et

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prend précipitemment la fuite. Je l’apnelle. je cours à lui pour le rassurer; maïs la foret et leg ténèbres le dérobent à ma vue. et me voilà rendu de nouveau à ma solitude, et à mon indépendance. Cependant j'aurais voloutier ri, si le rire eût été de saison.

Je l’attendis en vain le reste de la nuit. Deux coups de fusil, que je tirai de suite l’un après l’autre, ce qui est pour eux un signal d’amitié, le firent revenir avec l’aube du jour.

Nous cherchäâmes la bête, qui apparemment avait encore eu la force de se trainer à quelques pas dans les broussailles ; et des traces de sang nous y conduisirent. C'était un loup. Mon homme se refuse à le dépouiller de sa peau. qui était superbe, et, le regardant d’un air de respect, ilmurmura en lui-même quelques paroles: Comtesse, devinez ? Le loup était son Manitou; il lui exprimait ses regrêts, et lui disait, que ce n'était pas lui qui l’avait tué.

Le 19 mon Mentor voulait me faire la méchanceté de me confier à un autre Sauvage, que nous rencontrâmes. Je fronçai le sourcil. il continua. Nous fimes encore grand chem.., ce jour là; j'y contribuais, autant que je pouvais, de ma rame.

La nuit était venue, et il ne s’arrêtait pas encore. Il me fit comprendre, qu’il voulait absolument arriver. Îl paraissait fort empressé de rejoindre ses canots.

Fatigué, transi d’un froid humide, dont la rosée de la nuit pénètre jusqu’au os, je m’endormis sous ma peau. Un bruit lointain me réveille. Je me trouve seul dans mon canot, au milieu des roseaux. Je tourne la tête, et je vois venir à moi trois ou quatre flambeaux. Mon imagination m'avait transporté d’abord au pays enchanté des Fées, et je m'attendais, sans bouger. à recevoir une visite de ces Dames, ou, comme T'élémauque, sur le rivage de l'Ile de Calypso, à être accueilli

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crites à promena mes et fe lui-ci fut maison ; s’élaucer déchira, « restés er leurs Die Les de tèrent à compagn blant de tacher, a la cabané racité de Je me cot dans cet pouvez | un surcrc cailloux rivière, | les mous La ma chez un / Pemben:

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par les Nymphes. C'était des Sauvagesses, qui venaient prendre mes effets, et me conduire dans leur hutte. Mon Caron, qui, du Purgatoire, m’avait conduit à l'Enfer, les avait appelées, et il était reparti à la hâte, pour retourner à sa famille, qui l’attendait là, où il m'avait trouvé. J'étais au Lac Rouge, à l'endroit marécageux, d’où la rivière sort, à un demi mille d’un camp Sauvage.

Je fus conduis dans une hutte couverte d’écorce d’arbres, comme celles, que je vous ai décrites à l’article Cypr-sais, dans ma quatrième promenade. J'y trouvai quatorze Sauvages, hommes et femmes, dix-neuf chiens, et un loup. Celui-ci fut le premier à faire les honneurs de la maison; mails retenu par son attache, il ne put s'élaucersur moi, comme il l’aurait voulu,et neme déchira, que les pantalons, les seuls,qui m’étaient restés en état de service. Ce loup était un de leurs Dieux Pénates.

Les deux premiers Sauvages, qui se présentèrent à mes yeux, furent mes deux infidèles compagnons de voyage. Je ne fis pas même semblant de les apercevoir. Je priai les femmes d’attacher, aux perches, qui soutiennent la voute, de la cabane, mes vivres, pour les sauver de la voracité des chiens ; et ne pouvant faire autrement je me couchaiï dans un coin, qu’on m'avait assigné dans cette étable immonde ; et, comme vous pouvez le croire, je ne me levai pas seul. C’était un surcroit de blessures sur un corps, que les cailloux pointus. les coquillages tranchans de la rivière, les ronces, les branches, et les roseaux, et les moustiques avaient déjà rendu un Ecce Homo.

La matinée du 20, je demandai à être conduit chez un Bois Brulé. pour qui j'avais une lettre de Pembenar. On me répondit, qu’il demeurait loin, et que le lac était orageux; je ne pus pas même obtenir. qu’on allât le chercher; car c'était le Jour, que toute la hutte devait se consacrer à crier, manger, boire et danser, en commémora-

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tion du mort de la Rivière Cayenne. Je sortis, et j'otfris le seul mouchoir, qui me restait encore, au premier Sauvage, que je rencontrai; il partit,

La cérémonie funèbre n’offrit rien d’extraordinaire, si ce n’est le pillage de mes vivres, pour mieux honorer le héros de la fête. et les convulsions du père et de la mère, calmées par les soufflemens et les exorcismes des prêtres de la Grande Medicine, les blessures aux bras et aux jambes, les contorsions, et les hurlemens de ses parens.

Les Sauvages de cette tribu, forte d’environ 500 âmes, et présidée par un chef, qu’on appèle le Grand Lièvre, Kitci- Wabouse, n’enterrent pas leurs morts. Oules brule, et on en disperse la cendre au vent, pour qu’ils puissent s'élever plus aisément au Ciel; et quand on n’en brulerait, qu'une cuisse, un jambe, ou un pied, ces Sauvages croyent, que tout le corps tout entier va également en paradis. Ils pensent que ce membre ne peut pas rester séparé du reste du corps, et que par sa puissance céleste, il attire à soi tous les autres, qui ne sont, que d’une nature humaine, tant qu’ils restent sur la terre. C’est pourquoi la cérémonie fut si bruyante; ils témoignaient par leurs mugissemens, la douleur, qu’ils ressentaient, de n’avoir aucun membre du mort à bruler.

Une bande, de parens et d'amis, jartit pour s'assurer, si les Sioux n'avaient laissé aucun reste sur le lieu de cette scène tragique, tandis que mon vieux pilote était allé, en héraut d'armes, implorer le secours, et exciter la vengeance de bi Cypowais Sauteurs, dispersés ça et là

ans les forèts,

La doctrine de ces Sauvages est d'autant plus étrange, qu'elle est peut-être unique dans Île monde. Cur ils sembleraient, par là. reconnaître plutôt l'immortalité du corps. que celle de l'âme.

Cepeudant mou Bois Brulé arriva. C'était un

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& trait # Siou “ dete “ lern " coup 66 ne t “ vivre “ (res, # avons “ nous “ Situ ; # nous | “ de tal et je m' que j'y e Sauvage Mon Camp, at pour un Ayant été la nuit 8o gne végé mérveill l’'adorent raient fai fait mode belles pro Nous à 21. Je vi et dans to nce et m:

de ces enfans dispersés par le vice et l’immoralité des traiteurs. Il est fils d’un Canadien, et d’une Sau‘agesse d’une tribu des Cyporvais.

Le Chef me dit alors par l'organe de cet interprête : ‘ Grand Guerrier, mes gens t'ont lais- “ sé, et ont par là excité ta colère; mais ils “ n’ont point eu de mauvaise intention ; ils te cro- “ yent brave, et ils ne peuvent te vouloir du mal. “ Tu as été témoin toi même de l'infraction des “ traités cominise par cette nation d'assassins, (les “ Sioux), mes gens avaient donc un double motif “ detequitter: ils devaient au plutôt venir réveil- “ ler notre vengéance, et le blessé souffrait beau- “ coup. Îls ont pris le chemin le plus court. Nous “ ne l'avons rien offert, parce que tu avais des “ vivres plus qne nous, et meilleurs que les nô- “ tres, et puis tu étais en colère. Nous t'en “ avons mangé un peu aujourd’hui, parce que “ nous en avions besoin, et que tu es généreux. “ Situ as besoin de nous dis-le moi. Fumes avec “ nous le calumet de paix. et donne moi un peu “ de tabac.” Je lui en donnai un peu, je fumai, et je m'en allaï sans rien répondre. Pour peu, que j'y eusse prolongé mon séjour, l’'Hospitalité Sauvage aurait finit par dévorer tous mes vivres.

Mon Bois-Brûlé demeure à 12 milles de ce camp, au Sud du Lac. Le vent était trop fort pour un canot d’écorce, et le Lac trop enfé.

Ayant été ubligés de débarquer, nous passämes la nuit sous une platane. Cet arbre, dans le règne végétal, est peut être une des plus grandes mérveilles du Nouveau-Monde. Les Sauvages l'adorent comme un Manitou, les Anciens en auraïent fait autant, ét moi-même, quoique tout àfait moderne, je l'ai admiré comme une des plus belles productions de la Nature.

Nous arrivmes à sa hutte dans la matinée du 21. Je vis la misère personnifiée dans sa famille, et dans tout ce qui l’eutourait. Une feinme nourrice et manquant de nouriture, fille d'un père.

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qu’elle n’a jamais vu, et cinq enfans nads et malades d’indigence. formaient tout son patrimoine, La pèche incertaine de poissons du Lac, et un peu de maïs, qu'ils mangent eu herbe, sont leurs seuls moyens d’éxistence. Ce sont des êtres, qui ne sont ni civilisés ni sauvages, qui n’ont les ressources ni des uns, ni des autres, et en ont to :8 les défauts. Le pis est, que ce Bois Brûlé a beaucoup de talent naturel, ce qui le rend d’autant plus dangereux à la société. Îl a appris à lire et à écrire, et a reçu cette sorte d'éducation, qui ne fait qu’augmenter la malice innée de l’homme, lorsqu'elle n’est pas accompagnée de l’éducation morale, qui #n est le frein, et corrige l’esprit:et, en etlet, son caractère oblique l’a déjà perdu daus l'esprit des traiteurs, qui l’employaient tour-à-tour ; et ses crimes l'ont fait fuir de Pembenar, où je fus averti. qu'il était encore plus a craindre pour moi, que les Sauvages.

Je vous dis tout celà. Comtesse, parceque vous me reprochez souvent, avec la plus noble amitié, que je suis trop laconique, et afin que ceux de nos amis, qui voudraient se promener comme moi, apprennent combien on rencontre d’adversaires à combattre,

Je m'apperçus immédiatement, que ce beau vers. incidit in Scyllam, cupiens vitare Charybdim, se vérifiait à la lettre en moi, en passant des mains des Sauvages dan: les siennes. Mais pour déjouer ses projets d’avidité,et le mortifier en même temps, en lui faisant voir, que je le connaissais déjà. je partageai volontairement avec lui et sa famille le peu de vivres, qui me restaient, et je fis tout ce que je pus pour soulager l’état d’indigeuce et de saleté, où ils se trouvaient lui, sa femme, et ses enfans ; je le flattai de ma juste reconnaisance.et je lui promis a ds 6 mes bons offices auprès de l'agent, Mr, Tagliafero, pour lui ménager quelque commission avantageuse auprès des Sauvages. Je lui fis entrevoir ensui-

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qu'il m’e semblan rence, d avec ala qui exist en me fa 6 on Rom vière Ro relles n vons par les yeux.

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ie, que tout le monde savait, que je venais me coufier à sa discrétion, et à sa conduite, et qu'au reste, dans l’occasion, je savais montrer les deuts, Tous les non plus ultra, les difficultés immenses, qu’il m'avait d’abord opposées, et que Are fait semblant d'écouter avec la plus grande indifférence, disparurent presqu’entièrement ; il s’offrit avec alacrité à m’aider.à surmonter les obstacles, qui existaient réellement. et scella ses promesses, en me faisant l'honneur de me dire : Vous êtes “6 nn homme du monde.” Mais retournons à la Rivière Rouge, Comtesse ; des distractions naturelles nous en ont éloigné. et d’ailleurs nous l’avous parcourue plus avec l'imagination, qu'avec les yeux.

Elle ne présente aucun irait extraordinaire, excepté des sinuosités si fréquentes, que le Meandre, peut-être, n’en compte pas un plus grand ombre. Elle baigne un pays continuellement plat. et les rapides. que nous avons vus, n’abaissent son niveau, que de la hauteur de ses bords, Après la Rivière Voleuse, aucune autre rivière ne s’yjette. C’est pourquoi, (il est bon de le répéter) la Compagnie Anglaise de la Baie d'Hudson, d’après les théories puisées dans sa charte, avait créé d’autres Rivières Rouges. qui avaient beaucoup plus de tributaires, que celle-ci n’en a.

J squ'’à environ 40 milles du Lac, des forêts impénétrables bordent ses rives; au-dessus, de riautes prairies, et de jolis bosquets, en varient très agréablement l'aspect. Au sortir du Lac, elle coule à travers les roseaux. et le riz sauva-

e. C’est par erreur que les Géographes, sur de vagues informations des FANS ont cru qu'elle prenait sa source dans ce Lac. Nous irons bientôt la chercher plus loin.

Le Lac, par le moyen d’un détroit, se partage eu deux; l’un au N.-Ë, l’autre au S.-O,. Faisons le tour de ce dernier, C’est le plus intéressant.

Il reçoit à l'Ouest, la Rivière des Brochers, (A:

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nougeostby,) et celle de la Grosse Roche, (Kiscia. cinubed ) Au Sud. la Rivière Kahasini-Cague. ou des Gravois, où est la hutte de mon Bois Brulé ; celle de Æiogakague, ou des poissons dorés, et du Mams ou du Grand Portage Au Sud-Est la Rivière des Cormorans, Cacakisciou-Siby. Une grande langue de terre forme à l'E.-N.-E. une presqu'île d'environ 4 milles de long. d'une larne inégale, et qui finit en pointe vers l'Ouest,

n trouve a peu de distance vers le Nord un autre campement de Sauvages. présidé par le Grand Caribou, (Æisci-Adike,) d'environ 300 âmes. Le détroit est situé au N.-N.-E. et une petite île s’élève au milieu de ses eaux, et le partage en deux. Au Nord on trouve une autre langue de terre qui sert aussi a séparer les deux Lacs, et qui s’avance jusqu’au déiroit, et enmmence à l'endroit où nous avons vu sortir la Rivière Rouge. ou pour mieux dire, Sanglante. L'autre Lac reçoit àl’Est la Rivière des Esturgeons, (Æmenikaning.) Par le canal de cette Rivière, et au moyen de deux portages, on peut communiquer avec la Rivière de la Pluie, qui communique avec le Lac Supérieur, au Sud, et avec les eaux de la Baïe d'Hudson, par le Lac des Woods, &c., au Nord. Ce sont les eaux, qui coulent dans le Lac Supérieur de ce côté là, qu’on pourrait regarder comme les sources de la Rivière St. Laurent.

Ces deux Lacs ont environ 160 milles de tour ; et la Rivière Rouge en parcourt environ 450, depuis le Lac jusqu'à Pembenar ; mais, en droite ligne, la distance, presque toute en longitude, n’est À peu-près que de 250.

Qu'il m’en coute, Comtesse, d'écrire tous ces détails! Peut-être autant qu'à vous de les lire, car vous aimez le brillant, comme toutes les femmes d'esprit; mais nos amis Géographes m’accuseraient de négligence, si je les oubliais dans un pays tout-à-fait inconnu, où jamais un Blanc n'a porté ses pas. Nos politiques s’en plaindraient également, surtout nos deux F.....,notre B... et

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notre S......; car ils en ont besoin pour éviter de se tromper daus les fréquens partages, qu'ils font du moude entier. |

Dans une excursion, que je fis au S.-O,, je trouvai huit petits Lacs, sans noms. qui commuuiquent tous ensemble, et dont la Rivière aux Gravois est le débouché. Ces Lacs semblent semés négligemment ça et là par la Nature, au milieu d'u pays tantôt sombre, tantôt riant, entrecoupé de plaines, et de coteuux, et qui offre des paysages enchantés, qui détient le pinceau des Claudes, et des Dejardins. J’ai voulu y passer la ruit pour jouir plus longtems, et à toute heure, des impressions, qu'ils faisaient sur mon âme. Je les ai consacrés à cette famille, à laquelle je suis si liée d'amitié, et je les ai nommés Aléxandre, Lavinius, Avérard, Frederica, Adèle, Magdaleine, Virginie, et Eléonore. La pureté des eaux de ces Lacs était pour moi l’image de celle de leurs âmes, et leur union me rappelait cet amour, qui les lient si tendrement ensemble.

Tous ces pays sont parsemés d’une quantité innombrables d’érables, ou arbres à sucre, que les Sauvages partagent en différentes sucreries. La sève de l'arbre découle par des incisions, que les Sauvages font au printems, au pied du tronc.

Des cuvettes faîtes d'écorce de bouleau la reçoivent. On la dépose dans le laboratoire de chaque sucrerie ; on la fait bouillir dans de grandes chaudières, jusqu’à ce que la partie aqueuse soit évaporée ; la lie descend au fond, et la substance saccarine demeure attachée aux parois du vaisseau ; alors le sucre est fait.

[1 leur est d’une grande ressource. Ils l’échangent pour des articles de première nécessité. Il leur fournit une nourriture excellente et saine, et pris en tisane, ou dans de l’eau pure, il offre un remède efficace pour les maux d'estomac, et la colique. C’est le remède favori de leurs docteurs chasiatans et de leurs prêtres imposteurs ;

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