‹ La découverte des sources du Mississippi et de la Rivière Sanglante [microforme]Chapitre 29 sur 35 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

Des Sources Juliennes du MISSISSIP PL, et de lu RIVIÈRE SANGLANTE, au Lac des Sables.

Du Lac des Sables, le 20 Septembre 1923,

Dans ma dernière lettre, Comtesse, je vous ai laissée aux sources Juliennes de la Rivière Sanglante, et du Mississippi. Nous avons vu la plus grande partie de la première ; suivons maintenant la secorde : j'espère, si le Ciel exauce mes vœux, vous conduire jusqu’à ses embouchures.

Nous serons les seuls, alors, qui l’auront parcourue toute entière.

Les Sousces Juliennes du Mississippi coulent, par une issue étroite de trois milles de cours, dans le Lac de la Tortue. Si je n’avais pas craint d’averturer mon canot à travers les broussailles impénétrables, qui en empêchent le portage, j'en aurais commencé la navigationde l’endroit méme, où elles jaillissent.

Je ne puis me lasser d'examiner, et d'admirer les moindres objets, qui environnent ce lieu. Ce Fleuve Majestueusx, qui embrasse un Monde, qui m git dans ses cataractes, n’est, à ses sources. qu’une Naïade craintive, qui sort furtivement du milieu des roseaux, et des broussailles,

ui obstruent sa marche. Ce Mississippi fameux. dent le cours, dit-on, est de douze cents lieux, et qi voit naviguer dans ses eaux des navires, et es steam-boats, de la grandeur des frégates, n’est

à sa source, qu’un petit ruisseau, d’une eau

crystalline, qui se cache dans les joncs, et le riz Sauvage, qui semblent insulter à sa naissance.

J'y vis une graude lecon pour les Parvenus or-

gueilleux, et l’image de cet esclave de l'Antiquité.

qui, placé sur le char du triomphateur, lui répétait

mêmes, établisser per leur c devienne et des fais

quantité ; baies, qu’ les y form Partant d du Missis court, l’e

à l’ore to.” 1] des m les ea frarpé.

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nom de l'ont do grosseu vèrent, | de tout cieux, e pendant Jamai phes, ni écrit sou ges débit cacher 1] Vous n’e sur ses di questions matie re ne troubl mé: ges.

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Ce Lac

à l'oreille ‘ Respice post te, et homimem esse memento.” Enfin mou imagination, qui se figurait y voir des montagnes escarpées verser à grands flots les eaux de cette rivière souveraine, demeura

SALRSS D TU

sé fra: pée d'étonnement de n’y trouver, qu’un pays , plat éternel, et flottant sur l’eau.

Le Lac de la Tortue. que les Sauvages appellent /Mikinakora-guay-guen, n’a point reçu son nom de sa forme, comme les Géographes nous

ai l’ont donné à croire ; mais d’une Tortue, d’une in. Æ grosseur extraordinaire, que le- Sauvages y troulus vèrent, il y a environ cent ans, qu’ils nourissaient te- de tout ce qu’ils pouvaient lui offir de plus délines cieux, et que, telsqueles Égyptiens, ils adorèrent res. pendant longtems, comme un grand /Manitou. ou- Jamais ni voyageur, ni missionaire, ni géographes, ni faiseur d’expéditions n’a vu ce Lac. On ent, À écrit souvent des contes. que les Peuples Rou-

lans M ges débitent ou pour tromper les Blancs, ou pour aint Æ cacher leurs croyances, ou leurs faiblesses. illes À Vous n’entendez jamais un Sauvage discourir j'en À surses dieux, ni sur le culte, qu'il leur rend. Les éme, M questions théologiques, les prétentions de primatie religieuse, le despotisme de l'intolérance ne troublent pas un instant leur société, ni leurs méniges. Chacun va dans le Paradis, qu'il se crée, par la voie, que sa conscience, ou son instinct, lui montre. Les Sauvages m'ont avoué euxmêmes, que, souvent, quand ils descendent aux établissemens des traiteurs, ils s’amusent à tromper leur crédulité par une quantité de fables, qui deviennent ensuite les oracles des Géographes, et des faiseurs de livres.

Ce Lac ressemble assez à un labyrinthe. La quantité prodigieuse de détroits, et de petites baies, qu'un grand nombre d'îles, et de péninsules y forment, le rend presque inextricable, En partant du point Nord, où les sources Juliennes du Mississippi entrent dans le lac, on le parcourt, l’espace de deux milles, directement au

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Sud. On tourne à l'Est, à travers un détroit. formé | técbb q par une île, et une langue de terre. On reprend A eng au Sud ; ensuite à l’Oùest, en doublant toujours dés ons des caps, et des promontoires; et enfin on arrive t rébegal vers le S. S..E., là. où le Mississippi reprend son pr fé à cours. Ce lac, eu y comprenant toutes ses baies né etai nombreuses, a, peut-être, plus de cent milles de u moins tour. [Îl n’a d’autres issues, que l’entrée, et la fi sortie du Missi:sippi. Cependant le volume d’eau M iR où de ce fleuve. à l’endroit méme. où il sort du lac, d oral est si considérable, qu’il offre déjà une vavigation ap all sûre à des grands bateaux ; ce qui me fait croire, Dei .. que ce lac est entretenu aussi par des sources p mt à

souterraines; et, en effet, le pays, qui l'entoure, est tout tremblant, pour me servir du térme, vraiment expressif. des Indiens. On marche dans ce pays-ci toujours sur l’eau, comme dans le pays de Naples toujours sur le feu: mais le premier de ces deux phénomènes est beaucoup plus étonnant que le second, car il est de la nature du feu de monter par tout, surtout lorsque sa force

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variés ; m:

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est expensive; mais on ne peut aucunement con- à} pau cevoir, comment une si grande quantité d’eau be von peut imbiber toutes ces terres si élevées, et que & Fe qui rien ne surmonte. On à Le Mississippi tourne presqu'aussitôt à l'Est, D." déba milles ; ma

ensuite au N.-E, par où il entre dans un joli lac, que Je me suis permis de consacrer à votre nom,

gage, pend tâmes, que

en l'appelant Jeromine. Il en sort à l'E. SE. et, | aprés sept à huit milles, il en traverse un autre, que j'ai nommé /Monteleone, pour célébrer la mémoire de ce personnage illustre, et lui offrir un souvenir de reconnaissance pour l’amitié, dont il m'a honoré, et dont la mort seule pouvait me priver. Îl continue dans la même direction, en-

verse une f

9 milles, da jiravers un Joncs, et de nouveau au du lac de 1 tt peu s’en nous. Un o

viron une quinzaine de milles; il fait une pointe vers l'Est, et se dirige vers le $.-O., l’espace de quinze autres milles. jusqu’au confluent de la riviere, que les Sauvages appèlent Sciasaiaguay- Sibi, ou des Hérons, de la quantité de ces oi-

seaux, qui l’habitent ; elle coule du côté du N.-O. J'y Mir la nuit du 2 du courant.

on Sauvage, qui avait chassé dans tous ces déserts, me dit que cette rivière était charmante, et que. par ce chemin, et au moyen d’un portage, on pourrait revenir au lac de la Tortue, gagnant au moins 20 milles. Îl me flatta, enfin, qu’en la remontant en silence, nous pourrions trouver des ours, dont ses bords, pleins de fruits sauvages,

1 abondent. et les tirer du canot. Je me décidai

donc,à aller reconnaître ce racourci, et nous partimes le 3 au matin.

Cette rivière est vraiment une pierre de touche pour les âmes sensibles. Elle traverse une quantité de petits bassins, les plus rians, et les plus variés ; mais ce qui frappe principalement, c’est la beauté du lac, d'où elle sort. C’est un des plus charmans séjours de la Nature. Il est formé de deux bassins. Le premier, où l’on entre à l'Ouest, est en forme d’amphithéâtre. On franchit ensuite un petit détroit, au Nord, et l’œil découvre, dans l’autre bassin, une ellipse, ou un cirque. Ses bords sont imposans, par la majesté des arbres touffus, qui le couronnent. Je l’ai appelé Torrigiant.

On débarque au Nord, on fait un portage de 4 milles ; mais nous laissâmes là notre petit bagage, pendu à des arbres, et nous ne transpor-

Ltâmes, que nos armes et notre canot. On tra- Averse une forêt sombre, et riche en martres, et

la fin du portage aboutit à un autre lac, en forme de demi-cercle, que j’ai nommé Antoneli. Nous le traversèmes du Sud au Nord, l’espace de 4 ou 5 milles, dans sa largeur ; et, passant ensuite à travers un petit débouché, tout emcombré de

joncs, et de riz sauvage, nous nous trouvâmes de

nouveau au Mississippi, là, précisément, où il sort

Alu lac de la Tortue. Nous y passâmes la nuit,

et peu s’en fallut, qu'elle ne fut la dernière pour

nous. Un orage terrible que nous écraser sous Hh

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les arbres, qu'il abattait comme des tulipes, et déracinait comme des carottes. À peine eûmesnous le tems de nous sauver, avec le canot, au milieu d’une prairie, que nous trouvâmes, comme ar miracle dans ces forêts. Si nous perdions À cauot, nous étions, on peut dire, perdus nousmêmes.

L'endroit d’où nous nous étions sauvés le soir, était tout jonché, le matin, d'arbres de haute fu-

taie. La forêt du portage. que nous traversâmes À de nouveau en était pareïllement toute emcom. !

brée, et l’eau limpide et tranquille de ces lacs était devenu trouble et agitée.

cause, ou l'effet d’une convulsion de la Terre, Mais sur ce pays tremblant, avec un ouragan qu faisait tout trembler, on ne pouvait guères

istinguer un tremblement de terre. Mon Sauvage, pour nous sècher plutôt, avait allumé du feu sous un tas d’arbres, qui s'étaient croisés les uus sur les autres, en tombant. Nous eûmes bientôt un feu de joie, qui embrasait une partie de la forêt, et qui brule, peut-être, encore.

Près du Lac Torrigiani, sur la droite, en reve- À

nant sur nos pas, mon Sauvage satisfit ma curio-

sité sur un objet, qui l’avait excité depuis fort !

longtems.

Il est difficile, qu'un voyageur publie ses vo-

yages, sans parler du Castor, quand même il n’aurait voyagé. qu’en Afrique, où il n’y en a pas. Je voudrais éviter des répétitions, mais je ne me rappèle aucunement ce que ces Messieurs en ont écrit, chacun en particulier, pas mème Buffon de son cabinet.

tesse, ce que j’ai vu moi-même sur les lieux, et ce que ls appris touchant cet animal étonnant. Si j'en dis les mêmes choses, que les autres, celà servira à vous confirmer d’avantage dans ce que «ous en saviez déjà ; s’il y a du nouveau vous me saurez gré d’avoir ajouté à vos connaissances.

Cette épouvan. À table convulsion du Ciel était, peut-être, ou la À

Je vous communiquerai, Com:-|

Du côt. lacune pe cadé l’em qu'un rég faire ; l’ea bâtis leur

1 vent que c ment, ils n Les piet d’arbres, c 1 et d’une lo ble comme porter des étonnant, c arbres ab:

mais ils le ceux qui le tisse.

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Tandis q rongent de autre se tie tit, ou d’un

du côté de l'eau, pour

1 même côté.

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Du côté de l’Ouest, on voit descendre dans le lacune petite rivière. Les castors en ont baricadé l'embouchure au moyen d’une chaussée, qu'un régiment d'ingénieurs n'aurait pu mieux faire ; l’eau reflue, et forme un étang. où ils ont bâtis leur quartier. [l faut observer qu’ils savent que cette rivière ne tarit jamais ; car, autrement, ils ne l’auraient pas choisie.

Les pieux plantés dans la terre, et les troncs d’arbres, qui les traversent, sont d’une grosseur, et d’une longueur considérables. Il est incroyable comment de si petits animaux peuvent transporter des pièces si énormes ; mais ce qui est plus étonnant, c’est qu’ils ne se servent jamais des arbres abattus par le vent, ou par les hommes, mais ils les choisissent eux-mêmes, et coupent ceux qui leur semblent plus utiles pour leur bâtisse.

Ils les coupent toujours sur les bords des Lacs, ou des grandes Rivières, pour les transporter plus aisément au moyen du flottage.

Tandis que cinq. ou six d’entr'eux coupent, ou rongent de leurs dents, le pied de l'arbre, un autre se tient au milieu de la Rivière, et les avertit, ou d’un sifflement, ou en frappant de sa queue sur l’eau, quand il en voit pencher la cîme, pour 4 Jun tout en continuant à travailler, ils y mettent

e la précaution, et se tiennent sur leurs gardes, Notez, Comtesse, qu’ils ne rongent jamais l’arbre du côté de la terre, mais toujours du côté de l’eau, pour qu'il ait absolument à tomber de ce 1 même côté.

Toute la tribu alors réunit ses efforts, et le flntte à l'endroit désigné. Là, de leurs dents. ils éguisent les pieux ; de leurs griffes, ils font des trous profonds dans la terre, et, de leurs pattes, lea plantent, et les enfoncent. Ils mettent des branches d'arbre à travers contre ces pieux; ils en bouchent ensuite les insterstices avec du mortier, que les uns préparent, pendant que les au-

tres coupent les arbres, ou sont occupés à d’autres travaux ; car la tâche est distribuée de manière, qu'aucun d’eux ne demeure oisif. Ce mortier devient plus dur, et plus solide, que le meilleur ciment connu chez les Romains.

Quand la chaussée est achevée, et qu'ils l'ont éprouvée, pour savoir si elle répond à leurs fins, ils pratiquent, en bas de la même, une ouverture, en guise d’écluse, qu'ils ouvrent, et qu’ils ferment au besoin, pour laisser encore couler la rivière ; etils commencent à bâtir leur maison au milieu du terrain, destiné à former l'étang. Jamais ils ne bâtissent la maison avant la chaussée, de crainte que celle-ci ne réussisse pas à leur gré, et qu’ils ne perdent ainsi leur tems, et leurs peines.

Leur maison, bâtie également en bois, et en mortier, est de deux étages, et double. Elle est longue, en proportion du nombre de la Tribu, qui doit l’habiter.

Le premier étage leur sert en commun, de ma- |

gen à vivres, et demeure sous l’eau ; le second

eur sert de chambres à coucher, où chaque fa. |

mille à son appartement ; et il est hors de l’eau.

Sous les fondemens de la maison, ils pratiquent une quantité d’issues, au moyen desquelles ils entrent, et ils sortent sous terre, sans être ap-

perçus, pas même du Sauvage le plus vigilant ; |

elles aboutissent toutes loin de la inaison, et à la

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