partie du terrain, qui forme l'étang, ou aux Lacs
aux rivières, près desquels ordinairement ils s’établissent, pour avoir le choix de prendre cette
direction, qui leur est plus commode, ou moins |
dangereuse, dans les différens incidens de leur vie.
Les Castors sont distribués en tribus, et, parfois, en petites bandes seulement, dont chacune a son chef : et l’ordre. et la discipline y régnent, beaucoup mieux, peut-être, que parmi les Sauvages, et, mème, parmi les Nations civilisées.
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Leurs magasins sont toujours, sans faute, approvisiouués en Eté, et aucun n’y touche, avant que la disette de l’'Hyver ne se fasse sentir; à moins, que des circonstances extraordinairesn’en fassent sentir une nécessité absolue; mais jamais, dans aucun cas, aucun n’y entre, sans: l’autorisatiou. et sans la présence du chef. %eurs vivres consistent, en général, en écorces d’arbres, principalement de saules, et de tous les arbres, qui appartiennent à la famille du peuplier. Quelquefois, lorsque l’écorce ne se trouve pas en quantité suffisante, ils en ramassent aussi le bois, et, dans ce cas, ils le coupent en morceaux avec leurs dents.
Chaque tribu a son territoire. Si quelqu’étranger est surpris en maraude, il est traduit devant le chef, qui, à la première fois, le chatie, ad-correctionem, et la seconde le prive de sa queue; ce qui est la plus grande disgrâce, qui puisse arriver à un Castor ; car la queue est la charrette, sur laquelle ils transportent les pierres, où il en faut. le mortier, les vivres &c., et elle est aussi la truelle, dont elle représente précisément la forme, dont il se sert pour bâtir. Cet attentat à leur droit des gens est considéré, parmi eux, comme un si grand outrage, que toute la tribu du mutilé prend fait et cause pour lui, et part immédiatement pour en aller tirer vengeance.
Dans cette lutte, le parti vainqueur, usant du droit de la guerre, chasse le vaincu de son quartier ; s’en empare; y place une garnison provisoire, et finalement y établit une colonie de jeunes Castors. À ce propos; une autre particularité de ces animaux admirables ne vous paraîtra pas moins étonnante.
La femelle du Castor met bas, ordinairement.
dans le mois d'Avril, et elle fait jusqu'à quatre petits. Elle les nourrit, et les instruit soigneusement, pendant un année, c’est-à-dire, jusqu’à ce que la famille soit à la veille de prendre un
nouvel accroissement, et alors ces jeunes Cas. tors, obligés de céder la place, bâtissent une nouvelle loge à côté de la maison paternelle, s'ils ne sont pas en grand nombre, autrement ils sont obligés d’aller, avec d’autres, former ailleurs une autre tribu, un autre établissement. Si, donc, dans ce temps, l'ennemi est chassé de son quartier, les vainqueurs y installent leurs petits de l’année, s’ils sont déjà en état d’êtré émancipés, c’est-à-dire, de se gouverner, d’eux-mêmes.
Les Sauvages m'ont raconté, d’une manière positive, un autre trait de ces animaux, mais il est si extraordinaire, que je vous laisse libre d’y croire, ou de le rejeter.
Ils prétendent, et il y en a qui soutient en avoir été témoin oculaire, que les deux chefs de deux Tribus belligérantes, vident quelquefois la
uerelle, par un combat singulier, en présence sn deux armées ennemies, comme les peup'es du Médiève, ou trois contre trois, comme les Horaces et les Curiaces de de l'Antiquité.
Les Castors se marient, et la mort seule les sépare. Îls puuissent sérieusement les infidélités de leurs fémelles. jusqu’à les tuer.
Quand ils sont malades, ils sont soignés entre eux attentivement. Les malades ont aussi leurs cris plaintifs, comme les hommes. Les Sauvages les chassent de la même manière, que vous les avez vus chasser le rat musqué, dans notre sixième promenade. Le rat musqué est un castor de second ordre. Îlen a la Tours en petit, et plusieurs de ses qualités, quoique son poil soit beaucoup inférieur en beauté, et en finesse. De plus en hiver les Sauvages font des trous dans la glace, qui couvre les étangs, qui environnent la maison des castors; ils les guëétent au moment qu'ils sortent leur tête pour prendre l'air, et les tirent. e
Le Grand Lièvre, au Lac Rouge, voulut me faire croire, qu'étant survenu à une bataille, que
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deux tribus de Castor venaient de se livrer, il en avait trouvé sur le terrain une quinzaine, ou morts, ou expirans; et d’autres Sauvages, et Sioux et Cypowas, m'ont également assuré en avoir fait quelquefois une très boune prise dans la même circonstance. ÏÎl est vrai, que quelque- ) M fois ils en prennent sans queue: J’en ai vu moi- * D) même. Enfin ces animaux sont si extraordinaires, 2 aux yeux mêmes des Sauvages, qu'ils les supy 1 posent des hommes,devenus castors, par la transfiguration ; et, en les tuant, ils croyent leur ren- “ dre un très grand service ; car ils disent, qu’ils | M les rendent à leur premier état. Voilà encore | M une doctrine, Comtesse. qui doit mettre dans un
A nouvel embarras ce::x qui veulent ériger en sys- ) M] tême la religion de ces peuples. Mais il est à tems que nous retournions au Mississippi.
Nous le rejoignimes le soir du 3, à l'endroit, où nous l’avions quitté la veille, et nous y passâmes de nouveau la nuit. Nos Dieux Lares semblaient nous attendre, car le feu de l’avant-dernière nuit y était encore allumé.
Le 4, nous levâmes fort matin notre camp; et nous arrivâmes le soir au Lac du Cèdre Rouge, ainsi appellé à cause de la quantité de ces beaux arbres, dont le feuillage. d’un vert sombre, om- | brage ses îles. et ses bords.
: Le Mississippi. depuis l'embouchure de la Ri- A vière les Hérons, n’en reçoit aucune autre ; mais A il pass®, pour ainsi dire, toujours au milieu de M l'eau, car tous ses bords sont noyés et tremblants,
quoique variés de prairies, et de forêts. Son lit est toujours très profond; son cours doux, et uni. Îl traverse, ou forme quatre superbes lacs, dont le plus grand a sept milles de tour environ, et le plus petitquatre. Jelesaiappellés les lacs de la Providence, à cause des champs de riz sauvage, 4 qu'elle y a formés. et dont les épis sont comme
- ceux de la Terre Promise, En sortant par le
détroit du dernier, le fleuve entre dans le lac du
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Cèdre Rouge, vers le Sud, et il en sort sur la gauche, vers l’E.-N.-E., dans le fond d’une baie, formée par une langue de terre, qui s’avance dans le lac vers le S.-S.-E. Sur la droite de l'entrée. un accident fortuit nous fit découvrir un Echodes plus étonnans, et peut-être unique. Il était nuit. Mon Sauvage, et mou Bois-Brulés faisaient les cris d’usage pour découvrir le camp volant des Sauvages, qui habitent ce lac. Leur voix se répétait mille fois, en s’éloignant petit à petit dans les forêts,et ne cessait, qu’aprèss’être perdue dans le lointain. Ce lac est le non plus ultra de toutes les découvertes, qui ont été tentées avant moi, dans ces régions. Aucun voyageur, aucune Expédition, aucun explorateur, ni Européen, ni Américain, n’a passé plus loin; et c’est à ce lac, où Mr. Schoolcraft fixa les sources du Mississippi en 1819. Pour mie:1x célébrer cette heureuse découverte, cette époque glorieuse, il le rebaptisa, et l’appella Lac Cassina, du nom du Mr. Cass, Gouverneur du Territoire Michigan, qui était à la tête de l’Expédition. Mr. Schoolcraft en était l’historiographe.
Les Géographes, qui avaient déjà compris ce lac dans leurs Cartes, pourraient protester contre cette usurpation; car il a enfreint le droit,
u’ils avaient acquis de l’appeller Red Cedar Lake, ou, Le Lac du Cèdre Rouge, nom depuis long-tems consacré par l'usage; et tnveterala consuetudo pro lege custoditur.
Vous me direz peut-être, Comtesse, que j'en ai aussi baptisé une bonne quantité. Ilest vrai, mais mes lacs sont de vrais cathécumènes. Ils étaient non seulement étrangers à toute Carte, mais inconnus même au monde entier; et j'espère, que, dans mes inaugurations, la Flatterie n’entre pour rien, car je n’y consacre, que de la vénération pour des morts, et de l’amitié pour des vivans. Ce Lac est aussi un grand lac, si l'on comprend dans son étendue celle de deux autres, auxquels
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il communique, à l'Ouest, et au Sud. par le moyen de deux détroits. Des îles l’interceptent, et elles sont immenses, quoique elles aient paru petites à l'œil de l’observateur, qui n’a fait qu’entrer un moment dans son premier bassin, déjeuner, et s’en retourner, par le même chemin par où il était venu; satisfait de pouvoir dire aussi, 7’y fus, et d’en avoir fait faire le portrait en miniature. Mais si on le parcourt un peu, on est surpris d’y découvrir une vaste étendue d’eau, où vous reconnaissez toujours plus évidemment, que, dans ces pays, plus qu’ailleur:, cet élement couvre plus de deux tiers de la terre; et on ne peut s'empêcher d’y admirer des sites vraiment pittoresques, et enchanteurs.
Des baies, et des promontoires varient la figure du premier bassin, et quatre îles le partagent en plusieurs bras. Une de ces îles est d'environ 25 milles en circonférence, et habitée par une centaine de Sauvages Cypowais. D’après l’opinion même de ces Sauvages, on peut donner à ce bassin presque 80 milles de tour, Celui, qui s’y joint au Sud, d’une forme ovale, et lugubrement entouré de pins, et de cyprès. est d'environ 8 milles de circuit. Le troisième, à l’Uuest, presque triangulaire, surmonté de deux îles, n’a guerés moins de 35 milles de périmôtre. Au fond de ce dernier, à l’O.-N.-0., se trouve l'entrée d’une rivière assez considérable, que les Sauvages appèlent Demizimaguamaguen-Sibr, ou la rivière du lac Travers. Elle sort du lac, second de ce nom, 20 milles au-dessus de son embouchure, vers le N.-O. Ce lac communique vers Ouest, par une petite issue de deux ou trois milles, à uu autre lac, que les Sauvages appèlent Moscosaguaiguen, ou lac de la Biche, qui ue reçoit aucun tributaire, et parait puiser aussi ses eaux dans le sea de la Terre. C'est là, à mon avis, qu’on peut fixer les sources occidentales du Mississippi.
Les sources Juliennes, ou Septentrionales du Mississippi sont à 100 milles euvirou du lac du Cèdre Rouge ; c’est à dire 100 milles au-dessus de celles fixées par Mr. Schoolcratt ; et les sources de la Biche, ou occidentales, en sont, je crois, à 40 milles. Reprenons le cours du fleuve,
A la sortie du lac du Cèdre Rouge il tourne à l'Est, et continue dans la même direction jusqu’au lac Winepec, qui a environ 50 milles de tour. Il le traverse, et en sort vers l’'E.-S.-E. A quelque distance de là, il forme un petit lac de 4 ou 5 milles de tour, et à 25 ou 3) milles plus loin, descendant toujours vers l’E.-S.-E, il reçoit à droite la rivière de la Saugsue, Cazagaguagine- Sibi, qui est la première rivière tributaire, qu’on trouve au-dessous du lac du Cèdre Rouge, pendant l’e-pace d’environ 70 milles.
Sa profondeur et sa marche sont toujours les mêmes, et on pourrait dire, que ces pays le baignent, plutôt qu'il ne baigne ces pays, car de quelque part qu’on se tourue, vers ses bords, on ne voit que de l’eau et des terres tremblantes. Daus la nuit du 6, afin d'éviter le contact de l’eau, je m'étais construit un triple plancher de branches d’arbres, sur lequel j'avais étendu ma peau d’ours. Malgré ces précautions. je ne pus me garantir des jets d’eau. qui jaillissaient de dessous moi; et chaque fois. que je me tournais je me sentais bercer, ou je flottais, en quelque sorte, comme un autre Apollou dans l’Île de Delos.
En lisant ces pages, Comtesse, votre amitié s’allarme à chaque feuille. que vous tournez. Vous craignez de me voir succomber aux fatigues d’un genre de vie, sinouveau. Rassurezvous, cependant, car je n’ai pas même éprouvé un mal de tête, quoique tous les matins je me trouve aussi mouillé par la rosée, qui tombe du Ciel, que par l’eau qui jaillit de la Terre; quoiqu’exposé toujours à la belle étoile, je sois entièrement en butte, et à l’inclémence du tems, et
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aux assauts des moustiques, des taons, des four- QUIL M mis. des reptiles, &c.; quoique mon fusil seul a MN serve à appaiser ma faim. les rivières ma soif; quoiqu’enfin je sois environné de toute sorte de misère. Jugez par là. Comtesse, à quelle élévation ces pays se trouvent pour que l’air soit as- ul sez pur, et élastique. pour pouvoir me donner la hf force, et la vigueur de résister contre tant d’incommodité. et de dangers.
La nuit du 7 je couchai à l'embouchure de cette même rivière de la Sangsue. Le lac d’où elle sort est une nouvelle Colchide, où un autre Jason, trouva aussi la Toison d'Or. Il excita ma curiosité, et je me décidai à y aller.
Nous arrivâmes la soirée du # au lac Sogah k 1 | ou Vaseux. Il est aussi, comme ceux de a rovidence, tout couvert de riz sauvage. Une s seule rivière se jette dans celle de la Sangsue, l- avant d'arriver au lac. Les Sauvages l’appèlent e Bagatwa-Sibi, ou du Hibou; elle descend du n M Nord. Par cette rivière, et au moyen de quel- M ques portages, on peut aussi monter au lac du
èdre Rouge.
Le 9 nous arrivâmes au lac de la Sangsue, Kazagasquagime-guen, et à l'Île de Macuwa, ou de x l'Ours où nous trouvâmes campée une grande #1 bande de Cypowais Pilleurs, ainsi appelés, par- A cequ'ils pillèrent et massacrèrent les premiers Canadiens, qui poussèrent leur commerce jusques
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