‹ La déesseChapitre 13 sur 52 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

NADJA, et plusieurs prêtres, qui la précédent.

ZILIA, qui, effrayée, se réfugie dans un coin.

nadja, entre vivement sur les premières mesures

de l'ouverture du Dieu et la Bayadère.

Air- : Ouverture de la Bayadère.

ENSEMBLE, avec fores.

NADJA.

Contre mon désir Oser me retenir !

CHOEUR

Oui, c'est à frémir Comment la retenir ?

CHŒUR, à demi voix.

Ah ! désarme-la Brama, Brama, Brama, Ah!

nadja , d'un air menaçant.

Oui! oui!... tremblez tous, Craignez les coups De mon courroux !

CHOEUR, se parlant à demi voix.

Ah ! j'en perdrai la raison (S'adressant à Nadja.) Pardon !

Pardon !

Pardon !

NADJA.

Non!

Qu'est-ce que cela signifie? toujours des hymnes et de l'encens qui m'ennuient ! Toujours renfermée sous cette voûte dorée qui me pèse, je n'en veux plus. Je veux jouir de l'air, de la verdure, de ce ciel dont je suis descendue. Dites à Trincoli, mon grand prêtre, que le premier qui s'opposera à mes volontés aura à s'en repentir! et pour vous apprendre, si vous l'ignorez, l'ennui de rester toujours en place, je devrais vous changer tous en arbres ou en rochers. (Les prêtres tombent tous à genoux la face contre terre. Souriant avec bonté.) Allons... rassurez-vous? Je suis bonne... et je vous laisse encore en hommes, pour cette fois... mais que cela ne vous arrive plus! Retirez-vous? (Tous les prêtres se précipitent vivement par toutes les portes, en un instant le théâtre est vide.) Quel bonheur., je respire, me voilà libre!. .sans cela le bel avantage d'être fille de Brama ! Immortelle, me répète le grand-prêtre... Immortelle, à quoi cela sert-il ? si l'on change de forme et si l'on ou-

biie! car il a beau me !e jurer... je ne me rappelle pas du tout avoir été singe vert !... Singe vert, c'est humiliant!... C'est bien assez d'avoir ici son portrait. (Étendant la main et d'une voix solennelle.)]^ ne veuxplusicibas de singes verts., que ce soit bien entendu! (Reprenant son ton naturel.) Là... c'est fini... il n'y en a plus! et au fait, pour leur utilité en ce monde... j'ai aussi bien fait de les supprimer! (Elle fait quelques pas et s'avance vers Zilia, qui depuis l'entrée de Nadja est restée à genoux et le front courbé.)

ZILIA

Grâce, déesse, grâce!... la peur d'être changée en rocher m'a ôté la force de m'enfuir!

NADJA.

Relève-toi et sois sans crainte!... Qui es-tu, jeune fille?

zilia, à part, avec élonnement.

Elle ne le sait pas... elle qui sait tout!

NADIA

Qui es-tu'/

ZILIA

La nièce de Trincoli... votre grand prêlre!

NADJA.

C'est vrai! il m'a priée de t' apparaître aujour- , d'hui.

zilia, courbant la tête.

Et je viens, déesse, vous demander votre sainte bénédiction.

nadja, étendant le bras comme potir bénir Zilia qui est penchée.) Allons!... Tiens, tu as un joli collier?

ZILIA

Vous trouvez?... Daignerez-vous m'accorder?

Ma bénédiction... je te la donne ! tu me donneras ton collier, n'est-ce pas?

ZILIA

Ah ! de grand Cœur ! (A part.) C'est drôle! au temple il faut toujours donner quelque chose. nadja, ôtant le sien.

Moi, en échange, je te donnerai celui-là...

ZILIA

Oh! qu'il est beau!

NADJA.

Je ne trouve pas ! il y a si longtemps que je l'ai!., comment lesporte-t-on dans l'île?

ZILIA

Autrefois on en faisait avec du corail, des perles ou de l'or, mais l'or est si commun à Eldorado. Maintenant, on porte généralement des fruits, des graines du staphyléa.

NADJA.

Ce doit être gentil !

ZILIA

Ça ne va pas mal... surtout avec des robes blanches... un peu ëchancrées '

NADJA.

Je n'aime pas les robes blanches... j'en ai toujours!

zilia, la regardant. Elles vous vont bien cependant...

NADJA.

Tu trouves ? (Regardant la robe de Nadja.) Qu'est-ce que c'est que cette étoffe-là ?

ZILIA

De la fibre de palmier Siboa... c'est très bien porlé aujourd'hui ! et c'est ma plus belle robe... mais c'est tout simple... quand on se marie!..

NADJA.

C'est vrai !.. tu vas te marier, et à cette occasion ton oncle m'a supplié de te faire un discours...

zilia, se courbant.

Oui, déesse!..

NADJA.

Pour te tracei tes devoirs!

zilia, à part.

C'est égal... je commence à ne plus avoirpeur... elle est tout à fait bonne fille.

nadja, à part, et cherchant.

A peine si je me rappelle tout ce qu'il m'a dit... c'était si long... (Se rappelant.) Ah! m'y voici! (A voix haute et gravement.) Mon enfant... songez à la gravité de l'acte que vous allez... (S'interrompant et d'un ton familier.) Ton futur est-il joli garçon?

ZILJA.

Oui, déesse! je ne l'aurais pas choisi autrement.

nadja, reprenant son discours.

Songez à la gravité de l'acte que vous allez accomplir!., ce ne sont pas les frivoles avantages de la figure...

zilia, à part.

Ah ça! mais elle se contredit.

NADJA.

Qui doivent vous déterminer... (S'inierrompant.) Te plaît-il ?

ZILIA

C'est selon !

NADJA.

Comment ?

ZILIA

Et c'est là-dessus que je voudrais vous consulter.

NADJA.

Très volontiers. (S'asseyant et faisant signe à Zilia de s'asseoir près d'elle.) Mets-toi là?

ZILIA

Moi!.. 6 déesse, je n'oserai jamais!

nadja, avec impatience.

Mets-toi là, te dis-je! je le veux !.. ou sinon!..

zilia, s'asseyant vivement.

.M'y voici!.. (A pari.) 0 Brama! quel honneur!.. et si mon oncle me voyait...

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