‹ La défection de Marmont en 1814Chapitre 12 sur 35 · LE DUC DE RAGUSE COMPTABLE · texte numérisé non relu

LE DUC DE RAGUSE COMPTABLE

Nous avons dit que le duc de Raguso a été souvent en butte aux soupçons , dans les occasions qu’il a eu d’administrer dos deniers publics. Il n’en était pas ainsi , hâtons-nous de le reconnaître, parce qu’on mettait en doute sa probité; on ne songeait pas à pousser jusque-là les soupçons. Mais livré aux plaisirs, au luxe, aux dissipations d’une vie fastueuse , il était toujours en proie à des embarras, à dos besoins financiers ; il semblait que lo désordre fut inhérent à sa personne. C’est pour cette raison seulement qu’il ne pouvait pas toujours rendre des comptos , sans qu’on ne prît l’alarme à la moindre apparence d’une irrégularité.

Voici du moins quelques lettres qui prouvent que le duc de Raguse a, plus d’une fois, inquiété, par sa gestion des deniers publics , la sévère vigilance de l’Empereur. Toutes ces lettres, moins une, sont inédites.

(extraits)

Xajioltvn au prince Eugène.

Paris. le 26 mars 1800.

«... Je ne sais pourquoi les traites des banquiers de Vienne vont dans la caisse du payeur de l’armée du général Marmont... »

Paris, le 4 avril 1806.

«... Il m'est revenu des plaintes que des régiments du général Marmont ne sont |>as payés depuis le mois de janvier. Ué|x>nde/.moi catégoriquement là-dessus. »

APPENDICE

Au prince Eugène.

Mulmaison, le <2 avril <806.

« ... Il parait que le 11» de ligne, du corps du général Marmont, n’a point de solde depuis trois mois. Faites-moi connaître ce que je dois penser de cela. Payer mon armée régulièrement est la première de toutes les conditions. »

Paris, le 20 avril 1806.

« ... C’est on vain que vous enverrez de l’argent en Istrie et en Dalmatie ; si vous n’avez point un ordonnateur, un payeur, un inspecteur aux revues probe, et une grande surveillance, plus vous enverrez d’argent et plus on vous en dilapidera... »

Saint-Cloud, lu 21 avril 1806.

« J'imagine qu’à l’heure qu’il est, vous avez le million

de Bignani, et de plus 500,000 francs de Marmont et de Masséna pour le vif argent. Marmont doit vous faire remettre les 325,000 francs, sans qu’il soit besoin de le lui intimer; sans cela, je le lui ferai signifier. Il est honteux qu’un général fasse des profits à l’ennemi, mais surtout lorsque les troupes manquent de solde. »

Saint-Cloud, le 13 juin 1806.

«... Le général Marmont dépense prodigieusement pour sa solde , cela commence à devenir extraordinaire. J’ai ordonné qu’on fit une vérification scrupuleuse de cette comptabilité. Toutes vos évaluations de dépenses sont exagérées de 30 p. %. 2,500,000 fr. sont portés pour votre solde , il ne faut pas plus do 1,160,000 francs. Tâchez de rendre au payeur les 300,000 francs qu’il a avancés pour le corps du général Marmont. »

Napoléon.

APPENDICE

Au prince Euyènc.

Saml-Cluud, le 9 août ISO*.

« .... Dites confidentiellement à Marmont que les affaires de comptabilité sont revues ici avec la plus grande rigueur; que tout désordro pourrait le perdre, lui et ses amis ; que dans les distributions qui seront faites pour la grande armée, il n’aura rien à désirer ; qu’il a une réputation d’intégrité à conserver ; qu’il soit l’homme que j’ai connu au sac de Pavie en l’an V, et qu’il réprime les abus auxquels les militaires se portent en l’an XIV. »

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