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rester, promettant de souscrire à l’ordre qu’elle en donnerait en sa qualité de Régente. Marie-Louise élevée dans l'éloignement des aflaires et n’ayant jamais voulu y exercer la moindre influence , môme pendant sa régence , fut inébranlable dans sa résolution de ne rien changer à la délibération du conseil et refusa de prendre sur elle cette responsabilité. L’ordre de l’Empereur qui avait été communiqué aux membres du conseil , était pour elle un arrêt divin sur lequel il lui était interdit de délibérer. Joseph, respectant ses scrupules, lui fit promettre au moins de ne pas partir avant qu’il revint des avant-postes.
« L’ordre du départ avait été fixé à sept heures du matin : Mario-Louise s’engagea à le retarder jusqu’au retour de Joseph. Ce prince, en conséquence de la résolution qui avait été arrêtée, se rendit , en la quittant , aux barrières de Paris.
<i Dès le point du jour, les officiers de la garde nationale , qui étaient de service aux Tuileries , instruits de la délibération du conseil de la veille, vinrent conjurer l’Impératrice de ne pas partir. D’un autre côté des nouvelles alarmantes sur les progrès des ennemis se succédaient et entretenaient l'anxiété mortelle à laquelle l’Impératrice était en proie ; mais elle ne voulut jamais s’éloigner avant le retour de Joseph. Le ministre de la guerre, Clarke , pressait son départ par des officiers qu'il lui dépêchait successivement. Enfin, à dix heures, il lui fit dire que si elle devait partir, elle n’avait pas de temps à perdre ; qu’avant deux heures la route serait coupée et que son fils et elle tomberaient au milieu des partis cosaques. Marie-Louise reculait autant qu’elle le pouvait l’instant fatal. Enfin , après une heure d’hésitation , elle céda à des instances qu’il faut croire de bonne foi, mais qui eurent sur sa résolution une funeste influence. La mort dans le cœur, elle monta en voilure , émue par les pleurs et la résistance de son fils qu’un pressentiment instinctif attachait à une demeure qu’il ne devait plus revoir. L’heure de la chute du plus bel empire du monde était sonnée et le sacrifice fut consommé. L’Impératrice s’éloigna des Tuileries devant cinquante personnes qui , dans le silence de la stupeur, assistaient à ce lugubre départ.
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« Que devait faire Joseph après le départ de l’Impératrice et du Roi de Rome, qu’il n’avait pu empêcher? Il avait promis aux citoyens de Paris de rester avec eux. Il avait rempli sa promesse : sa place n’était pas au milieu de Paris, mais au lieu où se trouvaient les moyens de protection. Tant qu’il resta une lueur d’espérance de défendre la capitale , il s’y cramponna. Quand les maréchaux Mortier et Marmont déclarèrent après une héroïque résistance , qu’ils ne pouvaient plus tenir, son devoir était de sauver Paris des horreurs d’une occupation de vive force : il les autorisa à traiter. De quelle utilité sa présence était-elle à Paris? C’étaient celles de l’Impératrice et du Roi de Rome qu’il fallait! Il avait fait pour obtenir ce résultat tout ce que son honneur et sa conscience lui permettaient ; il s'était montré citoyen autant que frère de l’Empereur. S’il fût demeuré à Paris , quels justes reproches n’eût-il pas mérités de la part de ses contemporains et de la postérité? Il n’y serait revenu que pour servir, entre les mains des ennemis , d’instrument à la déchéance do son frère, rôle odieux auquel il n’aurait pu échapper. Tant qu’il put espérer d’être utile , il resta. Quand tout espoir fut perdu , il s’éloigna, et il s’éloigna le dernier. »
« Conforme à la note originale du baron Menneval. » « Joseph , comte de Survilliers. »
On remarquera que le dernier paragraphe de cette Note est reproduit textuellement, sauf quelques variantes, dans le paragraphe final du récit imprimé de M. Meneval. Or, cette identité partielle est fort étonnante : car elle est logique dans un des deux documents ; mais elle ne l’est pas dans l’autre.
Nous nous expliquons.
Dans la Note manuscrite , le roi Joseph produit la lettre de l’Empereur enjoignant le départ ; il était de son devoir de le faire ; mais il prévoit les conséquences fâcheuses de l’abandon de Paris , et il propose à l’Impératrice de rester,
APPENDICE
promettant de souscrire à l’ordre qu’elle en donnerait en sa qualité de Régente. Marie-Louise est inébranlable dans sa résolution d’obéir aux ordres de la lettre , un arrêt divin. Le roi Joseph lui fait promettre au moins de ne pas t partir avant qu’il ne revienne des avant-postes. Mais effrayée par les messagers que Clarke lui dépêche, elle part sans attendre le retour du roi Joseph.
Or, dans cet ordre des faits, il est concordant et logique de dire , comme on le dit dans la Note manuscrito :
« Le roi Joseph avait fait pour obtenir ce résultat (la » présence de la Régente à Paris), tout ce que son hon- » neur et sa conscience lui permettaient. »
Mais tels ne sont pas les faits présentés dans le récit imprimé. On n'y agite pas de nouveau, longuement, la question du départ : on y échange quelques paroles sur les fâcheuses conséquences, etc. Le roi Joseph ne propose pas de rester, promettant de souscrire à l’ordre qu’il n’a pas le droit de donner et qu’il sollicite : il se hasarde à dire que l’Impératrice seule pouvait prescrire le parti à prendre. L’Impératrice n’est pas inébranlable dans sa résolution d’obéir à l’ordre de la lettre : elle est prête à désobéir à cet ordr e , si son conseiller veut prendre sur lui la responsabilité de la désobéissance; ce que celui-ci se garde bien de faire. Là dessus le roi Joseph ne fait pas promettre, au moins, de ne pas partir avant qu’il ne soit revenu des avant-postes : il avait été convenu que le roi Joseph se porterait aux avant-postes et que l’Impératrice attendrait son retour pour partir ; et le départ avait été fixé.
Or, dans cet ordre des faits , il n’esl nullement concordant et logique de dire, dans le récit imprimé, comme on l’a dit, en vertu de toutes autres prémisses, dans la Note manuscrite :
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« Le roi Joseph avait fait pour empêcher ce départ, ce » que sa conscience et son honneur lui permettaient de » faire. »
Que penser do cette contradiction ?
Nous ne conclurons pas en faveur de la complète sincérité du récit imprimé , et nous nous référons à ce que nous avons dit plus haut des motifs fort respectables qui ont pu déterminer M. Meneval à modifier cette partie de ses souvenirs. En homme dont les affections étaient partagées, M. Meneval a voulu d’abord réserver le beau rôle à Marie-Louise , puis le donner à son tour au roi Joseph. Mais en honnête homme qu’il était, il n’a pas eu l’art de ces habiles et complaisantes transactions avec la vérité ; il n’a pas su raccorder sa contradiction trop évidente. En somme , ce qu’il a dit de l’attitude du roi Joseph , à la fin de sa note manuscrite et à la fin de son récit imprimé, proteste contre ce qu’il a dit de cette même attitude dans la première partie seulement de son récit imprimé.
Nous croirions manquer à toutes les convenances de l'histoire, si nous ne rappelions pas ici, par une citation distincte, le jugement que le prince Napoléon-Louis Bonaparte a porté en 1844, sur la conduite du roi Joseph dans les circonstances dont nous venons de parler.
•L’auteur, nous n’avons pas besoin de le dire, avait sur tous ces faits une tradition certaine : le récit de son auguste mère , la reine Hortense qui s’était opposée au départ; le récit et les aveux du roi Joseph lui-même. Delà, l'autorité toute particulière qui recommande à l’histoire la relation que nous allons rapporter.
APPENDICE
Un instant, nous avons hésité à répéter cetto relation ; pourquoi ? On y trouve quelques paroles de blâme contre un historien momentanément égaré par l’esprit do parti. Certes, ces paroles de blâme étaient bien permises , dans toute leur vivacité , au représentant de la dynastio napoléonienne que sa grandeur et l’exil ne suffisaient pas à défendre; ces paroles de blâme sont encore bien légitimes aujourd’hui , car les droits de la vérité historique sont imprescriptibles. Mais aujourd’hui elles tombent de trop haut sur un écrivain. Nous avons craint, on les rappelant, de faillir à quelque respectable devoir de la confraternité littéraire. Toutefois, nous nous sommes rassuré : dans la haute région où il est placé, l’illustre auteur n’a plus de colère pour nos débats. On ne rapportera pas des paroles écrites en 1844 à une autre date que celle qui leur appartient ; pour commettre un pareil anachronisme, il faudrait oublier qu’aujourd’hui il no peut plus descendre du trône, pour les lettres et pour ceux qui les cultivent , qu’une bienveillante indulgence , la même pour tous.
Nous devons encore demander pardon au lecteur de ce que nous ne donnons ici qu’un extrait. Le tableau achevé dont cet extrait fait partie, veut être considéré en son ensemble, et c'est, nous le savons, faire une citation en quelque sorte infidèle que do détachor un fragment d'une œuvre d’art où tout s’accorde et se complète incessamment dans une harmonieuse unité.
Voici la relation de l’illustre biographe du roi Joseph en 1844.
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