‹ La défection de Marmont en 1814Chapitre 17 sur 35 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

U ... Les États ne périssent que par trop d’orgueil ou trop de lâcheté. L’Empire tomba pour avoir étendu trop loin son action civilisatrice. Il n’était donné , ni à la plus grande nation ni au plus grand génie , de combattre à la fois l’ancien régime sur les bords du Tage et sur ceux de la Moskowa , et de régénérer l’Europe en dix ans!

« Iæs revers de la patrie ramenèrent en France tous ces rois plébéiens , qui avaient été , dans les diverses parties de l’Europe, répandre, à l’ombre d'une couronne, les principes de 89. La victoire les avait fait rois ; la défaite les retrouva citoyens et soldats. En 1814, l’Empereur confia à Joseph la défense de Paris et la garde de son fils et de l’Impératrice; il lui enjoignit fatalement d’éviter, à tout prix, que son fils ne tombât entre les mains des ennemis : Joseph accomplit fidèlement cet ordre , qui eut un funeste résultat.

« Cet acte de la vie du roi d’Espagne a toujours été trèssévèrement jugé , mais jamais avec autant d’acrimonie et d'exagération que dans V Histoire des deux Restaurations de 1814 et 1815 ,par M. Achille Vaulabelle, histoire dont Le National a reproduit des extraits dans son numéro du 8 août.

« La vénération que nous portons à la mémoire de l’homme que nous venons de perdre, ne nous aveuglera pas au point de nier la part de responsabilité qui lui revient des malheurs de 1814. Mais si nous avouons qu’il manqua â cette époque de toute l’énergie qu’exigeait cette circonstance difficile, nous soutiendrons que Joseph ne se rendit jamais coupable de la lâcheté qu’on lui reproche dans l'article du National.

« Rappelons les faits en peu de mots :

« Pendant que l’Empereur manœuvrait entre la Marne et la Seine pour arrêter la marche des ennemis, ceux-ci s’avan-

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raient sur Paris par Reims et Soissons. Mais Napoléon espère que la capitale pourra résister quelques jours et qu’il aura le temps île revenir la défendre en personne. Cependant il n’ignore pas la gravité des circonstances, et redoute surtout que son (ils, tombé entre les mains des alliés, ne serve d’otage aux ennemis.

« Aussi , dans la prévoyance que Paris ne puisse pas tenir, il écrit la lettre suivante à son frère le roi Joseph :

Reims , 16 mare <814.

« D’après les instructions verbales que je vous ai données , comme d’après l'esprit de mes lettres , vous ne devez, en aucun cas, permettre que l'Impératrice et le Roi de Rome tombent entre les mains des ennemis. Je vais manœuvrer de telle manière qu’il est possible que vous restiez quelques jours sans que vous puissiez avoir de mes nouvelles. Si l'ennemi s’avanco sur Paris avec des forces telles que toute résistance devienne inutile, faites partir dans la direction de la Loire , la Régente , mon fils , les grands dignitaires, les ministres , les officiers du Sénat, les présidents du conseil d'État, les grands officiers de la couronne, le baron de la Bouillerie et le trésor. Ne quittez pas mon fils , et rappelez-vous que je préférerais le savoir dans la Seine plutôt qu’entre les mains des ennemis de la France. Le sort d’Astyanax prisonnier des Grecs , m’a toujours paru le sort le plus malheureux de l'histoire. »

« Napoléon. »

Joseph , malheureusement . accomplit fidèlement les ordres qu’il avait reçus. Il déclara qu’il resterait à Paris; il y resta môme tant qu’il crut la défense possible. Mais lorsqu’il vit que les partisans des Bourbons semaient partout la désaffection et la crainte, lorsque le ministre de la guerre, le duc de Feltre, lui eût assuré qu’il n’y avait point d’armes à distribuer à la population, et qu’enfin l'ennemi fut parvenu jusqu’à Montmartre, il crut le mo-

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ment venu de suivre ses instructions, et autorisa la capitulation. On sentait, hélas! qu’il n’y avait que l’Empereur seul qui pût, par sa présence, dompter les ennemis intérieurs et extérieurs: car Lavalletle écrivait, le 28, au quartier-général, une lettre contre-signée dans le Manuscrit de 1814, où on lit le passage suivant : « Les partisans de l’étranger, encouragés par ce qui se » passe à Bordeaux, lèvent la tète; des menées secrètes les se- » condent. La présence de Napoléon est nécessaire s'il veut em- » pêcher que sa capitale ne soit livrée à l’ennemi. Il n’y a pas » un moment à perdre. »

Certes, il est à jamais regrettable que Joseph ne se soit pas senti inspiré d’une de ces résolutions magnanimes qui changent quelquefois une défaite en triomphe ou qui du moins illustrent toujours le malheur ! Il devait désobéir aux instructions de l'Empereur et comprendre qu’il y a des moments suprêmes où l’on ne reçoit d’ordres que de son cœur. Mais il y a loin de sa conduite à ce réle ignoble que veut lui faire jouer M. Achille de Vaulabelle.

Cet auteur le représente, pendant l’agonie de l’Empire, no songeant qu’à sa sûreté personnelle, ne pensant qu’à son trône d’Espagne, refusant d’abdiquer; et même il fait tenir à l’Empereur ces paroles : « En vérité, ne dirait-on pas que je lui en- » lève la part de l’héritage du feu roi notre pèrel » On voit, par la lettre que nous avons citée plus haut, la fausseté et l’invrai-, semblance de cette supposition. Eh quoi! Joseph qui, en 1812, abdiquait à Madrid la couronne d’Espagne parce qu’il ne croyait pas pouvoir y faire le bien, refuserait d’abdiquer en 1814, au milieu des désastres de l’Empire, alors qu’il s’agit de sauver la France et l’Empereur! Non-seulement cette accusation est in vraisemblable, mais elle est absurde. Les paroles qu’on prête à l’Empereur sont vraies; mais elles ont été prononcées à une tout autre époque, et adressées à une tout autre personne.

C’est à sa sœur la reine de Naples que l’Empereur adressa ces paroles empreintes d’une si mordante ironie, alors qu’elle réclamait en 1806, comme un droit, un pouvoir que l’Empereur ne déléguait que dans l’intérêt des peuples : quand on se mêle d’écrire

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l’histoire, on déviait au moins s’assurer de la vérité des citations.

Accuser Joseph et Jérôme d’avoir craint les boulets ennemis en 1814 sous Paris, c’est émettre une calomnie que toute leur vie dément. Joseph dans la campagne de Naples, se conduisit avec le plus grand courage; à Gaëtc, il se présente bravement sur la brèche; en Espagne, aux batailles de Talavera, d’Almonacid, d’Ocana, il s’expose lui-môme aux premiers rangs ; et, quant à Jérôme, il prouva bien à Waterloo, comme il l’avait déjà prouvé en Silésie, que le sang de l’Empereur coulait dans ses veines.

Joseph , nous le répétons , n'était pas l’homme énergique dont les grandes conceptions enfantent les indomptables courages et les résolutions les plus audacieuses. La guerre et les grands événements qu’elle amène n’électrisaient pas ses facultés; la victoire le trouvait toujours modeste, la défaite toujours résigné, toujours esclave des ordres qu’il recevait de son frère. L’Empereur lui eût dit de rester inébranlable à son poste en 1814, il y fût resté; il lui ordonna, au contraire, de partir avec son fils, il partit.

Nous ne pouvons rien faire de mieux pour sa mémoire, que de reproduire ici un passage d’une lettre que le célèbre et patriote général Lamarque lui écrivait en 1824.

.lu comte de Suret Mers.

Paris, 27 mars 1824

« Comme vous, j’ai été proscrit, comme vous j’ai erré en pays étranger , formant sans cesse des vœux pour ma patrie. Je sais combien , dans de telles circonstances , on devient irritable et sensible , combien on sent vivement les attaques des ennemis ; mais à mon retour, je m'aperçus que dans l’exil on s’exagérait toujours l’im|>ortance de semblables attaques. La gé-

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nérosité de la nation française est un immense bouclier qui protège ceux qui souffrent , et les coups dirigés contre eux retombent sur l’agresseur.

« Vous auriez plus à craindre , sire , si vous étiez encore sur le trône. Soyez tranquille là-dessus, et que les calomnies qui vous arrivent à travers l'Océan ne troublent pas un moment votre bonheur intérieur ni la quiétude de votre retraite. C’est le dernier coup de la trompette , le dernier flot de la vague expirante.

« Mon général, comptez sur mon attachement qui égale presque celui que je porte à la mémoire de mon père. Recevez l’assurance de ma reconnaissance et l'hommage du sincère et respectueux dévouement de votre très-humble et très-obéissant serviteur. »

« Max Lamahqce. »

Nous avons dit que le peuplo do Paris, abandonné au 30 mars par ceux qui devaient le diriger, se montrait partout disposé à se défendre contre l’étranger. Voici les conseils tout contraires que les royalistes lui adressaient. Ceci se chantait. Il est des hontes dont il faut avoir le courage de conserver le souvenir pour la connaissance des temps et l’enseignement des partis.

Ain : Des Deux Edmond.

Vaillante garde parisienne,

Que ferez-vous? J’en suis en peine; Les uns braillent comme des fous :

Défendez-vous !

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Et par mille autres j’entends dire :

Vous défendre, c'est un délire,

Des bourgeois sont-ils des soldats?

Ne vous défendez pas !

Si de la cravache prussienne.

Des lances du Don, de l'Ukraine Vous voulez recevoir les coups.

Défendez-vous I

Mais si vos biens et vos familles, L’honneur de vos femmes, vos filles, Ont encor pour vous des appas,

No vous défendez pas !

Si de manger à la gamelle.

El de bivouaquer quand il gèle,

Vous parait un destin bien doux, Défendez-vous !

Mais s’il vous est plus agréable D’avoir bon lit et bonne table,

En faisant vos quatre repas,

Ne vous défendez pas !

Si l’on vous dit : « Montrez du zèle,

» L’honneur aux armes vous appelle .

» Braves bourgeois, accourez tous,

» Défendez-vous ! »

Répondez : « Que la grande année ,

» A la victoire accoutumée,

» Nous tire de ce mauvais pas. »•

Ne vous défendez pas!

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(Extrait d’un recueil do pamphlets de 1 81 i et 1815, intitulé L’Echo des salons de Paris depuis la Restauration, 3 vol. petit in-8. Paris, chez Delaunay, 1814-1815. T. Irr, p. 326.)

Nous avons dit que la suspension d’armes, préliminaire de la capitulation do Paris, fut conclue dans un cabaret à l’enseigne du Petit Jardinet.

Ce cabaret était situé dans la seconde maison à gaucho en sortant de la barrière Saint-Denis.

Le propriétaire de ce modeste établissement ayant fait do bonnes affaires par suite de l’affluence des visiteurs qui vinrent voir le lieu théâtre d’un si grand désastre national, fit peindre sur une planche l’inscription suivante où il célébra, à sa manière, l’événement auquel il devait sa prospérité :

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