XIV PRÉFACE
«•s espérances secrètes qui n'abandonnent jamais les écrivains ; et je fu3 convaincu de mon succès parce qu’il m’arriva, de plusieurs côtés, des reproches de faibiesso, de timidité, d’irrésolution ; de plus quelques injures anonymes.
Mais je n’ai pas la vanité de croire qu’un pareil changement dans l’opinion ait été uniquement dû à mes articles, oU je m’efforçais de provoquer l’indignation publique sans la formuler moi-même, l'ne découverte était venue à mon secours.
Marmont, dans ses Mémoires, a ou l’imprudence de no pas se borner à traiter fort mal J’histoire de Napoléon Bonaparte : il a encore accumulé les outrages sur les noms les plus illustres de l’ère impériale. Quoiqu’on nef lise plus aujourd'hui dans le grand monde, toutefois on y eut connaissance de ces calomnies, et les familles intéressées ont fait entendre de toutes parts d’ardentes réclamations. On s’est agité dans les salons. Les journaux ont eu à publier de violents démentis. Il ne s’est plus trouvé de défenseurs pour Marmont dans cette explosion do colères suscitées par ses vengeances posthumes.
Reconnaissons-le avec humilité, ce ne sont pas les atteintes portées à la gloire du fondateur de l’ordre nouveau, ce sont les représailles de la piété et de la vanité de quelques familles qui ont déterminé ce brusque retour au respect de l’histoire, de la vérité et de la moralité publique.
J’étais désormais libre d’infliger à Marmont le châtiment qui lui est dû , et j’en profitai pour le juger à mon aise dans la mesure d’une exacte justice.
Il y a dans la vie de Marmont bien des péripéties, des mérites incertains, des mésaventures et des défaillances ; mais il n’y a qu’un acte grave, important, décisif. En
PRÉFACE
Egypte, en Dalmatie, en Allemagne après Wagram, en Espagne, dans la campagne de France même, sous la Restauration, à Paris, en juillet 1830, il a diversement manqué, dans des circonstances particulières, d’énergie, d’habileté, de clairvoyance ou de bonheur. Mais, dans toutes ces circonstances, il n’a failli qu’à se tirer avec plus ou moins d'avantage de positions au reste subordonnées à des actions générales dont il n’avait pas eu l’initiative. Un seul jour, il lui fut donné de l'exercer, cette initiative des événements : ce fut en 1814, à Essonne. Je crus devoir ne pas m’occuper de toutes ces fautes secondaires qui, môme prouvées, ne suffisent pas à condamner un homme, pour m’attacher uniquement à l’acte qui, seul, fait de Marmont, non pas un général d'une habileté intermittente, un administrateur d’une probité suspecte, un politique contestable, un historien inspiré par l’envie et la haine, mais bien un traître, un homme dégradé par la défection la plus coupable, au moment d'un péril extrême pour l’indépendance nationale. Otez l’événement d’Essonne, et il restera de Marmont un de ces personnages comme il y eu a tant dans nos annales contemporaines, qui joignent à de brillantes qualités et à des aptitudes même éminentes , l’imbécillité de l’intelligence , du caractère et du sens moral. Mais l’événement d’Essonne fait à Marmont une figure à part; il en est d’autres qui, en 1814, ont manqué de courage, de fidélité, de pudeur; il n’en est pas un autre qui, placé dans un poste de confiance, ait livré à l’ennemi l’avant-garde de l’armée impériale, et autant qu’il dépendait de lui , l’armée impériale elle-même , toutes les forces défensives de la nationalité française en danger. Si , comme l’animadversion de tous les contemporains l’affirmo, l'événement d’Essonne est imputable à Marmont , prouver la vérité de