REPRODUCTION
Les serpents sont très prolifères. La plupart sont ovipares: ils pondent des oeufs, qui éclosent hors du corps, après une période d’incubation plus ou moins longue. Les oeufs présentent généralement une forme un peu plus allongée que les oeufs de poule et sont couverts par une membrane opaque, résistante, tantôt présentant une légère infiltration calcaire, tantôt n’ayant aucune trace d’un résidu calcaire quelconque.
Les oeufs varient de dimension selon l’espèce et le nombre, suivant les individus. Les individus les plus développés pondent généralement un plus grand nombre d'oeufs. Nous avons plusieurs fois observé la ponte chez des serpents de l'Institut. Le serpent ovipare pond les oeufs en série et quelquefois superposés en forme de grappes et enduits d’une matière agglutinante qui les maintient collés les uns aux autres. Dans certaines pontes nous avons vu jusqu’à 34 oeufs. Il semble que ces oeufs abandonnés par le reptile complètent leur développement à la température ambiante, sans le secours de la mère.
Plusieurs fois, à l’Institut, nous avons observé l’éclosion d’oeufs de quelques espèces. Quand la ponte est faite dans un endroit sec, les oeufs sèchent plus ou moins rapidement et les embryons, après avoir atteint un certain développement, succombent. Mais, lorsque elle est faite dans un endroit humide et chaud, les embryons peuvent atteindre leur développement complet et, dans ce cas, il se produit la rupture de la coque en un point par où sort le petit serpent. Le temps de l’incubation est variable selon la température ambiante. Nous avons observé pour la même espèce une incubation de quatre mois et une autre de six mois.
Presque toujours, le serpent, après la ponte, se couche sur les oeufs de manière à les couvrir complètement .de son corps, en les protégeant contre l'évaporation qui déterminerait la mort de
Fembryon. Tout au moins il nous a paru que c'était l'interpréta-
tion la plus acceptable, car nous ne sommes pas parvenu à constater l'élévation de température dans le corps du serpent, quand il repose sur les oeufs.
En outre, nous avons vérifié que les embryons évoluent complètement à la température ambiante, sans que le serpent se couche sur eux. La condition essentielle est de les protéger contre l’évaporation et le développement des moisissures qui quelquefois attaquent les nichées.
D'autres observateurs ont constaté que la température des serpents s'élève pendant la période où ils couvent les oeufs.
(1) “On a observé, à la ménagerie des reptiles du Muséum de Paris, que le Python molure, espèce qui peut arriver à une forte taille, couve ses oeufs et quà ce moment sa température s'élève de beaucoup au-dessus de celle du milieu ambiant. L'animal dispose ses oeufs en une sorte de masse conique autour de laquelle il s’enroule, la tête occupant le centre.” Ces oeufs et leur mère, disent Duméril et Bibron, d'après les observations de Valenciennes, étaient entretenus à une température assez élevée, va riable entre 250 et 300 centigrades, à laquelle ils restèrent exposés à peu près l’espace de 60 jours, pendant lesquels la mère ne prit aucune nourriture, quoiqu’ on lui en eût offert. Sur 14 de ces oeufs, qui étaient presque tous égaux en poids et en grosseur, 8 seulement donnèrent issue, le 3 juillet (la ponte avait eu lieu le 3 mai), à de petits serpents dont la longueur totale était pour chacun d’un demi-mètre environ; mais 16 jours après, quelques-uns, sans avoir pris de nourriture, avaient atteint la taille de O®, 80. On examina le contenu des 7 autres oeufs et l’on trouva dans leurs coques des embryons bien formés, dont le développement, plus ou moins avancé, démontrait qu’ ils avaient dû périr à des époques diverses.”
En 1862, un Python de Séba a pondu au jardin de la Société Zoologique de Londres; la durée de l'incubation a été de 82
(1) E. SAUVAGE — Les reptiles et les batraciens pag. 300.
jours; la femelle avait 12 degrés Fahrenheïit de plus que le mâle à la surface du corps, et 20 degrés entre les replis. Forbes a observé le même fait, en 1881, sur un Python molure.
La presque totalité des serpents non venimeux sont ovipares; quelques espèces sont ovo-vivipares.
Tous les Vipéridés, qui sont les serpents les plus dangereux parce qu’ ils possèdent l'appareil à venin le plus complet, sont ovo. vivipares, c'est-à-dire, expulsent les petits déjà complètement formés, couverts à peine par une très fine membrane translucide qui se rompt au moment de la ponte. Les petits serpents, depuis le moment où ils sortent du ventre, ont une vie completement indépendante, car déja ils peuvent inoculer une petite quantité de venin, qui leur servira certainement pour faire leurs premières victimes nécessaires à leur nourriture. Le nombre des petits serpents qui peuvent naître dans une ponte est variable à l'extrême. Quelques auteurs disent que ce nombre peut s'élever de 40 à 50. Nous avons observé très fréquemment à certaines époques de l'année des pontes de vipéridés et le nombre des petits serpents na jamais dépassé 38. Le nombre de 20 peut être admis comme moyenne. Après la naissance, les petits serpents paraissent se développer un peu, même sans prendre aucune nourriture, Nous n avons jamais réussi à les élever jusqu'à l'état adulte. Presque tous succombent après un ou deux mois de captivité.
L'accouplement se fait par l'introduction du faux pénis, dont nous avons parlé antérieurement, dans le cloaque de la femelle, de manière à maintenir l'anus de l’un des animaux étroitement appliqué contre celui de |’ autre. Les canaux déférents entrent alors en activité, en déversant un abondant liquide séminal, qui du cloaque du mâle pénètre dans celui de la femelle et de là daus l’oviducte où s'opère la fécondation. Le contact sexuel est très prolongé et dure plusieurs heures. Il est rare d’ observer ce phénomène physiologique chez les animaux en captivité, car malgré que nous ayons pu pendant un assez grand nombre d'années étudier des serpents en captivité, nous n'avons eu que deux fois l'occasion d'observer un tel phénomène.
L'ovaire de la femelle, après la fécondation, se développe extraordinairement, principalement chez les vipéridés; ils deviennent alors extraordinairement gros, les oeufs occupant la moitié de la cavité abdominale.