‹ La défense contre l'ophidismeChapitre 17 sur 107 · MOUVEMENTS · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS

Les serpents se meuvent aux dépens des contractions des muscles intercostaux. Ceux-ci actionnent simultanément l’infinité de côtes qui s étendent de la tête à la queue. Chaque paire de côtes met en mouvement une écaille sous-ventrale qui réprésente, pour ainsi dire, le pied du serpent, parce que c'est son point d’appui et son organe de déplacement. Etant donné qu'il y a autant de paires de côtes que d’écailles sous-ventrales, on comprend que le mouvement simultané des côtes transmis aux écailles sous-ventrales détermine un mouvement continu, uniforme et caractéristique des ophidiens, que nous appelons glisser ou ramper. Les serpents glissent doucement et d’une façon très élégante, avec une rapidité plus ou moins grande selon le genre et la famille auxquels ils appartiennent. Les serpents venimeux se meuvent très lentement. Quand ils sont surpris en mouvement et menacés de quelque danger, au lieu d'accélérer leur marche, ils l’enterrompent au contraire et senroulent en attitude de défense.

Les serpents non venimeux, principalement ceux qui appartiennent à la famille des colubridés, se meuvent avec agilité et il est difficil: de les attrapper.

Quand ils sont menacés ou poursuivis, ils cherchent à fuir et à se cacher le plus rapidement possible au milieu du feuillage ou cherchent à mordre pour se défendre. Presque tous les serpents sont bons nageurs. Par un mouvement ondulatoire du corps, ils se déplacent doucement dans le sens horizontal, au milieu du liquide, ‘en conservant toujours la tête hors de l’eau et le corps immergé. Quelques espèces ne se baignent qu'accidentellement. D'autres vivent sur le bord des rivières et des lacs et se rencontrent fréquemment dans l’eau. Quelques-unes de ce dernier groupe sont bonnes plongeuses, tandis que d’autres peuvent rester quelque temps sous l’eau. Les serpents de mer ont le corps latéralement comprimé et grace à cette forme-ils nagent avec facilité.

Les serpents grimpeurs s’enroulent autour du tronc des arbres et autour des branches et, par un mouvement de déplacement analogue à celui que nous avons décrit, ils peuvent grimper sur les branches les plus minces pour se cacher au milieu du feuillage. Outre les mouvements propres à la locomotion il y a encore ceux

qui servent pour l'agression ou pour la défense, Tous les serpents ne procèdent pas de la même façon. Les vipéridés s’enroulent et s'appuient sur la moitié posterieure du corps pour attaquer en lançant la partie antérieure et revenir sur eux-même après avoir mordu. Le mouvement d’attaque est extrêmement rapide, si rapide même qu’on ne peut pas bien apprécier les différents temps qui le composent, donnant ainsi l'impression d’un ressort en spirale fortement serré, qui en retrouvant une de ses extrémités libres, projetterait la moitié antérieure, tandis que l'autre extrémité resterait prise, et reviendrait sur lui-même avec la même violence du départ. Sans s’appuyer’sur la partie caudale, les vipéridés ne pourraient pas attaquer. C’est pour cette raison que nous conseillons comme moyen facile de capturer une serpent venimeux de le soulever du sol avec un bâton ou une tige quelconque.

Parmi les serpents non venimeux il y en a qui ne mordent pas du tout même quand ils sont maltraités. Quand on les prend a la main, comme unique moyen de défense ils cherchent à cacher la tête. Dans ce nombre se trouve la Mussurana (Oxyropus clelia), un des coraux non venimeux, très fréquent dans l'Etat de Säo Paulo, lOxyropus trigeminus, et quelques Rhadinés que le peuple appelle serpents d’eau.

D'autres, quand ils sont irrités ou poursuivis, s’aplatissent contre le sol et dressant le tiers antérieur du corps, ouvrent démesurément la bouche, prêts à mordre. Font de même les serpents connus vulgairement sous le nom de “boipevas”’ (Xenedon, Cyclagras). D'autres finalement, très agiles et très agressifs, quand ils sont poursuivis, ont le corps étendu, arrêté ou en mouvement, soulèvent le tiers antérieur, le recourbent rapidement et s’élancent contre la victime. Dans ce groupe se trouvent les serpents non venimeux les plus agressifs, parmi lesquels nous citerons comme exemple l'espèce la plus fréquente que le peuple appelle cobra nova (Drimobius bifossatus) et le canninana (Spilotes pulatus).

ALIMENTATION s

Tous les serpents sont carnivores. Ils mangent de temps en temps et ne prennent ou n’acceptent pour nourriture que les animaux qu'ils doivent manger à l’occasion. En étroite captivité, prin-

. <ipalement quand on leur extrait le venin, ils refusent l'aliment

qu'on leur offre d’une manière naturelle. Ils peuvent passer un an et plus sans prendre aucun aliment. Ce fait est assez connu des naturalistes. Pour le confirmer, nous pouvons certifier que les serpents venimeux que l’Institut possède habituellement en grand nombre, restent en captivité de 6 à 8 mois sans prendre aucune nourriture, subissant périodiquement l'extraction du venin. Nous avons eu déjà un serpent à sonnettes dont nous extrayions rarement le venin et qui a résisté plus d’un an en captivité dans la plus complète abstinence.

Les serpents gardés dans des locaux étroits et saisis de temps à autre pour l'extraction du venin, sont très irrités et très prévenus contre l’homme; de manière que lorsque on lance dans leur refuge un rat vivant qui est leur nourriture préférée, ils le tuent pour se voir délivré d’un hôte importun, mais ils ne l’avalent pas. Peut-être en est-il ainsi parce que, la déglutition étant lente et dif ficile, ils craignent de l’entreprendre mûs par l'instinct de la défense, en se sentant à chaque moment menacés parla proximité de

l’homme.

La quantité de nourriture ou le poids des victimes peut va-

lier énormément.

Par là on comprend facilement que c’est une des causes régulatrices de la période ou intervalle qui sépare les repas. Cet intervalle peut être, comme nous l'avons vérifié, de 5 jours à quelques mois.

D'autres causes peuvent influer sur l’appétit des serpents ou sur leur capacité d'absorption. Entre autres nous devons citer la mue de la peau et la période de la ponte. Pendant ces états 1ls refusent tout espèce d’aliment.

Les $Serpents venimeux ont été dotés par la nature d‘un appareil inoculateur du mortel venin, non pour faire du mal aux hommes ri aux grands animaux, mais pour tuer les petits mammifères dont ils se nourrissent. Comme ce sont des animaux lents et peu rapides, si ce n'était pas l'appareil meurtrier qu'ils possèdent, ils ne pourraient pas pourvoir à leur propre subsistance. La nuit, quand ils éprouvent le besoin de nourriture, ils laissent doucement et avec précaution leur cachette et vont à la recherche des endroits où ils doivent rencontrer leurs victimes, qui sont or-

dinairement des rats ou preds, (espèce de rongeur semblable à un cobaye). Après avoir observé prudemment. ils se placent en position convenable, en s’enroulant au bord du chemin ou du passage que doivent suivre les proies. Au moment où la victime passe, le serpent s’élance et atteint le petit rongeur en lui inoculant une dose de venin presque toujours fulminante pour un animal de si petite taille. Quelques moments après, sûr de l'efficacité de ses armes, en tâtant avec la langue bifide, il recherche sa victime, qu'il rencontre morte ou dans les dernières convulsions de l'agonie, et commence alors sa déglutition dont nous avons eu l’occasion de décrire le mécanisme.

Les colubridés, qui comprennent la plupart des espèces non venimeuses de notre pays, sont très agiles, et capturent leurs victimes grace à leur agilité et à leur déguisement que leur offrent leurs couleurs qui se confondent facilement avec celles du milieu où ils vivent Il y a des espèces qui se nourrissent de batraciens, d’autres dont la nourriture préférée est constituée par des oiseaux; et, finalement, d’autres qui se nourrissent exclusivement de serpents.

Chez les boidés, nous avons les espèces possédant la plus erand force musculaire, qui tuent par étranglement, comme le agiboia (Boa constrictor), le Sucuri ou Sucuriü, dont le nom scientifique est Eunetes murinus. Ces espèces se nourrissent habituellement de mammifères. Le Sucuri peut atteindre de grands dimensions, les plus grands individus arrivant à 10 mètres de longueur. Les individus de 6 mètres ne sont pas rares. On comprend que ce serpent gigantesque puisse tuer et engloutir des animaux de orand taille. De fait, il se nourrit habituellement de capivaras, de pacas, cerfs, etc. enfin de tous les mammifères de certaine dimension, qui viennent se désaltérer au courant au bord duquel habite le vigoureux ophidien. j

ERREURS: EF) SUPERFITIONS

Dès l'antiquité la plus reculée, le serpent exerça un influence prépondérante dans l'imagination populaire. Au paradis, nous le voyons comme le principe du mal, l'origine de la chute de ‘homme, de la inèême manière que Asimane, en prenant la forme d'un serpent, cherche en vain à vaincre son antagoniste Orosmade

qui représente le bon principe dans le dualisme des anciens Perses,

Objet de crainte superstitieuse, mais hautement justifiable par le mal qu'il peut causer, le serpent fut un objet de culte chez les peuples de l'antiquité, qui cherchaient par l’adoration ou la vénération, à apaiser sa fureur, en se servant de la même méthode qu ils employaient pour plaire aux autres dieux imparfaits et prompts à se courroucer, qu'ils avaient imaginés.

Le serpent fut considéré par les anciens Grecs comme un des attributs ‘l’'Apollon et de ses prêtresses à Delphes; l’attribut spécial d'Esculepe, père ou dieu de la médecine et de la magie; l'emblème de la prudence et de la circonspection.

En Egypte, il figura largement dans ses anciens temples et fut considéré également comme symbole de la fertilité.

Dans l'Inde et dans l'Indo-Chine on rencontre des vestiges du culte réservé au serpent à sept têtes ou dieu serpent. — Selon Fergusson, le culte de l'arbre et du serpent dominait complètement dans ces régions avant les prédications de Guatama Bouddha, qui mourut en l'an 543 avant notre ère. Ce réformateur a toléré le culte de l'arbre, condamnant celui du serpent, qui fut alors aboli, pour être rétabli plus tard.

Même en Europe beaucoup de croyances ne trouvent d’explication que dans l'influence traditionnelle du culte du serpent. “En Sardaigne, dit Cetti, on raconte des choses merveilleuses sur les serpents, qui passaient autrefois pour des divinités ayant le pouvoir de dire l'avenir. Je veux bien croire que les personnes instruites, simplement par plaisanterie, ont rapporté de telles fables; mais, beaucoup de paysans voient dans le serpent un objet de vénération et de respect. Lorsque un serpent entre dans la cabane d'un berger, ce fait est généralement considéré comme un présage de bonheur, le reptile étant, en cette circonstance, absolument respecté. Dans ce pays, toutes les femmes qui découvrent la retraite d'un serpent, vont lui apporter des aliments. “Je connais une femme, ajoute Cetti, qui pendant deux ans s'est donné cette peine“.

Dans beaucoup d'autres pays du Vieux Monde les paysans ont des croyances semblables.

Dans notre pays influencé à un moins haut degré par la tradition, on ne rencontre pas de vestige de culte, de respect ou de vénération pour les serpents. Ce qui prédomine c’est une crain-

te exagérée, superstitieuse et insensée, qui donne naïssance fort. souvent à des idées complètement fausses et absurdes. On entend dire fréquemment que les serpents poursuivent l'homme par sauts et par bonds, ce qui est complètement faux, comme nous l'avons vu antérieurement, quand nous avons parlé des mouvements des serpents.

Il esttrès commun de rencontrer des personnes du peuple, qui craignent de prononcer le mot serpent, principalement quand ils vont chercher un remède pour une victime de l’ophidisme. Au lieu de dire, par exemple, F. a été mordu par un serpent, ils disent F. a été mordu par un ‘“bicho” (animal: insecte ou vers). Nous voyons en ceci une crainte superstitieuse, qui paraît résulter de la croyance à des qualités surnaturelles chez les serpents.

Beaucoup de légendes et de croyances erronées se rencon-

trent au Brésil, principalement chez les gens de la campagne, et elles y sont répétées par des personnes d’une certaine instruction. De telles croyances ont leur origine, d'un côté, dans les supertitions des africains et de nos indiens, et de l'autre dans des observations incomplètes ou faussement interpréteés.

‘Il est intéressant d'examiner beaucoup deces histoires, parce qu'elles se rapportent à la biologie des serpents et qu'elles peuvent avoir presque toujours une explication rationnelle et parfaitement d'accord avec des faits scientifiquement établis.

Une légende très vulgarisée est celle d'après laquelle les serpents déposent leur propre venin dans une feuille au bord de l’eau quand ils doivent y pénétrer. Cette légende a probablement son origine dans le fait quon n'a jamais observé d'accident par morsure de serpent dans le milieu liquide, ce qui, du reste, se comprend parfaitement parce que nous savons qu'on rencontre rarement dans l’eau les espèces venimeuses et qu'elles ne peuvent attaquer sans avoir un point d'appui qui leur manque dans l'eau. En outre, si ce n'est les espèces purement aquatiques, qui ne sont pas venimeuses, les serpents nagent avec la tête hors de l'eau et sont facilement visibles, circonstance qui concourt puissamment avec les précédentes pour qu'il n'y ait pas d'accident.

Une autre version populaire très curieuse et sur laquelle nous avons dû discuter un très grand nombre de fois, c'est que les serpents tettent aussi bien les animaux que les femmes. On rapporte

que les serpents pénètrent dans les habitations et, profitant du sommeil de la victime, sucent le lait des seins, cherchant à contenter le petit qui est à la mamelle, en lui introduisant la queue dans la bouche. D'autres disent que les vaches allaitent très souvent les serpents au pâturage, s'accoutumant de telle manière à cette fonction, que à heure fixe elles s’approchent de la cachette du serpent et patiemment attendent qu'il se rassasie.

Cette histoire a été probablement inventée par quelque sorcier africain, esclave qui se souvint de cette ruse pour expliquer la disparition du lait employé certainement dans l'alimenta tion d'un véritable mammifère.

Les serpents ne tettent pas et ne peuvent pas téter simplement parce que ce ne sont pas des mammifères. Ces derniers possèdent une bouche anatomiquement constituée pour cette fonction. Les serpents ne tettent pas pour la même raison que les oiseaux et les poissons ne tettent pas.

Il y a, cependant, un fait qui mal observé et faussement interprété pourra venir renforcer cette absurde version. Nous voulons parler du développement des oeufs des serpents vivipares après la fécondation. A l’état initial du développement, les oeufs occupent presque deux tiers de la cavité abdominale et sont envelop-

pés à peine par une pellicule qui se rompt avec facilité. Le con-

tenu des oeufs est constitué par un liquide dense, de couleur jaune, qui, peut, être pris’ pour du caïllé. Etant donné ces circonstances, si quelqu'un tue un serpent dans cet état et lui ouvre le ventre pour en vérifier le contenu, le couteau fendra les oeufs qui laisseront échapper le contenu qu'on pourra prendre pour du lait ingéré.

Nous avons bien entendu d’un agriculteur très sensé le récit d'un cas analogue à l'hypothèse imaginée, lequel était donné comme preuve incontestable de l'absurde fonction attribuée à des serpents.

Sur la manière dont les serpents attrapent leurs victimes, il y en a un qui est en désaccord avec les faits observés par nous pendant une période de plus de quatorze ans. Il s'agit de la fascination que, dit-on, les serpents exercent sur leurs victimes. Nous avons eu beau chercher à observer ce phénoméne, en plaçant dans la cage des serpents, des rats, de petits oiseaux, des gre-

nouilles, etc., nous ne sommes jamais parvenu à observer un fait quelconque qui pût être interprété comme étant de la fascination, Loin de là, les animaux, placés en face des serpents, se montrent inconscients du danger qui les attend. Les rats se promènent dans la cage, flairent parfois le serpent, qui timidement se réfugie dans un coin, évitant le contact du petit rongeur. Quand la lutte commence, soit que le serpent et le rat se provoquent ou se jettent l'un sur l’autre, souvent c'est le rat qui commence le combat, se précipite sur son féroce ennemi et le mord à plusieurs reprises. Attaqué par le serpent, si celui-ci ne dispose pas de venin pour le terrasser immédiatement, le rat se défen d héroïquement jusqu'à ce qu'il succombe sous l'influence du fatal venin. Quand un serpent, en mauvais état physiologique, n’a pas son appareil à venin en bon état de fonctionnement, il peut être dévoré par le rat qu'on lui donne pour compagnon de cage afin de lui servir de nourriture. C’est ce qui nous est arrivé quelquefois en voulant traiter d'une manière spéciale quelques individus rares, dont la conservation nous intéressait. On voit donc, d'après ce que nous avons dit des serpents venimeux, que leur unique arme est dans l'appareil inoculateur du venin.

En ce qui concerne l’observation des espèces non venimeuses, nous n'avons pas été plus heureux, en employant comme victimes aussi bien les batraciens que les oiseaux.

Nous avons eu l’occasion d'assister à un fait qui pourrait

être pris pour un cas de fascination par un observateur peu attentif. Cela a eu lieu dans le jardin de l'Institut. Sur un rosier un couple de tico-ticos, ressemblant aux moineaux. (Zonotrochia pillata) avait appelé notre attention en criant d’une manière continue et affligée. En cherchant la cause de ce fait anormal, nous avons distingué au milieu du feuillage de l’arbuste, à proximité du couple désolé, un serpent cip6 (Herpetodryassexcarinatus) qui, la tête levée, paraissait immobile en attitude fascinatrice. De chaque côté lespetits oiseaux continuaient à crier en sautillant de branche en branch'’e à proximité du serpent. Detemps en temps, un d’eux, s’armant d'un plus grand courage, voletait le bec ouvert en cherchant à blesser le serpent. Celui-ci alors, ouvrait démesurément la bouche pour se défendre et l’agresseur, perdant un peu de son enthousiasme, se posait de nouveau sur une branche. Après avoir observé quelque temps cette émouvante dé-

“See V'RE Sr fense des petits oiseaux pour protéger leur progéniture, nous avons rétabli la tranquillité du foyer en retirant du rosier l'intrus ennemi.

Les observations superficielles de faits analogues peuvent expliquer peut-être l'origine de la croyance à la fascination.

__ Ils est nécessaire encore de considérer que la nature a doté les serpents venimeux d'un appareil inoculateur de venin meurtrier, dans le seul but de leur donner un moyen sûr de chasser leurs victimes. Il n’y avait donc pas nécessité d'un autre moyen, la fascitation. Les serpents non venimeux, pour leur part, sont assez agiles et n’ont pas besoin d'employer la fascination pour la capture des animaux dont ils se nourrissent.

Outre les observations présentées qui parlent contre la fascination, il y a une considération de biologie qui nous paraît avoir quelque valeur. C’est la suivante: il n'est pas logique ni naturel que des animaux placés à un degré inférieur de l’échelle zoologique puissent exercer une action quelconque à distance sur d’autres qui leurs sont supérieurs dans -cette même échelle.

En harmonie avec les faits constatés et les considérations exposées, d'illustres naturalistes ont combattu la croyance à la fascination des serpents.

Schlegel (1) s'exprime ainsi dans son excellent livre sur la physionomie des serpents.

“Il n’est guère personne qui n'ait entendu parler du prétendu pouvoir magique que doivent exercer les serpents sur les petits animaux, lors quils veulent s'en rendre maitres. Il y a peu d’ouvrages d'histoire naturelle, où l’on n'ait pas traité de ce phénoméne, contredit par plusieurs, défendu par d’autres, sans que l'on ait pu arriver à un résultat satisfaisant. Je ne répéterai pas les absurdités que les voyageurs ont écrites à ce sujet, et qui sont quelquefois eXtrêmerent curieuses. Il suffit de dire que ces contes, dont on trouve des traces chez plusieurs auteurs classiques, sont particulièrement en vogue dans l'Amérique du Nord, tandis qu'on les ignore dans les Indes orientales et en Europe, contrées riches en serpents de toute espèce. Cette observation est trop curieuse, pour ne pas mériter quelque attention, vu que elle prouve combien un fait vrai ou supposé peut se répandre au point de devenir populaire. Plu.

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