‹ La défense contre l'ophidismeChapitre 3 sur 107 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'Institut de Butantan, qui s’occupe depuis longtemps de l’étude de l’ophidisme, est arrivé à des résultats pratiques capables de garantir dans tout le Brésil, sinon dans toute l'Amérique du Sud, la défense efficace contre les accidents dûs à la morsure des serpents. Mais seulement dans l'Etat de S. Paulo, ces résultats ont été appliqués convenablement, en raison de la plus grande facilité qu'on a eu pour les faire connaître aux intéressés.

Dans le reste du Brésil on n’a rien fait pour propager les connaissances utiles qui se rapportent à cet important sujet. Cepen- ‘dant notre pays «est essentiellement agricole», selon le mot célèbre d'un éminent homme d'état, et l’agriculture paie le plus lourd tribut à l’ophidisme. Les effets malfaisants de ce tribut sont peu connus et n'impressionnent pas l'opinion publique, parce que d'un côté, nous ne possédons pas de statistiques, et que de l’autre, ces

effets s'exercent presque exclusivement sur les obscurs travailleurs

des champs. Mais si nous considérons les uniques données statistiques que nous possédons et qui sont celles de l'Etat de S. Paulo, en faisant une base pour évaluer approximativement ce qui se passe dans tout le Brésil, nous arriverons au résultat suivant:

Nombre probable de morts: 4.800 par an Nombre probable d'accidents 19.200 »

Considérons que le plus grand nombre de victimes est constitué par des individus vigoureux en pleine activité productive. En donnant la valeur moyenne de cinq contos (environ 8.333 francs) pour la vie de chaque individu, nous ne pourrons pas évaluer les préjudices materiels causés par l’ophidisme à moins de 24 mille contos (environ 40 millions de francs) par an, dans tout le pays, pour ne parler que des vies humaines, sans compter les préjudices causés par les accidents des animaux, qui doivent être énormes.

De ce qui vient d’être dit on déduira facilement la nécessité de commencer, dès à présent, une propagande méthodique pour répandre le plus possible les moyens de combattre ces accidents, étant donné le caractère éminemment patriotique et humanitaire de cette oeuvre.

san de mont

Nous savons bien que la tache sera extrêmement difficile, Ceux, en effet, qui sont les plus intéressés parce qu'ils tombent en plus grand nombre victimes des serpents, ne pourront être abordés que d’une manière indirecte, car non seulement ils sont entièrement ignorants, mais encore ils vivent dans une atmosphére de superstitions et d’idées fausses qui les empêche d'accepter la vérité. Cette considération ne doit pas nous retenir; elle doit plutôt nous faire comprendre la nécessité d'employer les plus grands efforts pour atteindre notre but. En agissant sur les classes les plus instruites au moyen de conférences, de démonstrations expérimentales et de publications, nous obtiendrons indirectement ce qui serait presque impossible à réaliser d’une manière directe. L’exemple de l'Etat de S. Paulo est, à ce sujet, extrêmement encourageant. Dans une douzaine d'années de propagande il a obtenu une diminution notable de la mortalité par ophidisme. Rares sont les fazendas qui ne possèdent pas de sérum et une seringue pour porter secours au premier accident; rares sont aussi les fazendeiros qui n'ont pas entendu parler du traitement spécifique des morsures de serpents. A cela a beaucoup contribué, en dehors des conférences et des publications, le service que nous avons organisé à l’Institut pour l'envoi de sérum et de seringues en échange des serpents qui nous sont envoyés de l’intérieur.

Pour chaque serpent remis à l’Institut l'agriculteur reçoit un tube de sérum, et s'il en a remis six, il reçoit, en outre, une seringue propre pour l'application du sérum.

L'Institut envoie à tous les fazendeiros qui manifestent le désir d'entrer en relations afin d'échanger des serpents pour du sérum et des seringues, des lacets pour capturer les serpents, dès caisses pour leur transport et des étiquettes qui, collées aux caisses contenant des ophidiens, donnent droit à l'expédition gratuite sur les chemins de fer.

Nous avons obtenu le transport gratuit des serpents destinés à l’Isntitut dans les compagnies suivantes: S. Paulo Railway, Sorocabana, Paulista, Mogyana, Säo Paulo—Rio Grande, Ferro Carril de Araraquara, Bragantina. Noroeste do Brazil, Funilense, Central do Brazil, Minas e Rio, Muzambinho, Sapucahy, Säo Paulo e Goyaz, Itatibense, Leopoldina e Estrada de Ferro do Paranä.

A l’occasion des travaux agricoles, principalement quand on

coupe le bois ou qu'on fauche l'herbe, on rencontre fréquemment des ophidiens et, parfois, en nombre considérable. Eh bien, aux fazendeiros qui se trouveront en relation avec l’Institut, il ne sera pas difficile de faire capturer les ophidiens rencontrés et, après les avoir emballés dans des caisses appropriées, de les envoyer à cet établissement. Il suffira pour cela de présenter les susdites caisses à la station la plus rapprochée du chemin de fer, après avoir collé dessus une étiquette conforme au modèle suivant, dont on lui aura envoyé un nombre suffisant d'exemplaires:

SAP À L'INSTITUT DE BUTANTAN S. PAULO Serpents Expéditeur Localité

L’expéditeur ne devra pas oublier d'écrire son nom à l'endroit indiqué sur l'étiquette, pour que l’on puisse inscrire à son crédit le serpent reçu.

Quant au moyen de capturer un serpent rien de plus facile. Il suffit de l'attraper par l’un de ses replis avec une tige en fer ou en bois dont l'une des extrémités est recourbée à angle droit, et de l’élever au-dessus du sol. Le serpent n’ayant pas de point d'appui, ne pourra pas attaquer et pourra être placé dans l’intérieur d'une caisse.

Une autre manière de procéder, extrêmement pratique et généralement adoptée dans presque toutes les fazendas, consiste dans l'emploi du lacet que l’Institut distribue. Cet instrument est constitué par une lanière de cuir montée sur un morceau de bois, l’une des extrémités étant fixée 4 un cordon pour pouvoir la serrer tandis que l’autre est assujettie au bois. Cet instrument peut s’adapter, au moyen d’un anneau métallique placé à l’une de ses extrémités, à un bâton quelconque que l’on peut se procurer au moment de s'en servir. Pour capturer un serpent, on fait passer sa

à SSL 5 PT tête par le lacet comme l'indique la figure numéro 2 et l’on tire la ficelle de manière à fixer la lanière de cuir immédiatement en arrière de la tête, comme l'indique la figure n. 3. Le serpent se débat un peu, mais quand on élève le lacet, il laisse pendre Île corps qu’on introduit dans la caisse de transport comme il est indiqué dans la figure n. 4.

Cette opération peut être exécutée sans le moindre danger, attendu que le serpent venimeux ne poursuit pas, ne saute pas, ne vole pas, comme le croient ‘ généralement les gens du peuple,

Pour attaquer ou se défendre, il a besoin de s’enrouler et de s’appuyer sur la partie postérieure ou caudale du corps pour attaquer

avec la moitié antérieure, C’est ainsi que le serpent atteindra au maximum-à une distance égale à la moitié de sa longueur totale,

L’échange de sérum et de seringues pour des serpents que les agriculteurs de l'intérieur envoient à l’Institut, augmente progressivement et a assuré la fourniture continuelle du matériel indispensable pour la préparation du sérum (venin). En outre, il contribue à rendre plus facile l'obtention de cet héroïque recours thérapeutique par ceux qui en ont le plus besoin, les travailleurs ruraux, qui, étant très pauvres et généralement très ignorants et superstitieux, seraient livrés à des charlatans incapables de les guétir, s’il n'y avait personne qui leur offrit gratuitement le traitement efficace. MM. les fazendeiros, convaincus de l'efficacité du traitement spécifique, par sentiment humanitaire et par intérêt naturel à protèger la vie de leurs ouvriers, ayant sous la main le sérum que l’Institut leur envoie en échange d'ophidiens, ne manqueront pas de secourir les pauvres victimes de l’ophidisme après avoir vaincu leur opposition née des préjugés et de l’ignorance.

Les résultats pratiques que, dans ce sens, nous avons obtenu dans l'Etat de S. Paulo, sont très encourageants et nous indiquent le chemin à suivre. Le nombre des agriculteurs qui se trouvent en r#lation avec l'Instiut, et qui au début ne dépassait pas une demi douzaine, a atteint actuellement deux mille. Le nombre de serpents reçus par cet établissement qui était autrefois extrêmement réduit, s’est élevé dans ces derniers ternps à un peu plus de cinq mille par an, ce qui réprésente une abondance de matériel pour le travail et le placement tout au moins de cinq mil-

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