‹ La défense contre l'ophidismeChapitre 60 sur 107 · AO · texte numérisé non relu

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La chasse aux ophidiens n’est pas chose facile. Cela provient moins du danger qu’elle présente et qui a été fort: exagéré, que de la difficulté de trouver ces animaux. Les serpents n’ont pas de demeure fixe où l’on puisse les trouver, et se confondent facilement avec les différents objets au milieu desquels ils ont l’habitude de se réfugier. Ils se cachent tantôt dans les terrains abandonnés, tantôt entre les pierres, sous des troncs d'arbres, dans des trous de tatou et surtout dans le feuillage des lianes. Nous avons essayé maintefois, sans le moindre résultat, de faire la chasse aux serpents dans des endroits où l’on nous avait dit que nous les trouverions en abondance et nous avons vainement cherché dans les cachettes où nous avions quelque chance de les trouver. Aussi, à notre avis, le moyen le plus pratique serait de dresser spécialement des chiens dans ce but, en prenant soin, évidemment, de les immuniser contre les différents venins.

Comme moyen indirect de destruction des serpents venimeux, nous avons la protection des animaux qui sont leurs ennemis naturels ou qui peuvent contribuer à leur destruction. On cite parmi ces ennemis des représentants de presque toutes les classes d'animaux. Chez les mammifères on cite: le porc, la mangouste, le hérisson et le lérot.

Le porc, seulement à l’état sauvage, habitué à une lutte énergique pour la vie, pourra attaquer les serpents, qu'il aura trouvé, pour en faire occasionnellement son repas. Elevé et soigné par J’homme, ayant une nourriture facile, il perd de suite les qualités de combativité et devient même complètement indifferent quand il est mis en présence d’un serpent venimeux, même s'il est piqué par lui. C'est ce que nous avons pu observer à l'occasion d'une expérience que nous avons fait pour la vérification de ce fait. Nous avons laissé un de ces animaux à jeun pendant 24 heures et, ensuite, dans un compartiment étroit, nous lui avons jeté un serpent à sonnettes, qui l'a mordu à plusieurs reprises. Le porc n’a présenté aucun symptôme d’empoisonnement, con: firmant, une fois de plus, que cet animal est extraordinairement résistant au venin; mais il n’a pas attaqué le reptile, malgré la faim qu'il devait alors ressentir.

La mangouste, ou mieux les mangoustes, car on n'en connaît pas moins de 20 espèces, sont des animaux terrestres qui se

nourrissent de proies et quelquefois de fruits et habitent les régions chaudes de l’ancien Continent. Elles sont un peu plus grandes que le chat domestique, ont le corps long, des jambes courtes, une tête effilée, des oreilles courtes et arrondies. La queue de longueur variable et épaisse à la base, est couverte de poils plus ou moins longs. Le pelage est grossier et a un aspect particulier par l'alternance d'anneaux clairs et foncés. Quelques espèces de mangoustes sont fameuses pour avoir été domestiquées et préconisées comme un moyen destructeur de rats et de serpents. Entre celles-ci nous nommerons /’ichneumon (Herpestes ichneumon) ou rat des pharaons et la mungo (Herpestes griseus). La première se trouve en Egypte, en Asie Mineure, au Maroc, en Algérie, et en Tunisie; le seconde dans l'Inde, en Indo-Chine, au Bélouchistan et en Afghanistan. Ces deux espèces sont notables par les combats qu'elles livrent aux serpents venimeux. Elles en sortent toujours victorieuses, non seulement par la grande agilité dont elles sont douées, mais aussi par la résistance extraordinaire qu’elles opposent à l'action du venin.

Il n'y a aucun doute que ces animaux puissent attaquer les serpents venimeux et être vainqueurs. C'est un fait qui a été constaté un très grand nombre de fois par des voyageurs et des savants. Ce qui peut cependant être mis en doute, c'est qu'ils soient réellement un élément utile comme moyen destructeur de serpents; car ils n'attaquent qu’accidentellement ces animaux. Ils sont omnivores et attaquent habituellement les oiseaux, oiseaux domestiques, rats et autres petits mammifères dont ils font leur nourriture ordinaire. Dans quelques régions ils constituent même un véritable fléau et sont pour ce motif poursuivis par l’homme. Ils ne doivent donc pas être compris parmi les éléments destructeurs des serpents venimeux.

Le hérisson d'Europe (Erinaceus europeus) est réfractaire à l’action du venin et doit être considéré comme un animal très. utile et digne de toute protection, car il a la spécialité de composer ses repas d'animaux nuisibles tels que insectes, reptiles (y compris les espèces venimeuses) et rats. M. Cherblanc dit qu'il n’y a pas de meiïllèur destructeur de vipères et de reptiles de toutes sortes que le hérisson. «Aussi la nature qui a bien fait toutes choses, l’a armé des pieds à la tête pour le rendre apte à com-

battre les plus terribles reptiles. Le hérisson par l’odorat ressem. ble au cochon, car il va chercher les truffes à 30 centimètres sous terre; il aperçoit les reptiles terrés et, avec l’aide de son museau et de ses petites pattes, il les découvre à 30 et même à 40 centimètres pour s'emparer d’eux.

Les expériences de M. Lenz faites avec un hérisson dans une cage sont extrêmement intéressantes et instructives :

«Le 30 Août, à 10 heures et demie, pendant que le héris- «son allaitait ses petits, je jetai dans la boîte où il se trouvait «une grande vipère. (Celle-ci était certainément venimeuse, car «deux jours avant elle avait tué un rat. Le hérisson la sentit de «suite, car c’est par l’odorat et non par la vue qu'il se guide. Il «se leva, s’approcha d'elle sans peur et la flaira de la queue à la «tête. La vipère fit entendre un sifflement et mordit le hérisson «à différentes reprises, principalemente aux lèvres (Comme pour «démontrer le peu de cas qu'il faisait d’un aussi faible assaillant, «il se contenta de lécher ses blessures, poursuivit son examen et «fut encore mordu, mais cette fois, à la langue’ Il n'en continua «pas moins, cependant, à le lécher, mais sans le mordre encore. «Il le prit ensuite par la tête, l’écrasa, tritura aussi bien les dents «que les glandes à venin et dévora la moitié du corps du reptile.

«Il alla ensuite se coucher de nouveau près des petits et «leur donner une autre fois à téter.

«L'après-midi il mangea un autre serpent et ce qui restait du «premier. Le lendemain matin il en fit de même de deux petites «vipères récemment nées- Sa santé ainsi que celle des petits, ne «s'altéra pas; il n’y avait même pas de tuméfaction dans les endroits «oû il avait été mordu.

«Le 1.er Septembre, nouvelle vipère, nouveau combat. Le «hérisson s’approcha du reptile, le flaira et reçut plusieurs morsu- «res à la face sur les poils et piquants et continua à le flairer. «La vipère, qui s'était blessée avec les piquants chercha à fuir; elle «glissa dans la cage. Le hérisson la suivit et reçut encore plu- «sieurs morsures. Ceci dura bien douze minutes. Le hérisson «avait été mordu dix fois sur le museau. Vingt morsures na- «vaient atteint que les piquants.

«La vipère avait été blessée à la gueule qui s'était remplie de sang, «Le hérisson l’avait prise par la tête, mais elle parvint à s'échapper.

«Je la pris encore et je vérifiai que les dents du venin se «trouvaient encore en bon état. Quand je la jetai à nouveau «dans la cage, le hérisson la mordit à la tête qu’elle écrasa, et «la dévora lentement malgré ses contorsions.

«Cette fois encore ni la mère, ni les petits hérissons ne pa- «rurent incommodés.

«Ces combats se renouvelèrent plusieurs fois et toujours le hérisson attaquait d’abord à la tête, ce qu'il ne faisait pas pourles animaux non venimeux».

Outre l'espèce européenne il en existe dans f’Ancien Continent beaucoup d’autres qui ont les mêmes coutumes. En Amérique, il n'existe pas d’animaux appartenant au genre des hérisson propement dits — Erinaceus.

Nous avons, au Brésil, quelques animaux appartenant à la famille des Cercolabidae, dont le corps est couvert de piquants. Ces animaux ne doivent pas être confondus avec le véritable hérisson européen ni rapproché de lui; on doit plutôt les considérer comme les représentants américains du porc-épic de l'Ancien Continent.

Selon le professeur Goeldi, ce sont des animaux flegmatiques, d'existence principalement nocturne, mais se mettant parfois aussi en mouvement pendant le jour.

Ils se nourrissent habituellement de fruits. Le plus connu de ces animaux, est le owriço caïreiro, (C. Vellosus) désigné par les Indiens sous le nom de coandu ou cuïm.

Nous ne pouvons donc attendre d'aucun des représentants de ce genre les services si utiles rendus par le hérisson européen, dont nous avons fait mention plus haut.

Dernièrement, Mr. G. Billard, de Clermont-Ferrand, fit connaître un petit mammifère, le lérot, réfractaire au venin de la vipère et qui attaque les serpents pour s'en nourrir. C’est un omnivore, n'ayant aucune prédilection pour les serpents. Nous n'avons, il me semble, aucun représentant de ce genre au Brésil.

Chez les oiseaux nous possédons un grand nombre d'espèces, qui aident à la destruction des serpents venimeux. Il est vrai que ce service a presque toujours été exagéré, car en règle géné. rale, les oiseaux qui mangent des serpents, le font accidentellement ou du moins ne sont pas exclusivement cphiophages, ils sont au contraire omnivores. Même ainsi on doit protéger tous

les animaux qui aident à la destruction d'aussi pernicieux ennemis, d'autant plus que, en ce qui concerne les oiseaux. presque toujours la capacité ophiophage coïncide avec les coutumes insectivores. De sorte que ce sont des animaux doublement utiles 4 l'agriculture

Parmi les oiseaux nous ne citerons que ceux du Brésil, dont la liste sera forcément incomplète en raison de l'insuffisance d'informations.

Ce sont les suivants:

a) L'éma ou Nhandu (Rhea americana) animal omnivore et qui ne se nourrit qu'accidentellement de serpents.

ë) La sériema (Dicholofus crystatus) jouit d’une plus grande réputation que l'espèce précédente; elle est respectée par les sertanejos (habitants de la campagne), car elle a la réputation de dévorer une grande quantité de serpents et de lézards.

c) Le jabirü ou jaburü (Micteria americana) a aussi la réputation de chasseur de serpents.

d) L'épervier connu sous le nom de Macaguä, acauâ ou oacauà (Herpetoteres cachinans) jouit d’une grande réputation comme destructeur de serpents et de reptiles de toutes sortes.

Il est considéré par les indiens comme oiseau sacré, selon l'affirmation du professeur Goeldi, et invoqué pour la guérison des morsures des serpents.

Nous pourrions en citer beaucoup d'autres, principalement parmi les oiseaux de proie, qui passent pour des destructeurs d'ophidiens. Mais il s’agit de faits qui ont besoin d’être scrupuleusement vérifiés. Nous croyons aussi que ni les mammifères, ni les oiseaux accidentellement ophiophages, ne doivent être considérés comme des éléments de grande valeur, dans la défense contre l’ophidisme, car, en vertu de la loi du moindre effort, ils feront naturellement un nombre insignifiant de victimes parmi les espéces venimeuses. Etant des animaux omnivores ils préfèrent certainement une autre nourriture plutôt que de soutenir la lutte avec les serpents.

Afin de vérifier jusqu'a quel point on peut compter sur les oiseaux comme auxiliaires pour la destruction des serpents, nous avons réalisé diverses expériences. Pour l’une d'elles nous nous

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