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présance de Fayer ces serpents en dévorèrent deux autres qui avaient été tués par des serpents «Najas»; ils mangèrent également des serpents d’arbre.
Au Brésil nous avons plusieurs espèces ophiophages, dont quelques unes pourront jouer un rôle important dans la défense contre l’ophidisme, comme élément destructeur des espèces venimeuses.
Tous les Elaps sont ophiophages. Tout au moins les espèces que nous avons eu au laboratoire, paraissent se nourrir exclusivment d’autres serpents, non seulement parce que, à l'autopsie, on a rencontré d’autres serpents dans leur intérieur, mais aussi parce qu’elles possèdent un venin d'activité spécialisé pour les autres serpents. (C’est un genre qui compte un grand nombre d'espèces dans notre pays, mais que l’on ne peut pas malheureusement recommander de protéger, parce qu'il se compose de serpents venimeux et par suite dangereux pour l’homme.
L'Erythrolamprus aesculaprii est une espèce de corail non venimeux, extrêmement fréquente dans l'Etat de St. Paul et quiaété
rencontrée dans le Nord du Brésil et dans plusieurs pays de
l'Amrèique du Sud.
Il a le long du corps des anneaux noirs, rouges et blancs ou légèrement jaunûtres.
Ces anneaux peuvent avoir une disposition variable, selon la variété en question, car l'espèce compte un grand nombre de variétés. La variété la plus abondante au Sud présente la disposition suivante dans les anneaux: groupe de deux ou trois anneaux noirs de 1 centim. ‘/, de large, séparés entre eux par de fins anneaux blancs, les différents groupes étant séparés les uns des autres par un large anneau de couleur rouge. La tête est un peu large, avec une dépression à son union avec le reste du corps. Les yeux sont grands — caractère qui sert à les distinguer des coraux venimeux qui ont les yeux et la tête extrêmement petits. Il ne
grandit pas beaucoup: les plus grands individus ont 80 cent. de longueur.
Cette espèce paraît ne se nourrir exclusivement que d’autres serpents. Ce fait a été constamment vérifié dans un grand nom. bre d’autopsies, faites sur des individus de cette espèce. Mais
nous n'avons jamais pu faire prendre d'aliments à des reptiles de
cette espèce en captivité.
C’est donc, une espèce qui doit être protégée.
LE MUSSURANA.
Oxyrhopus cloela et et non Rhachidelus brazilii, (") comme il a été dit par erreur dans la première édition de ce travail, est un serpent très intéressant, car à la qualité d’être absolument inoffensif pour l’homme et pour les autres animaux, il joint celle de se nourrir d’autres serpents même venimeux. Parmi ceux-ci, les seules espèces qui peuvent lui résister parce qu'elles sont également ophiophages, et le tuer non par la force, mais par l'action du venin, se trouvent les Elaps, comme on l’a dit antérieurement à propos de la sensiblité des différentes espèces à l'action des venins.
Il y a déjà quelques années que nous possédons en captivité quelques Mussuranas que l'on nourrit habituellement avec des jararacas, des serpents à sonnettes et d’autres espèces venimeuses.
Comme il s’agit d’une espèce utile, qui doit être protégée, nous nous sommes efforcés de la faire bien connaître par les gens du peuple, principalement par les agriculteurs. Nous avons commencé par accepter et fixer un des nombreux noms vulgaires, par lesquels il nous a été désigné, celui de Mussurana. Nous l'avons fait non seulement parce que c’est probablement un des plus anciens noms à cause de son origine tupy, mais aussi parce que la signification de ce mot est en parfait accord avec l'apparence de l'animal et la physionomie des plus sympathiques de sa biologie.
Mussurana, signifie, en effet, dans la langue tupy, - corde. — Sa grand flexiblité et sa façon de procéder quand il attaque un autre serpent en enserrant toujours, avec les replis de son flexi-
() Le Rhachidelus brazilii, espéce décrite par M. Boulenger dans les «Annals and Magazine of Natural History — Ser. 8, Vol. II, luly 1908, peut être facilement confondu avec le Mussurana (Oxyrhopus-cloelia) tant à cause de la conformation de la tête, que à cause de la couleur et de la disposition des écailles: La différence la plus notable est dans la série d’écailles du corps, qui est de 25 chez le Rhachidelus. C’est aussi une espèce inoffensive pour l’homme, mais qui ne
se nourrit pas de serpents; sa nourriture preférée semble être constituée par de pe-
tits oiseaux.
sie OM":
ble corps, la victime dont elle veut se nourrir, justifient pleinement ce nom.
Une autre explication, certainement plus érudite et plus correcte nous a été communiquée par notre éminent ami Mr. le Dr. Théodoro Sampaio, grande autorité en la matière.
Nous ne résisterons donc pas au désir de transcrire intégralment le passage de la lettre où il eut l’amabilité de nous communiquer son interprétation de cette designation.
«Ce nom, dit le le Dr. Théodoro Sampaio, qui est indubitablement tiré de la langue tupy, a certainement été recueilli par le peuple mais avec le vice de prononciation d’où procède la fausse orthographie — Mussurama, au lieu de Mussurana qui, me semble la véritable, comme je vais l'exposer.
D'après ce que je sais sur l’aspect extérieur de ce serpent, il a le dos noir luisant et ressemble beaucoup au mossum ou mossü, espèce d'anguille de nos rivières et étangs. À cause de cette ressemblance l’indien toujours très bon observateur le dénomma alors, — Mussurana. Mussurana est, en effet, un vocable dérivé de Mossum ou Mossüû auquel on donne la désinence rana, qui dans la langue tupy exprime une chose fausse ou qui ressemble à une autre. Mussurana signefie donc, exactement, au mussüu, où faux mussü, ou mussü apparent.
L'indien, dans les dénominations d'animaux et de choses usait communément du ‘procédé de comparaison. C'est ainsi qu'il disait: Gitirana pour dénommer une plante rampante, solanée qui imite la pomme de terre douce, (geti); Mucuirana ou Muquirana pour désigner le pou, qui est semblable au Mucuim; Tupinambarana pour désigner une nation sauvage, que ressemble à la Tupinambä. Encore aujourd’hui dans la vallée de l’Amazone, la population tapuia ou mameluca emploie la même désinence rana même avec les mots portugais; c’est ainsi que l’on nomme cannarana, une canne sauvage ou flexible, qui croît en abondance sur les bords du grand fleuve et de ces affluents.
Comme ce serpent paraît devoir se populariser entre nous par son action bienfaisante, comme la mangouste dans l'Hindoustan, et se faire connaïtre dans le monde, ce doit être sous son véritable nom d'origine, Mussurana, à côté
du nom scientifique — Oxyrhopus cloelia.
Le nom tupy mussurana ou plus exactement muçurana ne signifie corde qu'au sens figuré.
Corde, dans le tupy brésilien, se dit ckama ou çama ou plus couramment çà. La corde de l'arc se nomme, en tupy, guirapaçä, celle du hamac, tupaçä.
Le mot muçurana (muçurâ en guarany) designait une corde spéciale, faite avec du coton, qui servait pour attacher les prisonniers au moment où ils allaient être mis à mort dans le camp ennemi, (taba).
C'était une longue corde, dela grosseur de 2 cent. environ qu'on endusait d’une espèce de résine foncée ou cire de terre, pour la rendre plus raide et l'empêcher de s'effiler. De là, vient probablement, le nom muçurana, qu'on lui donnait pour sa ressemblance avec le muçü:
On voit donc, par les érudites explications du Dr. Théodoro Sampaio que la désignation de Mussurana, appliquée à ce serpent, remplit complètement son but, soit, considérée dans le sens direct ou étymologique (muçü, anguille), (rana, ressemblant), ou dans le sens figuré — de mussurana — corde de forme spéciale, ainsi appelée parce qu’elle est comparable à l’anguille.
À l’analogie de forme, tirée naturellément des caractères physiques de l'animal, nous dévons ajouter l’analogie des fonctionsjustement quand nous considérons le mot mussurana comme désignant une espèce particulière de corde qui servait pour le sacrifice des prisonniers. La mussurana, — corde, — servait pour attacher le prisonnier au moment du sacrifice; la mussurana, serpent, attache avec son propre corps la victime au moment de la tuer. Il est bien possible que les Tupy aient observé très souvent ce combat curieux et émouvant et que, guidés par l’analogie des caractères physiques et de la fonction, ils aient nommé très exactement Mussurana l'espèce dont nous nous occupons.
Ce serpent est de couleur noire grisâtre, luisante, de teinte claire sur le dos; les écailles complètement lisses et brillantes ont
un aspect irisé, donnant l'impression d’un corps, de nuance gorge de pigeon; les parties latérales sont d'un léger ton brun rosé; la partie ventrale est de couleur variable: tantôt toute grise, tantôt entièrement jaune blanchâtre, tantôt d'un gris tacheté de blanc. La partie inférieure du menton est presque toujours blanchâtre; les individus jeunes ont, à l’union de cette partie avec le reste du corps, une bande rosée, comme une sorte de collier. La tête est petite, une peu obtuse, les écailles sont lisses et larges; yeux petits et saillants. Corps excessivement flexible, beaucoup plus mince chez les individus màles que chez les femelles. La queue relativement fine et longue; beaucoup plus grosse et longue chez le mâle que chez la femelle. Les individus de 1 m. ‘/, sont. communs, quelques-uns peuvent même atteindre jusqu'à 2 m. 35 cent. de longueur.
Les premiers individus que nous avons possédés ont été trouvés dans les terrains de Butantan. Maintenant, nous en recevons d’autres endroits de l'Intérieur, parmi lesquels nous mentionnerons : Campo Alegre, Saldanha Marinho, Ourinho, Limeira, Mocéca, Cotia, Ponta Grossa, S. Pedro, Pelotas, Mogy-Guassü, Campo Bello et Ipanema.
Nous avons eu l’occasion de voir un individu mort dans le sud de l'Etat de Minas aux environs des Eaux de Lambary.
Il a probablement un habitat assez étendu; la rareté relative avec laquelle on le rencontre, pouvant être expliquée par ses habitudes nocturnes et l’habilité avec laquelle il se cache. Le Mussurana n’est pus absolument un serpent d’eau, parce qu'il ne vit pas dans l’eau; mais il aime à se baigner.
Et c’est peutêtre à cause de cela qu’il est fréquemment rencontré, dans les plaines ou marécages, au bord des ruisseaux et des rivières.
Le fait le plus. important de la biologie de cette espéce de serpents, dont on peut tirer parti pour la défense contre l'ophidisme, est de se nourrir d’autres serpents en s’attaquant habituellement aux serpents venimeux les plus fréquents dans la région Sud Américaine. Il y a déjà quelques années, nous avions observé que quand des individus de cette espèce étaient mis en cage avec d’autres serpents, ils tuaient leurs compagnons, sans toutefois, les avaler, probablement, à cause du manque d'espace.
Ayant eu, depuis, l’occasion d'observer la déglutition d’un ser: pent non venimeux par un Mussurana, nous avons eu l’idée de vérifier s’il attaquait aussi les serpents venimeux pour en faire sa noutriture. Ce fait a été très souvent observé, à l'Institut, où nous avons enregistré les observations faites avec plusieurs individus.
Le Mussurana se nourrit de serpents, fait qui a pu être constaté par l'observation directe et par l’autopsie des individus récemment capturés Il pourra attaquer très problabement, quelques-unes des espèces venimeuses que l’on trouve dans notre pays. Nos expériences faites avec quelques Mussuranas, déjà captifs depuis quelque temps, nous ont permis de constater qu'ils attaquent: Jararaca (L. lanceolatus), urutü (L. alternatus) et serpent à sonnette (Crotalus terrificus). Nous employons de préférence ces espèces venimeuses comme victimes, parce que ce sont celles qui existent en plus grand nombre dans le «serpentario» (parc aux serpents) de l’Institut. Nous croyons, cependant, comme il a été dit, que le Mussurana, pourra attaquer victorieusement n'importe laquelle des espèces venimeuses.
Le Mussurana peut attaquer et tuer un serpent venimeux quoiqu'il sont plus bien gros que lui. Le fait suivant, observé par nous, en est une preuve. Nous étions, le soir, dans le laboratoire, lorsque on nous a apporté un jararaca (L. lanceolatus) qui avait été capturé dans le voisinage. Comme, à cette heure, le parc aux serpents était fermé et qu’il n'y avait dans le laboratoire d’autres caisses que celles qui étaient occupées par des Mussuranas, nous avons résolu de placer le jararaca, qui mesurait environ Im.40 avec un petit Mussurana qui n'atteignait pas 1 m. de longueur, persuadé que celui-ci aurait peur d'attaquer le serpent venimeux. Le lendemain, à notre grande surprise, nous avons trouvé le Mussurana qui avait déjà avalé le jararaca jusqu’à moi tié corps. Il resta ainsi longtemps dans cette position jusqu'à ce qu'il se vît forcé de rejeter la partie qu'il avait avalée.
Nous avons actuellement des Mussuranas en observation. Le plus ancien a commencé à être observé en juin 1909. C'est une femelle de 1m.70. De juin à décembre 1909, elle a mangé à intervalles irréguliers, six jararacas (L. lanceolatus); elle a changé
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