‹ La défense contre l'ophidismeChapitre 68 sur 107 · qu'il était possible de vacciner de petits animaux contre · texte numérisé non relu

qu'il était possible de vacciner de petits animaux contre

le venin en leur conférant une immunité assez grande contre lui;

2. que les animaux vaccinés contre le venin de Cobra supportaient impunément des doses de venin de vipère et d’autres reptiles (Bungarus Cerastes, Naja, Pseudechis), qui étaient certaine-

ment été mortelles pour les animaux témoins;

3. que le sérum des anim ux vaccinés renfermait des substances anti-toxiques capables de transme tre l'immunité à des animaux non préparés.

Phisalix et Bertrand qui ont expérimenté seulement avec le venin de vipère, ont établi que la meilleure méthode d’immunisa-

tion consistait à injecter une dose de venin chauffé à 75° en re-

1) Calmette — Les venins, les animaux venimeux et la sérothérapie anti — venimeuse page 254.

commençant 48 heures après avec la même dose non chauffée. Calmette qui s’est plus spécialement servi du venin de Cobra (Naja tripudians), a indiqué la méthode d'immunisation suivante. Il a commencé par des injections, à petites doses, de venin mélangé avec une solution d’hypochlorite de chaux et a augmenté peu à peu la quantité de venin en diminuant celle d’hypochlorite. Il a répété les injections de 3 en 3 jours ou de 4 en 4 jours suivant les variations de poids des animaux. Il a suspendu les injections dès qu'il est survenu de l’amaigrissement et il les a reprises aussitôt que le poids est redevenu normal. Après quatre injections de venin avec de l’hypochlorite, il a injecté directement demi dose du minimum mortel de venin pur; trois jours après, trois quarts de la susdite dose et après un nouveau délai de quatre jours, une dose du minimum mertel. Par cette méthode, Calmette est arrivé à faire supporter, en six mois, une dose égale à cent fois le minimum mortel.

Calmette est arrivé par ce moyen à immuniser des chevaux, dans le but d'obtenir du sérum anti-toxique applicable au traitement de la morsure des serpents. On avait cru que le sérum ainsi obtenu était suffisamment actif pour combattre toute espèce d'accident ophidique et même des accidents déterminés par des arachnides.

Lorsque les premiers travaux de Calmette ont été publiés, nous nous occupions déjà de l’étude de l’ophidisme tant au point de vue de l’action toxicologique du venin qu’à celui de la thérapeutique des accidents. Ces travaux sont venus mettre une grande lumière sur notre route, en orientant nos expériences pour vérifier les grandes vérités qui devraient constituer les bases de la sérothérapie anti-ophidique. Nous avions, à cette occasion, dans notre laboratoire, deux espèces venimeuses: le Crotalus terrificus et le Lachesis lanceolatus. Ces deux espèces fournissaient respectivement des venins bien dissemblables au point de vue physiologique et

nous avions consacré nos soins à immuniser des animaux les uns

contre le premier de ces types de venins et d’autres contre le second. Nous sommes parvenu à notre but après de nombreuses expériences en suivant une technique qui différait de celle établie par Calmette, en ce que nous employions le venin pur dès les premières injections, sans avoir recours au mélange avec l'hypochlorite de chaux. Nous avions vérifié que le sérum des animaux immunisés contre le venin de Crotalus terrificus était très antitoxique par rapport à ce dernier venin. Lorsque, en effet, il était injecté à des animaux neufs il les protégeait contre des doses un grand nombre de fois supérieures au minimum mortel, tandis que il ne possédait pas la même action quand il était essayé par rapport au venin du Lachesis lanceolatus. Inversement le sérum des animaux immunisès contre le venin de Lachesis lanceolatus, très actif par rapport à ce dernier venin, n'avait plus d'action quand il était employé par rapport au venin de Crotalus terrificus. Nous avions ainsi vérifie la spécificité de la réaction du venin sur l'organisme animal, dont dérive la formation de l'anti-toxine. Théoriquement nous aurions besoin d'autant de sérums anti-venimeux qu’il y a de qualités de venins ou qu’il y a d'espèces venimeuses. Dans la pratique cette vérité rencontrerait de grandes difficultés d'application, non seulement à cause du grand nombre d'espèces venimeuses, mais aussi à cause de l'incertitude où l’on se trouve presque toujours, dans les accidents naturels, au sujet de l'espèce qui a fait la morsure.

En cherchant à résoudre pratiquement le p oblème pour notre région, nous en avons étudié les espèces venimeuses et leurs venins respectifs. Nous sommes arrivé à les grouper selon leurs affinités zoologiques qui correspondaient à leurs affinités au point de vue toxicologique. À un type de venin crotalique (fourni ordinairement par le Crotalus terrificus) a correspondu un type de sérum spécifique anti-crotalique, fourni par les animaux immunisés contre ce venin. À un type de venin que nous avons appelé

bothropique parce qu’il est fourni par diverses espèces qui ont

appartenu à l’ancien genre bothrops (L. lanceolatus, L, alternatus, L. atrox), correspond un sérum anti bothropique qui nous a été fourni par des animaux immunisés contre un mélange de ces venins. Parallèlement à un type élapiné fourni par différentes espèces d'Elaps, spécialement par l’Elaps frontalis et l'Elaps corallinus, nous comptons un sérum anti-élapiné fourni par des animaux immunisés contre ces venins. Outre ces sérums spécifiques applicables dans les cas où est determinée l’espèce qui a causé la morsure, la pratique exigeait une solution pour les cas où l'on ne peut pas déterminer la qualité du serpent qui a causé l'accident.

Nous avons obtenu la solution du problème par l’immunisation du même animal contre un mélange de venins, dans lequel devaient entrer proportionnellement à la fréquence des espèces qui les fournissaient, les venins de toutes les espèces de la région.

Nous avons ainsi obtenu un sérum polyvalent pour la région sudaméricaine, que nous avons appelé sérum anti-ophidique. Quand

le sérum polyvalent ainsi preparé se révèle faible par rapport à un type de venin, nous le renforçons habituellement par l'addition

dé sérum spécifique correspondant.

En 1898, nous avons eu l’occasion d’expérimenter pour la première fois le sérum anti-venimeux de l’Institut de Lille et nous avons constaté qu'il ne :ossédait pas d'action anti-toxique par rapport aux venins de Crotalus terrificus et de Lachesis lanceolatus. To tefois, nous n'avons pas eu de conclusion absolue à ce sujet parce que l'échantillon de sérum dont nous nous sommes servi, n'était pas de préparation récente, car il y avait plus d'un an qu'il avait été livré à la consommation. En mai 1901, nous avons eu à notre disposition quelques tubes de sérum Calmette, qui nous ont servi pour réaliser diverses expériences. Les résultats de ces recherches qui ont confirmé ceux que nous -vions obtenus anté rieurement, sont résumés das le tableau suivant:

Sérum anti-crotalique et sérum Calmette appliqués contre le venin de serpent à sonnettes. Etude comparative des deux sérums.

Action curative:

èt £ E v'= © "É El D.H,g S + © ww EË $ L'é8 5 £ E 8 ë Es + Et 4 S8".5S À eX° ÿ 5 502 Z à ë mere Q EE

gr. O,0001 22 minutes

2 gr. 0,0001 24 minutes 3 gr. 0,0001 | Calmette 2$ minutes 4 625 gr. |gr.o,o001| Idem 25 minutes 5 gr. 0,0001 Idem 28 minutes n'a pas re 6 670 gr. | gr. 0,000! : De IE ler S çu de sérum n’a pasre- I = gr. 0,0001 Eu Ga çu de sérum 2RS — |gr.0,0001| Calmette | 1 c. c. (Q =:

© o ep où Anti-crota- 3 = gr. O,0001I 5 I C. c. O lique

Action préventive :

Différence de temps entre l'injection do sérum et celle du venin

Quantité

56 minutes

54 minutes

Observation

N'a pas montré des symptomes.

Idem

Mort en 11 heures et 3 minutes.

Mort en 28 heures et 16 minutes.

Mort en 8 heures et 39 minutes.

1er témoin - Mort en 10 heures et 48 m.

2me témoin - Mort en 3 heures et 23 m.

Sérum mélangé avec la venin:

Mort en 5 heures et 12 minutes.

Sérum mélangé avec le venin.

L'animal n'a présenté aucun symptôme ? .

d empoisonnement.

Observations

L'animal na pas présenté de symptômes d'empoisonnement.

Mort en 2 heures et 19 minutes.

| RAR à

De nos expériences (!) il résulte que la relation entre le venin que l’on injecte et l’antitoxine que l’on obtient est spécifique. Ce fait a été aussi établi par d’autres expérimentateurs. C'est ainsi que L. Rogers (*) a vérifié que le sérum antivenimeux de Calmette qui neutralise efficacement l’action toxique du venin de Naja tripudians, est sans effet sur le venin des hyd ophines.

C. J. Martin (*), G. Lamb et Tidswell en étudiant la question de spécifité des sérums antivenimeux, sont arrivés à des conclusions parfaitement identiques à celles que nous avons énoncées ici.

Le professeur Maurice Arthus a repris la question en 1911, en réalisant des expériences extrêmement intéressantes. Il a ainsi démontré que le sérum anti-cobraique de Calmette possède une action incomparablement plus énergique quand il est employé contre le venin de Naja tripudiants, que quand il l’est contre les venins de Naja bungarus et de Bungarus ceruleus, bien que ces deux derniers venins soient équivalents au premier au point de vue physiologique. Disons, toutefois, en passant que la petite action que le susdit venin possede sur les deux derniers, est parfaitement compréhensible. Le venin que Calmette emploie pour l’immunisation de ses animaux arrive, à l’état sec, de l'Inde et de l’Indo Chine et doit être constitué, oar un mélange de venins des espèces les plus abondantes dans ces régions. Dans le mélange doit naturellement prédominer le venin de Naja tripudians qui est une espèce incomparablement plus fréquente que toutes les autres.

Arthus (*) avait constaté que physiologiquement les trois venins de Lachesis lanceolatus, Crotalus terrificus et Crotalus adamanteus, sont équivalents parce qu’ils présentent tous une action coagulante et dépressive. Il a cherché à voir si l’action anti-coagulante et anti-dépressive des sérums anti-crotalique et anti-bothropique est générale ou spécifique pour chaque qualité de venin. Il est ainsi arrivé à conclure que les sérums nti-venimeux sont essentiellement spécifiques et n’agissent essentiellement que sur les venins utilisés pour sa préparation. C'est pour cela que le sérum

(1) Vital Brazil — De l'empoisonnement ophidique et son traitement 1902. (2) L. Rogers-Proced — Roy — Soc. T, LXXI. 26. mai 1903. p. 481. (3) C. J. Martin and G, Lamb-Snake-poison and snake-bite page 29.

(4) Maurice Arthus-Comptes rendus de l'Académie des Sciences. T, 153

N. 26 - Décembre 1911 - page 1504.

RS per

anti-cobraique de Calmette, mélangé avec les venins de L. lanceolatus et de C. adamanteus ne supprime pas leurs effets dépressifs et coagulants, Le sérum anti-crotalique (de l’Institut de Butantan) anti-dépressif et anti-coagulant par rapport au venin de Crotalus terrificus, ne supprime pas les effets dépressifs du venin de L. lanceolatus, ni ne s'oppose à l’action coagulante exercée in vivo par les injections intraveineuses des venins de L. lanceolatus, de Vipera Russeli et d'Hoplosephalus curtus. Le sérun anti-bothropique (de l’Institut de Butantan) ne supprime pas les effets dépressifs et coagulants du venin de Crotalus terrificus. Les venins de L. lanceolatus et de Crotalus terrificus font coaguler in vitro avec rapidité les liquides fibrinogènes ; les venins de Crotalus adamanteus et d'Hiplocephalus curtus les font aussi coaguler, mais plus lentement. Le sérum antibothropique s pprime l'action coagulante du venin de Lachesis lanceolatus, mais il respecte celle des venins de Crotalus terrificus, C. adamanteus et de Hoplocephalus curtus. Le sérum anti-crotalique supprime l’action coagulante du venin de C. terrificus, mais il respect celle du venin de C. adamanteus, d'Hoplocephalus curtus et de L, lanceolatus. L'action des sérums antivenimeux est donc, conclut l’éminent physiologiste de Lausanne, zoologiquement spécifique, sauf dans de rares exceptions: elle s’exerce uniquement sur les venins dont on s'est servi pour l'immunisation des chevaux producteurs.

Pratiquement il en est ainsi. En immunisant intensivement un animal contre le venin d’une espèce, on obtient un sérum qui n'est utilisable que pour combattre les empoisonnements produits par la même espèce.

Dans le but d'étudier avec plus de détails la question de la spécificité, nous avons immunisé des animaux respectivement avec l'un des venins des espèces suivantes: Crotalus terrificus, Lachesis lanceolatus, Lachesis alternatus, Lachesis atrox, Lachesis jararacuçü. Outre ces sérums strictement spécifiques, nous avons obtenu le sérum contre le Notechis scutatus, qui nous a été gracieusement envyé par le laboratoire de Tidswel a Sidney, et aussi l’anti-cobraique qui nous a été forai par le laboratoire do Kasuli dans l'Indie. Nous avons dosé tous ces sérums par rapport au venin de Crotalus terrificus au moyen d'une méthode excessivement précise, qui sera décrite minutieusement à propos de la méthode de dosage des serums anti-venimeux. Voici les resultats.

Sérum anti-crotalique a dosé, par cent. c., 1200 minimes mortels;

» anti-L. lanceolatus » » PAS O » »

» anti-L. alternatus » » » » I » »

1 anti |. atrox Un CORRE I » »

» anti-L. jara acuçü » » » » 2 » »

» anti-Notechis scutatus » 2:13 I » »

> de Kasuli » » > I » »

Ce travail, qui sera complété par le dosage de tous ces sérums par rapport à tous les venins auxquels ils doivent leur origine, démontre abondamment la loi de spécificité qui nous paraît définitivement établie. Quand il faudra préparer des sérums anti-venimeux applicables dans une région déterminée, le premier travail devra consister à étudier les espèces venimeuses de la region, ainsi que leurs venins, et à les grouper en types basés sur l’action physiologique. D'une manière générale, on peut dire que les serpents appartenant au même genre produisent des venins voisins par rapport à leur mécanisme d'action, lesquels peuvent être rattachés à un type toxique que l'on pourra utiliser pour la production de l’antitoxique correspondant.

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