‹ La défense de BelfortChapitre 10 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

n^ifiiiç Tpaam dd siteE. d^fou l'ihtssiissuieht

JUSOCàU lOHB&BDEIENI.

Occupation des abords de la place par la garnisc Reconnaissances offensives.

Dès le 3 novembre, et pendant la marche de l'investissementj ie commandant supérieur prit ses dispositions pour l'occupation des positions extérieures

r nos troupes , ce qui fut immédiatement corn-

BQCé.

j Une compagnie et demie du 84° de ligne fut envoyée dans le bois de la Miolte, qui couvre l'arête de terrain prolongeant l'escarpement de la Miotte, avec îfdre de jeter aussi en avant que possible, vers Vejiaue RoDDôetDenney, des tirailleurs habiles, pour lurmenleniennemî.

PK£MiER£ P£RIODK DU S1ËG£. 87

QdUitre cempa^ks de mobiles du Rhôae^ d«& 1 6® et 65^ régiments provisoires, et une de- mobiles de Saô^e^etrLoire , oecu'père&t Péreisfôe et les bois Yoi^ins. e& s'éclairaut, ps^rdes sentinelles et d!es petits postes^ sur tout la pourtour de la lisière des bois, et se relièrent sur la droite avec la redoute des Hautes-rPerches:.

Deux comps^ûies de Saône-et- Loire et les d'eux de firancs-iireurs d'AItkirch, furent détachées àDanjoutin et durent s'éclairer soigneusement dli côté du bois du^ Bosfiiont, surtout vers un petit pK de terrain situé entre les hauteurs du Bosmont et des Perches, caché aux vues de la place^ et qui pouvait aider une colonne venant du bois à tenter une surprise suor le village^

Cette petite garnison détacha une grand'garde à la fierme de Froideval, située dans une éclaircie du Grand-îBois, sur la rive gauche de la Douce^ dans une boucle de la rivièire qui protège cette position . Cette grand'garde éclairait les chemins qui traversent la partie. Sud du Grand-Bois, et le coUiTS inférieur de la Douce. La garnison de Danjoulin se reliait par des sentinelles à l'ouvrage des Basses-Perches et au fauboarg du^ Faurneauv occupé» par les d^ix autres compagnies de Saône-et-Loire.

En cas d'attaque du village et de retraite forcée^ les troupes de Danjoutin- devaient se replier derrière le remblai du chemin de fer de Mulboufee, pour y

88 FREU1£HE PiilUUDE UU bibG£.

opiniàtrer la défenee et favoriser uo retour offensif des troupes de la place.

Deux compagDieB de la Hante-Saône, détachées du bataillon de l'ouvrage de Bellevue, furent placées dans le Graud-Bois, au-dessus du cbemiD de fer de Besançon, pour en éelairei' la lisière vers la Douce, et se relier à Froideval. Elles avaient une graod'garde dans le village de Baviltiers, surveillant ses abords^ et étaient en relation par des sentinelles avec l'ouvrage de Bellevue.

Une série de petits postes, suivant ie sommet des pentes qui bordent la Douce, reliaient Bavilliers an Moot prés du village d'Ëssert et devaient, en cas d'attaque, se replier entre les Barres et Bellevue, pour y prendre position et tirer sur les colonnes qui chercheraient à se diriger sur Bellevue.

Le 3* bataillon de marche (45'') et deux compagnies des Vosges continuèrent à occuper le Mont, eu éclairant tous les bois en avant, depuis Cravanche jusqu'à Ëssert.

Quatre compagnies du 16' (Rhône), sous les ordres du commandant Duriuge, restèrent au hameau de la Forge, éclairant le pied de la forêt d'Arsot.

Cet ensemble formait autour de la place, à environ deux mille cinq cents mètres, en moyenne, un cordon continu de troupes , surveillant tous les abords, et découvrant les parties du terrain cachées -à la fortification. Cette ceinture pouvait, par les cor-

PK£MI£IŒ PÉRIODE DU SIÉG£. 89

dons de sentinelles qui la reliaient aux ouvrages, prévenir rapidement de toutes les tentatives de Tennemi, et permettre ainsi de prendre les dispositions convenables pour les combattre eflicacement.

Néanmoins^ cette organisation ne put pas^ dès les premiers jours ^ avoir toute son efficacité, parce que les villages qui lui servaient de point d'appui, n'étant pas encore retranchés, ne pouvaient faire qu'une défense précaire contre une attaque en forces, ce qui interdisait d'y placer des garnisons un peu nombreuses qui, nécesâitantun certain temps pour effectuer leur retraite, auraient pu s'y faire enlever en partie.

Les garnisons des villages eurent ordre de faire appel au concours des gardes nationaux sédentaires de la localité , tant pour le service de surveillance militaire que pour les corvées de travailleurs aux retranchements, et de pousser chaque jour de nombreuses reconnaissances sur tous les points en avant, pour aller surveiller les travaux et les dispositions de Tennemi, lui tendre des embuscades dans le but de tuer ses postes et sentinelles, et lui causer d'incessantes alertes.

Pour fermer la vâllée de la Savoureuse, en arrière de nos postes avancés, la gare fut occupée par deux compagnies du 65*^ (Rhône), ayant un poste à la bifurcation des voies ferrées, et se reliant avec Danjoutin, Bellevue et la tête du faubourg de Montbé-

liard, en dehors des liguas des f^ubpwgs^. Cette der-^ nièrejpQ.aitioii ^tait occupée par une section détacliant sur sa gauche des sentinelles, aussi loin que l^pe-r-' mettait riço^datiou de la Sayou^reu^i^ , sjors do^ bof'dée.

Deux compagnies dç la Haul^-S^ne occupèrent de cçiême le fauboiu'g des Vosges, prolocgj&meot, en deh,ors de$ lignes, du faubourg de^ Ancêtres.

La position, de toutes les sentinelles avaî)cée§ fut reco;?nue et choisie avec soin pa^ le^ officiers du géni^.

Enfin, ppur tenir plq^ cowîplétçn?..en,t l'eQûemi en haleine, un service de reconnaissances, dQ la force d'une compagnie et partant die la place, fut réglé pour se diriger cha,que jow vers Roppe, dana la fo-* rêt d'Arso% dans le Bosmont, pi> ayajît de Bayillij^rs et du Grand-Boip, enfin vefs le Salbert et le \(aildole, devant, comme les reconnaissances parties des villages, aller tourmenter les assiégeante jusqw^i dan^ leurs lignes et leur faire une guerre d'embus?» cade à: la fois hardie qt prudente.

Toutes, ces dispositions reçurent, dès le& premiers jours, une rapide exécution, et renu^mi ne eoaaut plus, ni de jour ni. de nuit, le repoi* dans sesi avaatpostes>, dont QQS tj^oupe^ s'approchaient, à tout instanty. à. la faveur djQs boi3, de3 plis de terrain qu^ de robscurité, fusillanjt les sentinelles et simulant des adijl^jijies^, i^ow faille une retiraijtfi rapide^, quand

les Pra^siçjfts av^içnf griç le^ ajfl^^ 4ftRB Iftft ^gn^^: d'investissement et que des troupes nombreuse commençaient à arriver au CQ^lbftl;• Ces petites, actions ne npus cpû^ient la plup^ft, du lea^p^ appune perte.

En même temps on commença à couvrir, par des tranchées, des murs et des maisons crénelées, les villages de Pérouse et de Danjoutin, ainsi que le hameau de la Forge.

Le village de Bavilliers ne reçut aucun travail. Situé sur la Douce et entpuré d'ui^e étendue considérable où le canon dç I^ place ne pouvait le soutenir, il ne constituait pas une position possible à défendre vigoureusement. Il ne pouvait servir qu à une grand'gardp de surveillance , destinée à faire retraite dès Tarrivée de forces ennemies un peu considérables.

Lçs travaux de Pérouse furent conduits par M. Thibaudet, lieutenant de Saône -el-Loire, sous la directioi^ dp M.. Degombert, capitaine du génie; ceux de Danjoutin par M. Houbr^, élève ingénieur des ponts, et chaussées, sous la direction de M. Th,ieïs,, capitaine du génie, et ceux de 1? Forge > par xM. Lang, capitaine de la mobile di^ Rb^ônft et ancien capitaine ^n géaie*

Pei\apfès rix\yçstifiaemQn,t, M.Quinivet, capitaine? comma^ndant la compagnie du génie, fi^t, chargé d'organiser définitivement la gfir.Qjj CQnjffic c'éf.

tait depuis longtemps le projet du colonel Denfert.

Enfin toute l'activité possible fut dépensée pour pousser rapidement les travaux de Touvrage de Bellevue si incomplet encore.

Mesures diverses.

Dans la journée du 3, le commandant supérieur prit sans retard toutes les mesures nécessaires de précaution et de police. Les positions des postes, piquets et sentinelles de la fortification, furent vé* rifiées ; les troupes et la garde nationale sédentaire furent menées à leur poste de combat pour faire connaissance avec la partie du rempart qu'elles devaient défendre ; le personnel du chemin de fer fut armé et organisé en garde nationale pour concourir à la défense de la gare. Les heures de fermeture et d'ouverture des portes et barrières furent réglées de manière à ce qu'elles ne restassent ouvertes que pendant les heures du jour.

Il fut ordonné à tous les postes avancés et grand'gardes de ne faire aucun feu de nuit, pour ne pas préciser leur position au tir de Tennemi ; enfin le mode et les époques de relèvement de ces postes et grand gardes furent fixés.

En un mot, toutes les précautions accessoires furent prises sans délai.

Le 4, au matin, le commandant supérieur porta Tinvestissement de la place à la connaissance de la population, par une proclamation, qui faisait^ au nom de la république et des malheurs de la patrie,^ appel au dévouement et au concours de tous. Il ne lui cachait pas que la ville allait avoir à traverser une période grosse de périls et de souffrances; qu'il ferait tout le possible pour éloigner l'époque du bombardement, mais que, quand ses efforts seraient devenus impuissants^ il comptait sur la patience et la résignation des habitants pour concourir, s'il se pouvait^ au salut de la France.

Sonnnatioii de rendre la place. Réponse.

Dans la journée du U, un parlementaire se présenta à la porte du Vallon , porteur d'une lettre du général ennemi, dont voici la traduction :

4 novembre 1870.

a Très-honoré et honorable commandant,

u Je me fais un honneur de porter très-respectueusement à votre connaissance la déclaration suivante :

<t Je û'aî pas l'intention de vous ^rier de me rendre la place de Belfort ; mais je vous laisse lé soin dëjftgër s'il ne conviendrait pas d'éviter à la ville foiltes lés hôrreurè d*un siège, et si votre conscience, ' votre dévoir ne vous permettraient pas de me livrer la forteresse dont vous avez le commandement.

<c Je n'ai d'autre intention^ en vous envoyant cet écrit, que de préserver autant que possible la population du pays des horreurs de la guerre. C'est pourquoi je me permets de vous prier, dans la limite de vofe pouvoirs, de faire connaîlre aux habitants que celui qui s'approchera de la ligne d'investissement à portée de mes canons mettra sa vie eh danger.

ce Les propriétaires des maisons situées entre la place et notre ligne d'investissement doivent se hâter de mettre tout leur mobilier en lieu sûr, car d'un instant à l'autre je puis être obligé de réduire les maisons en cendres.

ce Je saisis cette occasion de vous assurer de mon estime toute particulière, et j'ai l'honneur d'être

« Votre très-dévoué serviteur^

« Général ro^i pî^'iïâsîén^ cotfftfïàMàni les forces prussiennes concentrée» devant Belfôrfr^

cf Général de Treskow, »

t^REMlÈflE PÉÉÏÔbE DU SIÉGÉ. 95

Il lliî fiit immédiatement répondu la lettre auitaiiïè (Jue remporta son parlementaire :

« Génétal,

« J'ai lu avec toute Tattention qu'elle mérite la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrîre avant de commencer les hostilités.

« En pesant dans ma conscience les raisons que vous me développez, je ne puis m' empêcher de trouver que la retraite de l'armée prussienne est le seul moyen que conseillent à la fois l'honneur et l'huîpanité, pour éviter à la population de Belfort les

horreurs d'un siéj2;e. '

« Nous savons tous nuelle sanction vous donne-

rez à vos menaces, et nous nous attendons, général, à toutes les violences que vous jugerez nécessaires, pour arriver à votive but, mais nous connaissons aussi l'étendue de nos devoirs envers la France et envers la république, et nous sommes décidés à les remplir.

« Veuillez agréer, général, l'assurance dé ma considération très- distinguée.

« Signé :

« Denfert-Rochereau. »

La lettre et là répbtise furent portés à là connàîssâtigis de là gài^nison et dés habitants.

Les premiers engagements de nos reconnaissan-

ces se produisirent dès cette journée. Elles indiquèrent les emplacements^ des travailleurs ennemis aux forts qui y lancèrent quelques obus«

C'était le prélude de l'allure offensive incessante et de plus en plus vive que devait prendre la garnison.

Création d'ane fonderie de projeetiles.

Le minisire de la guerre et le général commandant à Besançon, n'ayant pas pu accueillir favorablement les demandes de projectiles du colonel Denfert, il se préoccupa de parer autant que possible à Tinsuffisance de Tapprovisionnement, sans réduire son artillerie à ne faire que répondre à celle de Tennemi quand elle parlerait, son intention étant, au contraire, de tirer dès le début et de loin sur les lignes des Allemands^ pour les gêner et les tenir en respect, malgré la modération de tir nécessaire pour ne pas consommer trop vite les munitions.

Dans ce but, il décida qu'on installerait, en employant toutes les ressources de la place, une fonderie de projectiles sous la direction de M. Bornèque, capitaine commandant la compagnie du génie de la mobile du haut-Rhin, officier intelligent, sorti de TÉcole centrale, et bien au courant des travaux de fonderie.

Le 5 novembre, M. Bornèque fut mis en mesure de commencer les travaux nécessaires, et muni d^ordres de réquisitions pour les matières premières, fonte neuve ou vieille, houille et coke, existant en ville et à la gare, ainsi que pour les éléments du matériel, cubilots, ventilateurs, machine à vapeur, etc., chez un fondeur de Belfort.

On assigna pour emplacement de la fonderie la petite place à l'entrée de la porte de France, au pied des bâtiments militaires^ dont la masse la couvrait bien contre les coups du dehors, et on commença de suite à y élever les hangars nécessaires, ainsi qu'à faire les premiers moules et outils indispensables.

M. Choulette fut adjoint aux travaux de la fonderie pour la construction des fours à coke ; car ce combustible, dont on manquait, était seul convenable à la fabrication, et il fallait en faire avec de ia houille, qu'on avait en quantité suffisante.

M. Choulette était de plus chargé d'installer at Château un appareil d'éclairage électrique, de fabriquer des ballons pour emporter nos dépèches, et enfin de faire disposer une pièce de canon sur une locomotive pour agir le long de la voie.

Malheureusement ce dernier engin, très-avancé, devint inutile, une impérieuse nécessité de rails et de traverses pour les blindages ayant forcé, par la suite, à détruire la voie.

98 PRBiaËRE PÉHIODE I>U SSÈGE.

Création d*nne batterie de eavipasBe.

Les forts, malgré le manque d'obus incendiaires pour la fabrication desquels on n'avait pas les matières premières (autres que celles de la roebe à feu ordinaire qu'on ne put pas réussir très-bien)^. avalent déjà mis le feu dans plusieurs des vill^^es oecupés par l'ennemi. Tandis que leur canon gênait ainsi les convois, les travaux et les établissements de l'ennemi^ les reconnaissances^ devenues plus audacieuses^ interrompaient les travailleurs^ tuaieii^t les sentinelles, donnaient des alertes partout et provo^ quaient des déploiements de foi'ces- et d'artillerie hors de proportion avec leur propre effectif. Elles allaient jusqu'au quartier général ennemi, qui pa« raissait être à Sévenans^ le tourmenter à coups de fusil > tandis que le Château y dirigeait des obus.

Mais il fallait éviter que les Allemands ne s'habituassent à re^er tranquilles^ mal^iré ôes petites actions, et à prendre le parti de ne plus leur opposer que les troupes âes postes, sans s'en inquiétèrdavantage. Pour cela il était nécessaire de leur créer de temps en temps un véritable danger au moyen d réelles sorties, avec des forces capableB d'enletêr leurs positions^ 'de façon qu'à chaque àlatrioé de

leurs sentinelles ils fassetit obiigés d'agir comme si une attaque sérieuse les menaçait.

Dans ce but il était iedispetisablef de pouvoir emmener dehors quelques eanons. Auœi le c&mmandant supérieur déeida*t-il^ le 6 novem^bre^ la création d'une batterie de campagne^ composée de trois pièces rayées de 4 et de uné^ rayée de 12, sous les ordres du capitaine d'artillerie Verchère, qui fut chargé de Torganiser. On acheta eu ville les chevaux nécessaires, et on créa les harnachemeoits.

Troupes de soutien pour Bellevue.

Ce même jour, 6 novembre, le colonel Deafert ayant visité la position de Bellevue fut frappé du retard de cet ouvrage , qui rendait ce poinrt le plus faible de toute la place.

Néanmoins, ne voulant pas à tout prix laisser Tennemi s'en emparer de vive force et commencer ensuite d'emblée, contre la place, une attaque rap* prochée et dangereuse, qui lui eût été d'autant plus facile que le ravin de Bavilliers lui faisait par la vallée cachée de la Douce> une communication tout abritée et spacieuse, le colonel résolut de masser en ce point des troupes nombreuses et d'y faire placer quatre canons lisses de 12, propres au tir de la mi* traille contre les colonnes d'attaque.

En conséquence^ le soir même six compagnies du 65* (Rhône), trois du 57^ (Haute-Saône) et quatre du i 6" (Rhône) furent portées en soutien derrière l'ouvrage, et se cantonnèrent dans la maison et le ravin Juster , dans la fermé Klopstein qui lui fait face sur la route^ à la gare et dans les maisons entre la gare et le fort des Barres.

Des renseignements ayant semblé indiquer que Tennemi se massait sur Ghalonvillars, cinq nouvelles compagnies leur furent encore adjointes le lendemain, en même temps qu'on renouvelait, avec minutie toutes les instructions sur la marche à suivre en cas d'attaque.

Toutes ces troupes, à la moindre alerte, devaient prendre les armes et se préparer à agir rapidement sur les abords de la redoute, tandis que les garnisons de la gare, des lignes des faubourgs et du fort des Barres se porteraient à leur poste de combat.

L'artillerie de tous les forts fut invitée à se tenir constamment prête à appuyer cette défense de son feu, et pour cela à rechercher et à désigner d'avance toutes les pièces qui s'y prêtaient et à en augmenter le nombre autant que possible. Le gouverneur visita lui-ihême les ouvrages dans ce but, et indiqua les modifications principales à y faire dans la direction de certaines pièces.

i^s quatre canons furent amenés à Bellevue, mais l'ouvrage n'était pas en état de les recevoir et

et ce ne fut qu'avec bien du travail qu'on put parvenir à les placer les jours suivants.

Enfin, comme l'attaque pouvait se produire simultanément sur Bellevue, le Mont et la gare^ des précautions furent prises et des recommandations faites en ce sens } notamment deux pièces de 4 rayées de campagne furent placées sous la poterne du front des faubourgs pour se mettre, le cas échéant, en batterie sur le pont de la tranchée du chemin de fer, et balayer de leur feu la voie et ses abords, à droite ou à gauche, si l'ennemi menaçait de s'avancer trop en poursuivant nos troupes.

Noa-veanx parlementaires de l'ennemi.

Dans cette journée du 6, l'ennemi envoya un nouveau parlementaire chargé d'une mission insignifiante. La population s'inquiéta de l'arrivée de ce deuxième parlementaire, et des bruits d'armistice circulèrent.

Le gouverneur, décidé à éviter dans la place tous les faux bruits, causes d'alternatives décourageantes d'espoir et de craintes, et voulant qu'en toutes choses les habitants et la garnison sussent la vérité, s'émut des inconvénients de ces envois fréquents de parlementaires, et en même temps qu'il faisait afficher dans la ville la nature de la mission dont ce-

102 rasanERE piiaou i^u syàiGE.

lilî'Ci était chargé, il résolut d'y eouper eotirt à la première occasion.

C'était tout à fait néisafl^aire, car uii troisième p^lein^Dtaire se préseuta eocore le 7| arriTant celte fois tpar les Pecches et pour uoe affaire égalem^t insignifiante. Cela re»8embiait fort à une reeofiDaissaiDoe dégui«ée^ et le colonel eût réagi de auite si Toffieier allemand ne fût reparti sans attendre de réponse.

Il ne voulut pas envoyer lui-même un parlementais et patieota encore.

Mesures et éTënem^nts divers.

Les journées du 6 au 1(0 ne furent marquées par aucau l^it bieii saillant.. On (Continoîia avae aetivité les trava^sj^ de défense^ et les petits combats jown»liers prir>ei3it de raceroissemeoL Bon noipbrede sestinelles et vedettes de Tennemi étaient tuées isbaque jour^ les poster souvent nais e^ fuiie^ M l'alarnie dopLcée à toutes 1|3S itiroupes des villageB occupés par

l'ennei»4« C'étaient jftttTtaut les reciottnmssanoes de DanjouÉin

veEsSéy^eJoan^y et ceUes du bommn dstia £orge à^m

rArsoAqm réu^pisisaiieiiiit Man» Les soldats aliemao^B

cAmmanç^^lapt à i^^do^uti^r le iservice d«s ganies y et

PRfiilliRE PÉRIODE DU SlÉGE. 103

se plaignaient amèrement aux paysans de <;ette guerre, sauvage à leur avis, qui leur était faîte.

DiiSepentes mesures furent prisés durant ce temps.

Ainsi, la popukfction fut prévenue que, dans le but de ménager ses provisions, les débitants et marchands étaient autorisés à refuser à tout membre de la garnison la vente des vivres de première nécessité. Cette disposition avait été accompagnée d'un ordre à tous les sorldats et officiers de toucher les vivres Béglementaires à Tintendance.

Le réseau télégraphique fut augmenté de nouveaux postes aux deux Perches, à Bellevue, au fçiubeufg de France et au camp retranché permanent.

On essaya, mais en vain, d'incendier divers bois dangereux, notamment celui du Bosmont. Les arbres humides ne voulurent pas brûler, et, faute de bras pour les abattre^ il fallut se résigner à les laisser exister.

On fit divers relèvements des troupes extérieures fatiguées, entre autres au Mont.

De nombreux signaux faits par l'ennemi la nuit, au moyen de feux de couleurs, furent observés ; mais, quoiqu'ils se répétassent souvent, on ne put jamais en déchiffrer exactement le sens, dans le cours du siège.

On transporta aux Basses-Perches une pièce do

24 rayée, pour augmenter la portée de notre feu dans la direction de Sévenans.

Sur la proposition du commandant Montrond, on adopta pour le cas d'attaque sur les redoutes^ qui pouvaient à la grande rigueur être soumises à un assaut de vive force, un système de signaux lumineux au moyen de lanternes à verres de diverses couleurs, pour pouvoir, de ces ouvrages, diriger le tir des forts en arrière.

Enfin, deux petites expéditions furent tentées.

L'une, dans la nuit du 6 au 7, par le capitaine Bornèque , pour aller chercher de la fonte et du coke à l'usine Page , à l'extrémité du village de Valdoie. L'ennemi avait dans le village des petits postes qui s'enfuirent, et on put ramener deux wagons chargés.

L'autre , par le capitaine d'artillerie mobije du Haut-Rhin Deffayet, officier des plus braves , qui alla dans la nuit du 8 au 9, avec un petit peloton, mettre le feu à la ferme Lang , située également à Textréraité du Valdoie opposée à Belfort, où l'ennemi venait se ravitailler en fourrages et qu'on n'avait pas pu parvenir à incendier à coups de canon.

PRESnÈHE PÉRIODE DU SIÈGE. 105

SoFtie sur ChalonirillaFS.

Dans le cours de ces derniers jours , des renseignements vagues firent présumer que des prisonniers français étaient à Chalonvillars, et queTennemi avait abandonné ce poste, pour marcher vers Héricourt, ne laissant à la garde de ses lignes que très-peu de monde.

Le colonel Denfert résolut^ le 10, de profiter de ces circonstances pour faire une sortie qui, en outre des avantages généraux propres à toutes ces opérations, le fixerait sur la véracité de ces mouvements de Tennemi, et qui, au cas où ils seraient vrais et où Tennemi serait surpris en petit nombre, pourrait amener la délivrance de nos prisonniers.

Dès le matin, une reconnaissance de gendarmes à cheval fut envoyée du côté de Chalonvillars, et son rapport ne fit que donner plus de force à Tidée de la sortie.

En conséquence, le 1*' bataillon du 65" (Rhône) reçut Tordre de quitter son cantonnement à onze heures un quart , pour se porter, accompagné de deux pièces d'artillerie de campagne, à la gorge du fort des Barres, et gagner de là le Mont par la route de Paris. 11 devait entrer dans le bois et sj masquer

ainsi que ses canons, aux vues de l'ennemi, pour marcher sous bois vers Chalonvillars en s'éclairant en avant, à droite sur le petit et le grand Salbert, et à gauche jusqu'à Essert, par de petits détachements.

Comme tl était impossible de cacher ce mouvement à l'ennemi, entre le fort des Barres et le Mont, le bataillon campé au Mont devait, une demi-heure après l'arrivée sous bois des troupes de la sortie, faire descendre deux compagnies en armes pour regagner le fort des Barres, afin que le mouvement semblât un simple relèvement de troupes.

Le lieutenant-colonel Desgarets , chef de la colonne, avait l'ordre de ne s'engager dans Chalonvillars qu'à bon escient , sûr de la supériorité du nombre, et d'éviter avant tout de s'exposer à un échec coûteux pour la garnison.

Malheureusement, l'ennemi, contre son habi tude , occupait ce jour-là le village d'Essert avec une centaine d'hommes, cavaliers et fantassins et deux: canons. Ces troupes devaient y être arrivées depuis le matin seulement, et peut-être était-ce de leur part une tentative d'établissement définitif dans le village.

Quoi qu*îl en soit, elles aperçurent notre marche à temps, et se replièrent précipitamment sur Chalonvillars, poursuivies par le feu de nqs deux pièces instaflées sur les pentes du Mont.

BRBlfiÂKE PÉRIODi: DV SliiSE. 107

L'alarme était foncée à Ghaloiwillars^ et M. Des- ^aitejbB^ reDonoaDt À toute idée de «urprîse^ s'avança avec quatre compagateB protégées par des tirailleurs pour soo^er le terrais. Arrivés à la lisière des èois et en vue du village à attaquer, les tirailleurs ouvrirent le feu sur les postes ennemis , qui se replièrent derrière leurs retranchements , garnis d'hommes ainsi que les maisons crénelées, et une fusillade assez intense , mais sans résultat ^ fut éot^ngée.

L*.^9ii6mi avait quatre pièces en batterie^ dont deux enûiaient u» ravin qu'il fallait traverser pour aller au village , .et une de aos compagnies, ayant tonte ee passage, fut accueillie à coups de canon et dut Détourner.

Le niaâivais tir de rinfenterie ennemie se ^t remanqaMr dans e^e s^fihlre , comme du reste dans tovis nos a»tBes engagements. Les hommes, tirant sans épauler le plus souvent, envoient toutes leurs halitts teop haut. Aussi ne touebèreq^t-ils aucun des nôtres, tandis qu'on vit tomber une quinzaine des leurs sous notre feu mieux ajusté.

Le bataillon se mit en retraite, n*ayant obtenu d'autre résultat que de débusquer les troupes d'Essert et de constater à Chalonvillars la présence d'un xniilîer d'homnieB^ tl'au moinp six pièces de canon, Btde moivbpar i. Tefinomi qu'il ne pourrait se dégarnir Bans danger.

Le mauvais état du terrain, défoncé par les pluies^ avait empêché nos deux pièces de suivre jusqu'au bout le mouvement de la colonne.

L'ennemi ne fit nullement mine de profiter de notre retraite pour revenir en avant.

Lettre pour arrêter l'abus des parlementaires.

Pendant cette action sur Ghalonvillars ^ un quatrième parlementaire s'était présenté^ demandant si un certain nombre de soldats allemands désignés n'étaient pas prisonniers dans la place.

Cette fois, il fut purement et simplement répondu au général de Treskow qu'on était décidé à ne lui donner aucun renseignement, et que ses parlementaires devraient à l'avenir se présenter toujours par la porte du Vallon, faute de quoi ils seraient traités comme ennemis.

L'abus des parlementaires cessa dès l'envoi de cette lettre.

Reeonnaissance offensive snr Sévenans.

Le lendemain , et pour continuer l'émoi qu'avait du produire chez l'ennemi notre tentative de Chalonvillars; une petite reconnaissance fut conduite

par le capitaine Thiers et le lieutenant d'artillerie Spielmann au travers du Grand-Bois ^ traînant avec elle^ à bras, un canon de quatre rayé de montagne.

Ce canon fut mis en batterie en face du moulin

de Botans, et canonna à quinze cents ou dix-buit cents mètres de distance, le cbâteau de Sévenans. Il tombait une neige épaisse qui .empêchait l'ennemi, aussi bien que nous, de voir un mouvement de troupes à cette distance. Aussi crut- il probablement, en entendant notre canon si proche, à une attaque considérable, car les cloches de Sévenans se mirent en branle, et il leur fut répondu au loin dans les villages de la ligne d'investissement; du reste le jour tombait, et la reconnaissance fit retraite.

Situation misérable de nos troupes an Mont.

Le temps fut, pendant toute la période qui avoisine ces événements, affreusement mauvais. Il tombait alternativement de la neige et de la pluies et les terrains marneux, qui forment les abords de la place, étaient horriblement détrempés.

Gela créait, pour les troupes campées au Mont, des souffrances considérables et d'autant plus à redouter que la petite vérole sévissait à Belfort, comme

110 PRfilUilRJS PÉAKMM& Wi SlÉGfiv

un fléaa plus terrible qae la gueirre «lieHuème^ et foisak de nomèreuses^ victimM.

Les msdheureux soldats oouchaient au Moiity mus abri^ sous les tempêtes de neige ou de pluie^ dam UQ€ boue teuace et si profonde qu^on ayait toutes les peines du monde à y circuler , surtout avee les mauvaises chausKures de la troupe. On ne poavirit reno«kvekr leur paille, transformée en fumser^ ûait on en manquait dani^ la plaee. Enfin, pour comble^ il était défendu expressément d'allumer des feax la nuit ; en sorte que ^ yètus de mauvaises Taréuses, mouillés et grelottant soud un vent froid et hun^de, . les boàimes ne pouvaient se chauffer qu'avec qiiel« ques restes de brasier sans flamme*

Ces conditions étaient &i pénibles et causaient de si lamentables plaintes , qu'il fallut au commandant supérieur toute sa fermeté pour persister dans l'oceupation de cette importante position. Mais il ne voulait pas la céder avant que l'ennemi ne fût en mesure de venir la prendre en y perdant du monde, et il décida qu'on y construirait des baraque» et qu'on y élèverait des retranchements rapides^ âe?aa!it comprendre le village de Cravanche y au pied de la position.

Cette solution si simple en apparence n'était pourtant pas une petite affaire en réalité^ et ce fut l'une des plus lourdes taches imposées à la gâ,r&i« sc>n. On manquait dans la place de tous les maté*

riaux néeessaires à la constractioa de ces^ bardcpiéB en ville^ pour n'avoir plus qu'à les monter sur placée ; les planches surtout faisaient défaut.

Il fallait donc à toute force construire le tout au Mont, avec les ressources trouvées- s«ir place, en coupant des rondins dans la forêt et au moyen de caisses à biscuit, dont on ferait des planches pontr les parties où elles étaient le plus in dispeo sables ^

M. La^jrent, ingénieur civil, fut employé à dirigée ce travail sous les ordres du capitaine du génia Thiers. M. Chaplain , commandant du géiaie,* »'en occupa aussi directement, et ût tout son possible pour alléger led souffrances de la troupe.

Mais on ne put pas en venir à boati. Il fallut renoncer à faire faire le travail par des corvéeâ; venues chaque jour exprès de la ville. Les jours étaient trop courts^ et le chemio, assez loDg^ faisait perdre des heures précieuses. D'autre part^ en y employant la garnison même du Mont^ on arrivait à Timpuissance si on la relevait fréquemment, car le jour du relèvement était perdu pour le travail^ et le lendemain peu profitable , les hommes n'étant pas encore au courant.

De toute force^ on fut donc conduit à allonger le séjour des troupes au Mont jusqu'à rachèvement des baraques.

C'était bien pénible ; mais la situaticm n avait peis d'autre issue , et tout ce qu'on put faire fut de. leur

donner, comme vêtement supplémentaire^ des vestes d'infanterie.

Sortie sur Bessonconrt.

Pendant que ces travaux s'entreprenaient, les renseignements de nos reconnaissances indiquaient que l'ennemi j délogé par le feu à longue portée de nos forts et les petites attaques de chaque jour^ semblait avoir abandonné les villages de Bessoncourt et Chèvremont^ situés à l'est de la place ^ en n'y laissant que des postes assez peu considérables.

Le commandant supérieur se décida à en profiler et à faire de ce côté une sortie énergique, pour forcer les Prussiens à revenir s y mettre en prise à nos projectiles, leur tuer du monde grâce à leur infériorité numérique, détruire s'il se pouvait leurs retranchements, et faire retraite quand l'arrivée de leurs renforts en nombre compromettrait un plus long

succès.

L'opération fut résolue le 14 pour être exécutée le 15. La pièce de vingt-quatre des Basses-Perches fut transportée aux Hautes-Perches pour l'appuyer, et les ordres de mouvement nécessaires pour rassembler les troupes qui devaient agir furent immédiatement donnés.

M. Thibaudet, lieutenant de la compagnie de

Saône-et-Loire, cantonnée à Péroase^ fît une reconnaissance des chemins à parcourir. Cette reconnaissancei bien faite^ indiqua que Tenneini avait des forces à Rôppe et y était retranché, qu'il n'occupait Denney et Pfaffans que la nuit seulement par des postes y qu'il avait à peu près deux à trois cents hommes à BessoncDurt, cent cinquante à deux cents hommes à Chèvremont, villages retranchés; que Vézelois était fortifié et occupé par des forces dont on ne pouvait fixer le nombre.

Voici le plan qu'adopta le commandant supérieur :

Les troupes à engager se composaient du bataillon du 84® de ligne, du 2* bataillon du 57* (Haute- Saône), de sept compagnies du 3"* bataillon du 1 6* (Rhône) , de deux compagnies de l'autre bataillon du Rhône (1 6"), cantonnées au hameau de la Forge y de quarante hommes, tant du génie actif que du génie mobile, sous les ordres du lieutenant du génie Journet, de deux pièces de quatre rayées et une de douze rayée, commandées par M. Verchère.

Toutes ces troupes, moins les deux compagnies de la Forge, étaient placées sous le commandement de M. Chapelet, chef de bataillon du 84% et devaient partir ensemble pour Pérouse, le 1 5, à quatre heures et demie du matin ; pour commencer l'attaque à la pointe du jour.

Arrivées à Pérouse, elles devaient faire éclairer,

114 PASMifeRE PiRIOBE DU SIÈGE.

par la compagnie de Saône-et-Loire de Pérouse» la lisière des bois qui avoisiaent le Tillage^ et se diviser en trois colonnes.

La colonne principale comprenant en tète le bataillon de la Haute-Saône avec une compagnie du 1 6% et, en réserve, le bataillon du 84'' avec Tartillerie et le génie, était destinée à se porter sur Bessoncourt.

La colonne de gauche^ composée de quatre compagnies du 16% devait se diriger sur Denney, en même temps que les deux compagnies du 1 6"", partant de la Forge, marcheraient sur Vétrigne. Ces deux mouvements simultanés avaient pour but de ^ faire une démonstration menaçante sur Roppe^ afin d'empêcher Tennemi d'en distraire des troupes pour secourir Bessoncourt, et le pousser au contraire à y porter ses ressources en se d^arnissant contre la véritable attaque.

Dès que la colonne de gauche aurait occupé Denney ou commencé son attaque, au eas où elle y rencontrerait de la résistance 9 la colonne principale devait aborder rapidement Bessoncourt, chercher à reBv^<>pper, à détruire les approvisionnements et les travaux de Tennemi, pour se retirer ensuite avec ordre ou marcher vers Chèvremont^ selon le degré de la résistance éprouvée.

Dès que cette colonne aborderait Bessoncourt, la colonne de gauche devait se retirer sur Pérouse ou

PREMIÈRE ViBJME, D9. 8liG£. Il 5

la porte du Vallon, à moins qae n'ayant rencontré personne à Dainey, elle n'ait toute facilité de se porter sur Bessoncourt et d j rejoindre la colonne du centre.

Enfin, la colonne de droite, composée de deux compagnies du 1 6% devait, en même temps que celle de gauche sur Denney, faire une démonstration sur Chèvremont ; mais sans se découvrir autrement que par quelques tirailleurs, tant que la co* lonne du centre n'aurait pas abordé Bessoncourt. Cela avait pour but d'immobiliser la garnison de Chèvremont tenue en respect, tout en montrant assez peu de forces à l'ennemi pour qu'il crût^ de ce côté, à une simple fausse attaque dans le but de l'éloigner de Roppe, et ne dirigeât pas immédiatement de renforts sur Chèvremont.

Cette colonne de droite devait ensuite attaquer de front Chèvremont, si elle voyait la colonne centrale s'y diriger. La retraite dans ce cas devait, e^ièB l'attaque terminée^ s'effectuer sur Pérouse et Belfort.

Les compagnies dirigées de la Forge sur Yétrigne devaient se replier dès quelles trouveraient une résistance sérieuse^ et, en cas de danger pour regagner Offemont et la Forge, se )eter dans le bois de laMiotte.

Ce plan, qui avait évidemment de grandes chances de réussite, fut remis au commandant Cha-

pelot, qui eut ensuite avec le commandant Eupérieur une conférence verbale sur les détails d'exécution qu'ils arrêtèrent ensemble. Le colonel Denfert laissa à M. Chapelot le soin d'expliquer, lui-même et entièrement, à chacun le rôle qu'il aurait à jouer danB laffaire.

Au reste, pour se guider, les officiers possédaient et pouvaient consulter avant le départ une carte au 1720000% des environs de Belfort, très-complète, que le génie avait fait lithographier dans ses ateliers^ et distribuer à tous les officiers supérieurs ou officiers du génie et de l'artillerie de la garnison.

Enfin^ dans la journée du 14, le commandant supérieur prit toute les mesures de sûreté nécessaires^ pour le cas où la sortie, trouvant l'ennemi en grand nombre, serait vivement poursuivie, et donna aux forts des indications pour l'appuyer de leur feu.

Le 15, avant le jour, les troupes étaient à Pérouse et les dispositions nécessaires prises. Les colonnes de droite et de gauche se mirent en route, la colonne du centre se forma à l'abri de l'obscurité sur la route de Pérouse à Bessoncourt, en avant du bois sur Mërveaux.

Le bataillon de la Haute-Saône, divisé en deux colonnes, était à droite et à gauche de la route. Ces troupes étaient couchées pour se dissimuler plus longtemps à l'aube. En arrière, l'artillerie était en ibatterie à gauche de la route, menaçant Bessoncourt,

et soutenue par quatre compagnies du 84® et le détachement du génie.

Les deux dernières compagnies du 84"" étaient plus en arrière encore, comme extrême réserve.

Le jour commença à poindre avant que la colonne de gauche eût donné avis de son arrivée à Denney ou eût ouvert son feu. Comme cependant elle avait eu le temps d'arriver au village, et que le jour, en éclairant nos troupes, eûtdécouvert à l'ennemi notre plan, le commandant Chapelot donna au bataillon de la Haute-Saône Tordre de s'élancer sur Bessoncourt, en dirigeant Tune de ses colonnes à droite, l'autre à gauche du village, pour l'envelopper, tandis que l'artillerie le canonnerait de front et que les réserves s'y porteraient au besoin.

Le mouvement s'accentua de suite. Malheureusement une vedette ennemie fit feu sur la colonne, et les mobiles, peu aguerris et peu disciplinés, répondirent, sans en avoir reçu l'ordre, par une décharge aussi intempestive que possible.

Ils étaient encore à environ 1 000 mètres des retranchements de l'ennemi, qui prit l'alarme, eut le temps de garnir ses tranchées, et ouvrit le feu sur la colonne d'attaque.

Nos mobiles commençaient à flotter et des fuyards partaient déjà, quand le commandant Chapelot envoya en avant, pour les raffermir, deux compagnies et demie du 84% dont les officiers rame-

nèrenty à coups de plat de sabre , les fuyards au combat.

Durant ce temps la batterie de campagne ouvrit un feu violent sur les tranchées ennemies.

Le mouvement en avant recommença^ mais il avait dégénéré en une attaque de front et non plus enveloppante^ et il fallut s'arrêter sous le feu des retranchements et prendre position pour tâcher de l'éteindre, au moins en partie. Puissamment appuyée par nos pièces de campagne, cette opération réussissait bien et Tennemi cpmmençatt à se débander et à ftiir. Le village eût été certainement enlevé si la ealonne de gauche, dirigée sur Denney, eût bien rempli sa mission.

Mais elle avait perdu du temps, tiraillé de trop loin sur Denney, puis s'était rabattue vers Bessoncourt où la fusillade éclatait avec une intensité excessive, et avait en fin de compte fait retraite quand Vennemi, éclairé par ces tâtonnements, eut mis en mouvement, de Roppe vers Bessoncourt, des renforts qui se montrikrent sur la gauche de cette colonne et rintimidèrent.

L'ennemi avait mie en batterie, contre nous, deux pièces qui furent rapidement démontées, tant par nos pièces de campagne, que par les obus des forts de la îasttce et des Hautes-Perches tirant à quatDB mille mètres.

Il ramena une froisiéme pièce sur notre gauche.

PREiniBE PERIODE BU SttGK. 119

mais elle fut pins malhenrense encore; un de nos obus la renversa avant qu'elle eût pu tirer^ et jeta à terre cinq de ses servants*

Cependant^ malgré cette supériorité de nos canons, la ligne de feu des Prussiens prenait de plus en plus d'étendue, leurs forces croissaient, et Ton ne pouvait plus espérer forcer le village*

Enfin, M. Lanoir, chef du bataillon de la Haute- Saône, qui depuis le début s*épuisait en efforts pour entraîner sa troupe et payait en brave de sa personne, fut tué d*une balle au front, et dès lors les mobiles commencèrent à perdre courage.

Le commandant Cbapelot se décida à une retraite opportune, qui s'effectua bien, soutenue par le 84" formé en tirailleurs par échelons, et manœuvrant avec ordre et bravoure.

Trop heureux de s'en retirer de la sorte, Tenuemi ne songea point à nous poursuivre.

Les compagnies parties de la Forge avaient de leur côté attaqué Roppe, défendu par de Tinfanterie et du canon, et fait retraite sans être inquiétées, en entendant le combat cesser à Bessoncourt.

Nous avons eu dans cette affaire trois officiers tués, trois blessés et cent trente hommes tués, bles-^ ses eu disparus.

Les officiers du bataillon de la Haute-Saône désirant rendre les derniers devoirs à leur brave commandant Lanoir, resté mort sur le terrain, malgré

le dévouement d'un sergent qui tenta en vain de Fenlever, le général de Treskow fut saisi de leur demande à laquelle il satisfit avec bonne grâce, et le corps ainsi que ceux des capitaines de Nerbonne et Perret, également tués dans le combat^ furent remis à la garnison^ mais avec un apparat de nature à impressionner, d'une manière fâebeuse, nos troupes.

La nouvelle de ce combat s'étant répandue au dehors, les paysans des parties de la Haute-Saône voisines de Belfort, qui avaient leurs enfants dans la place, affluèrent en nombre pour chercher de leurs nouvelles. Les Prussiens sachant bien quelle démoralisation résulterait pour les troupes de ces épanchements de famille qui, à Belfort, avaient déjà tant nui, avant le siège, aux mobiles du Haut- Rhin et de la Haute-Saône trop rapprochés de leurs foyers, s'empressèrent de donner à toutes ces personnes un libre passage au travers de leurs lignes, et il fallut, pour s'en débarrasser, déployer la plus grande sévérité contre tout individu circulant entre nos lignes et les lignes ennemies.

Création de eompac^ies d'éelairenrs.

Depuis Tinvestissement jusqu'à ces derniers événementSy et cela devait durer encore longtemps dans

certaines régions^ une sorte de zone neutre s'était spontanément établie entre les postes ennemis et les nôtres. Elle comprenait des points trop cachés à la place ou trop éloignés pour que la garnison pût s'y établir solidement, et cependant trop rapprochés pour que l'ennemi osât le faire de son côté. De part et d'autre on se contentait d'envoyer des patrouilles sur ces points. Parfois pourtant l'ennemi tentait d'y maintenir de petits postes , mais ils étaient rapidement bousculés et chassés par nos reconnaissances! qui démolissaient leurs barricades.

Le théâtre de ces petites luttes et de ces petites victoires des nôtres était, au Nord, le Salbert, le Valdoie et même Éloie pendant un certain temps, la forêt d'Arsot, OfFemont, Vétrigne; au Sud, Andelnans, Botans ; enfin à l'Ouest, Ëssert.

M. de Prinsac, fourrier des mobiles de la Haute- Saône, occupant le fort des Barres, avait demandé et obtenu la permission de s'établir avec quelques volontaires dans ce dernier village, pour y agir librement et tendre des embûches à l'ennemi.

Il réussit si complètement dans son entreprise, soumit à tant de chicanes ingénieuses les patrouilles de Tennemi, qu'il leur fit abandonner bien vite la partie, et qu'elles n'osèrent plus aborder Essert, malgré le très-petit nombre de ses défenseurs.

Non content de cela, il prit à tâche d'aller tourmenter Ghalonvillars et y donner nombre d'alertes

considérables y avec cinq à six hommes pour tout déploiement de forces.

Il s'appliquait, pour obtenir ces résultats, à découvrir le sens des signaux de Tennemi et la nature de sa surveillance. Par exemple, il crut avoir découvert que les vedettes, toujours groupées par deux et immobiles, se rapprochaient Tune de Tautre pour indiquer de loin aux postes rapproche de quelque chose de suspect, ou marchaient de concert pour signaler l'arrivée d'un groupe nombreux, suivant dans leur marche la direction même de ce groupe •

Ce moyen est assez simple et pratique pour avoir été réellement employé, et d'autres postes firent des remarques analogues.

Le succès de cette organisation spontanée décida le colonel Denfert à Tétendre sur tout le pourtour de la place, et, dans ce but, il créa successivement huit compagnies d'éclaireurs dans les divers corps de la garnison. Ces compagnies, désignées sous le nom des corps qui en avaient fourni les éléments, furent composées de volontaires, et leurs officiers choisis avec tout le soin possible. Ils devaient réunir, à la fois, le courage, l'esprit d'initiative et le calme nécessaires pour avoir de la hardiesse sans imprudence.

M. de Prinsac ayant fait preuve de toutes ces q^ialités eut naturellement le commandement de la

FKBmkRE PfRIODE DU SIÉGE« 123

première de ces compagnies, créée le 1 9 novembre, et fut promu lieutenant.

Il fut assigné à eliacune de ces compagnies un secteur de la place, dans lequel elles devaient opérer librement^ tout en restant en partie sous les ordres des commandants des ouvrages ou positions compris dans ces secteurs.

Les hommes furent vêtus d'une capote grise, d'un pantalon et d'un képi garance^ armés de chassepots et munis par compagnie d'un petit fauîon tricolore pour pouvoir se faire reconnaître par les forts.

L'action offensive des reconnaissances déjà si nombreuses de chaque jour fut encore singulièrement accrue par cette organisation, qui rendit^ dans cet ordre d'idées, de grands services à la défense. A toute heure du jour ou de la nuit, certaines de ces compagnies étaient dehors^ tenant la campagne sur les points les plus opposés, et faisant entendre leur incessante fusillade. C'était comme une sortie permanente de la place, insaisissable pour Tennemi, grâce à son extrême mobilité qui, jointe à la trèsgrande habitude du terrain, la rendait redoutable et qui produisit, en détail, une grosse somme de dégâts.

Des gardes nationaux sédentaires se mêlaient parfois volontairement à ces reconnaissances et n'y faisaient pas mauvaise figure.

Faits et mesures divers*

Cette organisation des éclaîreurs et le comnaencement de sa mise en œuvre fut le fait le plus important de cette période de temps.

Il se passa pourtant un certain nombre d'autres choses intéressantes pour la défense.

Par exemple, il fut constaté que les lignes prussiennes n'étaient pas infranchissables pour un homme isolé et adroit^ et quelques individus se mirent à faire métier de sortir des dépêches de la place et d'en rapporter, ce qui permit de régler une sorte de service postal, fonctionnant mieux qu'on n'aurait pu le supposer. Néanmoins, comme il était à craindre que l'ennemi ne laissât sciemment passer ces hommes pour en tirer des renseignements sur la défense, il fallut user de discrétion dans les lettres.

Nous apprîmes par ce moyen, le 13 novembre, la victoire de Coulmiers et la reprise d'Orléans.

Ce procédé de correspondance fit abandonner momentanément le projet de se servir de ballons.

Les travaux de la place furent continués sans relâche. Les fossés de Bellevue, sur les faces regardant la campagne, furent terminés ; mais les tra-

verses étaient encore très-basses et aucun abri n'était fait^ ni même commencé*

Les défenses de la gare et des villages avaient avancé. La tranchée du chemin de fer, en arrière du fort des Barres, avait été fermée, adroite et à gauche de ce fort, par de bonnes palissades, concourant à rendre plus difficile l'escalade du front des faubourgs. Les wagons restés à Belfort étaient remisés dans cette tranchée profonde, et servaient de logement à des troupes.

La garnison avait continué , en travaillant dans les bois, à s'approvisionner de fascinages, et le génie avait mis en train une fabrication de sacs à terre avec les sacs vides du service des subsistances, pour parer à l'insuffisance des approvisionnements de ce genre existant dans la place «

On avait achevé Tengerbement des vivres daps des magasins bien abrités contre le bombardement.

Un recensement des vivres de la population avait été fait et reconnu largement suffisant pour qu'il ne fût pas utile de mettre les habitants à la portion congrue.

M. Bornèque, moins absorbé par Porganisation de la fonderie, demanda et obtint l'autorisation de fabriquer une mitrailleuse avec des canons de fusils réunis en faisceaux et un système ingénieux de culasse, de son invention. Cette bouche à feu fut

exécutée et essayée par la suite* Quoique évidemment inférieure aux mitrailleuses réglementaires de Tartillerie, elld tirait cependant assez bien.

Divers ordres avaient été donnés pour modifier un peu l'application du règlement sur le service des rondes dans les places de guerre. Ce règlement avait l'inconvénient de rendre les sentinelles bien plus attentives à guetter l'arrivée de Tofficier de ronde, qu*à surveiller la campagne.

On avait entendu le 21^ dans la matinée, une canonnade lointaine dans la direction de Montbéliard. Ce bruit nous apprit pour la première fois la présence des troupes françaises de ce côté. Il correspondait en effet à un petit engagement à Âudincourt, entre l'ennemi et des détachements tenant la vallée du Doubs et appuyés sur Besançon.

Enfin les Prussiens étant venus en force à Ëloie, une petite expédition conduite par le capitaine Langy alla, le 20^ détruire près d'Éloie la route de ce village à Offemont, pour entraver Tennemi, s'il méditait d'amener d'Éloie des canons pour attaquer le hameau de la Forge.

Attaque et prise du JHimt par l'eiiiieml.

Le temps s'était écoulé au milieu de tout cela, et nous étions arrivés à la journée du 23, investis de-

puis vingt jours, sans que l'ennemi ait pu songer à prendre contre nous l'offensive.

L'allure donnée à la défense rayait, malgré le peu d^expérîence de la garnison^ rendu incapable de sortir de ses lignes et réduit à y jouer en quelque sorte le rôle d^assiégé^ assistant comme spectateur passif au progrès et au développement de notre or- ^nîsation et de nos travaux. Il payait ainsi le prix de la trop grande et trop souvent heureuse audace qui Tavait poussé à venir s*installer devant la forteresse avec vingt-cinq à trente mille hommes au plus^ et il la voyait se jouer de son impuissance en accu-mulant devant lui, sans la moindre gène provenant de sa présence^ les obstacles qu'il aurait ensuite à détruire péniblement.

Pourtant, soit que le général Treskow eût reçu des renforts suSfisants, soit qu'il en attendît d'assez prochains pour être en mesure de profiter d'un mouvement en avant, il se décida enfin à faire quelque chose contre nous.

Le 23 novembre il attaqua notre position du

Mont.

Dès le matin de ce jour, des mouvements de Tennemi furent constatés de divers côtés, notamment à Offemont et vers Sévenans et Botans. Il semblait se faire en ces points des concentrations inaccoutumées de troupes.

Cela concordait-il avec la répartition dans leurs

postes de renforts arrivés aux Allemands, ou bien étaient-ee des démonstrations faites dans le but d'éveiller nos craintes sur des points non menacés réellement, pour nous pousser à y concentrer des forces et nous rendre plus tard moins facile de secourir la position attaquée ? Nous ne le sûmes pas. Cependant, comme, au moment même de leur attaque, ils firent mine de vouloir enlever notre grand'garde de Froide val, sans cependant pousser l'action à fond, il est probable que leurs mouvements du matin étaient une feinte.

Quoi qu'il en soit, ils ne réussirent pas à nous inquiéter. Quelques compagnies, parties du hameau delaForge,allèrent les débusquer d'Offemont qu'elles traversèrent en y détruisant une barricade , et les poursuivirent jusque vers Vétrigne, En se sauvant, l'ennemi, pour causer plus d'émoi dans la place, mit le feu à trois maisons d'Offemont.

De l'autre côté, une forte reconnaissance, envoyée exprès de Danjoutin, attaqua les troupes massées vers Sévenans etBotans, et les dispersa.

Ces petites affaires coûtèrent à l'ennemi une cinquantaine d'hommes et dévoilèrent, par leur réussite^ le peu d'importance de ses démonstrations hostiles.

Vers quatre heures et demie du soir, par une pluie battante, une fusillade des plus violentes et très-étendue, enveloppant le Mont, éclata tout à coup et indiqua uae attaque sérieuse. L'ennemi, en

très-grandes forces^ précédé de tirailleurs^ débouchait SUT nous par Essert, les bois du Salbert et du Coudrai, attaquant à la fois le Mont et le village de Cravanche, occupé par la compagnie d'éclaireurs du 45\

Les sentinelles avaient donné l'alarme et nos troupes^ composées du 1 ^"^ bataillon du 57^ (Haute- Saône) et de quatre compagnies du 46® (Rhône), étaient formées pour recevoir Tennemi.

Le combat fut vif et se passa en partie sous bois; on se fusillait des deux parts presque à bout portant.

A la nuit tombante, Tennemi repoussé fut obligé à la retraite, qu'il effectua du reste en bon ordre et en tiraillant, quoiqu'il abandonnât^ contrairement à ses habitudes, ses cadavres sur le terrain. Nous conservions donc encore le Mont.

Malheureusement cette attaque, en débordant le village d'Essert, en avait repoussé les éclaireurs de la Haute -Saône qui l'occupaient, et les éclaireurs du 45% accablés par le nombre, avaient dû également se retirer de Cravanche. Mais ils ne le firent pas sans un combat des plus rudes, ne cédant le terrain que pied à pied, s' accrochant aux maisons, si bien que l'ennemi, placé dans une position défavorable et présentant des masses profondes, paya chèrement ce succès partiel. Les ofiiclers de cette compagnie et notamment le sous-lieutenant Masquet, prouvè-

139 mSilÈU n^RIOM MT SHto».

tmt de rénm^ie. Leur fim^ bîea dîjrîgé et a eowtB dîstïuee^ for^ a plusiauro £010 les^ Ptobsômui à se jeter à plat veiUre, eana peuvoir par 1& Févitar . La ponbbioD demiBante dea nôtiee kur permettait de k». fiiAtUer dans le dos.

Dès le début, de l'aMaque, h eobnel Denlert, qui a'était porté a« fort. dee. Biarrea pour juger di& la aituatÎMi^ expédia, dana toute la place des ordres poNtr les mesures de précaution à prendre^^ daaa le cas où renuemi étei^rait soa action offeosive à moa autres positions. Le faubourg du Magasin fut oceupé pajr une compagnie de la Haute-Saône^ qui se relia à )a grand'garde du faubourg des Yosgee. Des troupes furent rassemblées près de la porte de Franee pour ^ se porter où besoin serait; les poste» et piquets prirent les armes^ et un millier d'hommes furent préparés à se porter à ta diroifae des BanreS;^ pour agir au besoin sur la gauche de la position attaquée. Eafin^ les pièces à longue portéô regardant ^ers Bssert et YaldoiC;^ ouvrirent leur feu pour empêcher l'ennemi de rassembler des réserves en ce& points.

Quand le résultat de la lutte lui fut connu^ le commandant supérieur;» comprenant que rennemi la recommencerait selon toute probabilité h leuidemaiit .matin^ fit savoir notre situation à tous, les forts ^ -ordonna dès la nuit même une vigoureuse canon* nade sur les villages d'Essert, de Cravauehe^ de Valdoie et leurs abords.

Les deux compagnies d'éclaireurs, repliées d'Essert et de Cravanche^ prirent position dans le hameau des Barres^ situé en avant du fort des Barres, sur la route d'Essert, et déjà gardé par une compa* gaie^ et travaillèrent toute la nuit à s'y retrancher.

La perte de Cravanche permettait à Tennemi d'envelopper le pied du Mont par le nord-est.

Pour enrayer ce mouvement, le colonel envoya deux des pièces de la batterie de campagne derrière le hameau de la Forge, afin d'enfiler le ravin de Cravanche, et fit occuper par une compagnie du 65* (Rhône) la ferme Georges située entre les Barres et le Mont, au pied des pentes. Cette compagnie s'y barricada^ tandis que trois autres du même régiment se portaient en renfort sur le sommet.

Une provision de cartouches fut portée à la ferme du hameau des Barres, pour parer à l'épuisement de celles des troupes du Mont.

Le 24, dès l'aube, nos éclaireurs se portèrent vers Cravanche et constatèrent que Tennemi, tourmenté par nos obus, désertait le village pour se masser dans le ravin en arrière, à la lisière de$ bois du Salbert.

Ne pouvant y entrer sans s'y trouver eux-mêmes canonnés, et entendant le combat qui, selon les prévisions, recommençait sur leur gauche et derrière eux, ils vinrent se porter sur la route d'Essert et

les pentes snd du Mont^ d'où ils prirent part à la lutte.

L'attaque se reproduisait encore par trois grosses colonnes. Deux pièces de 4 rayées de campagne, qu'on avait établies le matin sur la droite de Bellevue, entre cet ouvrage et les Barres, tirèrent sur celle qui venait d'Essert.

Par malheur une accalmie s'étant produite dans le feu, par suite de mouvements de Tennemi sous bois, le fort des Barres, sur un faux renseignement, crut notre retraite effectuée et lança sur nos positions quelques obus qui faillirent y jeter la démoralisation, quoique n'ayant causé que deux accidents. Bientôt désabusé, le fort cessa vile cette faute malencontreuse.

La fusillade avait repris toute sa vivacité et les compagnies du 1 6"^ (Rhône) qui tenaient la gauche, repoussant Fennemi, gagnaient du terrain. Oq pouvait commencer à croire que nous serions encore victorieux, et le S'' bataillon de marche (45®) avait déjà reçu l'ordre de se préparer à aller relever les troupes fatiguées par ces deux jours de lutte, quand vers onze heures, on apprit qu'elles se mettaient en retraite.

Le commandant de la position, inquiété par des obus que les Prussiens lui envoyaient d'une batterie située vers le Valdoie, et ayant placé ses trois compagnies de reserve en haut des pentes inabordables

de Cravanche, où un pareil effectif était inutile, SB désespéra trop vite, et, dans sa préoccupation, oublia les cartouches préparées pour lui dans la ferme du hameau des Barres et laissa en arrière une partie de son effectif, comprenant les compagnies du lô'' (Rhône) et une compagnie du 65% non encore engagée, qui dut partager ses munitions avec celles du ^6^ Ces compagnies commandées par le capitaine Poupart, du 1 6% qui s'était déjà distingué à Roppe, ne se retirèrent qu'environ une heure plus tard, après avoir épuisé leurs dernières cartouches.

Ces deux attaques nous avaient coûté cinquantesept hommes tués, blessés ou disparus, dont deux officiers, et nous enlevaient le Mont, avant que les pénibles travaux qu'on y avait entrepris eussent encore porté tous leurs fruits.

Nous conservions la ferme Georges et le hameau des Barres. .

Il est à noter à propos de ces combats, que l'ennemi employait des ruses dangereuses, ce qui lui était déjà arrivé à l'affaire de Bessoncourt.

Ainsi il fit exécuter à plusieurs reprises par ^es clairons notre sonnerie de retraite, certains de ses hommes portaient des pantalons garance et d'autres criaient en français : u Ne tirez pas, ce sont des mobiles ! » Toutes choses propres, à la faveur des bois, à faciliter des surprises.

IStfirtie sur ^éreamMU.

Le commandant supérieur pensa un instant à faire un retour offensif immédiat sur le Mont, au mojen des troupes déjà prêtes pour le relèvement ordonne, en y adjoignant la partie disponible èe la garnison du fort des Barres. Mais songeant que ce retour^ qui devait compter dans les prévisions de Tennemi, coûterait^ en conséquence^ de grosses pertes pour reprendre nos positions, et qu^elles étaient encore trop peu organisées pour qu^on pût espérer les maintenir longtemps contre des attaques ëner^ques, il abandonna cette idée^ ne voulant pas entrer dans une voie qui décimerait trop "vite les forces restreintes de la garnison.

En revanche et pour empêclier Tennemî de s* enhardir à la suite de son premier succès agressif il décida que les troupes prêtes pour le relèvement, c*est-à4ire le Z"" bataillon de marche (45^,), deux compagnies des Vosges et une du Rhône, paitiraient séance tenante pour aller faille une diversion immédiate sur un point opposé de Thorizon de la jplace, et il choisit Sévenans vers lequel aucune grosse sortie n^avait encore été dirigée.

La colonne se mit ^en marche de sùito, tandis que les forts ouvraient, sur les positions conquises par

i^eanemi, mae ^loUole eauoniiaiée p&M luiieii rendre l'occupation périlleuse et lui laioeeroive au pfé^ lude un retour offienâif qu'il dirait naUioeUenvent ersindre* Pour h «oûfiraitr enoore daa& cotte idée^ et ramener à retenir ses forces sous le jfeu de iuimi eànoiaâ et à perler âm «e dUé toutes sos préoccuptttioas €t ※ ressouffoes^ les troupes du fort des Barres ârent Bur le Moat et assert un rigoureux «i^ makere 4'attaque , qui am^na nos éelaimursi, dé« pietés «n tiraiUairs» jusqu'à la Jisière du bois du Mont et à i'^^iArée du vâtage.

;Pe&dAat <e teoapâiy les troupes dirigées sur Séfmnans ^ aceampag&ées de q«atre pièces de la batterie de caœpagn^ avafeat gagné Danjoutin, où elles prirent pourtse guidier quelques détacliudinents delà garnison de ce village, bien au courant du pays. S^es so divisèf^nt en deux eolomies priae^ales^ Tune à gajache, «omposée de «>tix coinpagnies et de 1 artilleridj, sous ies ordres du dief de bataillon commandant rexpéditioii» T^utre à droite^ compo^ séô de qiifU^re oc^ispagoies ^ jgu'idées par le capitaine Vayssières, du Rhône, officier distingué (jui «commandait brillaminent k posiibn de Dànjobtin.

La ^onne die gMehe devait s'avance p&r lo bois du BosmiHit ^ers Sévetianfi^ tandb qo» celle de droite^ suivait t la roiàt^ h l<uig de la Savoiireii$tt> déborderait le village pour y envelopper rennemi*

136 PRElilÈRE PÉRIODE DU SIEGE.

Un petit détachement de DaDjoutin tenait, au centre, le fond de la vallée.

Le mouvement s'exécuta et le feu s'ouvrit sur Tennemi à la fois^ à gauche sur Sévenans et à droite sur Botans.

Une partie de la colonne de gauche se plaça de manière à protéger l'attaque contre les forces qui pourraient venir de Meroux ou de Vézelois, et le commandant assigna pour place à notre batterie les pentes du Bosmont, en face d'Âudelnans, d'où elle voyait bien, il est vrai, Meroux et Vézelois, mais pas du tout le point objectif, c'est-à-dire Sévenans.

L'ennemi fut complètement surpris par cette double, attaque inopinée. Les postes s'enfuirent presque sans lutte et furent canonnés pendant leur débandade.

La colonne de droite enleva Botans et se porta jusqu'au village de Bermont, après avoir forcé à une fuite précipitée la batterie qui défendait cette position. Elle s'arrêta là, attendant pour se rabattre sur Sévenans, que l'attaque de gauche eût abordé

ce village.

Cette dernière attaque en approcha jusqu'à cinq ou six cents mètres, mais se laissa arrêter par la fusillade de l'infanterie que l'ennemi avait ralliée, et par le feu des pièces défendant le village, que les nôtres ne pouvaient pas contre-battre de leur position.

Enfin ^ la petite colonne du centre fut entravée dans son mouvement^ par le tir du Château dirigé sur Sévenans et un peu trop court par exception.

Pourtant, malgré ces obstacles, une impulsion vigoureuse du commandant de la sortie, eût peutêtre pu le porter jusqu'à Sévenans, ce qui, grâce au succès de notre droite, eût fort compromis les troupes allemandes qui s y défendaient.

Durant ce temps, Tennemi avait rassemblé ses forces, à Meroux et Vézelois, et tenta de les porter sur notre extrême gauche. Mais notre artillerie prit sur la sienne une supériorité marquée, dès le début, grâce au sang-froid de M. Verchère, et jeta le désordre dans ses troupes composées, en majeure partie, de cavalerie. Il ne put pas réussir à nous aborder.

Le temps s'était écoulé, la nuit venait, et l'ennemi devait forcément se renforcer bientôt.

Nous effectuâmes une retraite tranquille, et pûmes voir de loin arriver, mais trop tard, de nombreuses troupes dans les villages attaqués .

Cette expédition, grâce à Tahurissement qu'elle causa chez nos adversaires, fort loin de nous attendre là) si immédiatement après les affaires du Mont^ ne nous coûta que 5 hommes et 1 officier blessé. L'ennemi en avait perdu près de dix fois autant, et avait conçu une telle inquiétude que les jours suivants nos petites reconnaissances journalières purent

138 PREJnÂRE PéaiOBE DU SIÈGE*

constater qu*il avait doublé, dans ces parages^ l'effectif ordinaire de ses seïitinelles et de ses postes.

nos églalfCfcf» «e«o«nieMt Im IHoHt «t Ik GraiMMMhe^

lit fattrotimide serrée, dirigée toute l'aptès-midi du 24 sur les pointe qu^nn ve&ait de notis enleveï, empêcha rminemî de ïf*y étaMir. il cessa d'occuper le commet tlu Mont et Cravanche pour ise tenîT à proximité, p!us en arrière, et nos éciaireurs Tetonrnèrent te US tîsîter tjes poîtits et y enlevw !es dîete abandonnés par les nôtres pendant k retraite, ain^ que H^u% que les Prassieifê j laissèrent à la sùit^ des ^comfMits.

lirait de conîbat lolntidii.

On avail^dans la uMitinée du 23^ entendu de mmveau le bruit d'un oombat lointain vers Montbéliard. C'était nupetit-eDga^ementàVouleaucouri^ anakgue à celui du 21., et pour indiquer aux troupes fran* çaises opérant pu* là, que le feu violent du 24 provenait de la place et noa pas de batteiâes eniieinèd^ on ne fit, daois la nuit du 24 au 25, qu'un tir très-

peu vif^ ce gui eût été inadmissible de la part de batteries de siëge.

Durant cette nuit^ rennemi couvrit de nombreux signaux lumineux la crête des montagnes des Vosges^ dans un l)ut inconnu pour nous, mais qui avait peut-être une relation avec son succès du jour.

Yréparotlts en vue du bombardemeiit.

la perte du Mont, d'Essert et de Cravanche^ permit à Tennemî de s^établir plus solidement à Valdoie^ et réduisît notablement notre sphère d'action au nord-ouest delà place^ sans pour cela diminuer en rien Tacûvité des petits combats de chaque jour.

INos petits postes, reliant Bavilliers au Mont, durent reculer et se développer entre Bavillîers et le hameau des Barres occupé par nous, ainsi que la ferme des Barres tout contre le fort et la ferme Georges.. Comme précaution, l'ennemi étant plus proche, le pont du faubourg des Ancêtres fut tenu fermé de jour et de nuit.

La possession de ces nouveaux terrains mettait rennemi en mesure 4e commencer bientôt leibombardement. On devait donc s'attendre de jour en jour à voir s^ouvrir celte ère nouvelle de la défense, et toutes les préocciqpations du commandant supérieur se portèrent de ce côté*

11 fit connaître à la population Timminence du danger^ et indiqua toutes les mesures à prendre pour lutter contre Tincendie qui avait fait de si effroyables ravages dans les autres villes assiégées.

Un service d'extinction^ dont les détails avaient été étudiés par M. Stéhelin et approuvés' par la municipalité, fut organisé avec le concours des troupes et des pompiers de la ville. Des brigades de guetteurs furent installées pour signaler chaque maison frappée d*un obus et y porter secours. On tint dans les escaliers de petites veilleuses allumées toute la nuit^ et on déposa dans chaque maison^ sur les paliers des étages, des baquets entretenus pleins d'eau qu'on empêchait de geler par des additions d'eau chaude. Les pompes furent toutes mises en état et réparties dans les divers quartiers. Enfin , les habitants commencèrent à s'arranger pour loger dans les caves, et des traverses de chemin de fer furent mises en réquisition pour faire des pare-éclats aux entrées principales des maisons et faciliter la circulation dans les rues. Ces divers travaux furent conduits par M. Laurent, employé jadis au Mont, et M. J. Belin, lieutenant à la compagnie du génie de la mobile. M. Mény, maire de Belfort, s'y employa de son côté avec une activité digne d'éloges, et ne cessa pas, par la suite, de faire preuve de courage et de dévouement aux intérêts de ses administrés^ quand le feu terrible des Allemands vint mettre en

PREMIÈRE PÉRIODE DU SIÈGE. Ul

lumière Timmense bienfait rendu par ces sages précautions.

^ Dans le même ordre d'idées préservatrices, mais

plus essentiellement militaires, le commandant supérieur fit évacuer toute la rive droite de la Savoureuse, plus particulièrement menacée, par les bestiaux et denrées alimentaires qui s'y trouvaient et les dirigea sur Pérouse et Danjoutîn.

Les troupes disponibles, venant du Mont, augmentaient l'effectif présent en ville. Voulant au contraire le diminuer pour tenir le plus de monde possible sur les points les plus éloignés des batteries de siège futures, le colonel Denfert r3nforça beaucoup les garnisons de Pérouse et deDanjoutin, maintenant assez solidement organisés, et occupa le bois du Bosmont par desgrand'gardes* Ces villages, ainsi que le hameau de la Forge, reçurent des postes télégraphiques les reliant aux forts et à la ville.

Les travaux du génie se portèrent particulièrement sur la construction des abris nécessaires, dans tous les points occupés par nous, et surtout à Belle vue, qui en manquait totalement et allait se trouver, selon toutes les prévisions, le premier objectif de l'ennemi.

M. Thiers, n'ayant plus affaire au Mont, reprit la direction des travaux de Bellevue, M. Quinivet ayant, du reste, assez de besogne avec la gare, les Barres et l'administration de 3a compagnie.

Le bataillon de garde dans cet ouvrage fut relevé par un autre bataillon de la Haute-Saône, commandé par M. Lang, passé chef de bataillon en remplacement de M. Lanoîr, tué à Bessoncourt.

Toutes ces mesures concernaient la partie pour ainsi dire passive de la lutte contre le feu de Fennemi. Mais le commandant supérieur n*oubliait pas non plus les moyens de latte active, c'est-à-dire notre propre artillerie,

Itrégkie tira commencer immédiatement contre les emplacements les plus probables des premières batteries ennemies^ désigna les pièces qui devaient y tirer et régla à un coup par heure et par pièce la consommation des projectiles pour ces bouches à feu. Deux pièces rayées de 12 furent ajoutées dans ce but à Tarmement de Bellevue qui n'avait encore que 4 canons lisses.

11 dut aussi parer à Tinsuffisance d'instruction technique des officiers d'artillerie de la mobile des Basses-Perches et de Bellevue, et faute d'officiers capables, disponibles dans l'artillerie, il cumula pour ces ouvrages le commandement des services de Tartillerie et du génie entre les mains des capitaines du génie Brunetot et Thiers.

Des auxiliaires pris dans l'infanterie de la mo*' bile furent successivement mis en subsistance dans les diverses batteries d'artillerie, pour augmenter leur effectif insuffisant.

PBEBQÈRi: PémOBB DU SlfCE. 143

Bientôt des amorces de travaux ennemis se montrèrent yera Taldoie , sur les pentes du Mont ^ du îiîtê dISssert, et sur le bord des plateaux de la rive

gaucbe de la Douee^ en avant de ce village. Ces travaux commencés fixèrent le but de notre tir pour les entraver.

Enfin le colonel Denfert parcourut les forts et indiqua, aux officiers qui en commandaient Tartillerie^ une modification de Tarmement qui fut Tune des causes les plus puissantes de la longue résistance ' que devait offrir notre feu aux moyens de destruction de Fennemi, et de la remarquable élasticité qu'il eut à s^adapter au tir dans les directions ks plus différentes.

Cette modification consistait à agencer les pièces pour tirer non-seulement devant elles directement, au travers des embrasures du parapet^ mais aussi à droite, à gauche, ou même tout à fait en arrière, en lançant les projectiles par-dessus les masses de terre ou les constructions empêchant la pièce de ^oir dans ces directions.

On tirait ainsi sans voir ni être vu, en rectifiant son tir par quelques tâtonnements guidés au moyen d'observateurs convenablement placés pour en voir les résultats.

Cette disposition eut comme avantage de nous donner plus de feux en avant de Bellevue et des Barres, points des premières attaques sur lesquels

le Château, la Miotte et la Justice n'en avaient que peu^ et surtout des feux cachés complètement à l'ennemi, qui, ne pouvant apercevoir les pièces, n'arriverait pas à régler son tir pour les atteindre.

Le colonel alla lui-même rechercher dans les forts les pièces susceptibles d'être arrangées de la sorte et donner des instructions sur place à ce sujet. Il trouva, dans l'enceinte intérieure et le cavalier du Château, la chose déjà en voie d'exécution, sous là direction du capitaine de La Laurencie, qui en avait pris l'initiative et avait organisé des plates-formes permettant de retourner, rapidement et sans peine^ les pièces dans les directions diverses où elles pouvaient tirer.

Environ quarante pièces furent organisées d'après ces principes dans les divers forts.

Perte de BaTllliers. — Première parallèle

contre BelleTae»

Pendant ce temps, l'ennemi, tout en travaillant, songeait à s'étendre sur la rive gauche de la Douce, pour envelopper le point d'attaque formé par les Barres et Bellevue , et protéger le flanc droit de ses travaux contre nous.

Le 28 novembre, à cinq heures du soir, à la tombée de la nuit, il canonna les grand'gardes des bois

et du village de Bavilliers, avec trois pièces établies sur la hauteur eu arrière d^Argiésans, et porta sur le village une colonne d'infanterie. Nos grand'gardes se retirèrent avec un peu de désordre^ abandonnant une partie de leurs effets, sans toutefois perdre beaucoup demonde^ et les Prussiens occupèrent cette position que du reste^ comme nous l'avons déjà dit, nous ne pouvions avoir l'intention de défendre. L6 colonel prit des mesures sévères pour que cet abandon d'effets, qui s'était déjà produit au jyfont, ne se renouvelât pas et que les troupes de l'extérieur eussent toujours leurs effets préparés pour un départ immédiat.

Des ordres furent donnés sans retard pour reporter aussi en avant que possible les grand'gardes qui avaient précipitamment perdu trop de terrain. Ce mouvement amena chez l'ennemi une alerte, et causa de sa part, vers dix heures et demie du soir, une fusillade très-intense. Les balles arrivaient en grand nombre sur Bellevue et la gare. Gela put faire croire à une attaque, et tout le monde se porta aux postes de combat y à la gare, à Bellevue et aux Barres. Toutefois les mobiles de la Haute-Saône, à Bellevue, intimidés par ce feu nourri, ne se décidèrent pas vite à monter sur le rempart, il fallut les y pousser et ils n'y montèrent pas tous. Si l'attaque eût été sérieuse, leur inopportune hésitation aurait pu compromettre les affaires.

146 PKBMIÈRE PiRIQDE DU SISGS.

fleureusement il n'en était rien et toat rentra rapidement dans le calme. Deux bataillons de renfort envoyés par le colonel y à proximité de la gare, dès le débat de la fusillade^ furent rappelés dans leurs casernementa..

En somme^ nos grand*gardes reportèrent des petits postes en ayant de Bellevue et des Barres , reliant la ferme du hameau des Barres à des maisons situées en avant de Bellevue, sur le bord du ravin Sibre.

Toute la nuit^ lea forts dirigèrent sar BaviUiers une canonnade énergique. Cependant , malgré ce feu, Tennemi réussit, en utilisant un mur de jardin, à établir en avant de Bavilliers, en travers du ravin, une tranchée d'environ cent mètres de long, s' appuyant à la route de Lyon, et lui assurant la possession du village en même temps qu elle lui servait de première parallèle contre Bellevue, dont elle était distante d'environ onze cents mètres. Il y plaça des tirailleurs qui, dès le matin du 29, engagèrent des fusillades intermittentes contre les sentinelles de la redoute. On leur répondait par des coups de fusil, <{uelqueâ coups de canon et des bombes^ car deux mortiers de vingt-deux centimètres furent placés dans l'ouvrage dès ces premières attaques.

PRBHlàRE PÉRIODE DU SliGK. 147

Dispositions à Danlontln et Fraldeiral»

La prise de possession par leimeiniyde Bavilliers et des bois voisins, plaçait notre position de Froideval bien en l'air et la menaçait sur ses derrières par le Grand-Bois. On la couvrit contre une surprise de ce côté par des petits postes, la reliant à la gare, en suivant la voie du chemiQ de fer de Besancon.

Qoant à Danjoutin, c'était^ malgré le récent succès de l'ennemi^ une position encore solide. On avait barricadé le pont de la Savoureuse^ et la position retranchée était couverte par la rivière et l'i* nondation de la plaine. Elle ne craignait guère d*attaqueque du bois du Bosmont, qui fut occupé par une de nos grand'gardes et soumis en avant à de nombreuses reconnaissances offensives de nos éclaireurs.

Essai de la Imniépe éleetrlqne*

L'ouverture des premiers travaux eontre Bdlevoe donnait à penser que d'autres allaient suivre, et il fallait se préoccuper des mojens d'éclairer, la nuit^ les travailleurs ennemis. Dans ce but on essaya, le 29 au soir, d'éclairer Bavilliers avec la lu-

mière électrique. Malheureusement l'appareil^ tout en fonctionnant bien , manqua de puissance pour aller jusque-là* Le réflecteur avait été cassé par accident et nous n'avions pu qu'à grand'peine, depuis rinvestissement, parvenir à en recevoir du dehors un autre qui se trouva beaucoup plus petit que le premier et fut insuffisant.

Nous ne pouvions donc compter sur ce mode d'éclairage que pour plus tard^ si les attaques se rapprochaient notablement. Ce fut d'autant plus fâcheux que le commandant d'artillerie de la place eut beaucoup de peine à nous fournir des balles à feu éclairantes^ à lancer avec les mortiers, et n'y réussit que lentement. Il fallut renoncer à éclairer l'ennemi pour le moment.

Clmte d*ane esearpe an fort des Barres.

Dans la même journée du 29, un autre fait fâcheux s'était produit. Le mur d'escarpe de la branche droite du fort des Barres, construit en 1868, était, à la suite des longues pluies de cette époque et d'un nouveau tassement des énormes remblais qu'il supportait, tombé en produisant une brèche d'environ soixante-dix mètres de largeur*. Pourdi-

1. Ce mur n'avait pas été, faute de temps, construit avec les précautions prescrites par le commandant du génie.

PREBil£RK^P£RIOD£ DU S1£;G£. 149

xninuer le danger que cet accident créait au fort, deux canons de 1 2 lisses furent installés au front des faubourgs pour tirer de la mitraille dans le fossé de labranche ouverte, et le pied de la brèche fut escarpé au moyen d'une sorte de reyêtement en rails dressés debout.

État de nos travaux.

Nous étions maintenant près du bombardement^ et Tennemi était yisiblement xlécidé à attaquer nos ouvrages de la rive droite de la Savoureuse. Nos travaux de défense avaient porté de bons fruits. L'armement était devenu solide dans nos ouvrages permanents^ notamment au Château^ à la Miotte et à la Justice. Bellevue, quoique manquant encore d*abris, était préservé d'un coup de main. La gare aussi pouvait se défendre. On l'avait transformée en une sorte de grande redoute palissadée^ au moyen de traverses de chemin de fer qui étaient posées horizontalement contre des poteaux formés de rails^ dressés debout de distance en distance.

On reliait Bellevue par une tranchée bordant le ravin Juster.

Pérouse et Danjoutin étaient assez bien organisés quoique encore incomplètement; enfin le hameau de la Forge était devenu une position forte ^ ap-

payée à l'étang et à une petite inondation de la Ss- Toareuse, tendne au moyen d*un barrage^ et bien protégée par les feux rapprochés de la Hiotte, de la limite gauche du camp retranché et de Tfispérance. DanB tous ces points^ des abris à l'épreuve des obus étaient en cours de construction,

La fonderie avait bien réussi et se trouvait en mesure de produire par jour cent obus de 12 rajés^ munis de leurs ailettes , fabrication qu'elle devait porter plus tard à deux cents.

iMtaUatton de l'esseni à la Tallcrie

Ihi 2S an 30 novembre, les Prussiens cherchèrent à e^établir en avant de Bellevue^ à la Tuilerie^ groupe de maisons sur la route de Lyon, distant de fat redoute d'environ quatre à cinq cents mètres, et de deux cents mètres des maisons occupées sur cette route par nos avant- postes. La possession de la Toilerie leur fut disputée par nos écîaireurs qui les en diassèrent à plusieurs reprises. Mats nous ne pouvions pas y rester^ parce que ces eœistraetionflt^ étaient assises à la limite de la partie de la route vue de la redoute, qui, par suite, ne pouvait pas ]»otéger ienrs abords du eâté de Tennemi.

Événements dlTers.

Les Allemands, soit qu'ils fussent trop tourmentés par notre feu, soit qu'ils voulussent nous tendre un piège, semblèrent, le 2 décembre , avoir abandonné Bavillierfi où nos reeonnaîssanees pénétrèrent sans coup férir.

Ordre fut donné d'y reporter une grand'garde; mais, quand elle arriva, elle y trouva Tennemi revenu et battit en retraite heureusement sans pertes.

Durant ce temps, nés nombreuses reconnaissances journalières avaient, sur tout le pourtour de la place, leur activité offensive habituelle.

Enfin, ces derniers jours du silence de l'ennemi furent marqués par le bruit d'un petit combat lointain dans la direction de Lure, et par une protestation patriotique de la population à propos d un article coupable du journal hebdomadaire de Belfort^ tendant à prôner lopportunité d'une capitulation pour évfter le bcmibàrdement.

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