‹ La défense de BelfortChapitre 9 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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Cterde de* rontes mcMaMt à Belfort.

Dans les derniera jours du mois d'octobre, la place de Belfort était gardée, sur les diverses routes qui y aboutissent, par des détachements de la garnison répartis de la manière suivante :

1° Du côté de l'Alsace :

Les francs-tireurs de M. Keller et une compagnie de mobiles de Saône-et-Loire défendaient, à Thann l'entrée de la vallée de Saint-Amarin, et éclairaient la route de Strasbourg h Belfort.

Deux compagnies de francs-tireurs d'Altkircb, deux compagnies de mobiles de la Haute-Saône et une de mobiles du Rhône, sous les ordres du capitaine du génie Thiers, gardaient, à Dannemarie, le

viaduc sur la Largue, qu'ils étaient chargés de détruire, et éclairaient, jusqu'à Landser, la voie ferrée de Mulhouse et la route qui la longe. Aux portes de cette ville se trouvaient les mobiles du Rhône et les francs-tireurs.

Avec le concours des gardes nationaux sédentaires, de ceux d'Altkirch en particulier, ce détachement surveillait les chemins qui relient la route de Strasbourg à celle d'Altkirch et Mulhouse, entre Altkirch et Dannemarie , pour éviter de laisser couper par derrière la retraite aux compagnies avancées.

D'après ces dispositions, les forces ennemies réparties en Alsace, notamment vers Colmar, ne pouvaient marcher sur Belfort par aucunjchemin sans qu'on y fût prévenu de leur mouvement.

2* Du côté de la France :

Deux compagnies de mobiles des Vosges, occupant Saint-Maurice, gardaient le col de Bussang et la route du ballon d'Alsace. Un bataillon de mobiles de la Haute-Saône était à Giromagny, détachant des compagnies à Auxelles-Bas et Plancher-Bas, sur la route de Lure à Giromagny, et à Chalonvillars sur celle de Lure à Belfort. Ces routes étaient, du reste, couvertes par le corps du colonel Perrin qui, à cette époque, avait effectué son mouvement le long de la vallée de l'Oignon, et se trouvait à Mélisey, au nord de la route de Lure.

Un bataillon de mobiles du Haut-Rhin défendait la vallée du Doubs et les gares, entre Flsle-sur-le • Doubs et Montbéliard. Le colonel Denfert avait l'intention de laisser ce bataillon se replier sur Besançon quand on investirait Belfort*

Enfin un bataillon de la Haute-Saône, à Héricourt, couvrait les routes de TIsle-sur-le-Doubs et de Lure à Montbéliard, qui s'y croisent.

Toutes les routes pouvant conduire vers Belfort d'un point quelconque de l'horizon se trouvaient donc éclairées, moins celle qu'aurait suivie un corps ennemi ayant passé le Rhin vers Huningue et marchant sur Belfort par Délie. Mais ce passage n'avait aucune probabilité, l'ennemi ayant pour investir Belfort des forces disponibles dans la Haute - Saône et surtout le Haut-Rhin, et il ne pouvait s'effectuer sans qu'on en fût averti d'avance par Huningue ou Saint-Louis* Rien, au reste, ne faisait prévoir ce passage. ^

Il était donc absolument certain qu'aucun corps ennemi ne pourrait s'approcher de la place, sans qu'elle en fût prévenue à temps, pour prendre ses mesures en conséquence^ et n'être pas étonnée par son apparition inattendue et brusque.

Marche de l'ennemi sur Belfort.

Le 29 octobre les Prussiens, au nombre d'environ 1,000 hommes d'infanterie, 150 cavaliers et 4 canons, vinrent jusqu'aux portes de Mulhouse, sans toutefois y entrer. Les 300 hommes détachés de Dannemarie, ne pouvant pas affronter de pareilles forces, furent dirigés sur Landser pour observer Tennemi et pouvoir se mettre en retraite en cas d'urgence, sans abandonner prématurément leur position et renouveler ainsi une faute déjà si souvent commise.

Ce mouvement des Allemands ne menaçait pas encore Belfort.

Mais, le 31 octobre, M. Keller fit savoir au commandant supérieur qu'il craignait une attaque sur ïhann. En conséquence, la compagnie de mobiles de Saône- et-Loire, qui s'y trouvait et devait être relevée ce jour-là par une compagnie du même ba-

taillon, reçut un ordre de rester, même après l'arrivée de la nouvelle compagnie.

Le l®"* novembre au matin l'ennemi commença à déboucher en forces sur la route de Strasbourg dans la direction de Cernay à Belfort, et canonna nos j)0stes.

[investissement, y 67

Pensant d'abord que ce pouvait être une attaque sur le col de Bussang par Thann^ le colonel Denfert donna ordre au bataillon cantonné à Giromagny de se porter sur Saint-Maurice, pour s'y adjoindre aux deux compagnies des Vosges qui y étaient déjà, et aux troupes de M. Keller, à mesure qu'elles s'y réplieraient.

Mais bientôt l'ennemi dépassant l'entrée de la vallée de Thann, et M. Keller, débordé, l'annonçant au nombre de plus de 20,000 hommes, il devint évident que c'était une armée marchant sur Belfort, et le bataillon de Giromagny reçut contreordre.

Le capitaine Thiers, à Dannemarie , fut pré venu de cette marche de l'ennemi qui se portait vers Pont d'Aspach et menaçait Dannemarie par le nord. Il reçut ordre de rappeler à lui les troupes qui étaient à Landser ; un train spécial fut mis à leur disposition.

Les deux compagnies de mobiles de Saône-et- Loire, à Thann, furent prévenues d'avoir à se replier, par la vallée, sur le col de Bussang, en disputant le terrain pied à pied, s'il y avait lieu, pour de là se mettre à la disposition du colonel Perrin, 'alors à Méhsey au pied des Vosges.

Le soir de ce jour, l'ennemi avait dépassé complètement la vallée de Thann, et occupait une ligne s' étendant de Sentheim à Soppe et Diefmatten , à

cheval sur la route de Strasbourg, qui formait sa voie principale.

Des reconnaissances parties de Dannemarie , ayant signalé à ce poste la présence de l'ennemi à Diefmatten, et le soir même une patrouille de uhlans étant venue jusqu'à Balschwiller où se trouvait une grand' garde de Dannemarie qui la chassa à coups de fusils, les derniers travaux nécessaires pour la destruction du viaduc furent entrepris activement et poussés toute la nuit, pour que la mise du feu fût prête dès la matinée du lendemain.

Dans la journée, le colonel Denfert prévint, par une dépèche, le ministre de ce qui se passait, lui renouvelant ses demandes de munitions et lui exposant que, si la chose était possible, un mouvement de l'armée de la Loire vers l'est, sur les Allemands occupant la vallée de la Saône, combiné avec un effort du corps des Vosges sur les troupes d'investissement de Belfort, pourrait arriver à dégager complètement ces parages et à préparer notre retour sur les communications de l'ennemi par le nord- est.

Il prévint également Besançon et le colonel PerrÎD,

Diipoflitioiis pour arrêter TeDiieiiii.

En même temps le colonel Denfert prit sesditfpo-

sitions pour pouvoir, le lendemain, disputer Jes abords de la place à Tennemi, et retarder la marche de Tinvestissement.

Cette action rentrait dans le programme général de la défense et était d^autant plus nécessaire que le détachement de Dannemarie, ayant à détruire le viaduc, ne pouvait pas revenir avant la journée du 2, en sorte que le retour lui eût été impossible si l'investissement se fut terminé sans coup férir.

La route suivie par Tennemi devait évidemment ramener, par la Chapelle-sous-Rougemont, jusqu'aux Errues, embranchement de la route de Strasbourg et d'un chemin qui reâionte au nord par Anjoutey jusqu'à Etueffont-Haut, pour se diriger, en longeant le pied des Vosges, vers Giromagny, par Petit-Magny et Gros-Magny.

Arrivé en ce point, il était plus que probable que le corps d'investissement, pour mener avec toute la rapidité possible son opération, se diviserait en deux colonnes destinées à envelopper Belfort à la fois par le nord et par le sud, s'il n'était déjà divisé de la sorte, suivant à la fois la route de Strasbourg et la route au pied des Vosges.

La première colonne serait donc obKgée de contourner le massif de la forêt d'Arsot par le nord, ses pentes au sud s'approchant trop près du canon de la place pour qu'elle pût s'y risquer, et on pouvait s'attendre à la voir prendre le chemin d'Etueffont,

passer à Petit-Magny et Gros-Magny pour se rapprocher ensuite de la place en gagnant le village d'Eloie, au pied des pentes nord de l'Arsot, ou en rejoignantà Chaux la route de Giromagny à Belfort.

Le seconde, au contraire, n'étant pas gênée par les accidents du terrain, viendrait probablement faire son mouvement aussi près que possible de la place, et on devait s'attendre à la voir occuper le village dé Roppe, situé à quatre kilomètres de la Miotte et de la Justice, pour de là envelopper la place par un cercle décrit à environ quatre kilomètres de distance, en occupant successivement les villages de Pfaflfans, Bessoncourî, Chévremont, Vezelois, Meroux, Moval et Sevenans. ,

On était donc à peu près certain d'arrêter les deux colonnes, en s'établissant à la fois à Roppe et à Gros-Magny. C'est à ce part; que se décida le commandant supérieur..

f En conséquence, le bataillon de la Haute^Saône, à Giromagny reçut Tordre de rappeler à lui, sans délai, toutes ses compagnies détachées, et de se porter à Gros-Magny, en s'éclairant avec soin en avant, surtout vers Etueffont, do se mascpier à l'ennemi et de défendre énergiquement le village. Il devait, en cas de nécessité, faire sa retraite sur Eloie pour gagner de là Valdoie et le massif du SaU bert, en se servant des bois et de tous les obstacles de la route.

M% Krafft fut aussi envoyé à Gros-Magny pour faire sauter, le cas échéant, les fourneaux de mines préparés sous la route, entre Gros-Magny et Petit- Magny.

Dans la nuit, le !•' bataillon du 16^ régiment provisoire (mobiles du Rhône), sous les ordres du commandant Duringe, se porta à Roppe, avec ordre d'établir une compagnie de grand' garde aux Errues, et des sections à Menoncourt, à Pfaffans et vers la forêt d'Arsot, pour éviter tout mouvement d'enveloppe.

Sa ligne de retraite, en cas de besoin, était sur Vétrigne et la forêt d'Arsot, dont il devait occuper les crêtes.

Dans la journée du V% M. Keller fut invité à se mettre sans délai en marche, en longeant le pied des montagnes, par les bois, autant qiie possible, pour gagner la vallée de Giromagny, se tenant ainsi sur le flanc droit de Tennemi qu'il devait harceler et retarder de toutes ses forces, ce qui eût singulièrement augmenta les chances de la résistance à Roppe et Gros-Magny.

Enfin le bataillon du Haut-Rhin, gardant les gares jusqu'à 'risle-surJe-Doubs, fut prévenu de la marche de l'ennemi, et averti qu'en cas de nécessité il devait se replier sur Besançon. Le bataillon de la Haute'Saône, à Héricourt, reçut Tordre de partir le 3, dès le matin, pour rentrer à Belfort et venir occu-

per Touvrage de Bellevue, et les deux compagnies de mobiles des Vosges à Saint-Maurice furent rappelées à Giromagny pour y attendre des ordres ; elles devaient cependant se diriger sur Valdoie ou le Salbert si, en arrivant, elles entendaient un combat sur leur gauche.

F^e 2 novembre , dès f aube , ces dispositions avaient reçu leur exécution, et les prévisions qui les avaient dictées se réalisèrent.

Toutefois, M. Keller, au lieu de suivre la marche qui lui était indiquée, avait fait retraite ^ur le col de Bussang, pour regagner l'armée des Vosges, et on n'eut plus dès lors aucune nouvelle de lui dans la place.

Combats de Roppe et de Crros-lfai^iiy.

Le 2, dès le matin, les Prussiens se présentèrent à Roppe et à Gros-Magny.

A Roppe le combat fut vif efi dura plusieurs heures. L'ennemi, malgré sa supériorité numérique, ne put venir à bout de nous déloger du village. Deux compagnies, celles des capitaines Poupard et Carrey, se distinguèrent particulièrement par leur solidité.

Plusieurs centaines de uhlans tentèrent d'envelopper le village par sa droite ; mais ils rencontrè-

rent la section de grand'garde, commandée par le lieutenant de Billy, qui tint ferme, et les força à abandonner Tentreprise.

En somme, nos troupes qui usèrent avec intelligence des obstacles et des ressources que leur présentaient le village et ses abords, restèrent maî*tresses de la situation sans grandes pertes, tandis que Tennemi, très-éprouvé, dut renoncer pour ce jour à s'ouvrir le passage et à poursuivre Tinvestissement.

Plusieurs traits de courage firent dans cette journée honneur à la mobile du Rhône.

Le bataillon de la Haute Saône à Gros-Magny ne lit pas, à beaucoup près, une aussi bonne contenance, et^ malgré les avantages du terrain accidenté qu'il occupait, se mit de bonne heure en retraite. Il perdit naturellement en agissant de la sorte plus de monde que le bataillon du Rhône resté victorieux.

Il allait recevoir, au moment où il fit sa retraite, un renfort précieux ; car les deux compagnies des Vosges, venues de Saint-Maurice à Giromagny, avaient demandé et obtenu la permission de se porter au combat. Ces compagnies rencontrèrent le bataillon qui retournait et qui les emmena avec lui, non pasau Valdoie qtau Salbert, selon Tordre, mais à Belfort même.

Le chemin entre Gros-Magoy et Petit-Magny n'a-

vait pas pu être détruit. Les mèches .étaient mouillées.

Après sa victoire à Gros-Magny Tennemi s'avança jusqu'à Chaux et Sermamagny, sur la route de Belfort à Giromagny.

Rupture «la Tiadue «le Daanenuirte.

En somme, ces deux combats eurent par leur ensemble le résultat attendu. L'ennemi ne fut pas en mesure de continuer son investissement séance tenante, perdit sajoumée et eut beaucoup de monde hors de combat. Le chemin resta ouvert au détachement de Dannemarie, qui rentra en chemin de fer le soir, avec tout son effectif, après avoir détruit le viaduc de la Largue. L'ennemi ne put pas par la suite et durant tout le siège réparer cet ouvrage, ce qui causa une grande gêne à ses approvisionnements en lui enlevant le chemin de fer au delà de Dannemarie et le forçant en ce point à décharger et recharger toutes ses munitions.

Combat d'ÉAoie.

Le Valdoie et le Salbert n'ayant pas été occupés après Taffaire de Gros-Magny, comme il était près-

INVESTISSEliffiNT. 75

crit, et le commandant supérieur tenant à y avoir des troupes, au moins momentanément, pour forcer le cordon d'investissement à s'allonger, il porta au Vâldoie un bataillon du 45*" de ligne présent dans la place, pour surveiller les routes de Giromagny, d'Eloie, la forêt d'Arsot et le Saibert.

Il fit aussi abandonner Roppo par le bataillon de mobiles du 16** (Rhône), cette position étant dangereuse à tenir longtemps comme trop éloignée du canon de la place, circonstance d'autant plus grave qu'il ne restait pas à Belfort un seul canon de campagne en état d'être attelé pour aller agir au dehors, tandis que l'ennemi avait avec lui une nombreuse

artillerie.

Le bataillon alla passer la nuit à Offemont, et le lendemain, dès l'aube, se mit en route au tt'avers des sentiers difficiles de la forêt d*Arsot, guidé par le capitaine du génie Degombert qui connaissait bien le pays. Il s'établit entre Eloie et le Valdoie, dans la partie occidentale de la forêt d'Arsot qui commande les routes de Giromagny et de Gros-Magny, sur lesquelles se trouvait l'ennemi.

Les deux compagnies de mobiles des Vosges, revenues de Saint-Maurice, furent portées au Valdoie pour y rester, à moins d'être appelées, par le com-^ mandant Duringe, dans l'Arsot, pour le renforcer.

Vers dix heures du matin, le 3| le bataillon du Rhône fut attaqué par une colonne venant de Gros"

Mâgny. Il tenait tète à Tennemi, quand une deuxième colonne que Tinstituteur de Vétrigne, intimidé, guida dans TArsot, vint de Roppe attaquer sa droite. Il fallut abandonner le terrain ; mais on le fit lentement, et le bataillon se replia en combattant sur le hameau de la Forge,

Nous avions perdu dans les trois affaires de Gros- Magny, Roppe et Eloie, 165 hommes tués, blessés ou disparus, dont la presque totalité (15! hommes) appartenait au bataillon de la Haute-Saône, engagé à Gros-Magny.

Le bataillon du 16* (Rhône), revenu à la Forge, y trouva des vivres et des cartouches et se fût reporté en avant pour reprendre l'offensive, si un mouvement de Tennemi àlafois de Roppe sur Vétrigne et d'Eloie sur le Valdoie, n'eût décidé le commandant supérieur à maintenir ces troupes à la Forge pour observer le pied de la forêt d'Arsot, entre le Valdoie et Offemont,

Fermeture de l'InveAtlsseiiieiii,

Pendant son attaque à Eloie, Tennemi continuait son mouvement d'investissement sur la rive gauche de la Savoureuse, en occupant successivement les villages dans Tordre prévu, et sur la rive droite par Sermamagny, Bas-Evette, Chalonvillars, Bue, Ban-

villars pour venir rejoindre l'autre colonne à Sèvenans.

Pendant ce mouvement. le bataillon du 45* s'était établi sur la crête du Salbert, et indiqua au commandant supérieur le chemin que suivait l'ennemi sur la rive droite.

Il passait assez loin et le. but de l'occupation du Salbert, qui était de le tenir éloigné, étant parla même atteint, le bataillon reçut ordre d'abandonner, par compagnies successives, le Salbert, position trop éloignée pour être occupée définitivement, et de venir s'établir au Mont, ce qui fut fait dans la soirée.

A deux heures de laprès-midi, l'investissement était fermé. Le dernier train pour Besançon ne put pas partir.

L'ennemi ne perdit pas de temps et dès le jour même il commença à retrancher les villages qu*il occupait et à y préparer des épaulements, pour pièces de campagne destinées à en défendre les approches contre les tentatives de la garnison. Elle venait en effet de lui prouver sa résolution de ne pas se borner à une défense passive dans la place.

De notre côté les forts commencèrent à gêner à coups de canon ces travaux, ainsi que les mouve* ments des colonnes ennemies qui se laissaient voir.

Les Prussiens essayèrent de répondre avec leurs pièces de campagne; mais ils étaient trop loin et leurs obus d'un trop petitcalibre n^atteignirentpas la

fortification. Ils cessèrent cette tentative inutile.

Nous ignorions, à Belfort, Teffectif du corps qui venait de nous investir ainsi ; mais Tinaction complète à laquelle il fut forcé dans les jours suivants, nous indiqua qu'il ne devait pas être très-considérable.

Il ne dépassait pas 25,000 à 30,000 hommes, et on est en droit de supposer qu'on l'eût forcé à se retirer, si, pendant le mouvement de l'investissement, M. Relier et le colonel Perrin fussent venus joindre leur action à celle de la garnison. Mais le 2, M. Relier avait fait retraite ôur le col de Bussang, tandis que le colonel Perrin se retirait de Mélisey à Montbéliard, pour assurer contre les troupes qui arrivaient à Belfort ses communications atec Besançon.

Quanta la garnison, elle ne put pas mieux faire avec des troupes à peine organisées et surtout en l'absence totale d'artillerie de campagne, ce qui lui interdisait de porter plus de forces à l'extérieur et d'engager une action étendue dans la campagne, en dehors des villages où l'on pouvait s'abriter contre les effets du canon ennemi.

ilêAsoiirceA et apiiroTlsionnelneiits de la place é

Belfort n'avait donc plus, dès le 3 novetûbre au soir, rien à attendre de l'extérieur et était livré à Ses propres ressources*

La garnison se composait des troupes suivantes :

Armée permanente.

Un bataillon du 84* de ligne.

Uh bataillon du 45'' de ligne.

Le dépôt du 45% d'un faible effectif.

Une demi-batterie à pied, dii 7* d'artillerie.

Quatre demi-batteries à pieds, du 12* d'artillerie.

Une demi-compagnie du T du génie.

Garde nationale mobile.

Une compagnie du génie formée dans la mobile du

Haut-Rhin.

Trois batteries mobiles du Haut- Rhin.

Deux batteries mobiles de la Haute -Garonne. Trois compagnies du Haut-Rhin.

Le 57* régiment (delà Haute-Saône), 3 bataillons. Le 4* bataillon de la Haute-Saône (isolé). Le 16* régiment (du Rhône) ^ 2 bataillons. Le 65" régiment (du Rhône), 2 bataillons. Cinq compagnies de Saône-et-Loire* Deux compagnies des Vosges*

Gurde tiationak mobilisée^ sédentaire^ etc. ttois Cottipàgnies de mobilisés du Étaut-lthin.

Environ 390 hommes de garde nationale sédentaire

de Belfort.

Environ 100 douaniers.

Quelques gendarmes à cheval et cavaliers isolés,

restés à Belfort.

Le tout, formant un effectif total d'environ 16,200 hommes, officiers compris, composés en grande majorité de garde nationale mobile.

Uinfanterie, le génie et les cinq compagnies de Saône-et- Loire étaient armés de fusils Chassepot.

Le reste de la mobile, de fusils à tabatière ou de fusils Snvders,

La garde sédentaire, d'anciens fusils.

L'approvisionnement de cartouches était assez Considérable :

1,100,000 cartouches chassepot, 4,400,000 id. tabatière,

750,000 id. Snyder, 2,000,000 id, ancien fusil;

soit environ 400 cartouches par homme armé d'un fusil à tir rapide, et une énorme abondance pour les autres fusils.

L'armement de la place comprenait, en nombre rond, 300 bouches à feu, dont plus de la moitié était constituée par des mortiers ou des canons lissés des divers calibres propres seulement à la défense

rapprochée et au tir de la mitraille dans les fossés^ en cas d'attaque de vive force.

Les pièces du plus fort calibre étaient des pièces rayées de 24 long. Ces pièces et celles de 12 rayées étaient approvisionnées à environ 500 coups par pièce, soit en nombres ronds :

24000 obus oblongs de 24, 40000 — — 12.

Les pièces de 4 rayées étaient, vu leur petit nombre, plus largement fournies. Nous avions 13000 obus oblongs de 4, et seulement 20 pièces environ de ce calibre.

Tous ces projectiles étaient des obus ordinaires. Il n'existait que quelques centaines d'obus à balles pour 4 et 1 2 rayés.

Les obus sphériques de 1 6 et de 1 5 étaient au nombre de plus de 20 000, c'est-à-dire en quantité plus que suffisante. Ceux de 12 étaient moins abondants, vu le nombre de pièces lisses de ce calibre.

Les mortiers étaient largement approvisionnés en bombes. Enfin, il existait une quantité très-considérable de boulets sphériques pleins, projectiles malheureusement fort peu efficaces.

Ces projectiles, bombes et boulets, provenaient en grande partie des approvisionnements accumulés dans la place, sous Louis XIV, par Vauban. Aussi

beaucoup de bombes se brisèrent prématorément au sortir du mortier, car cette Tieille fonte ne pw- Tait résister aux charges que nous employâmes.

L'approvisionnement de poudre était d'enriron 400000 kilogrammes, quantité suffisante pourtir^r à peu près tous les projectiles.

On manquait complètement d'artifices éclairants ou incendiaires.

Les vivres abondaient. On avait pour plus de 1 80 jours de farine, biscuit, riz et légumes secs; des viandes salées et un troupeau dVnviron 1 000 bêtes à cornes, pouvant durer plus de 1 50 jours, en alternant convenablement la consommation de la viande fraîche avec celle des viandes salées; une grande quantité de café; du vin et de Teau-de-vie pour 150 jours. De plus, la population avait été avertie depuis longtemps d'avoir à se munir de 91 jours de vivres et c'est ce qu'elle avait fait.

On avait de 100 à 1 50 jours de fourrages T^our les bêtes, mais comprenant peu de foin.

Enfin nous devions, comme on le verra par la suite, conserver jusqu'au bout la possession d'une partie au moins des villages d'alentour, ce qui permit d'en tirer des ressources, en légumes, pommes de terre, viande fraîche et fourrages.

État des ouvrages.

Les forts étaient en bon état, leur armement était satisfaisant, surtout celui du Château, qui, irialgré les perfectionnements qu'il reçut encore par la suit^, pouvait déjà passer pour un modèle.

Us étaient reliés entre eux et à la ville par des lignes télégraphiques.

Les blindages des casernes, encore incomplets, avaient cependant déjà reçu une première couche de terre, de manière à ne pas laisser à nu des bois qui eussent indiqué leur faiblesse à Tennemi.

La caserne du Château n'était pas préservée, mais reçut plus tard comme blindage des smcs de farine, remplissant les salles adossées à la façade qui regarde la ville et est directement exposée aux coups. On pensait, par cette disposition, garantir cette solide façade de la destruction, et conserver par là même les farines du blindage.

Cette prévision se réalisa très-bîen par la suite.

L'accomplissement de l'investissement ne fit que potasser tous ces travaux, en cours d'exécution, avec une recrudescence d'activité.

La t^èdôtite des Hâutes-Perchés était à peu près àchfevée et armée de 7 pièces de 12 rayéek. Lés Basses-Perches avaient un pareil armement, mais il

restait à faire aux abris. Chacun de ces ouvrages constitue une redoute, enveloppant un espace d'environ 1 50 mètres de long et 80 mètres de profondeur. Us sont environnés d'un fossé de 6 mètres de largeur et 2°*, 50 à 3 mètres de profondeur, creusé dans le roc et flanqué, aussi bien que possible, par des saillies du parapet en forme de redan ou de petits bastions. Les débris de roc sorti du fossé avaient servi à former le parapet, recouvert d une couche de terre pour éviter les éclats de pierre sous le choc des projectiles.

Les abris de ces ouvrages, situés dans le fossé de la gorge, y donnent des feux par des créneaux.

L'ouvrage des Basses-Perches, ne s'avançant pas assez sur la pente des Perches vers le Bosmont, ne voyait pas ses abords bien au loin. Le général Doutrelaine l'avait ainsi fait tracer dans l'idée de mieux maintenir son intérieur sous les .feux du Château, et d'utiliser les restes d'une redoute construite en 1815, par Lecourbe, sur cette position.

L'ouvrage de Bellevue tout à fait analogue aux deux précédents , quoique ses fossés ne soient pas en roc, était bien peu avancé. Les fossés incomplets ne traversaient pas encore la route de Lyon, et étaient à peine commencés à la gorge. Us ne purent même jamais y être faits, et elle resta ouverte durant tout le siège. Les traverses étaient encore trèsbasses. 11 n'y existait pas un seul abri; les hommes

logeaient dans des maisons situées à son intérieur. Enfin il n'était pas encore en état de recevoir d'armement.

Cet ouvrage découvre bien le terrain en aval de la Savoureuse y et sur les plateaux jusqu'à Essert. Mais il ne voit pas du tout le ravin de Bavilliers qui s'en approche très-près. Les faces tournées de ce côté ont peu de développement. C'est le point faible de la redoute.

Enfin les ravins Sibre et Juster étaient couverts d arbres toufTus qu'il fallait abattre, pour dégager les vues de l'ouvrage et celles du Château sur les abords de la position.

Aucun des villages ou des positions extérieures à occuper n'était retranché.

Cette situation de la place nécessitait^ pour l'application du mode de défende adopté, un travail des plus actifs et des mesures énergiques^ de nature à tenir longtemps l'ennemi éloigné.

PKEMiÈRE PÉRIODE DU SIÉOË.

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