QUATORZIÈME LEÇON
La peste peut être exportée de l'Inde vers Fouest et le nord-ouest, particulièrement des ports de la côte de Malabar et notamment de Bombay. Par suite de la proximité et du nombre des relations maritimes, la côte orientale de la péninsule arabique et le littoral de tout le golfe Persique sont les rivages les plus exposés à cette importation de la peste comme du choléra.
Le danger est d'autant plus grand que les rapports de l'Inde avec ces pays sont plus nombreux et que la distance est moindre. C'est ainsi que d'un côté le littoral du golfe Persique, celui de la mer d'Oman, et de l'autre les îles de l'archipel Indien sont le théâtre d'épidémies fréquentes de choléra.
La protection du golfe Persique est surtout nécessaire à certaines époques de l'année où il y a dans ces régions une circulation assez active de petits bâtiments à voile qui peuvent embarquer sur tous les points de la côte des passagers indigènes venant de Bombay. Les navires à vapeur de Bombay et de Kurachie arrivent, après une traversée de six à dix jours, en faisant escale, dans les ports du golfe Persique. Ils amènent non seulement des passagers suspects, mais encore des cadavres de Shiites, Indiens et Persans.
Sur la cote arabique, Mascate, par sa position, est un des points les plus compromis.
Les voies de pénétration des épidémies dans le golfe Persique sont donc nombreuses et largement ouvertes.
J'ajouterai que l'épidémie cholérique de l'Irak Arabie, de la Mésopotamie et de la Syrie (en 1889, 1890 et 1891), la dernière épidémie de 1893 ont donné une nouvelle démonstration du danger de l'importation du choléra par le golfe Persique et de la possibilité de l'importation de la peste.
Il y a donc lieu d'établir sur le littoral du golfe Persique une surveillance sérieuse analogue à celle que la Conférence de Venise de 1892 a recommandée pour Suez.
Au golfe Persique tout est à faire, il n'existe en effet à Bassorah qu'un établissement tout à fait insuffisant. Aucune mesure réellement efficace n'y est prise contre les provenances maritimes des Indes anglaises et de la Perse. Bassorah est d'ailleurs placé trop avant dans l'intérieur de la Turquie pour être le siège de la première ligne d'une défense sérieuse. La navigation anglaise est absolument maîtresse dans ces parages et jusqu'ici elle a entendu se soustraire à toute mesure restrictive.
Suivant M. Phips, délégué d'Angleterre à la Conférence de Paris de 1894, la majeure partie du commerce maritime du golfe Persique se l'ait avec les Indes. En laissant de coté le trafic de la navigation sur la côte occidentale du golfe, le relevé du commerce maritime des ports persans a donné, pour 1 891 , les chiffres ci-après :
Totalité des navires.
PAVILLONS ANGLAIS. AUTRES PAVILLONS. Tonnes. Tonnes.
Bouchir 295,674 7,720
Bender-Abbas 168,976 i ,386
Mohammerah 142,975 2,053
Total 607,625 11,159
250 LA DÉFENSE DE L'EUFiOPE CONTRE LA PESTE.
Les navires anglais ou anglo-indiens représentent donc 98 p. 100 de ce mouvement maritime.
M. Phips a ajouté que la Grande-Bretagne a les plus grands intérêts dans le commerce du golfe. Ses bâtiments de guerre y naviguent perpétuellement, dans l'intérêt de la paix locale; ses résidents sont postés sur différenls points des côtes du golfe. Elle ne voit donc aucunement la nécessité de l'établissement des postes sanitaires d'observation qu'on propose d'y établir. Elle ne pourrait d'ailleurs contribuer ni sur les revenus anglais ni sur les revenus indiens, au maintien de ces postes, et elle s'opposerait à ce que son comnierce fût assujetti à un impôt pour l'installation de postes qui ne peuvent être rigoureusement surveillés et qui ne seraient probablement d'aucune utilité.
La Conférence de Paris de 1894 avait entre autres buts celui d'établir au golfe Persique un système de défense analogue, comme nous l'avons dit, à celui que la Conférence de Venise de 1892 avait institué à Suez. Cette défense nous intéresse d'autant plus qu'elle vise la peste comme le choléra.
La Conférence de Paris complétait donc, au pomt de vue de la législation sanitaire européenne, les deux conventions de Venise et de Dresde.
Son importance était considérable. 11 s'agissait de protéger l'Europe contre des périls sans cesse renaissants. Aussi, les résolutions de la Conférence de Paris ont-elles été votées presque toujours à l'unanimité.
Quelques puissances cependant ont entouré trop longtemps le vote final de restrictions et de réserves qui aujourd'hui ont heureusement disparu. Toutefois, l'Angleterre, en ratifiant la Convention de Paris, n'a pas voulu accepter les mesures votées pour la défense du golfe Persique.
GOLFE PERSIQLIE. 251
Ces mesures sanitaires étaient ainsi établies :
Régime sanitaire et postes à établir. — i° A Faô ou à proximité de ce point : grand lazaret sur terre ferme avec service sanitaire complet ayant sous sa direction les postes sanitaires du golfe Persique mentionnés cidessous :
2° Petit lazaret dans l'un des deux îlots ottomans Sélahiyé ou Yilaniyé, situés près de Bassorah, pour surveiller les individus qui auraient échappé à la visite de Faô;
3° Maintien du poste sanitaire existant actuellement à Bassorah ;
4° Installation d'un poste sanitaire dans la baie de Koveit pour surveiller l'état de santé qui est facilement compromis par les rapports très suivis de ses habitants avec Bahrein et autres points du golfe, ainsi que par le transport des cadavres par les pèlerins pour être enterrés dans les lieux saints des Chiites, à Kerbelah et autres ;
0° Poste sanitaire à Menama, chef-lieu des îles de Bahrein. Ce point est très important à cause des pêcheurs de perles qui y affluent de tout le littoral du golfe et d'au delà ;
6° Poste sanitaire à Bender-Abbas ;
7° Poste sanitaire à Bouchir ;
(S'' Poste sanitaire à Mohammerah ;
En ce qui concerne l'obligation de ces trois derniers ports persans de renvoyer les navires cholériques à Faô, une entente entre les gouvernements ottoman et persan est de toute nécessité. Sans elle, l'exécution de tout le pian élaboré par la Conférence n'aurait aucune valeur. Cette entente semble facile à établir, le gouvernement de S. M. le Chah ayant, par l'organe de son délégué à la
Conférence, consenti aux propositions de la Commission.
9" Poste sanitaire dans le port de Gwadar (Béloui chistan) ;
10° Poste sanitaire dans le port de Mascate (sur la côte d'Oman).
Le gouvernement anglais fit à cette organisation des objections d'ordre politique et d'ordre sanitaire, et finalement il refusa de ratifier la Convention sur ces points. Quant à nous, le but que nous recherchions avant tout était d'établir une protection efficace ; c'est là le point capital.
Nous fûmes alors amenés à chercher une autre solution et nous substituâmes au projet voté à Paris l'organisation suivante qui fut adoptée par la Conférence de Venise de 1897 à la presque unanimité.
Ce nouveau système a pour premier avantage de placer le point d'arraisonnement à l'entrée du golfe Persique, au détroit d'Ormutz ; il évite en outre des pertes de temps pour la navigation en permettant aux navires, lorsque la durée de Vobservation n'est pas terminée lors de l'arraisonnement à l'île d'Ormutz ou à l'île de Kishm, de passer le golfe Persique en quarantaine jusqu'à Bassorah où les dernières opérations sanitaires seront effectuées : les intérêts de la navigation et la sauvegarde de la santé publique sont ainsi mis d'accord. Mais en attendant que les études de ce nouveau projet soient terminées et que cette organisation fonctionne, il y a lieu de recommander au gouvernement ottoman et au Conseil supérieur de santé de Constantinople d'exercer sur ces régions une surveillance des plus efficaces et des plus rigoureuses.
Voici dans quels termes la Conférence de Venise a formulé sa résolution :
Etablissements sanitaires du golfe Persique.
Il y a lieu d'installer au golfe Persique deux établissements sanitaires, l'un au détroit d'Ormutz (île d'Ormutz, île de Kishm, ou, à leur défaut, une localité à fixer dans leur voisinage), l'autre aux environs de Bassorah dans un lieu à déterminer.
Il y aura à la station sanitaire du détroit d'Ormutz deux médecins au moins, des agents sanitaires, des gardes sanitaires et tout un outillage de désinfection. Un petit hôpital sera construit.
A la station des environs de Bassorah seront construits un grand lazaret et des installations pour la désinfection des marchandises et comportant un service médical composé de plusieurs médecins.
Les navires, avant de pénétrer dans le golfe Persique, seront arraisonnés à l'établissement sanitaire du détroit d'Ormutz. Ils y subiront le régime sanitaire prescrit par le règlement. S'il ont des malades atteints de peste à bord, ils les débarqueront.
Toutefois, les navires qui doivent remonter le Chat-El- Arab seront autorisés, si la durée de l'observation n'est pas terminée, à continuer leur route, à la condition de passer le golfe Persique et le Chat-El-Arab en quarantaine. Un gardien chef, deux gardes sanitaires pris à Ormutz surveilleront le bateau jusqu'à Bassorah, où une seconde visite médicale sera pratiquée et oii se feront les désinfections nécessaires.
Les bateaux qui doivent toucher aux ports de la Perse pour y débarquer des passagers ou des marchandises pourront faire ces opérations à Bender Bouchir, lorsqu'une installation sanitaire convenable y aura été établie ;
jusque-là, ces opérations seront pratiquées à Ormutz ou à Bassorah.
Il est bien entendu qu'un navire qui reste indemne à l'expiration des dix jours à compter de la date à laquelle il a quitté le dernier port contaminé de peste, recevra la libre pratique dans les ports du golfe après constatation à l'arrivée de son état indemne.
Les établissements sanitaires d'Ormutz et de Bassorah seront placés sous la dépendance du conseil supérieur de santé de Gonstantinople. Pour la station d'Ormutz, une entente sera établie entre le gouvernement ottoman et le gouvernement persan, conformément aux stipulations de la Convention de Paris de 1894.
En attendant que les gouvernements ottoman et persan aient établi cette entente, il sera organisé d'urgence dans une des îles du détroit d'Ormutz un poste sanitaire dans lequel seront placés, parles soins du conseil sanitaire, des médecins et des gardes sanitaires. Ces derniers accompagneront les navires passant en quarantaine jusque dans le Chat-El-Arab dans l'établissement placé aux environs de Bassorah.
Nous ferons connaître maintenant les mesures qui ont été prescrites dans ces régions par le conseil de Gonstantinople et par le gouvernement persan. On se rappelle que ce dernier avait confié au médecin anglais de Bouchir la visite des bateaux anglais venant de Tlnde britannique. Les relations suivantes à cet égard ne manquent pas d'intérêt.
Les membres du conseil de saiilé de Téhéran, dans la séance du 28 janvier, estiment à l'unanimité qu'en ce qui concerne les ports du golfe Persique, il y a lieu de maintenir à l'autorité anglaise de Bouchir la mission de confiance qui lui a été précédemment conférée.
Dans la séance du conseil de Téhéran du 17 février, le D^ Lumsden demande que les ordres concernant la quarantaine lui soient envoyés par la légation d'Angleterre et non par le gouverneur de Bouchir.
Un télégramme du 15 dit qu'il sera difficile d'empêcher la peste de débarquer à Djask et d'interdire le cabotage dans les petits ports du golfe Persique, ce qui pourrait amener la famine pour les habitants. Les autorités anglaises ne se chargeront pas d'ailleurs de faire observer cette défense, dont l'exécution leur paraît très difficile à obtenir.
Le D"" Odling communique en ces termes ses propositions.
Tous les ordres relatifs aux mesures de quarantaine dans les ports du golfe Persique devront être approuvés par le chirurgien de la résidence anglaise avant d'être promulgués par le gouverneur de Bouchir. Si, pour quelque raison, cette approbation ne pouvait pas être obtenue, la question serait référée à Téhéran.
Il a déjà été accepté par le gouvernement persan qu'aucun ordre ne sera envoyé au gouverneur de Bouchir, au sujet de la quarantaine, sans qu'une copie n'en soit envoyée en même temps au résident anglais de Bouchir par l'intermédiaire de la légation d'Angleterre ; or, il est très important que cette condition soit strictement observée.
Le conseil de santé, conformément à ses délibérations dans sa séance du 23 février 1897, a l'honneur de soumettre au f:;ouvernement de Sa Majesté le Chah, les propositions suivantes :
1° Tous les ports du golfe Persique, autres que ceux de Bouchir, Bender-Abbas, Lingah et Mohammerah, doivent être absolument fermés à tous les navires venant des Indes, à l'exception, toutefois, de Djask qui pourra être fréquenté par les bateaux, à leur retour de Bouchir.
2^ Les passagers et la cargaison des navires indemnes provenant des ports indiens seront soumis aux mesures de quarantaine et de désinfection.
3° Tout navire infecté ou suspect sera repoussé.
4° La poste sera soigneusement désinfectée à son arrivée.
5° Un lazaret sera immédiatement construit à Bender-Abbas.
6° Un approvisionnement de tentes sera envoyé aux postes de quarantaine.
7° Tous les ordres concernant les mesures sanitaires du golfe
Persique, en même temps qu'ils sont envoyés au gouverneur de Bouchir, doivent êlre transmis au médecin anglais de Bouchir par l'intermédiaire de la légation d'Angleterre. Dans le cas où il y aura divergence entre les ordres reçus par le gouverneur elle médecin de la résidence anglaise, ils ne devront pas être promulgués avant qu'il n'en ait été référé à Téhéran. Il est indispensable pour la bonne conduite de la quarantaine que cette condition soit strictement observée.
8° Il est de toute nécessité d'apporter dorénavant la plus grande diligence dans la transmission des ordres, en raison du danger de la peste toujours grandissant et aussi parce que les médecins anglais ayant actuellement rejoint leurs postes dans les ports du golfe Persique, il est possible de mettre immédiatement ces ordres à exécution.
9° En raison des divergences qui existent entre le télégramme envoyé par ordre de Sa Majesté au gouverneur de Bouchir à la date du 13 février d'une part, et d'autre part, ce qui avait été décidé auparavant et aussi une lettre adressée par le D'" Tholozan au D' Odling le 17 février courant, il importe que la situation duD^ HeyderMirxa, vis-à-vis de l'autorité sanitaire anglaise, soit bien définie.
A-t-il reçu l'ordre de diriger la quai-antaine à Bender-Abbas, comme le dit le télégramme ? ou doit-il se mettre à la disposition du D"" Lumsden, de Bouchir, comme le dit la lettre du D"" Tholozan? 10° Le conseil de santé prie S. E. Mouchir ed Doulè, ministre des affaires étrangères, de vouloir bien lui faire parvenir le plus tôt possible sa réponse à la lettre que le conseil lui a adressée le 9 février, au sujet de l'application de la quarantaine.
11° Le l'ésident anglais de Bouchir ayant télégraphié qu'il paraissait impossible d'interdire le cabotage dans le golfe Persique, en raison de la dilficulté de la surveillance et du danger qu'il y aurait damener la disette sur la côte persane, le conseil de santé propose ([u'on organise, au moyen du Persépolis et au besoin d'autres bâtiments, une croisière de Djask àMussendom dans le détroit dOrmutz, large d'environ 40 milles, afin d'empêcher l'entrée dans le golfe Persique des bateaux de cabotage provenant de l'extérieur et notamment de la côte indienne, ce qui permettrait d'autoriser le cabotage de poit à port dans le golfe Persique qui est actuellement complètement indemne.
Décisions du conseil supérieur de santé de Constantinople.
A. — Par décision du conseil supérieur de santé, la quarantaine de 10 jours imposée aux provenances des Indes est portée à lo jours- Proust. — Peste. 17
La mesure prohibitive édictée contre les navires qui auraient présenté des cas de peste ou suspects de cette maladie à bord pendant la traversée, est maintenue. Cependant, dans le cas où la peste viendrait à se manifester, soit parmi les passagers, soit parmi l'équipage, après l'arrivée du navire au lazaret de Bassorah, navire et passagers seront soumis à une quarantaine de 20 jours à partir du dernier cas constaté, avec désinfection très rigoureuse des bardes, effets et bagages des passagers et de l'équipage. Le navire sera désinfecté et Teau potable renouvelée. Les eaux de cale seront vidées après avoir été préalablement désinfectées. Toutefois, les navires de cette catégorie auront la faculté de retourner, en contumace, avec les passagers qu'ils y auraient amenés, dans leurs pays d'origine.
La même quarantaine et les mêmes mesures de rigueur seront également appliquées aux navires provenant des ports du littoral du Béloutchistan jusqu'à la frontière de la Perse.
La mesure de prohibition portée contre les visiteurs chiites et les cadavres provenant des Indes est maintenue et elle est, en outre, étendue à ceux provenant du littoral du Béloutchistan.
L'entrée des cadavres en Turquie est également prohibée de tout le littoral persan du golfe Persique ainsi que de toute la frontière persane de terre allant de l'embouchure du Chat-el-Arab jusqu'à Bayazid inclusivement.
B. — Par décision du conseil supérieur de santé, la quarantaine de 10 jours imposée aux provenances de Bombay et Kurachie est portée à 15 jours et elle est étendue aux provenances de tout rindousian. Dans le cas où la peste ou des accidents de cette maladie viendraient à se manifester à bord du navire, soit pendant la traversée, soit à l'arrivée au lazaret, navires et passagers seront soumis à une quarantaine de 20 jours à partir du dernier décès constaté.
Les bardes, effets, bagages des passagers et de l'équipage seront désinfectés et tous les effets des décédés seront incinérés. Le navire subira une désinfection rigoureuse et l'eau potable sera renouvelée. Les eaux de cale seront vidées après avoir été préalablement désinfectées.
Le même régime de rigueur est appliqué aux navires provenant du littoral du Béloutchistan jusqu'à la frontière de la Perse.
Au début, le sultan de Mascate, Seyyid Feysal, ne croyait pas au péril. Puis, à la suite d'avertissements répétés, S. H. s'est adressée officiellement au consul d'Angleterre
et au consul de France, le 12 janvier, pour les prier de lui suggérer les mesures sanitaires à prendre.
De là est résulté le projet de règlement sanitaire qui prescrit les mesures suivantes :
Inspection sanitaire de tout navire venant de l'Inde. Cette inspection est faite par un ancien aide d'hôpital qui sert de médecin sanitaire au sultan.
Défense absolue de communiquer avec la terre pour les navires à bcrd desquels il aurait été constaté des cas suspects ou des décès.
Pour les autres navires, non notoirement contaminés, application aux passagers d'une quarantaine de 9 jours, à partir de la date du départ du dernier port infecté, mais débarquement des marchandises sans aucune précaution. Cependant l'importation du vieux coton et des chiffons est prohibée.
Tout navire arrivant d'un port indien sera mis en quarantaine et visité par un médecin sanitaire qui, s'il y a un docteur sur le navire, prendra son rapport sur Tétat sanitaire à bord.
S'il n'y a eu aucun cas de peste ni aucun cas suspect pendant la traversée, le navire sera admis à décharger ses marchandises de la manière usitée jusqu'ici, avec cette exception que, dans aucun cas, les chitfons et le vieux coton ne pourront être débarqués.
Si d'autres marchandises étaient considérées comme susceptibles d'apporter la contagion, des ordres seraient donnés pour en prohiber l'importation.
Si des chiffons ou du vieux coton étaient débarqués soit par fraude, soit par erreur, les officiers de la douane auraient à le signaler immédiatement au gouvernement local qui ordonnerait la destruction de ces marchandises.
Si un cas de peste ou un cas suspect s'est produit durant le voyage, aucune communication d'aucun genre avec la terre ne sera permise si ce n'est pour débarquer les sacs postaux.
Si le navire est autorisé à décharger des marchandises et qu'il y ait des passagers pour Mascate, ces passagers seront débarqués, sous surveillance, à El-Haramel, oià ils seront retenus pour une période de 9 jours à compter du départ du dernier port infecté.
Si un cas suspect se produit pendant leur séjour au lazarel, la personne atteinte sera séparée des autres passagers qui auront alors à subir une nouvelle quarantaine de neuf jours à compter de la constatation du cas suspect.
Aucune personne autre que les passagers qui vont au lazaret ne sera autorisée à débarquer.
Les effets des passagers débarquant au lazaret seront désinfectés au moment du débarquement et, si un cas suspect se produit, tous les effets seront de nouveau désinfectés.
Chaque passager qui débarque aura à payer un droit de quarantaine de cinq roupies.
Seyyid Feysal s'est d'abord montré peu rigoureux dans l'application de ces mesures sanitaires ; mais il ne tarda pas à être effrayé par les nouvelles des progrès de l'épidémie indienne et à se montrer décidé à faire tous les efforts possibles pour empêcher le fléau d'atteindre ses États. S. H. a notamment interdit aux navires déchargeant leurs marchandises en quarantaine avant l'expiration des 9 jours réglementaires de communiquer avec la terre d'une manière quelconque et d'employer les coolies de la place à bord comme ils faisaient au début.
A Gwadar le vali du sultan applique, dit-on, les mêmes règles sanitaires qu'à Mascate.
A Sous, oii quelques boutres peuvent arriver de Bombay, les cheiks de la ville auraient organisé euxmêmes des mesures de défense assez sérieuses contre l'épidémie indienne.
Le sultan de Mascate est incapable avec ses seules ressources d'établir à Gwadar et à Mascate, qui sont les deux avanl-postes du goife Persique, les deux battants de la porte s'ouvrant d'un côté sur la côte béloutchispersane, de l'autre sur la côte arabe, les installations sanitaires indispensables. La nécessité de soumettre le sultanat à un contrôle sanitaire semble s'imposer, et il y aurait lieu de préciser les moyens sanitaires à employer
GOLFE PIÎRSIQUE. 26l
et d'examiner comment on pourrait les mettre d'accord avecles conventions anglo-françaises de 1862 et de 1890. Jusqu'ici en effet les mesures sanitaires sont à peu près lettre morte dans ces régions, ainsi qu'il résulte du fait suivant :
Une dépêche de Mascate, du 26 février 1897, nous apprend que Agha Khan, chef spirituel des Chiites Indiens, sest marié dernièrement à Soona et, dans cette ville où la peste sévissait déjà, des milliers de Mahométans étaient accourus de tous les points de l'Inde pour assister à la cérémonie et présenter, en roupies, les cadeaux de noces.
Deux cents de ces pèlerins, originaires de Gwadar, viennent de rentrer dans leur pays sur un hateau affrété spécialement à cet effet. Il parait qu'ils devaient subir une quarantaine de 10 jours. Mais les uns racontent que le vali du sultan de Mascate à Gwadar a eu toutes les peines du monde à faire maintenir jusqu'au bout cette quarantaine, les autres assurent qu'elle aurait été réduite de moitié.
Aux îles Bahrein, où les pêcheurs de perles affluent de tout le littoral et qui sont l'entrepôt commercial de la majeure partie de la côte arabe du golfe, le cheik Issa-Ben- Ali, n'impose aucune visite, aucune inspection, aucune mesure sanitaire aux navires britanniques qui y viennent de l'Inde plusieurs fois par mois.
I] faut remonter jusqu'à Bassorah pour trouver une organisation sanitaire encore très insuffisante et qu'on peut tourner. C'est ce qu'a essayé de faire le nouveau consul anglais de Bassorah, qui venant de Bombay avec cinq domestiques a passé dans le port de Mascate du paquebot des Messageries maritimes sur le stationnaire du résident anglais de Bender-Bouchir venu à sa rencontre pour le conduire à son poste. Mais le stratagème a été découvert
262 LA DÉFEiNSE DE L'EUROPE COxNTRE LA PESTE.
et le représentant de S. M. Britannique a dû, tout comme les passagers ordinaires qui n'ont pas un stationnaire du gouvernement indien à leur disposition, purger sa quaran- ;taine, ce qu'il ne se serait résigné à faire qu'en protestant énergiquement.