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PROPHYLAXIE EN EUROPE. LES ANCIENNES QUARANTAINES

Il me semble intéressant, avant d'exposer les règles conseillées aujourd'hui pour la prophylaxie de la peste, de rappeler à titre de curiosité historique quelques-unes des mesures qui étaient ordonnées autrefois par l'autorité à l'égard des individus atteints de la peste ou supposés l'être.

Les citations suivantes se passent de commentaires (1).

Peste.

Le 15 novembre 1510, le Parlement demande à la Faculté de médecine six de ses docteurs, lesquels avec six barbiers donneraient leurs soins aux pestiférés de Paris.

Une ordonnance du prévôt de Paris, 16 novembre 1510, enjoint à ceux qui occupent des maisons infectées a de

(1) Voir : Les ordoniiances f aides et publiées à son de trompe par les carrefours de ceste ville de Paris pour éviter le danger de peste, 1531, précédées d'une étude sur les épidémies parisiennes, par Chereau. Paris, 1873.

— Annales des épidémies en Franche-Comté : Peste, par Perron. Besançon, 1862. — Hygiène internati<male. Paris, 1873. — Traité d'hygiène. Paris, 1877-1881. — La défense de l'Europe contre le choléra. Paris, 1892. — Les nouvelles routes des grandes épidémies {Revue des Deux-Mondes, 1893).

— L'orientation nouvelle de la politique sanitaire, par A. Proust. Paris,

mettre à l'une des fenêtres ou autres lieux plus apparents une botte de paille et de l'y laisser encore pendant deux mois après que la maladie aura cessé (1) ».

Le 14 avril 1519 la peste est encore à Paris ; le prévôt demande si l'on peut sans danger permettre la représentation du Mystère de Notre-Seigneur dans le cimetière de Saint-Jean ; la Faculté répond que les grandes agglomérations sont dangereuses et qu'on doit empêcher cette représentation.

Pendant la peste de 1531 et de 1533 le Parlement prescrit à la date du 26 août 1531 une ordonnance sur les mesures à prendre :

Les maisons infectées auront aux fenêtres et à leur principale porte une croix de bois.

Toute personne qui aura été malade, tout membre de sa famille, tout habitant même de la maison occupée par ce malade, ne pourront circuler dans la ville sans avoir à la main une baguette ou un bâton de couleur blanche.

Défense absolue de faire entrer dans Paris ou dans les faubourgs, ni lits, ni couvertures, courtepointes, draps de laine, serges, rideaux, « ne autres biens où la peste peult retenir » ; la même défense s'applique aux objets à transporter d'une maison infectée dans une autre. Les fripiers, les priseurs, les couturiers, les revendeurs, ne pourront même plus continuer leur métier relativement à ces tissus, « où la peste et mauvais air se peult retenir ». Le Parisien n'aura plus le loisir d'aller aux étuves; les propriétaires de ces derniers établissements s'abstiendront jusqu'au prochain jour de Noël, c'est-à-dire pendant près de cinq mois,

(I) Delamare, liv. IV, tit. XIII, ch. ii.

272 LA DEFEiNSE DE L EUROPE CONTRE LA PESTE.

de chauffer lesdites étiives; on craignait évidemment le rapprochement entre les gens sains et les gens contaminés.

Tout manant, tout mendiant sera impitoyablement rejeté de l'intérieur des églises. Les ladres ou lépreux, habitants de Paris, se retireront en leurs maladreries. Les chirurgiens et barbiers seront tenus de ne point jeter dans la partie de la Seine comprise dans l'enceinte de Paris le sang des saignées qu'ils auront pratiquées, mais de le porter au delà de cette enceinte, au-dessous de l'écorcherie aux chevaux. Ces mêmes chirurgiens, s'ils ont été convaincus d'avoir saigné des lépreux, devront s'abstenir de pratiquer leur métier pendant un temps déterminé par la justice. Les mêmes prohibitions s'appliquent aux maréchaux, qui recevront dans un vase le sang provenant de la saignée des chevaux et qui iront jeter ce sang aux voiries, hors la ville et les faubourgs. On leur défend aussi d'entretenir leurs forges avec du charbon de terre; on s'imagine que les vapeurs bitumineuses répandues par ce combustible, alors nouveau, peuvent aider le fléau dans ses manifestations. Excellente mesure : le pavé devant les maisons sera réparé s'il est mauvais ; soir et matin, « mesmement dans le ruisseau », on arrosera ; on empêchera l'engorgement des égouts, on laissera l'eau du ciel tomber en toute liberté sans balayer, ni nettoyer durant cette pluie.

A la même époque on créa des Prévôts de la santé qui, aidés d'un certain nombre d'archers, devaient s'enquérir des maisons infectées. Les prévôts devaient marquer d'une croix blanche les maisons abritant des pestiférés, et veiller à ce que les domestiques de ces mêmes maisons ne sortissent qu'avec une verge blanche à la main. Ceux

qui osaient effacer ces croix blanches avaient le poing coupé. Les officiers sanitaires, leurs aides et archers, ne marchaient dans les rues que portant une casaque d'étoffe noire avec une croix blanche.

Dans la peste qui ravagea Marseille en 1720, on prit

Hahit bejMeèecin<s, e.t autveô perjonftej qm viôUeni Lea Pe<5ttfe^é<f, ^L e^t 'he. man'ocjtdn ^e L6uarit,ie masfue a le<syetix ^e crùtal,et iifiLono ne:^re7tif>li be parftuïia

une mesure encore plus extravagante. Les médecins chargés de soigner les pestiférés portaient une robe en maroquin du Levant, parce que, disait-on, cette étoffe, par son odeur et son poil, est le plus capable de résister au venin pestilentiel ; la tête était complètement fourrée dans un capuchon fait du même maroquin ; ce capuchon était percé au niveau des yeux d'ouvertures pour permettre la vue, mais ces ouvertures étaient soigneusement

Pbolst. — Peste. 18

bouchées par un cristal. Le nez en forme de bec était rempli de parfums et de matières balsamiques.

Déjà Charles de l'Orme, médecin de Louis XIII, raconte en quel singulier costume il soignait les pestiférés : a Je me fis faire un habit de maroquin que je ne quittai plus, et je pris l'habitude de ne jamais sortir sans avoir dans la bouche de l'ail, dans le nez de la rue, dans les oreilles de l'encens, sur les yeux des besicles. Plus tard même je fis faire un masque du même maroquin que l'habit, où j'avais fait attacher un nez long d'un demipied, afin de détourner la malignité de l'air. »

Une figure du Traité de la j^este de Manget (1721) représente une variante de cet habit carnavalesque qui, d'après l'auteur, aurait été importé d'Italie. C'est dans le même accoutrement que nous voyons un médecin de Marseille, pendant la grande épidémie de 1720, figuré sur une curieuse gravure de Melchior Fuesslinus, signalée par M. B. ^ehQY [Janus, 3 livr., p. 299). La légende dit en allemand : a Image de l'habit en cuir de Gordoue d'un médecin de Marseille, pendant la peste, portant dans l'enveloppe du nez des fumigations et tenant la baguette avec laquelle il doit tâter le pouls » (1).

Ambroise Paré nous a laissé un tableau émouvant des misères de toutes sortes dans ces temps de calamités publiques où le malheureux pestiféré, traqué comme une bête venimeuse^ était arraché à son foyer domestique, séquestré dans des lieux infects, et souvent victime des voleurs et des assassins. Il ajoutait : « Lorsqu'on apercevait seulement es rues les médecins, chirurgiens et barbiers, esleurs pour panser les malades, chasciin courait après eux^ à coups de pierres pour les tuer comme chiens

(1) Voir Henry Meige [La Nature, 10 avril 1897),

enragés^ disant qu'il fallait qu'ils n'allassent que de nuict, de peur d'infecter les sains. »

L'épidémie de peste de 1606 inspira une très grande terreur. On vit alors les gouverneurs de l'Hôtel-Dieu trembler pour leur propre compte, s'éloigner du foyer pestilentiel de ce grand établissement hospitalier, et décider, dans une assemblée tenue le 8 juillet 1606, que leur bureau se tiendrait dorénavant au logis de l'un d'eux, M. d'Aubray (1). Les chanoines de Notre-Dame ne cherchent pas moins à sauvegarder leur santé ; ils s'arrangent de manière à ce que les chapelains qui desservaient l'Hôtel-Dieu n'entrent plus dans l'église métropolitaine ; il y avait une porte qui faisait communiquer le chapitre avec une cour basse de l'hôpital, cette porte fut assurée ; il y en avait une autre qui servait de passage aux viandes de boucherie, ou y mit un cadenas et la clef en fut confiée au dépensier (2).

Dans le milieu de l'année 1623, Paris est encore visité par une épidémie. Cette fois on a recours aux lumières de la Faculté de médecine. Le 2 août une grande assemblée a lieu au Ghâtelet, dans la chambre des causes civiles ; le lieutenant civil Le Bailleul y a convoqué tous les officiers de police générale, et invité le doyen des docteurs (André Duchemin) à s'y rendre, accompagné de Claude Gervais, censeur, et de Jean Martin, l'un des médecins de Henri IV.

L'on n'a pas oublié non plus les chirurgiens jurés^ les barbiers et les pharmaciens. Hélas ! cette séance qui devait être tout entière consacrée au salut public devient une scène sur laquelle se maltraitent ces quatre corps.

(1) Archives de V Assistance publique, reg. de délibér. de l'Hôtel-Dieu, no G392.

(2) Ibid.

276 LA DÉFEiNSE DE L'EUROPE CONTRE LA PESTE.

Le premier échevin. — Je voudrais que la Faculté désignât dix de ses docteurs qui auraient pour mission d'étudier les causes des maladies régnantes, et d'indiquer les moyens propres à les combattre.

Le plus ancien des chirurgiens. — J'appuie fortement la motion de M. le premier échevin; mais il faudrait que les chirurgiens fussent aussi consultés.

Du Puys, Vun des barbiers. — Moi, je possède des formules et des remèdes contre la peste, pourquoi ne les emploie-t-on pas ?

Le doyen de la Faculté. — En vérité, c'est par trop d'audace voir un barbier se mêler de choses qui ne le regardent pas.

Un phartnacien juré. — Moi je promets de fournir les médicaments nécessaires et l'antidote que dans une autre circonstance la Faculté de médecine a conseillé contre la peste. Que messieurs les médecins veuillent bien me donner leur formule.

Le doyen. — La Faculté ne doit pas donner cette formule.

V assemblée^ se levant comme un seul homme. — Et pourquoi donc, s'il vous plaît?

Le doyen. — Nous n'avons pas mis la dernière main à la confection de cet opiat, lequel n'a même pas été approuvé par toute la Faculté; nous en donnerons la formule dans l'antidotaire qui sera bientôt livré au public.

Les pharinaciens et les gens de la police en chœur. — Soyez donc alors pharmaciens, messieurs les médecins!

Le doyen gravement et solennellement. — Nous avons été, nous sommes et nous serons pharmaciens, toutes les fois que cela nous plaira. A vous de vendre les médicaments.

En 1628, un arrêt de la cour d'Aix enjoignit à tous

les médecins, chirurgiens et apothicaires, de déclarer aux intendants de la santé les malades atteints de maladies suspectes ou contagieuses.

Cet arrêt, qui remonte bientôt à trois siècles, mérite d'être signalé. Je le transcris ici en lui conservant son orthographe :

(( La cour, provoyant sur la requizition verballement faicte par le Procureur général du Roy, a enjoinct et enjoinct aux médecins apoticaires et chirurgiens de cette ville d'Aix et autres de ceste province lors quils traiteront quelques particuliers des dites villes, de maladies, soubconnés de contagion de le dire et déclarer tout incontinant aux intandans de la santé des cartiers des dites villes sur paine de rispondre en leur propre des inconvéniens que pourraient arriver et d'amendre arbitraire, a faict et faict inhibitions et deffences aux dits apoticaires de bailler aucuns médicamens ny drogues sans ordonance des médecins et aux chirurgiens de faire aucune saignée ny appareils sans la présence et advis de lun des dits médecins, sur mesme paine et de punition corporelle enjoinct aux Consuls des dites villes de faire signifier le présent arrêt aus dits médecins, apoticaires et chirurgiens, à ce quil n'en prétende cause dignorance, faict à Aix en Parlement le treize septembre mil six cens vingt huict ».

Un arrêt du Parlement du 2 septembre 1631 enjoignait aux médecins de déclarer de suite aux commissaires de leur quartier les cas de peste qu'ils rencontreraient dans leur pratique : « ils auront à donner les noms, surnoms, qualités et demeures des malades qui seront inscrits sur le registre ad hoc placé au Châtelet »,

Le 9 juillet 1668, le Parlement avertit la Faculté que

la peste menace la ville et demande qu'on prenne des mesures en conséquence.

On va même jusqu'à soupçonner qu'un homme arrivé à Paris, depuis peu de jours, d'une province infectée, après avoir logé d'abord rue de la Parcheminerie, puis rue de la Harpe, avait été mourir de la contagion dans une maison « sur le fossé d'entre les portes Saint-Jacques et Saint-Michel » (1). Aussitôt les magistrats se rendent à la maison suspecte, y séquestrent les pauvres gens qui avaient communiqué avec le prétendu pestiféré et pourvoient à leur nourriture (2). Bien plus, un arrêté intervient, qui, pour plus de sécurité encore, ordonne que ces mêmes gens seront conduits, pour ij faire une quarantaine^ dans une maison appartenant au président Musnier, sise dans le haut de la Courtille, non loin de l'hôpital Saint-Louis (3). Les officiers du guet, commandés par le magistrat de police pour exécuter cet arrêt, prennent peur ; ils ne veulent pas s'exposer et prétendent que c'est aux prévôts de la santé qu'incombe cette fonction. On ne les écouta pas, et le Parlement les força à obéir aux ordres du lieutenant de police (4).

Pendant l'épidémie de peste de la Franche-Comté en 4528, les autorités de Lure avaient fait construire dans chaque village des loges écartées, vider et barrer les maisons atteintes, puis on avait mandé de Lorraine un nettoyeur très expert et réputé, Jean Pliant, lequel avait fait merveille lors de la peste précédente. Maître Jean ne faisait point mystère de ses procédés; il expliquait au prévôt de Lure comment il aérait ses appartements, com-

(1) Arch. de l'Ass. puhl., reg. des délibérations, G54G.

(2) Delamare, liv. IV, tit. XIII, ch. viii.

(3) Voir cet arrêt, Delamare, liv. IV, tit. XIII, ch. viii.

(4) Voir cet arrêt, Delamare, liv. IV, tit. XIII, ch. vin.

LES ANCIENiNES QUARANTAINES. 279

ment il disposait ses réchauds, comment il employait ses parfums, en commençant par les plus fétides et en finissant par les plus doux; sur l'excellente réputation dont il jouissait, ce nettoyeur traita depuis avec le Parlement pour le soulagement des villages de Bourgogne infectés de contagion, il se disait bien médecin, mais, suivant une lettre du magistrat de Vesoul, c'était un homme qui avait plus d'expérience que de science, estant illettré et néantmoing qui avoit de très bons secrets et remèdes, La célébrité de cet empirique ne dura qu'un moment.

Généralement, ailleurs qu'en Franche-Comté, ces nettoyeurs de bas aloi étaient à la solde d'un entrepreneur intelligent qui contractait avec la ville infectée et qui remplissait son mandat sous la surveillance des officiers ou commis de la santé.

En Franche-Comté on traitait directement avec eux, on les y appelait presque indifféremment parfumeurs^ aé rieurs^ désinfecteurs^ nettoyeurs ou bosser ands (1) et on les confondait tous, maîtres et valets, sous la même dénomination. Ils pénétraient dans les maisons préalablement ouvertes, balayées et bien aérées, ils s'avançaient avec gravité, tenant à la main une pomme de senteur et un peu de racine d'angélique à la bouche, puis ils disposaient leurs réchauds allumés et les substances, genévrier, soufre ou encens, destinées à la désinfection.

Et quand l'aération et les fumigations étaient bien faites, on livrait la maison aux essaijeurs ou espreuves, autres mercenaires qui, comme leur nom l'indique assez, y demeuraient un certain laps de temps pour en éprouver le bon nettoiement.

(1) La bosse ou la glande était une forme de la peste.

En 4628, un pauvre homme qui tnait pris femme à Bard et qui s'était fixé à Braus fut expulsé de ce dernier village sous prétexte qu'il pouvait y fomenter la peste. C était en réalité parce qu'il était dans une extrême indigence et à la charge de la commune. Il vint gîter avec sa femme dans une masure abandonnée sur le territoire de Pesmes, mais on les en délogea à coups d'arquebuses. Ils furent contraints de se détourner vers Brésilley ; là encore d'impitoyables gardes les attendaient ; il faisait froid et nuit, c'était en décembre, ces malheureux prièrent à mains jointes qu'on leur donnât un peu de pain et du feu^ disant qu'ils enrageaient de froid et de besoin. On leur présenta ce qu'ils demandaient à l'extrémité d'une longue perche ; depuis lors cet homme ne reparut plus. La femme seule vint encore la nuit suivante redemander du feu et du pain. Elle n'osa pas dire toutefois que son mari fût déjà mort, de peur d'être éconduite brutalement par les gardes comme suspecte de contagion. Le cadavre du pauvre homme fut trouvé deux jours après dans le fond d'un petit vallon plein de brousailles, et un procureur d'office n'hésita pas à déclarer que cet homme avait dû mourir de famine et de froid. Cependant il fut ordonné que son cadavre serait enfoui sur place, qu'il ne serait inhumé qu'avec de longs crocs et que ceux qui auraient fait l'inhumation se tiendraient resserrés et ne converseraient avec personne de cinq ou six jours.

On barrait un pays comme on barrait un particulier. La barre était simple ou serrée. Dans la barre simple on posait des gardes à l'entrée des lieux voisins et sur les avenues du pays malade et séquestré.

Dans la barre serrée on élevait en vue de ce pays des corps de garde plus ou moins nombreux bien armés et approvisionnés. On barrait un particulier soit en l'enfer-

mant dans sa maison au moyen d'un levier, d'une barre ou de bons crampons et ferrements, soit en faisant exercer sur lui et à ses frais telle surveillance qu'on jugeait nécessaire.

Une vieille femme, ayant visité durant sa maladie un jeune garçon qui avait succombé à une fièvre, étant morte subitement le dimanche des Rameaux, cet accident donna l'éveil au magistrat qui invita les médecins à visiter le corps de la défunte. L'enquête médicale n'apprit rien ; toutefois, comme le cadavre était couvert de tanclures et d'exanthèmes, on voulut éclaircir le fait et on mit deux femmes en la maison où ledict garçon estoit mort ; mais elle n'y heur ent pas demeuré huict jours ^ que la plus jeune tomba malade de peste bien recognue, si bien que les ayant envoyés toutes deux aux loges, la plus vieille mourut deux jours après, ayant la peste aux deux aisnes (15 juin 1629). C'est-à-dire que peu satisfait des doutes exprimés par des hommes de l'art, qui n'osaient affirmer la contagion, le magistrat pour s'éclairer fit appelai épreuve directe^ en essayant de contaminer deux pauvres femmes.

Les officiers du bailliage de la ville de Baume craignaient que la maladie ne se glissât dans une prison et n'en fit un centre de pestilence ; ils demandaient qu'on transférât les prisonniers sans délai au château de Ghâtillon-sous-Maiche ; et voilà le motif qu'ils donnaient de ce transfert : « Etait-il raisonnable de laisser ainsi mourir à leur aise, par manière de dire, tant de scélérats qui doivent par leurs peines exemplaires de terrer et espouvaîiter les méchants leurs semblables de cy-après les imiter. »

Souvent, pour échapper aux rigueurs de la quarantaine, des malheureux dissimulaient leur infection ; c'était le

cas d'un nommé Jacquot qui fut réduit de la façon suivante (1) :

« Nous passâmes auprès de la dite loge avec un arquebusier, où, ayant fait dépouiller le dit Jacquot, nous reconnûmes qu'il était atteint d'un charbon... Sur ce qu'on nous fit entendre qu'il était homme dangereux et volontaire, nous fîmes venir de Poligny des fers pour les pieds avec un marteau que nous lui fîmes jeter et avec lequel nous lui fîmes abattre et river les clavettes à soi-même, ce qu'il fit en notre présence (août 1629). »

Vers la fin de 1629, depuis environ deux mois il n'était survenu à Lons-le-Saulnier aucun accident de peste, mais on avait attendu, comme à l'ordinaire, pour lever labarre, que la nouvelle lune eût fait connaître ses dispositions.

A une époque où l'on consultait les almanachs pour se couper les ongles, où les médecins n'osaient, à cause du préjugé, traiter leurs malades pendant les jours caniculaires (2), où l'on croyait encore qu'une épidémie pestilentielle résultait des conjonctions ou oppositions malignes des hautes et supérieures planètes, on comprend si l'influence d'un astre aussi voisin du nôtre devait être considérable et considérée.

En 1630, àl'arrière-saison, le mal contagieux qui régnait à Gray devint moins violent. On put faire l'élection d'un nouveau magistrat en décembre, mais on employa un procédé différent. En temps ordinaire, on convoquait le peuple dans la grande salle des Gordeliers où le maïeur et l'avocat de la ville l'exhortaient dans une harangue à faire

1,1) Rapport du Dr Masson, de Poligny.

(2) Nous vous prions de ne pas faire comme les médecins (écrivait-on d'Ormay au sieur de Ghauvirey) gui attendent la fin des jours caniculaires pour donner des remèdes aux patients, nous prendrons à toute heure ce qu'il vous plaira îious ordonner pour notre salut (10 août 1634).

choix des citoyens vertueux et capables ; puis on appelait à tour de rôle des dizeniers, chaque habitant dixième hàéposer son vote. En 1630, par exception chaque votant fut tiré hors de sa rue et conduit séparément par trois députés du conseil dûment assermentés, sur la place publique où des feux étaient dressés sur différents points. Chaque habitant fut reconduit à son domicile avec de grandes, précautions. Pendant ce temps-là, les gardes de la patrouille municipale empêchaient le mélange de ceux qui stationnaient.

En 1031 , les échevins de Champlite annoncent le 26 mai au Parlement qu'il y est mort dans les 13 premiers jours, 40 personnes de la peste.

L'épidémie faisait d'étranges progrès, les médecins ayant méconnu le mal au début ; il arriva de Dole un bon ermite sur lequel on comptait beaucoup ; mais l'épidémie étant dans sa période d'ascension, elle continua de s'étendre et de faire d'épouvantables ravages. La réputation du bon ermite n'y tint guère.

Dans les expertises sur la peste ^ le médecin devait observer à bonne distance et au-dessus du vent^ ce qui faisait l'objet de son rapport à messieurs les magistrats.

Une femme qui s'était particulièrement distinguée lors de la peste de Fresnes fut louée pour combattre la peste de Chenevrey. Elle communie, et parmi plusieurs nettoyeurs de sa connaissance, elle en voit un qu'elle signale comme un homme très dangereux ; elle dit qu'au lieu de travailler à éteindre le mal, il travaillait à l'empirer; ce scélérat recueillait le pus des pestiférés et il en graissait les verrous des portes.

Je laisse à penser si le châtiment de ce personnage se fit attendre.

Quand la police d'une ville avait été impuissante à la préserver de la contagion, on faisait la part du feu. Non seulement la ville était barrée dans la province, mais encore le quartier Fêtait dans la cité. Les infectés et ceux qui les avaient fréquentés étaient mis à l'écart et leurs maisons, évacuées et fermées par ordre de police, n'étaient plus ouvertes qu'aux empiriques qui les nettoyaient, les lavaient et les parfumaient, puis aux pauvres gens qui s y aventuraient 'pour les essayer qï prouver que les opérations du nettoyage avaient réussi.

Dans certains pays, on prohibait en temps d'épidémie, les danses, les assemblées et les fêtes.

A Berne, au contraire, on donnait des fêtes pour ragaillardir le peuple.

A Metz (1508), on avait établi à toutes les portes des jeux de quille pour amuser la jeunesse et chasser la mélancolie des habitants.

A Milan, on célébrait avec fureur les divertissements du carnaval et, dit Alibert (1), « la plupart des Milanais se livraient encore à des saturnales sur le bord de la tombe ».

Chirac voulait qu'on payât aux Marseillais des violons et des tambours pour divertir le peuple.

Dans certains pays on séquestrait les prostituées, mais en Franche-Comté elles n'y étaient point tolérées et on les condamnait par voie de police et expédient « à être menées hors la cité par unsercjent^ tambour battant^ et un chapeau de paille sur la teste avec deffense à elles faicte d'y jamais

(I) Vhys. des Pass., t. II, p. î(]5.

rentrer à peine d'être pendues on estranglées » ; dans les campagnes, on dépêchait contre elles les archers.

On allumait dans les rues des feux de genévrier, de pin, de genêt ; on brûlait des plantes odorantes et bien desséchées: menthe, sauge, mélisse, lavande, marjolaine, pouliot, origan, fenouil, calament, hysope, etc.; dans quelqiies pays on tirait du canon dans les rues.

Les médecins qui se rendaient aux loges ne manquaient jamais de communier et de faire leur testament. Ils avaient à peine par mois 30 ou 40 écus de gages.

Au rapport de Guy Patin, les médecins n'osaient aller soigner les malades non tant par crainte de gagner le mal que de peur de perdre leur clientèle en l'exposant à recevoir la contagion.

Quand un docteur était requis de visiter soit un malade, soit un défunt, et d'éclairer les chefs de la police sur la nature d'accidents réputés suspects, il ne procédait qu'avec une extrême circonspection, n'examinant les corps qu'à bon vent, si possible les faisant manier et palper par des mercenaires ou des parents^ et tout cela naturellement parce qu'ainsi le voulaient l'autorité elle-même et les idées du temps.

« Nous, François de l'Hospital, seigneur du Hallier, etc., sur l'avis qu'avons heu que la maladie contagieuse pullule dans divers endroits du comté de Bourgogne et que nonobstant ce les habitants d'icelle ne laissent de venir et trafficquer en ces provinces.

« Nous pour obvier aux inconvénients qui pourraient arriver avons fait et faisons inhibitions à tous les subjects

du roy de traficquej\ vendre, achepter ni commercer en façon quelle qu'elle soit de ladicte comté jusques autrement nous en ayt esté cogneu, à peine de la vie et confiscation de tous biens. A ces fins deffendons sous les mesmes peines aux habitants de Dortans, Arbans et aultres lieux frontières de ces provinces permettre ladicte entrée ny accès auxdicts du comté dont ils demeureront comptables. »

Le passage de la peste en Franche-Comté laissa des traces profondes dans l'esprit des peuples et des gouvernements, et quand, un siècle après, cette maladie fut signalée en Provence, elle suscita une émotion considérable dans toute l'Europe.

Les autorités provinciales édictèrent de nouveau les vieilles prohibitions. Chaque municipalité fit expulser de sa communauté les gueux, mendiants, vagabonds, gens inconnus et sans aveu, et exigea pour y recevoir les voyageurs et les marchandises des formalités très sévères.

Il ne fallait pas moins qu'un arrêt du Conseil d'Etat (14 septembre 1720) pour empêcher cette baiTe universelle. La sévérité des mesures n'était guère moindre qu'en 1630:

(( D'abord que les commandants seront avertis qu'il y a un endroit attaqué, ils le feront investir à environ une demie-lieue, posteront les sentinelles assez près pour se communiquer, feront patrouiller continuellement pendant la nuit.... En cas que ceux quisoyit bloqués veuillent sortir par force^ le commandant menacera de les passer au fildel'épée^ et, si quelqu'un venait à s'échapper, on le poursuivra, on le prendra, on le ramènera près du lieu dont il s'est sauvé, et on lui cassera la tête en présence de ses compatriotes pour leur servir d'exemple... On fera provision de vinaigre pour tremper l'argent et les lettres qui

doivent toujours être sans enveloppe. On tuera tous les chiens et les chats au moins une lieue à la ronde parce qu'ils communiquent souvent le mal. Pour éviter toute communication entre ceux qui sont bloqués et les soldats, il ne sera permis aux premiers de s'avancer qu'aux barrières quand ils auront besoin de parler à quelqu'un et aux seconds sons peine de vie de n'avancer de dix pas sur le territoire du lieu bloqué et les sentinelles auront ordre de tirer d'abord sur les contrevenants.

« Il faudra avoir un nombre de gens armés pour faire faire leur devoir à ceux qui ont soin des malades et d'enterrer les morts et faire casser la tête à ceux qui voleront ou cacheront des hardes pestiférées. Il sera défendu de faire le service divin dans les églises.

« On ne permettra aucun attroupement. Si quelque médecin ou chirurgien par crainte voulait se retirer, et que les sentiments de religion et d'honneur ne le puissent retenir, on le fera rester par force en le menaçant de lui casser la tête. »

Le premier règlement général sanitaire qu'ait eu la France est du 25 août 1683. Il prescrit les précautions à prendre pour empêcher que la peste ne s'introduise dans le royaume. Ce règlement fait à Fontainebleau porte la signature de Louis XIV et de Colbert.

La ville de Marseille fît une application curieuse de ce règlement ; elle s'en est servi pour refuser l'entrée du port à une galère du Roi qui venait de Toulon, où la peste était dans toute sa force, alors qu'elle était à son déclin à Marseille.

A l'assemblée du 9 mars 1721 M. Tiran, intendant semainier, a représenté « qu'il est venu à la notice du bureau que la gallère du roy qui est actuellement à Toulon doit

venir en cette ville et comme il y aurait un évident danger à l'y recevoir soit par rapport à la maladie contagieuse qui est manifestée à Toulon et de laquelle, grâce à Dieu, en cette ville, elle parait être sur sa fin, que par rapport à ce que les isles du Frioul sont occupées par les barrières par lesquelles la ville reçoit tout ce qui luy est nécessaire pour la subsistance des habitants et que d'ailleurs le port de Pomègue est presque tout occupée (sic) des battiments en purge venus avec patente nette, ledit semainier requiert estre délibéré.

u Surquoy il a esté unanimement délibéré que conformément au règlement du roy concernant la santé du vingtcinq aoust mil six cent quatre-vingt-trois la dite gallère ne doit point estre ressue dans le port de Marseille et que par lestât où se trouvent actuellement le mouillage du Frioul et celluy de Pomègue suivant les raisons énoncées à la proposition cydessus on ne saurait non plus les y recevoir. »

Les quarantaines avant la commission de r Académie ( 1 846)

— Conférence sanitaire internationale de Paris (1852).

— Création des médecins sanitaires en Orient.

Lorsque Prus fit son rapport à l'Académie de médecine sur la peste et les quarantaines, le régime sanitaire était établi : 1° par la loi du 3 mars 1822; 2° par une ordonnance du roi, en date du 7 août de la même année. 11 était laissé aux intendances sanitaires le droit de faire elles-mêmes les règlements à l'usage des localités soumises à leur juridiction. L'intendance de Marseille formula une série de règlements sur les fonctions de ses membres, des médecins, des gardes de santé, prescrivant la conduite à tenir envers les pestiférés.

Ces règlements ont été adoptés parles villes du littoral. Ils ont été approuvés par M. le ministre du commerce le 13 novembre 1835, et ils sont ainsi devenus une sorte de code sanitaire. Il est intéressant de voir quel était, au moment de la discussion académique, l'esprit qui animait cette réglementation, et de juger ainsi du progrès qui a été réalisé.

Il faut distinguer dans ces règlements deux points principaux : la durée des quarantaines, variant selon la nature de la patente brute, suspecte ou nette ; enfin, la conduite à tenir à l'égard des pestiférés. La rigueur de la quarantaine était telle, que dans certaines circonstances on exigeait jusqu'à vingt-cinq jours de quarantaine après le débarquement des passagers et de leurs effets ; lors même d'une patente nette^ les paquebots-poste français pouvaient être obligés à douze jours de quarantaine, la séquestration datant toujours du débarquement des passagers et de leurs effets. On se rendra compte de la sévérité de ces mesures par l'examen du : Tableau de la durée des quarantaines telles qu' elles sont appliquées aujourd'hui aux provenances du Levant. Ce tableau officiel est extrait d'un rapport adressé, en 1846, à M. le ministre de l'agriculture et du commerce par De Ségur-Dupeyron au retour de sa troisième expédition en Orient (1).

Quant à la conduite qui était prescrite à l'égard des pestiférés, on en jugera par les dispositifs des articles suivants qui sont extraits des règlements de 1835 :

Art. 6H. — Le pestiféré doit être placé dans une chambre près la barrière de fer. Si quelqu'un du bord a suivi le malade dans la vue de le soigner, il lui est donné une chambre dans son voisinage, mais il évite de communiquer avec le pestiféré.

(1) Prus, Zoc. cit., p. 214 et 216.

Proust. — Peste. 19

290 Lk DÉFENSE DE L'EUROPE CONTRE LA PESTE.

Art. 612. — On place dans le même enclos deux gardes de santé. Ces gardes ne communiquent ni avec les malades, ni avec les personnes qui les soignent; ils sont chargés de surveiller les uns et les autres.

Art. 613. — On procure à l'individu qui soigne le malade, des sabots de bois, une camisole, des pantalons et des gilets de toile cirée dont il se revêt quand il entre dans la chambre du malade pour lui approcher quelque remède au bout d'une planche.

Art. 614. — Lorsqu'on a besoin du secours manuel de quelque chirurgien, on invite un élève en chirurgie à s'enfermer avec le maladCy mais ce n'est jamais qu'à la dernière extrémité qu'on en vient là.

Art. 615. — Lorsqu'il s'agit de l'ouverture d'un bubon et que ce bubon a son siège sur une partie du corps telle que le malade puisse s'opérer lui-même, on fait usage de caustiques, ou on emploie tous les moyens possibles pour engager et déterminer le malade à se faire Vopération, et on saisit le moment où ses sens encore libres le lui permettent, quoique le bubon ne soit pas encore parvenu au degré de maturité indiqué par les règles de l'art.

Art. 616. — On procure au chirurgien des vêtements entoile cirée[i). On lui remet des instruments à longue queue, pour qu'il puisse en faire usage sans toucher le malade. En entrant dans la chambre d'un pestiféré, le chirurgien porte avec lui un réchaud sur lequel il fait brûler des parfums en assez grande quantité pour que la fumée qu'ils produisent puisse affaiblir l'action morbifique des miasmes pestilentiels. Le chlorure de chaux peut être employé en même temps.

Art. 617. — Les médecins et chirurgiens n'entrent point dans l'enclos 011 est logé un malade atteint de maladie contagieuse. Ils s'arrêtent toujours à plus de 6 mètres de distance de la première porte, de manière qu'ils sont dans un éloignement au moins de 12 mètres du malade qu'ils visitent, lequel se montre à eux, si son état le lui permet, et leur parle sans dépasser la barrière de fer qui est dans l'enclos.

Art. 618. — Lorsque le malade ne peut sortir de sa chambre, les médecins se règlent sur le rapport qui leur est fait par l'élève chirurgien, ou à défaut de celui-ci par toute autre personne placée dans l'enclos pour soigner le malade, et ils prescrivent des remèdes convenables à sa situation.

(1) Pendant l'épidémie d'Egypte de 1835, les médecins français continuèrent leurs soins assidus aux malades sans rien changer à leurs habitudes, se différenciant ainsi de quelques médecins étrangers qui parcouraient les rues et faisaient leurs visites dans un attirail fait pour jeter l'épouvante, enveloppés dans un sarreau de toile cirée et armés d'un long bâton. {Extrait du rapport de Lesseps.)

La Commission a protesté avec une généreuse indignation contre de pareilles mesures ; elle a déclaré que les médecins devaient aux pestiférés les mêmes soins qu'aux autres malades.

Elle a également proposé de supprimer \d. patente suspecte^ qui ne pouvait être en effet qu'une source de confusion et d'erreur. Elle a demandé de grands adoucissements dans le système quarantenaire, formulant ainsi la durée des quarantaines :

Pour les navires ayant un médecin sanitaire à bord, venant d'Egypte, de Syrie ou de Turquie avec une patente nette, la quarantaine sera de dix jours pleins à partir du départ, quand la peste ni aucune maladie suspecte ne se seront manifestées à bord pendant la traversée.

La quarantaine sera de quinze jours pleins à partir du départ, pour les mêmes navires arrivant avec patente brute, s'il ne s'y est manifesté ni peste, ni maladie suspecte avant le départ ou pendant la traversée.

Pour les navires du commerce n'ayant pas de médecin sanitaire à bord, il sera prescrit une quarantaine d'observation de dix jours pleins à partir de Varrivée.

Lorsque les mêmes navires arriveront au port -dvec patente brute, mais sans avoir eu en mer ni peste, ni maladie suspecte, ils subiront une quarantaine de rigueur de quinze jours à partir de Varrivée.

Le bâtiment, quel qu'il soit, quelle que soit sa patente, qui aura eu pendant la traversée ou qui aura, lors de son arrivée dans un port français, un malade atteint de la peste ou d'une maladie suspecte, sera soumis à une quarantaine de rigueur dont la durée sera déterminée par l'autorité sanitaire dudit port.

Les passagers et l'équipage seront transportés au lazaret et subiront une quarantaine qui sera de quinze- jours au moins et vingt jours au plus.

Les marchandises seront débarquées et aérées.

Le navire bien nettoyé, bien lavé, bien ventilé, bien purifié, restera vide pendant un mois au moins.

C'était là, comme on le voit, une importante réforme ; mais le plus grand progrès qui résulta de la mémorable discussion de l'Académie, en 1846, fut l'institution des

médecins sanitaires en Orient. Avant cette institution on croyait généralement que la peste, endémique en Orient, y existait toujours, au moins à l'état sporadique, et c'était en vue de ces cas isolés qu'on imposait comme durée de quarantaine le minimum de traversée^, minimum qui fut de 10 jours d'abord, plus tard ne fut que de 8, c'est-à-dire égal à la plus longue durée de l'incubation.

Or, les recherches et les informations les plus minutieuses de nos médecins sanitaires, et en particulier les travaux de Prus et de Fauvel, ont démontré l'absence, à ce moment, de peste en Orient. Cette absence remontait, pour la Turquie, à plus de 15 ans, et, pour l'Egypte, à la dernière épidémie de 1841 à 1842. Elle était confirmée par l'enquête de la commission envoyée de Gonstantinople en Egypte, et dont le rapporteur était Laval, par les déclarations de Grassi et Rafalowitz devant la Conférence internationale de 1852, enfin par tout l'ensemble des travaux publiés à ce sujet.

Il n'était donc plus nécessaire de prescrire une quarantaine contre un bâtiment arrivant d'Orient, par cette seule raison qu'il arrivait d'Orient, sans savoir s'il existait dans le Levant une épidémie de peste.

Aujourd'hui nous nous contentons d'isoler rigoureuse- i ment les malades , d'exercer une surveillance sur leur famille et leur entourage, de recommander aux médecins et aux personnes qui donnent leurs soins aux pestiférés de se désinfecter fréquemment les mains et le visage, d'avoir les plus grands soins de propreté, de prendre leurs repas en dehors de la chambre des malades.

Tous les objets contaminés seront désinfectés ou détruits ; enfin toutes les règles d'hygiène générale devront être appliquées.

En 1864, à Hong-Kong, parmi les sept médecins japonais envoyés pour étudier la maladie, il y eut trois malades et un mort.

La mission anglaise^ composée de onze médecins qui prenaient les plus grands soins hygiéniques, fut complètement indemne.

Les Francs qui s'astreignaient à des soins de propreté ont été habituellement épargnés dans les épidémies qui ont sévi à Gonstantinople.

Enfin on donnera une attention spéciale au sol, qui paraît être le principal réceptacle de l'agent pathogène.

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