DIX-NEUVIÈME LEÇON
La pratique de la désinfection, ainsi que le rappellent les leçons précédentes, joue un rôle de premier ordre, sinon le plus important, dans la prophylaxie de la peste. 11 ne semble pas, d'autre part, d'après les travaux les plus récents aussi bien que suivant les observations les plus anciennes, que cette affection soit justiciable d'autres modes de désinfection que ceux qui peuvent être mis en usage pour les autres maladies transmissibles. Son micro-organisme spécifique est généralement compris parmi ceux qui sont de résistance moyenne à l'égard des désinfectants usuels ; ses spores sont, il est vrai, encore inconnues, mais les milieux qui le renferment d'ordinaire ne sauraient échapper à l'influence des agents dont on se sert communément aujourd'hui dans la pratique de la désinfection. Nous avons donc tout lieu de penser que la prophylaxie de la peste est relativement aisée, dans toutes les localités où existe un service régulier de désinfection publique.
Soit que les provenances des pays contaminés aient été déclarées suspectes ou infectées aux termes des règlements précités, soit qu'un cas de peste se soit montré
(I) Cette leçon a été faite à la station municipale de désinfection de la ville de Paris, G, rue des Récollets, par M. le D^ A.-J. Martin, inspecteur général de l'assainissement et de la salubrité de l'habitation.
dans une localité quelconque, la désinfection devra être opérée, suivant les cas et d'après les modes d'application ci-après énumérés, à l'aide des procédés suivants :
1° Destruction par le feu pour les objets sans valeur ;
2° Etuvage pour les tissus et étoffes ;
3° Lavage à l'aide de solutions désinfectantes pour le matériel, les surfaces et les parois des lieux habités ;
i"* Lavage, aération ou emploi de gaz antiseptiques pour certaines parties déterminées de ces locaux.
Aussi le matériel nécessaire à la désiafection doit-il comprendre essentiellement : des étuves à désinfection par la vapeur ; des pulvérisateurs ; des pompes ou des mélangeurs ; des solutions désinfectantes ; des siphons de gaz acide sulfureux liquéfié; en outre, un matériel accessoire mais spécialement affecté à la désinfection ; il se composera de toiles-enveloppes et de sacs, de brocs en bois pour certaines solutions désinfectantes, d'objets divers pour l'essuyage et le lavage et de divers outils uniquement affectés à ce service. Enfin, le personnel chargé de la désinfection aura des vêtements spéciaux de travail.
Les appareils de désinfection et les solutions désinfectantes doivent répondre à certaines conditions. Il est en effet indispensable qu'ils assurent, dans le temps le plus rapide possible, la destruction des germes pathogènes renfermés dans les objets ou sur les surfaces à désinfecter, et que ce résultat soit atteint en les détériorant le moins possible.
Les étuves à désinfection, communément employées aujourd'hui, fonctionnent par la vapeur. On sait en effet que l'air chaud ou le mélange d'air chaud et de vapeur exigent un temps considérable ou des températures très élevées pour obtenir la destruction des micro-organismes
pathogènes et de leurs spores dans les objets souillés; des durées longues et de hautes températures font forcément subir une détérioration considérable aux objets à désinfecter.
De plus, la vapeur sous pression est incomparablement plus active et plus sûre que la vapeur elle-même sans pression.
D'ailleurs, il convient, pour agir vite et bien, de chasser le plus rapidement possible l'air, mauvais conducteur de la chaleur, dans les étuves et dans les objets qu'elles renferment. On y parvient soit en laissant fluer la vapeur sous pression de haut en bas dans l'appareil, soit en laissant la vapeur dormante dans celui-ci, mais en pratiquant de temps en temps des dépressions.
Il nous serait difficile, dans l'état actuel de cette question, d'exprimer une préférence absolue à l'égard de tel ou tel système ; en effet, sur notre proposition, une commission mixte a été récemment nommée par le gouvernement français, commission composée d'hygiénistes et d'ingénieurs, afin de fixer la réglementation des étuves à désinfection ; les travaux très complexes et très étendus de cette commission ne sont pas encore achevés et il nous est, par suite, impossible d'en laisser même soupçonner les résultats.
Quel que soit le système d'étuve qu'on adopte, les objets qu'on y place doivent y séjourner un temps d'une durée minimum qui doit être scrupuleusement définie et contrôlée ; de plus, l'appareil doit remplir certaines conditions de constance de la température dans ses divers points, et modifier le moins possible la valeur marchande des objets désinfectés. Aussi pensons-nous qu'il convient d'exiger comme minimum de garanties pour un appareil de désinfection, quel qu'il soit, les conditions suivantes *
:j28 LA DÉFENSE DE L'EUROPE CONTRE LA PESTE.
1" La température ne doit pas y varier ou varier d'un degré centigrade au plus dans toutes les parties de l'appareil, ainsi que dans les objets qu'on y place ;
2° Après la désinfection, la traction au dynamomètre des objets désinfectés ne doit pas témoigner d'une différence sensible dans le degré de résistance ;
3° Les couleurs des étoffes ne doivent pas être altérées ;
4° Les étuves doivent être munies d'appareils enregistreurs dont les feuilles puissent être contrôlées à toute réquisition de l'autorité compétente.
Ainsi, le choix du système appliqué pour l'étuve est laissé à l'appréciation de l'autorité sanitaire ; mais, quelque soit ce système, qu'il s'agisse de la vapeur sous pression, de la vapeur fluente, de la vapeur surchauffée ou de tout autre mode d'application de la chaleur à la stérilisation, il faut dans tous les cas, que le public soit assuré du succès de l'opération à laquelle il consent ou à laquelle il est obligé de confier ce qui lui appartient.
Ce qui distingue essentiellement un appareil à vapeur et une étuve à désinfection, c'est que pour le premier on a besoin d'obtenir une certaine tension de la vapeur, et la durée pendant laquelle on la maintient n'a de valeur que pour la quantité de travail effectuée ; tandis qu'avec un appareil de désinfection la durée de celle-ci est fonction même de la durée pendant laquelle la température exigée y subsiste entre des limites strictement définies. (( Si l'on doit remplacer par la longueur de Topération, l'activité si grande des températures qui accompagnent les fortes tensions, c'est à cette condition seulement que les appareils à pression faible ne donneront nul mécompte et ne laisseront aucune part à l'imprévu. » (Vinay.) Une fois déterminé le degré de température auquel l'appareil doit fonctionner, il est indispensable de
spécifier avec la plus grande précision la durée pendant laquelle cette température doit être maintenue. Celle-ci varie, en général, suivant les cas, entre 105° C. et 115° sous la pression équivalente. Dans les appareils à vapeur dormante sans pression avec dépressions, l'opération dure de 17 à 25 minutes au maximum; dans les appareils à vapeur fluente sous pression, il faut la prolonger généralement davantage, jusqu'à trois quarts d'heure et une heure parfois.
Le mode de pénétration de la vapeur dans l'intimité des objets à désinfecter ne doit pas être moins étudié; il ne dépend pas seulement du système, mais encore des dimensions des appareils, des dispositions prises pour la conduite de l'opération et de la manière dont les objets à désinfecter sont répartis dans l'étuve. Ce sont des précautions à spécifier pour chaque appareil et que nous examinerons tout à l'heure.
Quant aux solutions désinfectantes, les qualités qu'on y doit rechercher sont les suivantes :
1° La destruction rapide, sûre, définitive, des principes virulents ;
2° L'innocuité relative ou absolue pour les personnes, les objets à désinfecter et les appareils;
3° Le bon marché et la facilité de l'emploi ;
4° Autant que possible, l'absence d'odeur désagréable.
Le nombre des désinfectants est innombrable, d'autant que tous les dérivés de la série aromatique ont des propriétés antiseptiques manifestes et que les progrès des industries chimiques les multiplient chaque jour. Dans la pratique de la désinfection, il est indispensable de se limiter à un petit nombre de composés, les plus stables, de composition bien définie et qui, de par l'analyse microbiologique, chimique et physiologique, répondent le mieux aux con-
ditions primordiales que nous venons d'énumérer. On recommandera donc principalement les solutions désinfectantes suivantes :
Le sublimé à 2 p. 1000, soit additionné de 10 grammes de sel marin, soit en solution dans l'eau de mer;
L'acide phénique pur cristallisé à o p. 100 ;
Le sulfate de cuivre en solution à o p. 100;
Le lait de chaux fraîchement préparé à 20 p. 100.
Il est facile de se procurer ces divers désinfectants, dont la préparation est aisée à faire. Par contre, pour avoir du lait de chaux très actif, une certaine manipulation est nécessaire. On prend de la chaux de bonne qualité, on la fait déliter en l'arrosant petit à petit avec la moitié de son poids d'eau. Quand la délitescence est eiïectuée, on met la poudre dans un récipient soigneusement bouché et placé dans un endroit sec. Comme un kilogramme de chaux qui a absorbé 500 grammes d'eau pour se déliter, a acquis un volume de 2 l. 200, il suffit de le délayer dans le double de son volume d'eau, soit 41.400, pour avoir un lait de chaux qui soit environ à 20 p. 100.
Lorsqu'on est contraint de se servir d'un désinfectant gazeux, le mieux est encore de faire usage de l'acide sulfureux liquéfié dans des siphons. On a longtemps pensé, et l'on espère encore, que le procédé le plus sûr pour faire pénétrer l'antiseptique dans toutes les parties sans exception d'une pièce ou d'un objet, doit consister dans le dégagement d'un gaz doué de propriétés microbicides. Mais l'expérience n'a pas tardé à montrer que c'était, au contraire, un moyen singulièrement illusoire et qui ne pouvait réussir qu'autant qu'on pouvait l'employer pendant un temps considérable, bien plus long que celui dont on peut disposer d'ordinaire dans la pra-
tique courante de la désinfection. L'antique sereine des lazarets, c'est-à-dire l'exposition à l'air et au soleil pendant quarante jours au moins des objets à désinfecter, n'était assurément pas sans donner d'heureux résultats ; mais il faut aujourd'hui aller plus vite sous peine de rendre dans les conditions de la vie actuelle l'usage de la désinfection impraticable.
Les constatations faites, à l'aide des lumières de la bactériologie, sur l'emploi de l'acide sulfureux n'ont pas toujours été bien favorables ; néanmoins c'est là un procédé de choix, pour certaines circonstances déterminées, qu'il ne faudrait pas, faute de mieux, absolument rejeter. Toutefois, lorsqu'on le peut, au lieu d'obtenir le gaz microbicide en faisant simplement brûler du soufre à la dose moyenne de 4 grammes par mètre cube, suivant les précautions bien connues, il est à tous égards préférable de demander à l'emploi de l'acide sulfureux liquéfié un dégagement de gaz plus constant et plus complet, qui ne s'arrête pas avec l'absorption de tout l'oxygène de l'air contenu dans le local.
Depuis plusieurs années on recherche les moyens de rendre pratique la désinfection par l'aldéhyde formique gazeux. Les recherches expérimentales concordent malheureusement aujourd'hui pour ne reconnaître à cet excellent antiseptique qu'une action extrêmement superficielle et même inégale ; sa pénétration est malaisée, presque nulle et sa durée d'action doit être prolongée au delà du temps compatible avec les exigences de la vie commune et à des doses qui rendent difficile le séjour des locaux pendant une période assez considérable, en raison des odeurs acres et irritantes qu'il dégage.
Si bien qu'on est obligé d'insister surtout sur les nettoyages et les lavages pratiqués aussi énergiquement que
possible avec des solutions désinfectantes. Le rôle des antiseptiques est favorisé par Faction mécanique des manœuvres de désinfection.
Entrons maintenant dans le détail des opérations proprement dites de désinfection. La prophylaxie de la peste nous oblige à considérer surtout deux cas principaux : ou il s'agit de désinfecter un navire suspect ou contaminé; ou il y a lieu de prendre des mesures à l'égard d'un cas déclaré ou suspecté dans une partie quelconque d'une agglomération terrestre.
1° Désinfection des navires. — Suivant les instructions que le comité consultatif d'hygiène publique de France vient d'adopter sur notre rapport, il faut envisager, dans ce cas^ les bagages des passagers et de l'équipage, les marchandises, le navire et spécialement ses cales. Les mesures à prendre seront les suivantes :
A. Bagages des passagers et de r équipage. — Les bardes, vieux chiffons, pansements infectés, les papiers et les autres objets sans valeur seront détruits par le feu.
Les linges, objets de literie, vêtements, effets à usage personnel, matelas, tapis, et en général tous les tissus et étoffes contaminés ou suspects, seront soumis à la désinfection par l'étuve à vapeur.
Les cuirs, chaussures, courroies, caoutchoucs, bretelles, casquettes, chapeaux, cartons, malles et tous objets semblables, les fourrures, les objets en bois collés seront désinfectés par la pulvérisation ou le lavage.
Tous ces objets sont déposés dans des toiles, enveloppes, sacs ou paniers avant d'être portés au local où ils doivent être désinfectés.
Les sacs et enveloppes ne sont ouverts qu'au moment
de rintroduction dans l'étuve à vapeur. Les objets souillés et tachés de sang, de pus ou de matière fécale, sont brossés et rincés dans la solution de sublimé salée.
A défaut de cette solution, on fera usage de la solution d'acide pliénique. Cette dernière prescription s'applique à tous les cas où, au cours de ces instructions, il est fait mention de l'emploi de la solution de sublimé salée.
L'étuvage est fait suivant les conditions spéciales fixées pour chaque appareil et il doit durer le temps minimum prescrit dans ces conditions. Les parties métalliques des chariots ou paniers destinés à recevoir les objets doivent être garnies d'une bâche en toile et chaque couche d'objets également enveloppée d'une bâche en toile. Les objets ne doivent pas y être plies ni serrés, mais étendus avec soin ; ceux qui sont en laine ou en plume et peuvent se gonfler sous l'influence de la chaleur sont toujours placés au-dessus.
Après désinfection, les objets sont étirés et secoués à l'air pendant 4 ou 5 minutes dès leur sortie des appareils.
Pour tous les objets ci-dessus énumérés qui ne peuvent subir l'étuvage, on devra les laver à l'aide de la solution de sublimé salée et faire choix pour ce lavage de la pulvérisation, lorsque les objets sont particulièrement délicats et^ pour les autres, de nettoyages à l'aide de pompes ou mélangeurs.
B. Marchandises. — Il y a lieu de distinguer, au point de vue de la désinfection des marchandises prohibées et qu'on trouverait néanmoins à bord des navires, celles qui peuvent subir l'étuvage, celles qui ne peuvent être désinfectées qu'à l'aide de lavages antiseptiques et celles qui ne peuvent être soumises à aucun de ces procédés sans détérioration.
Les premières sont: les tissus et étoffes en balles non comprimées et cerclées, si leurs dimensions leur permettent d'être introduites dans les étuves en service. Elles y subiront le traitement spécifié ci-dessus.
Les secondes sont : les étoffes et tissus de trop grandes dimensions, notamment les grands tapis, les balles comprimées et cerclées. Les deux faces des tapis ou les enveloppes extérieures des balles doivent, si pour ces dernières on Ta jugé nécessaire, être fortement imprégnées de la solution de sublimé salée à Faide de pompes ou mélangeurs.
C. Désinfection du navire. — On videra la ou les cabines et toutes les parties du navire occupées par des malades ou des suspects et les objets qu'elles renferment seront soumis aux mesures de désinfection ci-dessus indiquées.
Les parois et les planchers seront la^ es avec la solution de sublimé salée projetée au moyen de pompes ou mélangeurs. La pulvérisation de liquides antiseptiques ne sera employée que dans les locaux et pour les parois qui ne peuvent supporter sans grande détérioration un jet un peu violent de liquide désinfectant.
Ces lavages seront faits dans toutes les parties du navire où on les aura reconnus nécessaires. Ils seront obligatoirement pratiqués dans les postes d'équipages, les poulaines, les souillardes, les parcs à animaux et tous les compartiments souillés. Les appareils et les objets ayant reçu des déjections et des vomissements seront lavés avec la solution de sulfate de cuivre ou du lait de chaux fraîchement préparé.
Deux heures après ces lavages antiseptiques, on lavera à grande eau, grattera et brossera les parois et planchers. Les postes d'équipage, les logements des caliers, les poulaines, souillardes, parcs à animaux et tous comparti-
ments souillés seront ensuite repeints au lait de chaux.
La provision d'eau potable sera de même évacuée et jetée à la mer et les récipients qui la renfermaient, charniers, barils de galère, caisses à eau, bouteilles, carafes, etc., seront parfaitement vidés et désinfectés (soit avec une mèche soufrée, soit à l'alcool, soit avec du permanganate de potasse ou de chaux ou avec de l'alun).
D. Désinfection des cales. — Les cales, c'est-à-dire les fonds du navire, les passages, cantines, soutes à vivres, à eau et à vin, etc., seront désinfectées soit par lavages antiseptiques, soit par dégagement de gaz désinfectant. Dans les cas oii elles contiendraient des eaux, celles-ci seront vidées après mélange avec une des solutions antiseptiques pendant au moins 24 heures ; elles ne seront pas déversées dans un port.
La désinfection de la cale par lavage peut se pratiquer, soit avec la solution de sublimé salée, soit avec les solutions de sulfate de cuivre ; le lavage doit être largement pratiqué sur toutes les parois et répété au moins deux fois. Puis Ton passe du lait de chaux frais sur toutes ses surfaces et dans tousses interstices.
Les puits à chaînes, le tunnel de l'hélice et tous les compartiments inférieurs qui communiquent avec la machine seront lavés soigneusement avec des solutions d'acide phénique.
La désinfection de la cale par dégagement de gaz sera faite, après que les parois auront été soigneusement humectées à l'aide de jets de vapeur, par la combustion de 40 grammes de soufre par mètre cube ou mieux par l'emploi de siphons d'acide sulfureux liquide à la dose d'un siphon par mètre cube. Les locaux où se fait cette désinfection sont hermétiquement clos pendant au moins 24 heures.
2° Désinfection dans une agglomération. — Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de reproduire ici les règles en usage dans le service municipal de désinfection de la ville de Paris, dont les opérations sont aujourd'hui si multipliées. Un tel service a pour mission de désinfecter :
1° Les objets directement apportés aux stations publiques de désinfection par des particuliers. Dans ce cas, l'établissement de désinfection ne peut recevoir que des matelas, linges, effets et vêtements à usage, tentures, tapis de petites dimensions, cuirs, fourrures, caoutchoucs, étoffes et tissus de toutes sortes. Quant aux objets mobiliers proprement dits, ils ne doivent être désinfectés qu'à domicile ;
2° Les objets qui ont été pris à domicile sur la demande des particuliers ou des services administratifs (mairies, commissaires de police, etc.).
Les objets apportés pour être désinfectés à l'établissement n'y sont reçus que du côté des objets à désinfecter. L'employé placé dans cette partie de l'établissement fait deux parts de ces objets :
1° Ceux qui doivent subir la désinfection à l'étuve et qu'il dispose dans des enveloppes affectées à cet usage, c'est-à-dire les objets de literie, vêtements, effets à usage personnel, linge, et en général tous les tissus et étoffes ;
2° Ceux qui doivent subir le lavage ou la pulvérisation à l'aide de solutions antiseptiques, à savoir ; les cuirs, chaussures, courroies, caoutchoucs, bretelles, casquettes, chapeaux, cartons, malles, etc., les fourrures, les objets en bois collés.
Un carnet à souche indique, sur la souche et la feuille qui en est détachée pour être remise au dépositaire des objets : le nom et l'adresse de celui-ci, la désignation des
objets, le jour du dépôt et de la remise. La délivrance des objets est faite dans le plus bref délai possible, sur remise de la feuille en question. Elle ne doit jamais être effectuée que dans la partie affectée au dépôt des objets désinfectés.
Les voitures qui ont servi au transport desdits objets ne peuvent sortir delà station qu'après avoir été nettoyées par les désinfecteurs au moyen de pulvérisateurs ou à l'aide des modes de lavage en usage dans la station.
Pour aller prendre des objets à domicile et y pratiquer la désinfection, on suit les règles ci-après :
Au départ de la station, chaque voiture est accompagnée d'un cocher et de deux désinfecteurs. Les voitures sont closes, avec revêtements intérieurs lisses, imperméables et sans solution de continuité. Elles renferment :
Un nombre suffisant de toiles-enveloppes et de sacs, pour pouvoir envelopper tous les objets de literie, les vêtements, tapis, etc., qui doivent être rapportés à l'étuve ;
Un ou plusieurs pulvérisateurs ;
Des flacons renfermant, pour une charge de pulvérisateur, soit 12 litres, une solution de sublimé au millième additionné de sel marin à 2 p. 1000 ;
Des brocs d'une capacité de 15 litres d'eau et des paquets de 750 grammes de sulfate de Cuivre pulvérisé ;
Un bidon de crésyl ;
Des chiffons ou des éponges destinés à l'essuyage ;
Des sacs en toile renfermant les costumes de travail.
Les sacs en usage dans le service municipal de désinfection de la ville de Paris ont une forme spéciale, qui permet d'y placer les objets à emporter en les froissant aussi peu que possible. Pour les objets les plus susceptibles, on se sert de longs paniers en osier.
Proust. — Veste. 22
La voiture doit se rendre directement et sans retard au domicile indiqué par le chef de station. ,
Dès leur arrivée à ce domicile, les désinfecteurs se présentent aux personnes intéressées. Ils enlèvent leur uniforme laissé sur le devant de la voiture à la garde du cocher et revêtent ensuite leur costume de travail. Après avoir lavé avec le pulvérisateur la place destinée à recevoir leur matériel, ils déposent les toiles, enveloppes, sacs, bâches ou paniers, puis ils y placent, en les pliant soigneusement, tous les objets destinés à être portés à l'étuve (matelas, couvertures, literie, vêtements, tissus et étoffes)^ Les paquets doivent être hermétiquement clos.
Puis, après avoir versé le contenu de Fun des flacons dans le pulvérisateur et avoir rempli d'eau celui-ci, ils projettent le jet du liquide désinfectant pulvérisé sur les murs, les plafonds, les boiseries, le parquet ou carrelage, les grands tapis conservés à domicile, les meubles et notamment les lits, l'intérieur de la table de nuit et tous autres objets laissés dans les pièces. Aucune partie des pièces à désinfecter ni aucun des objets qu'elles renferment ne doivent être négligés. Les glaces et leurs cadres, les tableaux et objets d'art sont frottés avec des chiffons légèrement imbibés de la solution désinfectante, ou lavés au pulvérisateur. S'il est nécessaire, les grands tapis et étoffes laissés à domicile en raison de leurs grandes dimensions sont décloués et reçoivent sur leurs deux faces un jet prolongé de liquide désinfectant pulvérisé ; le parquet ou les murs qu'ils recouvraient sont également désinfectés.
La pulvérisation doit être méthodique ; sur les murs, on doit promener le jet toujours dans le même sens de haut en bas, en désinfectant tranche par tranche et de très près. Au bout d'un certain temps de pratique, cette opé-
ration peut être faite aisément sans faire éprouver aucune détérioration aux objets qui la subissent, tout en les mouillant fortement ; les désinfecteurs sont préalablement exercés à acquérir le tour de main nécessaire.
Dans les appartements, les pulvérisations sont pratiquées en général deux fois^ à quelques minutes d'intervalle.
Les vases et ustensiles ayant servi au malade, ainsi que les water-closets, les cabinets d'aisances et les tables de toilette sont lavés avec soin à l'aide des solutions de sulfate de cuivre à 50 p. 100.
La désinfection au sulfate de cuivre est pratiquée dans toutes les maladies intestinales et pour la diphtérie, le croup, l'angine, lorsque des linges, de l'ouate, etc., ont été jetés dans les cabinets, ainsi qu'au cours ou après les affections bronchiques et pulmonaires, lorsque des crachats ont été jetés dans les cabinets, les pierres d'évier ou les plombs.
Pour de très grandes surfaces, notamment pour celles qui sont carrelées, cimentées ou asphaltées, on se sert souvent de solution de crésyl à 5 p. 100, notamment pour des préaux d'écoles, de vastes corridors ou galeries, des écuries, des étables, etc.
Lorsque ces diverses opérations sont terminées, que toutes les parties de l'habitation où sont passés les désinfecteurs ont été ainsi nettoyées et, au besoin, balayées, les désinfecteurs se placent l'un après l'autre devant le pulvérisateur, de façon à avoir leur blouse, leur pantalon, leurs chaussures dessus et dessous, ainsi que leur figure et leurs mains, lavés avec la solution de sublimé ; puis ils descendent les sacs renfermant les objets destinés à l'étuve, les chargent avec leur matériel dans la voiture, et ils enlèvent leur costume de travail et le met-
tent dans le sac spécial. Après avoir revêtu de nouveau leur costume d'uniforme, ils remettent la liste, détachée d'un livre à souche, des objets qu'ils emportent.
Au retour à la station, les mêmes agents sonnent à la porte d'entrée qui leur est ouverte par un employé du bureau ; puis ils procèdent au déchargement de la voitvire dans le hall affecté à cet usage du côté des objets infectés, après avoir eu soin de clore toutes les portes. Le déchargement terminé, la voiture est désinfectée intérieurement et extérieurement avec la solution de sublimé et le pulvérisateur rempli à nouveau. Les agents se rendent ensuite au lavabo et se lavent les mains, la figure et la barbe.
Les pulvérisateurs sontvidés complètement chaque soir et lavés à grande eau dans toutes leurs parties.
Les sacs et enveloppes ne sont ouverts qu'au moment de l'introduction dans l'étuve à vapeur sous pression. Les objets souillés et tachés de sang, de pus ou de matières fécales, sont brossés et rincés.
L'étuve ayant été préalablement chauffée, le chariot est amené sur les rails de chargement ; ses parties métalliques sont garnies d'une bâche en toile et chaque couche d'objets, étendue sur une claie, est également enveloppée d'une bâche en toile. Les objets ne doivent pas y être plies ni serrés, mais étendus avec soin ; ceux qui sont en laine ou en plume et peuvent se gonfler sous l'influence de la vapeur, sont toujours placés en dessus.
La désinfection à l'étuve se décompose comme suit : cinq minutes d'introduction de vapeur à la pression de 7/10^^ d'atmosphère au maximum; une détente d'une minute, cinq minutes d'introduction de vapeur à la pression
de 7/10"^ d'atmosphère au maximum ; une détente d'une minute, cinq minutes d'introduction de vapeur à la pression de 7/10" d'atmosphère au maximum. Puis l'étuve est entr'ouverte, du côté désinfecté, pendant cinq minutes, le chariot retiré sur les rails et débarrassé des objets qu'il contenait. Ceux-ci sont immédiatement étirés et secoués à l'air pendant quatre ou cinq minutes; ils sont enfin étendus sur des claies. Dans ces conditions, ils sont presque immédiatement secs, au moins à la surface et n'éprouvent aucune détérioration ; d'ailleurs les agents en sont responsables. On ne doit jamais les empiler, plus ou moins plies ou froissés, sur les claies où ils doivent sécher.
Dans l'un des appareils en service, le séchage complet se fait dans l'étuve même, en quinze à vingt minutes, à l'aide d'un tirage actionné par un dispositif de ventilation et un puissant appel d'air.
Le contrôle des opérations d'introduction de vapeur et des détentes et leur durée est fait au moyen d'un manomètre enregistreur dont les feuilles sont envoyées chaque jour au secrétariat de l'Inspection générale de lassainissement et de la salubrité de l'habitation.
Les diverses opérations de l'étuvage et de la désinfection doivent se faire sans que les objets qui y passent une fois subissent de détérioration. Ils doivent être rendus dans l'état qu'ils avaient lorsqu'ils ont été confiés au service de la désinfection. Cette règle est absolue,^ à moins d'objets de très mauvaise qualité ou très mal teints.
Pour les objets qui doivent successivement passer un grand nombre de fois à l'étuve dans un court espace de temps, il faut distinguer entre des objets fabriqués avec des tissus d'essence végétale, que le passage à l'étuve ne doit jamais abîmer, quand l'opération est faite avec soin, et les objets eu tissus d'essence animale, qui supportent
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moins facilement la désinfection, quel qu'en soit le procédé. Après dix étuvages, ceux-ci commencent à subir une dépréciation sensible ; aussi convient-il d'abandonner l'usage de tels objets dans les établissements, tels que certains services hospitaliers, où l'on peut être appelé à leur faire subir des désinfections multipliées.
Les objets désinfectés sont rendus à leur propriétaire, le jour même s'il est nécessaire ou plutôt le lendemain, par des voitures spéciales, dans des enveloppes ou sacs exclusivement affectés à cet usage et par le personnel affecté au service de la livraison, contre délivrance du reçu qui avait été laissé au domicile.
Le service municipal de désinfection est appelé, soit après décès ou guérison d'une personne atteinte d'une maladie transmissible, soit en cours de maladie.
Dans ce dernier cas, les agents ne pénètrent dans la chambre occupée par le malade que si on le leur demande ou qu'on les y autorise en cas de nécessité absolue. Ils désinfectent alors les pièces qu'a habitées le malade, et, en cas d'affections intestinales, de la gorge, des bronches ou des poumons, les cabinets d'aisances et water-closets. Mais surtout ils emportent les linges et effets souillés, et ils laissent un sac destiné à recevoir ceux qui seront salis en cours de maladie. Ils échangent ce sac contre un autre pendant toute la maladie, à des intervalles plus ou moins longs, suivant le désir des familles.
La maladie une fois terminée par la guérison ou le décès et le malade pouvant quitter la chambre, il est procédé à la désinfection de celle-ci et de son contenu comme ci-dessus. Cette manière de procéder a pour but d'éviter la remise au blanchissage des objets salis, sans désinfection préalable.
Les agents chargés d'aller à domicile chercher les sacs
de désinfection pendant le cours des maladieis pour lesquelles ils ont été demandés, doivent emporter dans la voiture deux brocs fermés avec un bouchon en bois et une balayette. Ils remplissent d'eau les deux brocs et versent dans chacun d'eux la moitié d'un flacon de sublimé de 12 grammes. Avant de sortir de l'appartement, ils se lavent les mains et le visage avec la solution contenue dans l'un de ces brocs. Avec la balayette imprégnée de la solution contenue dans l'autre broc, ils lavent leurs chaussures dessus, dessous et sur les côtés.
Personnel. — Il nous reste à préciser les précautions qu'il y a lieu de prendre à l'égard du choix du personnel de la désinfection et des mesures que les agents doivent prendre pour eux-mêmes.
Les agents chargés de la désinfection revêtiront un costume spécial de travail, composé d'un bourgeron de toile, d'un pantalon ou cotte également en toile et à coulisse — le tout doit être serré à la taille, aux manches, aux chevilles et au collet; — d'un calot couvre-nuque et couvre-front et de chaussures appropriées.
Après leur opération, ils devront quitter ce costume et le désinfecter ainsi que le linge qu'ils portaient.
Avant leur repas qu'ils doivent prendre dans un local spécialement désigné et chaque fois qu'ils doivent quitter leur travail ils doivent se laver soigneusement les mains et la figure au savon d'abord, puis avec une solution de sublimé à 0,oO par 1000 d'eau et 5 grammes de sel marin, et enfin à l'eau pure ou bouillie. Chaque jour, ils prennent un bain ou un bain-douche.
Ils doivent porter les ongles courts, la barbe coupée court, les cheveux ras et être choisis avec soin au point de vue de leur état de santé.