CHOLÉRA D'ESPAGNE ET D'ITALIE
Il en résulte donc que l'Italie a été éprouvée par l'épidémie cinq fois plus que la France, l'Espagne six fois plus que l'Italie et treize à quatorze fois plus que la France.
Dans un rapport que publié fait en 4884, je faisais remarquer que la façon dont se comporte une ville à l'égard du choléra donne la mesure de sa salubrité.
La statistique que je viens de faire connaître ne me semble pas contredire l'opinion que j'émettais alors. 11 faut donc, lorsque l'on veut prévenir une épidémie de choléra, employer les mesures de prophylaxie sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir, mais il est également important que chaque État s'attache à prescrire en tout temps les mesures d'hygiène générale de façon à rendre le terrain réfractaire aux épidémies.
On a beaucoup insisté, pendant l'épidémie d'Espagne de 1884-1885, sur l'immunité du Portugal.
On peut invoquer des raisons multiples : peu de tendance des Espagnols à se réfugier en Portugal ; conditions géographiques ; enfin mesures de prophylaxie prises à la frontière.
Il ne faudrait cependant pas, d'après ce qui s'est passé sur ce point, arriver à conseiller les quarantaines de terre, car ces moyens restrictifs, dont les Italiens se sont servis contre nous, n'ont point empêché le choléra de gagner leur pays.
On a prescrit aussi pendant cette épidémie des quarantaines maritimes excessives et môme des répulsions, mesures excessives qui devraient disparaître depuis le perfectionnement de notre outillage sanitaire.
Les incidents du Matteo Brazzo sont très instructifs à cet égard.
Parti de Gènes avec 200 passagers pour Montévidéo le
30 septembre 1884, ce navire mouillait sur cette rade le 28 novembre, ayant perdu pendant le voyage, d'après la déclaration du capitaine, quatre personnes de maladies étrangères au choléra.
Repoussé, mais restant en rade, le navire eut le choléra à bord le 7 novembre; après une tentative pour entrer dans la rade de Rio-Janeiro, il en fut encore repoussé ; il revint en Europe où il obtint de faire sa quarantaine près de File de Pianosa sur la côte d'Italie.
Ce n'est que le 23 novembre, cinquante-quatre jours après son départ de Gênes que le choléra cessa à bord ayant frappé 40 personnes dont 19 moururent.
Après avoir subi une quarantaine rigoureuse de plus de trente jours, les malheureux passagers débarquèrent le 27 janvier à Livourne, de sorte qu'ils mirent près de quatre mois pour aller de Gènes à Livourne.
En résumé, le choléra qui atteignit la France en juin 1884 persista pendant les années suivantes, de 1884 à 1887, en Espagne, en Italie, en Autriche-Hongrie et fit une pointe jusque sur la frontière de Roumanie, en Bulgarie et dans la Bosnie et l'Herzégovine ; il menaça aussi la Turquie de plus d'un côté, mais cependant il n'apparut sur aucun point des possessions de l'empire ottoman.
Le Conseil de santé de Constantinople avait imposé aux provenances maritimes d'Europe des quarantaines sévères dans les lazarets de Cavak sur le Haut-Bosphore, aux Dardanelles, à Beyrouth en Syrie, et à Smyrne, où quelques cas de choléra furent importés de France, mais ils s'éteignirent dans l'établissement de Clazomène, qui est placé dans la baie de Smyrne.
Malgré les quarantaines indéfinies, les répulsions, les mesures incohérentes prescrites par les gouvernements