LE CHOLÉRA NOSTRAS DOIT ÊTRE DISTINGUÉ DU CHOLÉRA ASIATIQUE
Le choléra (choléra asiatique), né dans les Indes orientales, s'est étendu à presque tous les points du globe. Il est caractérisé principalement par des vomissements, un flux intestinal contenant un microbe particulier, le bacille virgule (Koch), un faciès spécial, la teinte cyanique des téguments, la diminution ou la suppression de la sécrétion urinaire, la perte plus ou moins complète de la voix, un trouble de l'innervation (crampes), de la calorification (algidité), de la circulation et de l'hématose.
Le poison cholérique affecte plus ou moins profondément l'économie et la maladie se présente sous plusieurs formes. La diarrhée cholérique, la cholérine et le choléra proprement dit, ne sont que des manifestations différentes de la même maladie. Ce ne sont que des degrés d'un même empoisonnement, la diarrhée cholérique en représentant la forme la plus atténuée et le choléra asphyxique en étant considéré comme l'expression la plus grave.
La diarrhée cholérique répond, dans quelques cas qu'on a beaucoup trop généralisés, à la diarrhée prémonitoire; elle a été aussi appelée choléra muqueux. La
cholérine a reçu également le nom de choléra séreux. Quant au choléra asiatique proprement dit, nommé aussi choléra asphyxique ou paralytique, il représente le degré le plus intense de la maladie.
C'est toujours la même cause spécifique, et les propriétés toxiques des déjections sont les mêmes dans les trois cas. La diarrhée cholérique peut transmettre le choléra asphyxique, comme le choléra asphyxique peut engendrer la diarrhée cholérique ou la cholérine.
Entre le choléra asiatique et le choléra nostras, il y a une certaine analogie symptomatiquc, mais la similitude ne porte que sur l'expression clinique. La spécificité de la cause sépare ces deux affections ; de même qu'entre une violente indigestion, provoquée par un simple écart de régime, et les phénomènes déterminés par l'ingestion de certaines substances toxiques il peut y avoir similitude apparente sans qu'il y ait identité de cause (1):
Le choléra nostras est connu de toute antiquité. Le choléra asiatique ne s'est montré aux portes de l'Europe qu'en 1 823, et, s'il a reçu cette dénomination de choléra des premiers médecins européens qui l'ont observé dans l'Inde, cela tient à une apparence symptomatiquc commune. J'ai déjà dit que ces deux maladies étaient différentes par leurs causes. On les distinguera également par la filiation des accidents et par le mode de propagation des épidémies. Le choléra nostras est une maladie saisonnière et n'est pas transmissible.
Ce sont donc deux maladies absolument différentes : l'une, décrite par Hippocrate, Forestus, Lazare Rivière et Sydenham ; l'autre, d'origine exotique, indienne, asia-
(1) Fauvel, le Choléra, étiologie et prophylaxie, p. 20.