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CHAPITRE XXII

CONSEIL SUPÉRIEUR DE CONSTANTINOPLE (Suite).

Etat actuel du Conseil de santé de Constantinople devenu aujourd'hui une institution d'un caractère international.

Au mois d'avril 1888, le nombre des membres ottomans de cette assemblée était de huit. L'un d'eux, le Mouhassébedji, ou directeur du contrôle de la comptabilité, étant mort, le docteur Cossonis Effendi, médecin de l'administration, fut nommé à sa place membre ottoman. Mais l'influence du palais impérial fit en môme temps nommer un autre employé de la comptabilité, à la fois Mouhassébedji, et membre du Conseil, dont le Mouhassébedji, aux termes du règlement, fait partie de droit.

Cette dernière nomination élevant à neuf le nombre des membres ottomans, les délégués protestèrent et le nombre fut réduit à huit. Depuis cette époque, à plus d'une reprise, le Conseil de santé a repoussé de semblables iradés, et, s'appuyant sur les clauses des conventions sanitaires qui ont été sanctionnées, et par S. M. le Sultan et parles représentants des puissances, a refusé d'admettre des nominations imposées à l'administration sanitaire.

Dans ces dernières années, et conformément aux règlements de la dernière Commission mixte de revision des

iarifs sanitaires, les attributions du Conseil de santé ont. été augmentées.

Autrefois ii n'avait guère qu'à donner la direction générale, sans entrer dans l'exécution qui était laissée entièrement aux soins de l'administration. Celle-ci même faisait les nominations des employés, gérait les fonds sanitaires et ne faisait guère que pour la forme approuver ses actes par le Conseil de santé, surtout avant la Convention sanitaire. On peut môme dire que, jusqu'en 1884-1885, l'inspecteur général dirigeait en réalité le service.

C'est depuis cette époque que le Conseil a commencé à surveiller efficacement la marche des affaires et surtout l'exécution des résolutions arrêtées. Et comme les affaires importantes ne peuvent pas être utilement étudiées en séance plénière, l'examen préalable en a été confié à des commissions spéciales : commission du personnel, de discipline, des finances, des pensions de retraite, sans compter les commissions extraordinaires nommées à l'effet d'étudier certaines questions dont la solution doit être soumise aux délibérations du Conseil de santé en séance plénière.

En général, les commissions sont composées de cinq membres du Conseil, dont deux ottomans et trois membres délégués des missions étrangères.

Ces commissions soumettent chaque semaine le résultat de leurs travaux aux délibérations du Conseil.

Elles sont, en réalité, la cheville ouvrière du Conseil qui, par elles, s'initie à la direction générale des affaires sanitaires et autres. Je dis en général, car, nécessairement, l'exécution dans les détails doit être laissée à l'administration sanitaire, représentée par le vice-président et par l'inspecteur général.

Le budget du service sanitaire de la Turquie est considérable, la dépense annuelle est d'environ 5 300 000 piastres, soit 1200 000 francs. En y joignant le service spécial des quarantaines qui est à la charge du gouvernement, d'après la Convention sanitaire, c'est un total annuel de 1500 000 à 1 700 000 francs.

Partout ailleurs qu'en Turquie ce budget serait hors de toute proportion avec les besoins d'un service relativement limité. Mais il faut savoir que nous sommes en présence de conditions exceptionnellement difficiles.

La garde, bien qu'imparfaite, de la frontière turcopersane, du golfe Persique et surtout de la mer Rouge, nécessite de nombreux agents et médecins et ne donne que des déficits. Dans les offices de santé principaux il faut un médecin directeur, des employés écrivant le français, d'autres le turc, pour satisfaire aux besoins de la navigation européenne et locale. On ne peut, dans les postes secondaires, ainsi que cela se fait en France et en Europe, utiliser les agents de l'administration des douanes ni d'autres agents de l'autorité. De là la multiplication exagérée des employés sanitaires.

Néanmoins tous les délégués reconnaissent que le nombre de ces employés est beaucoup trop considérable, au moins d'un tiers, peut-être de la moitié.

Mais ici, comme parfois ailleurs, il y a la routine, la faveur et beaucoup d'autres difficultés.

Il y a enfin les mœurs orientales et levantines qui ne sont pas le moindre obstacle.

Il y a les déficits, comme par exemple celui qui vient d'être constaté dans la caisse de l'administration cenrale à Galata (30 000 francs).

L'Etat ottoman est lui-même débiteur. De différents chefs réunis et de dettes accumulées depuis huit ou neuf

ans, il doit à la caisse des fonds sanitaires une somme de environ 2500 000 piastres (526 000 fr.) (1).

Il faut dire que sauf l'inspecteur général, l'inspecteur adjoint, parfois le secrétaire du conseil et un ou deux membres ottomans, les autres ne font à peu près rien, en dehors des séances hebdomadaires du Conseil auxquelles ils n'assistent pas d'ailleurs ponctuellement.

Aucun délégué des puissances au Conseil de santé no touche de rétribution sur les taxes sanitaires.

La France, l'Angleterre, l'Autriche-Hongrie, la Grèce, la Hollande, l'Espagne, l'Allemagne, la Perse et les Etats-Unis d'Amérique sont représentés par des médecins, l'Italie par un consul, la Russie, la Belgique et la Suède et Norvège le sont par des drogmans ou des attachés.

Le Conseil de santé a également à s'occuper de la gestion de la caisse des pensions de retraite des employés, caisse dont le fonds actuel est d'environ 15000 000 de piastres (environ 3 millions de francs) dont le placement en fonds des Etats européens rapporte des intérêts qui,

(1) Quelques chiffres montreront ce que coûte à elle seule l'administration centrale siégeant à Constantinople-Galata. Traitement des membres ottomans du conseil de santé :

Fr.

Piastres turques par an.

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