DISTINCTION DES DEUX CHOLÉRAS
essentiellement différents : dans les diarrhées catarrhales aiguës, dans les diarrhées saisonnières, dans les diarrhées chroniques, dans les superpurgations avec le tartre stibié — d'où le nom de choléra stibié, — dans les empoisonnements avec l'arsenic, l'acide oxalique, le sublimé — d'où les noms de choléra arsénical, oxalique, bichlorurique ; enfin, dans le cas d'obstruction intestinale, d'étranglement herniaire (choléra herniaire).
Cette période, dis-je, donne peu d'indications ; il n'en est pas de même des deux autres périodes : la période prodromique et la période de réaction.
Dans le cas de choléra nostras la période prodromique existe toujours ou presque toujours.
Dans le cas de choléra asiatique au contraire, la diarrhée prémonitoire existe souvent, mais non d'une façon constante. Fréquemment un individu atteint ou non de diarrhée est frappé subitement sans que rien puisse expliquer ce choc inattendu, cette sidération profonde.
Dans l'épidémie de 18G6, Damaschino a vu que, sur 101 cholériques, la diarrhée a manqué 35 fois, et chez 22 elle ne s'est montrée que de une à six heures avant le début. En somme, 57 fois sur 101, ce signe n'a pas eu d'importance.
A Toulon, il y a eu au début beaucoup de ces diarrhées, mais nous avons observé également quelques cas presque foudroyants.
La période de réaction donne également des indications importantes.
Dans le cas de choléra nostras, elle est habituellement bénigne. Si le malade n'est pas foudroyé dans la période algide, la réaction est prompte, aisée et modérée.
Dans le cas de choléra asiatique, au contraire, cette période est insidieuse, pleine de périls et souvent mor-
telle. Le premier cholérique de Toulon a succombé, au bout de huit jours, dans la période de réaction.
C'est d'ailleurs en me fondant sur les caractères distinctifs que je viens d'exposer que, au mois d'août 1883, j'ai pu, sur une demande qui m'avait été faite par M. le ministre de l'intérieur, nier l'existence du choléra asiatique dans la maison centrale de Poissy. Sur une population de 900 détenus, il y avait eu un certain nombre de diarrhées et 4 cas de choléra nostras. Je ne pouvais admettre que le choléra, qui existait alors en Egypte, fût venu, porté sur l'aile des vents, s'abattre sur la prison de Poissy.
Les faits s'y sont passés comme je l'avais indiqué, et la maladie a présenté, comme intensité, comme marche et comme développement, tous les caractères du choléra nostras.
Pour opposer à cette épidémie de choléra nostras de Poissy une épidémie de choléra asiatique dans un établissement également fermé, et afin de bien établir les caractères qui les séparent, je rappellerai le fait suivant.
Il s'agit d'une épidémie observée en 1849 dans un établissement d'aliénés du département de l'Oise.
La maladie a duré cinq semaines.
Sur 965 pensionnaires ou serviteurs, il y a eu 214 cholériques, dont 127 morts. On n'a pu constater que dans un petit nombre de cas l'existence préalable d'une diarrhée accidentelle prémonitoire.
L'invasion fut subite et rapide : l'épidémie commença le 26 juin, et, comme il n'y eut pas de nouveaux arrivants, le 1er août tout était terminé.
Cette épidémie était née dans les conditions suivantes : sept jours avant son éclosion, trois femmes aliénées, venant de l'hospice d'Amiens, où le choléra sévissait,