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LE MARCHÉ NATIONAL PAYSAN AU XIX: SIÈCLE

L'éparpillement des opérations assure sa stabilité. — La spéculation ne peut fausser les cours. — Atmo- Sphère de confiance dans laquelle pourra se réorganiser la profession.

Après la loi de 1866, le courtage des marchandises se réorganisa de lui-même. Dans les différentes branches de la production et de la consommation, des organisations assez semblables entre elles et d’ailleurs étroitement apparentées par la personnalité de leurs membres se partagèrent l’activité du marché.

Toutefois, dès à présent, indiquons que c’est spécialement sur le commerce des céréales que va porter notre étude, parce que c’est surtout ce commerce qui, dans les années qui ont précédé la réforme, a subi les assauts qui ont déterminé la transformation générale du marché. C’est donc, dans le cadre général du marché, la création du groupement des céréales, son organisation et son fonctionnement à l’époque du libéralisme, que nous voudrions plus particulièrement évoquer.

Mais il est impossible de comprendre, à la fois, l’esprit des animateurs de ce groupement et la tolérance invraisemblable avec laquelle producteurs, consommateurs et opérateurs du marché ont laissé se constituer,

ANG Vos en marge de la loi, sans autre justification que l'intérêt privé, un privilège exorbitant, en un temps où « les immortels principes de liberté >» retrouvaient tout leur crédit et même atteignaient la force d’un véritable dogme, si l’on ne retrace pas d’abord la physionomie du marché.

Aujourd’hui en effet, que toutes les barrières ont été levées, que la grande presse d’information, la T. S. F, la rapidité des transports ont provoqué un véritable nivellement de la connaissance nationale, nous avons pris l’habitude d’assigner une importance primordiale à tous les centres d’information, Chambres et Bourses de commerce, qui servent, non pas seulement de témoins à la vie économique du pays, mais encore de véritable guide. Nous aurons à revenir sur cette position dangereuse de l’activité nationale actuelle qui consiste à faire reposer sur sa pointe tout l’édifice de son organisation.

Dans les premiers temps de la Troisième République, au contraire, le marché. paysan français est réparti sur tout le pays, les opérations de chaque marché agricole se traitent sur les foires et sur les marchés du canton. Au fond, l’économie n’a pas tellement varié depuis le xvir siècle. Des petits négociants en blé connaissant leurs fournisseurs paysans, leur achètent la récolte dans une proportion qui ne varie guère d’année en année ; le meunier n’est encore qu’un petit entrepreneur qui traite d’égal à égal avec le cultivateur. Le marché français constitue alors une mosaïque d’opérations particulières ingouvernables, incontrôlables, ce qui n’a aucune importance : la confrontation continuelle de l'offre et de la demande aboutit à la fixation du juste prix parce que le pouvoir d’achat éparpillé entre les mains des petits

DURANT (AT négociants et des petits meuniers trouve en face de lui une production également éparse. |

Aussi, sur ce marché paysan, les Chambres d’agriculture ne connurent-elles qu’un médiocre succès ; la paysannerie ne songea point, quand elle en eut la possibilité, à s’organiser en syndicats et à créer des coopératives agricoles ; la production paysanne n’obéissait qu'aux lois et aux nécessités de la nature.

Pourtant à Paris et dans les grands centres on va, dans les Bourses de commerce, traiter des affaires sur céréales.

Pour les opérations au comptant, cela se conçoit sans peine : les entreprises urbaines de négoce ou de meunerie doivent, logiquement, rechercher leurs fournisseurs sur une place assez bien renseignée pour y trouver toujours la réponse à leurs nécessités commerciales.

Mais pour les opérations à terme, voilà qui se justifie moins ! Comment, en effet, dans ce genre de marché dont la base est un pari engagé sur la récolte à venir, tenir compte d’une unité comme le quintal de céréales, dont la valeur varie non seulement avec la région mais avec le vendeur, avec les circonstances particulières de chaque ensemencement et de chaque moisson ? J’entends bien, on a dit, et d’ailleurs avec raison, que toute opération à terme pouvait représenter une spéculation mais aussi son contraire : une assurance que l'opérateur au comptant prend contre la variation des cours en souscrivant à terme un engagement inverse de celui qu’il vient de réaliser au comptant.

Cette faculté d’arbitrage, que trouvent sur le marché à terme les négociants soucieux d’assurer leur commerce, est pourtant trop secondaire pour expliquer la

ER ae création du mécanisme abstrait qui permet seul le fonctionnement d’un marché.

En fait, celui-ci ne peut être créé, son fonctionnement ne peut être assuré, que par des gens de métier, c’est-àdire des professionnels du commerce à terme sur quelque denrée qu’il porte. Il s’agit, en réalité, d’une mise en œuvre délicate, qui ne peut s'emparer, pour en projeter dans l’avenir la valeur hypothétique, que de denrées définies à l’avance dans leur qualité spécifique, et qui, s’attachant à des abstractions, fonctionnera selon une rigueur machinale.

Déjà les courtiers, dont la mission fut dans tous les siècles de rapprocher les parties en limitant le prix de leur intervention au paiement d’une commission, intermédiaires indifférents, en réalité, au fond même de la transaction qu’ils « catalysent », se trouvent désignés pour assurer ce rôle.

Mais le marché à terme gardera longtemps la physionomie d’un organisme, non pas inutile aux échanges agricoles, mais un peu étranger et, malgré l’importance de ses opérations, très dénué d'influence sur les cours agricoles.

Le marché de Paris, par exemple, va se développer jusqu’à la guerre d’une façon considérable. Officieux d’abord, puisque l’exception de jeu permet au perdant de mauvaise foi d'échapper à toute poursuite judiciaire et de se dérober à l’exécution de son obligation, il connaîtra un développement considérable quand la loi de 1885 en supprimant l’exception de jeu aura assorti ses opérations de véritables sanctions juridiques. Alors le volume des transactions qui s’y réaliseront sera suffisant pour alerter l’opinion sur le scandale des opérations dif-

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