LE MARCHÉ DE PARIS EN
Le courtage libre. — Courtiers et commerçants font de Ja commission. — Le « Commerce ». Atmosphère de ses opérations. — Nécessité d'une réglementation
privée des opérations à termes sur marchandises. — Constitution officieuse du « Gercle du Louvre ». — Organisation du marché des Blés. — Extension au marché des seigles et au marché des avoines. — Le développement de la nouvelle organisation est favorisé par la loi de 1884 sur les syndicats professionnels et la loi de 1885 sur l'exception de jeu.
Nous avons parlé de l’ensemble du marché national et nous avons dit que le marché de Paris n’était que l’un des points de ce vaste réseau de transactions.
De quoi se compose, en effet, après la loi de 1866 le commerce parisien sur céréales ? Il subsiste tout d’abord des courtiers privilégiés qui ont été admis au serment et auxquels leur qualité d'officiers ministériels a fait réserver les prérogatives publiques : ce sont eux, notamment, qui conserveront la charge de la constatation des Cours.
Mais dans la liberté du commerce une infinité d’autres professions s’activent sur la place et tout d’abord, les courtiers libres qui ont «en toute indépendance faculté
RAD y Ras d’exercer leur rôle d’intermédiaire. Il y a aussi, et surtout, des négociants, des industriels qui se connaissent entre eux, réalisent leurs opérations sans recourir aux offices d’un tiers. $
Entre ces différentes catégories d’opérateurs, la démarcation est d’ailleurs assez floue. La profession de courtier n’est pas, en effet, seulement libre dans son recrutement, elle l’est aussi dans son exercice ; tandis que pour le courtage des effets et valeurs il est formellement interdit à l’agent de change de se porter contre-partiste (tant les Pouvoirs Publics ont craint que les intermédiaires, méconnaissant les devoirs de leur charge, engageassent des clients trop confiants à réaliser des opérations désastreuses dont l’agent de change contre-partiste serait le bénéficiaire), on ne s'inquiète pas de la contrepartie sur le marché des marchandises.
C’est qu’en effet il n’apparaît pas que l'arbitraire et la fiction que recèlent les titres et valeurs puissent trouver place dans une transaction sur denrée.
Les cours dépendant beaucoup moins de la spéculation que des réalités économiques, le jeu auquel se livrerait le contre-partiste à l’égard de son client ne présente pas les dangers que l’on veut éviter à la Bourse des valeurs. Aussi le contrat de commission est-il beaucoup plus fréquent. Dans ce contrat, le commissionnaire ne démasque pas son client et traite directement comme s’il agissait pour son propre compte.
Entre le courtier, qui fait de la commission, et le négociant qui, lui aussi, fait de la commission, on voit que la différence n’est pas notable. L’ensemble de tous ces opérateurs s'appelait « le Commerce ».
L'époque était libre, mais il est juste de dire qu’elle