Voyoz Gréhant, h les Poisons de l'air », 1892, p
L'élimination de l'acide carbonique est, dans une certaine mesure^ confiée à la volonté. Aussi bien peut-on jusqu'à un certain point diminuer ou accélérer le rythme respiratoire, et par conséquent diminuer ou accélérer l'excrétion du gaz carbonique. Mais cette influence de la volonté ne peut aller très loin. Si l'on restreint sa respiration de manière à la ralentir autant que possible, on peut rester pendant 10 à 15 minutes à un taux d'excrétion de gaz carbonique bien inférieur au taux normal; mais, au bout de ce temps, on est forcé de revenir à une respiration plus active, et la compensation s'établit si bien que, finalement, malgré les plus énergiques efforts de volonté, on est forcé d'exhaler tout l'acide carbonique '.
Nous pouvons donc considérer comme démontré que l'élimination de l'acide carbonique n'est pas soumise à l'influence de la volonté : la Nature n'a pas voulu que cette fonction fondamentale fût livrée à notre arbitraire, et ce sont des appareils automatiques qui sont chargés de pourvoir à l'excrétion du gaz carbonique.
Sans qu'il soit besoin d'insister sur cette donnée physiologique élémentaire, bien démontrée aujourd'hui, c'est le bulbe qui est chargé de la régulation, et les centres psychiques n'y prennent sans doute aucune part. Ce qui règle le rythme respiratoire, c'est la quantité d'acide carbonique qui circule dans le sang irriguant le bulbe, en supposant, bien entendu, que la quantité d'oxygène soit toujours suffisante.
En laissant de côté l'influence passagère de la volonté, la régulation se fait dans les conditions normales, d'une manière parfaite. M. Hanriot et moi nous avons pu constater qu'en injectant de l'acide carbonique gazeux dans le rectum, on retrouve presque aussitôt dans l'exhalation pulmonaire un excès d'acide carbonique, précisément égal à la quantité injectée en lavement. Chaque fois qu'on fait un efTort mus-
1. Voyez Hanriot et Cii. Richet, u Travaux du Laboratoire », t, I, p. 506.
iOO LES PROCÉDÉS DE DÉFENSE
culaire, on produit la combustion d'une certaine quantité de carbone. L'acide carbonique, qui est alors en excès dans le sang, va déterminer une accélération du rythme respiratoire et de la ventilation pulmonaire; de sorte que le plus léger mouvement augmente quelque peu l'amplitude de nos inspirations. Il n'est peut-être pas de phénomène plus remarquable dans toute la physiologie que ce parallélisme entre la contraction de nos muscles et la respiration. Chaque mouvement musculaire amène une respiration plus active, dont l'effet est précisément d'éliminer les produits delà combustion musculaire.
Ce mécanisme est tellement parfait que, pour apprécier l'intensité des combustions organiques, il n'est presque pas besoin d'en faire la mesure chimique : il suffit de bien mesurer la ventilation pulmonaire, car la ventilation est exactement proportionnelle à l'intensité des combustions, grâce au jeu irréprochable de l'automatisme bulbaire.
Y a-t-il par le poumon exhalation de substances toxiques autres que l'acide carbonique? MM. Bhown-Séquard et d'ArsoNVAL l'ont pensé. En plaçant une série de lapins disposés de manière que le dernier de la série recevait les produits d'exhalation des sept autres, ils ont vu mourir ce dernier lapin, qui aurait été empoisonné par les exhalations pulmonaires des sept premiers. Mais presque tous les physiologistes ont contredit cette expérience, et en dernier lieu M. Râler' qui pense qu'il s'agit d'une intoxication par l'acide carbonique lui-même, mal absorbé par les flacons laveurs. Cependant, comme il faut toujours se méfier des négations, je n'oserais en toute certitude déclarer qu'il n'y a pas de produits toxiques dans les exhalations pulmonaires. Je l'oserais d'autant moins que M. d'Arsonval, répétant avec son ingéniosité habituelle cette expérience importante, de manière à répondre aux critiques qui avaient été formulées, a cru constater nettement la présence de produits volatils très toxiques'.