Annuaire de Montsûiiris, 1880. p
2. Voir à ce sujet un travail récent de M. Hardy {Journal of physiologi})^
surface de la muqueuse digestive, depuis la bouche jusqu'au rectum, les microbes pullulent; ce sont, il est vrai, des microbes non pathogènes, n'exerçant pas d'action funeste sur l'organisme, comme si les microbes pathogènes, plus délicats, étaient tués par les actions chimiques qui respectent les microbes vulgaires, plus résistants.
A vrai dire, la véritable barrière que la muqueuse digestive oppose à l'envahissement microbien, c'est son épithélium. Mais c'est là une barrière imparfaite; car il n'y a pas à la surface intestinale, comme à la surface cutanée, de solides assises de cellules résistantes, capables d'empêcher un germe de pénétrer à travers leurs interstices.
Quant à la muqueuse respiratoire, elle est encore moins bien défendue. Il est vrai que rarement les germes pathogènes sont disséminés dans l'air. Il est vrai aussi que l'air inspiré, filtrant à travers les fosses nasales, la boucbe, le larynx, la trachée, les bronches, se trouve par cela même peu à peu filtré, au point de vue des germes qui y sont suspendus quand l'air arrive dans les extrémités de l'arbre aérien. Mais, comme l'air expiré sort de la bouche et des fosses nasales à peu près complètement privé de germes, il faut admettre que les gemies qui existaient dans l'air aspiré se sont arrêtés aux muqueuses nasale, buccale, laryngée ou bronchique, et que, par conséquent, tous ces microbes ont disparu.
Donc, quoique étant entouré de parasites, l'être poursuit son évolution sans être infecté par eux. Autrement dit, il peut s'en débarrasser et lutter contre son invasion.
Eh bien! c'est cette lutte victorieuse contre l'invasion des microbes qui constitue la santé et l'état normal.
La question est assez intéressante pour être étudiée de près; car il me semble qu'on n'a pas jusqu'ici attaché assez d'imporlancc, au point de vue de la biologie générale, au sens de ces mots microbes pathogènes et microbes ?ion pathogènes.
Nous venons de voir que près d'un million de microbes
6i LES PROCEDES DE DÉFENSE
arrivent au contact de nos muqueuses aériennes et digestives. Sur ce million de microbes, il s'en trouve bien peu qui soient pathogènes, c'est-à-dire aptes à déterminer la maladie. Ce-pendant tous ces microbes, pathogènes, ou non pathogènes, ensemencés dans un bouillon de culture, s'y développent, et par conséquent ils devraient pouvoir se développer dans le sang, si quelque chose ne s'opposait à leur développement. Or ils ne se développent pas dans le sang. Il y a, pour mille microbes non pathogènes, peut-être un seul microbe pathogène, et sans doute moins encore. Oue signifie cette proportion extraordinaire de microbes inoffensifs, sinon que l'organisme des êtres supérieurs est constitué de telle sorte qu'il anéantit mille microbes, contre un microbe qu'il ne peut pas anéantir?
Dire que les innombrables microbes qui sont autour de nous ne sont pas pathogènes, cela veut dire que nous sommes organisés pour les détruire : c'est énoncer cette grande loi biologique que les êtres vivants se débarrassent sans efiort de presque tous les parasites qui peuvent venir les attaquer. Et de fait, quand l'être meurt, et que par conséquent l'intégrité de l'organisme a disparu, les tissus et les humeurs, par suite de la cessation de l'hématose, de la circulation et de l'innervation, perdent les propriétés chimiques qu'ils avaient pendant la vie, et aussitôt ces mêmes microbes, qui étaient impuissants, deviennent puissants et actifs. Les fermentations putrides prennent naissance, et tout le corps est désagrégé par les êtres mêmes qui tout à l'heure étaient inactifs, grâce à la constitution chimique de nos tissus.
Ainsi, quand nous disons qu'il y a très peu de microbes pathogènes, cela signifie que nous détruisons presque tous les microbes qui nous envahissent. La défense de l'organisme contre les microbes pourrait se caractériser par cette seule proposition : Parmi /es innombrables espèces lyiicrobicnnes, il y a un très petit nombre cV espèces pathogènes.
En général, on expose l'histoire de la défense de l'orga-
nîsme en prenant pour exemples les microbes qui, se développant dans le sang-, amènent l'élat morbide; mais celte défense est bien plus efficace encore contre tous les microbes dont ne parlent pas les médecins, puisqu'ils sont inotTensifs, autrement dit, rapidement et vigoureusement détruits par nos tissus vivants et nos humeurs circulantes.
Certes, je comprends que l'histoire des microbes pathogènes est plus iutéressante, puisque aussi bien c'est l'histoire de la pathologie tout entière. Encore fallait-il, puisque nous étudions la force de résistance de l'organisme, montrer que cette force s'exerce bien plutôt contre les microbes que nous qualifions d'inolTensifs, que contre les microbes dangereux : car ces microbes ne sont inolTensifs que parce qu'ils sont détruits par l'organisme supérieur dans lequel ils pénètrent, autrement ils cesseraient d'être aussi innocents, et leur pullulation entraînerait la maladie et la mort.
Nous savons, en effet, que la plupart des maladies, sinon toutes, sont dues à des parasites, et c'est vraiment une chose surprenante, que de voir riiisloirc de la médecine et de la chirurgie se transformer peu à peu en une histoire du parasitisme. Sans qu'on ait absolument découvert le microbe de toutes les maladies, on peut presque, par une induction bien légitime, aflirmer ([u'il n'y a pas de maladies contagieuses, infectieuses ou épidémiques, qui ne soient dues à un parasite : choléra, rage, typhus, syphilis, charbon, morve, peste, variole, rougeole, scarlatine, tuberculose, diphtérie, grippe, toutes ces formes morbides sont des maladies microbiennes. De là, cette conception de l'état normal, que c'est Vabscnce de microbes. Un animal bien conformé, s'il ne subit ni empoisonnement ni traumatisme, se porte toujours bien, et demeure on parfait état de santé tant qu'il n'est pas envahi par des parasites. Malgré leur extraordinaire complication, nos organes, cerveau, cœur, estomac, sang, poumon, fonctionnent
sans heurt, sans inconvénients d'aucune sorte si nul ennemi ne vient les assaillir.
Aussi faut-il envisager comme ayant une importance capitale la défense contre les parasites. A l'état normal la peau intacte, les muqueuses digeslives et aériennes intactes, suffisent à la protection. Les microbes non pathogènes sont anéantis et disparaissent. Mais il fallait prévoir le cas où, ce rempart étant insuffisant, une défense ultérieure deviendrait nécessaire.
Prenons pour cela le cas le plus simple, et imaginons un corps étranger, qui a pénétré sous la peau, menaçant ainsi l'intégrité de l'organisme : nous supposons d'abord que ce corps étranger n'est pas un parasite, et qu'il ne possède pas de propriétés chimiques, irritantes ou caustiques.
Il va alors se produire une série de phénomènes extrêmement intéressants, entrevus par quelques auteurs anciens, mais qui n'ont été bien étudiés que par M. E. Metchnikoff, qui en a fait l'objet d'une série de recherches admirablement conduites, dont l'importance est considérable'.
Les expériences anciennes de Dujaruin (1835) avaient montré que certains organismes élémentaires, les amibes, infusoires de consistance gélatineuse, quand ils arrivent au contact d'un corps étranger, l'entourent, l'englobent, en poussant des prolongements autour de lui, et finissent par le rejeter s'il n'est pas constitué par une matière nutritive quelconque. C'est là le procédé de digestion des êtres inférieurs qui n'ont pas de voies digestives préformées, et il n'est pas douteux qu'ils sécrètent alors quelques substances, ferments liquides, aptes à dissoudre et à digérer les corps étrangers alimentaires qu'ils ont entourés en poussant autour deux des prolongements amiboïdes.
\. Voir en particulier Metciinikoff, Lfcons sur l'inflammo.lion, un vol. in-8, 1892, et L'Immunité dans les maladies infeclieuses {Sem. médicale, 1892, p. 469).
M. Metchnikoff a vu qu'il fallait géuéraliser, et accorder aux amibes, infusoires et organismes inférieurs, une avidité digeslive, non seulement pour les corps étrangers, alimentaires ou non, mais encore pour les microbes. Si, comme cela est vraisemblable, les microbes sont des végétaux inférieurs, sont de vrais }ierb'œore^\ ils se précipitent sur les microbes, les dissolvent, les mangent, et c'est là l'un des phénomènes généraux de leur existence. M. Metchnikoff a appelé phagocytisme celte fonction digestive des organismes inférieurs.
Or le fait imprévu, c'est que l'organisme des animaux supérieurs contient une quantité énorme de phagocytes, capables d'englober, de digérer et de faire disparaître les microbes.
Ou'une poudre inerte soit injectée sous la peau, aussitôt les leucocytes dusang vont s'en emparer, l'englober et essayer de la dissoudre, pour la transporter plus loin, sans doute en des tissus où l'absorplion sera délinilive, et ainsi sera protégé l'organisme contre ce corps étranger '.
Ce phénomène de la phagocytose se rattache à un autre fait des plus intéressants découvert par Gohnhi^im en 18(37, et qu'on appelle la diapédèsc
Voici en quoi consiste la diapédèse, et vous allez comprendre que c'est un des mécanismes les plus actifs de la défense des êtres contre l'invasion microbienne. Soit une goutte d'un liquide riche en bactéries, injectée sous la peau. Au bout de quelques heures, il y aura agglomération des globules blancs du sang au point de l'injection, par suite du phénomène de la diapédèse qui consiste en l'émigration des globules blancs contenus dans le sang".
Voici en résumé, la série des phénomènes qui se produisent.