‹ La défense de l'organismeChapitre 7 sur 13 · Voir Cassvet, Arch. de méd. crpér., 1892, t. IV', p · texte numérisé non relu

Voir Cassvet, Arch. de méd. crpér., 1892, t. IV', p

2. Un bon exposé de l'ciat actuel de la question a été donné par Letulle, Aérons sur l'inflammation, 893, p. i à "JO.

Dans une première phase, dilatation des vaisseaux, accélération du courant sanguin; puis (seconde phase), au niveau de ces veines dilatées, comme la pression diminue, le courant sanguin diminue aussi, et les leucocytes ou globules blancs du sang viennent s'amasser en formant une couche qui tapisse la face interne du vaisseau. Troisième phase; ces leucocytes ne restent pas inactifs, ils poussent des prolongements amiboïdes, cherchent à passer à travers l'endothélium vasculaire, et ils y réussissent, de sorte que lînalement (quatrième phase) ils s'amassent en dehors des vaisseaux et forment ainsi par leur émigration successive une collection purulente.

Le pus est donc la transsudation séreuse du sang dans laquelle ont émigré en même temps les leucocytes : ils ont quitté les vaisseaux capillaires pour arriver au secours de l'organisme atteint, pour essayer de s'emparer des parasites offensifs et de les dissoudre.

C'est certainement un des phénomènes les plus surprenants de la vie, que cet effort des cellules blanches du sang se mobilisant en masse, pour arriver au secours de l'organisme attaqué. Dès que le danger est signalé, ils affluent sur le champ de bataille, et une lutte s'engage entre le parasite hostile, et ces autres parasites protecteurs vivant normalement dans le sang.

Mais il n'a pas sufh d'étudier le mécanisme de la diapédèse : on a essayé d'en pénétrer la cause même, et c'est là encore une série de recherches très intéressantes, qui ont eu pour point de départ une belle observation de M. Leber (18S8).

En effet, M. Leber a constaté que certaines substances attiraient les leucocytes, alors que d'autres substances chimiques étaient indifTérentes; c'est à ce phénomène qu'on a donné le nom très barbare de chimiotaxie.

Le fait est maintenant assez bien étudié. En expérimentant avec différents microbes, et différentes substances, on a constaté que pour les uns et pour les autres l'affinité des leucocytes est très variable. Or, de toutes les substances qui

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attirent les Icucocyles, les plus actives sont celles qu'on extrait de certains bouillons de culture.

De là une classification qu'on peut faire entre les microbes qui, attirant les leucocytes, provoquent la formation de pus, et par conséquent, sont pyogènes, et ceux qui ne sont pas pyogènes. Par conséquent les microbes pyogènes contiennent ou fabriquent des substances chimiques qui excitent la sensibilité du leucocyte et qui le déterminent à émigrer des vaisseaux.

Mais ce ne sont pas seulement les microbes et les poisons microbiens qui sont pyogènes. En effet, on est arrivé à démontrer que, pour la production de pus, autrement dit pour l'émigration des leucocytes, la présence des microbes n'était pas indispensable. Il y a des abcès dus à l'accumulation des leucocytes sans qu'il y ait de microbes qui aient suscité leur émigration. Quoique le plus souvent dans le pus on rencontre des microbes pyogènes, on peut cependant expérimentalement réaliser la formation d'un pus aseptique, c'est-à-dire ne contenant pas de microbes, en injectant du mercure, de la térébenthine, etc., substances qui, quoique absolument antiseptiques, ont la propriété d'exciter la sensibilité des leucocytes.

11 se passe donc ce fait bien étonnant que, dans le sang des êtres supérieurs, vivent des êtres mono-cellulaires, indépendants du système nerveux, puisqu'ils nagent librement dans le liquide sanguin. Ces êtres, qu'on pourrait appeler les parasites normaux du sang, sont doués d'une sensibilité remarquable aux excitations chimiques; dès qu'une substance chimique est déposée dans l'organisme, produisant une lésion ou une excitation locale, aussitôt l'armée des leucocytes arrive pour s'en emparer, et, comme ce sont les substances chimiques fabriquées par les microbes qui paraissent être les excitants les plus puissants de cette sensibilité chimique des leucocytes, il s'ensuit que c'est surtout à la destruction des microbes qu'est adaptée cette sensibilité.

Nous pouvons même généraliser et rattacher la sensibilité chimique des leucocytes à tout un ensemble de phénomènes, et tout d'abord à la digestion. En effet, il paraît probable que la digestion des matières grasses est due à l'invasion des leucocytes dans l'intestin ; ces leucocytes, pénétrant dans le tube intestinal, vont s'emparer de certaines particules de matières solides mélangées à la masse alimentaire, puis, après avoir englobé cette petite proie, ils reviennent dans le système lymphatique pour apporter au sang la graisse qu'ils ont été ainsi chercher au milieu des matières solubles alimentaires.

Nous pouvons comparer cette affinité des leucocytes pour les microbes et certaines substances chimiques aux affinités que d'autres cellules manifestent vis-à-vis de certains éléments : par exemple l'étonnante affinité des spermatozoïdes pour l'ovule ; mais le fait le plus extraordinaire, c'est l'affinité prodigieuse de certains infusoires [Euglena] pour des traces presque infinitésimales d'oxygène (EnTtElmax^) \

Les cellules vivantes, quelles qu'elles soient, leucocytes ou autres, sont donc pourvues d'une sensibihté exquise, et capables, à distance, d'être impressionnées parles substances chimiques les plus diverses, comme les organismes supérieurs peuvent, grâce à leurs sens, éprouver pour les objets divers qui les entourent des sentiments d'attraction ou de répulsion.

Tels sont les faits essentiels résumés brièvement et d'une manière très incomplète; mais il m'est impossible, sous peine de faire autre chose que de la physiologie, d'entrer dans le détail des expériences.

Je noterai seulement, pour fixer les idées, quelques-unes des intéressantes expériences de M. AVerigo, un des élèves de M. METCHNnvOFF\

1. Cette quantité serait, d'après M. Engelmann, la trillionième partie d'un milligramme d'oxygène (Arch. nétrland., t. XVIII, p. 32).

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