Annales de l'Institut Pasteur, t. VIII, 1892, p
Si l'on injecte dans le sang soit des bactéries, soit nne poudre inerte, on voit immédiatement les globules blancs du sang diminuer de nombre, car avec une rapidité extraordinaire ils se sont emparés soit des bactéries, soit de la poudre injectée, et ils disparaissent du sang. Ainsi, (juinze minutes après l'injection de poudre de carmin, le nombre des globules blancs avait diminué dans la proportion de 6 000 à 2 000, de 20 000 à 3 000, de 10 000 à 2 000, soit en un quart d'heure de 80 p. 100 en moyenne, ce qui indique bien l'activité de ce phénomène.
Pour nous rendre compte de l'efficacité de cette défense, calculons la quantité des leucocytes dans noire sang. On peut admettre que chez l'homme adulte il y a cinq litres de sang, et par conséquent à peu près 75 milliards de leucocytes. Si donc en un quart d'heure il y a disparition de 7'i p. 100 des leucocytes, cela veut dire qu'au bout d'un quart d'heure environ 50 milliards de leucocytes seront entrés en jeu pour la p/iaffocytosc.
Une fois qu'ils ont englobé les bactéries, qu'en font-ils? que deviennent-ils eux-mêmes? ce sont des questions encore bien imparfaitement résolues. Il est possible — au moins quelques expériences de M. Werigo tendent à le faire croire — que ces cellules phagocytes s'accumulent dans les organes lymphatiques (raie, foie, ganglions) et que là elles sont à leur tour digérées, après avoir digéré et dissous les microbes'.
Ainsi l'organisme a par ces moyens divers, phagocytose
1. Il faut sans dontf généraliser davantage; car, clans des expériences toutes récentes que je viens d'eutre[)rendre avec M. Hkricourt {Bull. Soc. Diol., 23 déc. 1893, p. 187 des Méni.), il a été prouvé que l'injection dans le système circulatoire de certains liquides, à l'exclusion de certains autres, déterminait aussitôt \a fuite des leucocytes. Quand on injecte du bouillon dans le sang, par exemple, ils disparaissent en moins de cinq minutes, pour reparaître un quart d'heure après. Nous n'avons pu déterminer la cause de ce phénomène, nous savons seulement que ce n'est pas une accumulation dans la rate, et que, même dans l'anesthésie profonde, cette liypolcucémie passagère peut encore se produire. M. LowiT, dans un excellent travail, avait vu avant nous ce phénomène impor" tant (1892) ; mais l'explication qu'il en donne me paraît peu satisfaisante.
et diapédèse, réalisé une défense le plus souvent efficace; et cette activité était nécessaire; car il faut bien se rappeler ce que nous disions tout à l'heure en commençant, c'est que l'invasion par les microbes est une invasion perpétuelle. Constamment il faut que les germes hostiles soient détruits, et pour cela il faut que la défense ne se l'alenlisse pas un instant '.
Si importante que soit cette défense, on comprend qu'elle est parfois insuffisante. C'est une première barrière opposée à l'infection, mais c'est une barrière dont la résistance ne peut se prolonger, et de fait l'expérience prouve que nombre de microbes pathogènes continuent à vivre malgré les leucocytes. Si les leucocytes étaient tout-puissants, il n'y aurait jamais d'infection. Au bout d'une heure, deux heures tout au plus, ils auraient achevé leurs tâche, et l'organisme, débarrassé des microbes offensifs, pourrait continuer en paix son évolution; mais souvent il n'en est pas ainsi, et la maladie survient, mortelle ou non mortelle, caractérisée par l'évolution du microbe pathogène. Par conséquent, puisque les phagocytes peuvent suffire à toutes les éventualités du parasitisme, il y a nécessité d'une défense plus énergique que cette première défense par la phagocytose.
Cette autre défense consiste dans certaines propriétés bactéricides du sang. Ici encore je dois résumer rapidement les faits innombrables récemment acquis à la science sur ce point important.
En 1887, M. Fodor démontra par des expériences faites in vitro que dans le sang frais les bacilles de la bactéridie charbonneuse disparaissent rapidement, tout comme si elle était
1. Nous avons, dans tout ce qui précède, supposé que les leucocytes étaient les seuls appareils iihajocytaircs de l'organisme; mais en réalité il n'en est pas ainsi, et c'est une propriété qui jiarait être générale à beaucoup de cellules. Je renvoie pour une étude plus approfondie de la question au beau livre de M. Met-
ClINIKOFK.
ensemencée dans un milieu contenant une substance antiseptique. D'autres physiologistes, parmi lesquels il faut en première ligne citer M. Buchner (de Munich^ ont confirmé le fait et l'ont solidement établi. Quoique la théorie même de cette soi-disant action antiseptique du sang ne laisse pas que d'être assez contestable, il est maintenant parfaitement établi que le sang est un milieu impropre à la culture des bactéries. Si l'on sème des bactéries dans du sang frais, on voit ces bactéries rapidement disparaître. Pour en donner une idée, citons une expérience toute récente de Denys et Kaisin '.
N 0 M lî a F. DES R A C T É R I F. S TROUVÉES
Au moment de l'injection 9 936
1 h. 1/2 après — 3 98i
Nous pourrions ciler un grand nombre de faits analogues : les microbes sont détruits par l'action chimique des substances liquides, contenues dans le sérum sanguin.
M. BucHNER a aussi pu démontrer ce fait fondamental, que la propriété bactéricide disparait quand le sang a été chauffé à une température supérieure à 53". Par conséquent ce n'est ni à l'alcalinité, ni au changement brusque de milieu, ni aux matières minérales qu'on peut attribuer la puissance bactéricide du sang; il paraît probable que la propriété antiseptique tient à la présence d'une substance albuminoïdc qui se détruit à oo".
Ensuite on a généralisé, et presque à toutes les humeurs de l'organisme, on a reconnu une puissance bactéricide : le lait, l'albumine d'œuf, la salive même, le suc gastrique, la bile, l'urine, toutes ces substances sont plus ou moins microbicides, et, quand elles sont absolument fraîches, elles constituent des milieux de culture défavorables.