‹ La défense de la langue francaiseChapitre 17 sur 98 · La Sorbonne · texte numérisé non relu

La Sorbonne

les méthodes les plus diverses y sont représentées par des maîtres éminents. Il suffit simplement — pour la littérature et la langue françaises — de rapprocher les quatre noms, par ordre alphabétique, de MM. Brunot, Faguet, Lanson et Thomas. Autant d'hommes, autant d'orientations différentes, également justifiées.

La Sorbonne romantique ! Est-il possible de commettre un plus lourd contresens ? Ici nous sommes à l'antipode précis de la vérité. Jusqu'à nos jours, la Sorbonne — pour une fois unie — est restée dans la tradition littéraire classique, même étroite, celle de Désiré Nisard, et le romantisme n'y a compté aucun défenseur, mais toujours des adversaires. M. Faguet a décoché contre lui ses traits les plus acérés !, et tous les maîtres de la Sorbonne, jusques et y compris M. Lanson, ont jugé Victor Hugo, et notamment son théâtre, avec une sévérité que beaucoup estiment excessive. Certains même, à l'époque, virent avec joie l'avènement du naturalisme, pourtant contraire à leurs principes, parce qu'il constituait à leurs yeux la revanche contre ce romantisme abhorré. Phénomène de répulsion très curieux, dont il serait intéressant de rechercher les causes. On conviendra,

1. Encore récemment à l'occasion de curieux documents qu'il a publiés dans la Revue (lettres d'amour romantiques, octobre 1910).

dans ces conditions, que c'est un peu abuser du paradoxe que de venir taxer la Sorbonne de romantisme.

Est-elle davantage réaliste, démocratique ? Sans doute si l'on entend par là qu'elle cherche à favoriser l'accès de ses cours à toutes les intelligences, et qu'elle n'entend pas fermer les portes derrière les initiés d'une petite chapelle. Pour les méthodes, il n'en est rien, puisqu'on lui reproche précisément de faire de la science pure — l'art pour l'art dans le domaine de l'érudition. Et c'est ici qu'on fulmine contre la spécialisation, le germanisme, qui auraient ruiné la culture générale.

A ceux qui déclarent que le goût disparaît, que les belles-lettres sont proscrites par la Sorbonne, il suffirait d'opposer un doyen aussi athénien que M. Groiset et de fins lettrés comme M. Lanson et M. Faguet. Car enfin M. Faguet représente la Sorbonne, — au même titre que M. Durkheim ou M. Andler. Et voyez précisément l'ironie des choses. M. Faguet, qui devrait être, semble-t-il, le champion des lettrés contre les idées nouvelles et l'invasion germanique, a pris vigoureusement la défense des méthodes scientifiques appliquées à l'enseignement littéraire. Il faut lire la page très fine 1 dans laquelle il a démoli cet « impression-

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