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Le problème du style

A. Dauzat. — Défense de la langue française. 4

c'est fournir le pain et le couteau, c'est enseigner les éléments de la langue, son mécanisme, la valeur des mots, — disséquer les auteurs, analyser les textes, les œuvres à la lumière de la méthode critique. C'est l'œuvre de la philologie. Et elle seule peut former le goût, parce qu'elle permet d'étayer le jugement sur des faits précis, là où la rhétorique se contentait de phrases et de formules creuses.

La culture littéraire ! Mais les méthodes actuelles, loin de l'affaiblir, la fortifieront, lorsqu'en se répandant de proche en proche elles auront peu à peu imprégné les diverses branches de notre enseignement. Elles le pénètrent déjà, même dans les lycées et souvent à l'insu des maîtres : quand ceux-ci, pour former le goût de leurs élèves, font ressortir telle particularité de construction, telle harmonie imitative, tel emploi d'un terme archaïque ou spécial, quand ils opposent la syntaxe du dix- septième siècle à la nôtre (ou la prononciation, pour expliquer certaines rimes), quand ils éclairent le texte par des commentaires relatifs aux mœurs de l'époque, à la vie du poète, aux sources de son inspiration, — ils font de la philologie sans le savoir, comme M. Jourdain de la prose, et ils rendent hommage a ces nouvelles méthodes qu'ils combattent peut-être parce qu'ils les connaissent peu ou mal.

Reste une dernière critique, — la plus grave, si elle était justifiée. La spécialisation dans l'enseignement supérieur, — assure-t-on — aurait été fatale à la culture générale, spécialement en ce sens que les idées générales, désormais discréditées, mais qui seules peuvent coordonner et vivifier l'ensemble des connaissances, ont fait place à l'étude fragmentaire, et sans lien, des faits, des détails, des infiniment petits.

Ce reproche ne semble pas mieux fondé que les précédents. « Il est impossible et il serait néfaste que la science ruinât la culture générale » et il est même injuste de dire qu' « elle l'a affaiblie » *. Mais cette culture générale est bien plutôt le but propre de l'enseignement secondaire (et, à un degré moindre, du primaire) que de l'enseignement supérieur. C'est dans les lycées qu'il importe de prévenir une spécialisation prématurée, par une éducation d'ensemble systématique et rationnelle, qui trouvera sans doute sa formule moderne, suivant le vœu de M. Crouzet2, non plus dans « la culture classique d'autrefois, qui était au fond une spécialisation », mais dans une judicieuse concentration. Le lycée doit donc transmettre aux

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